SALICINE
La salicine, qui a été découverte par M. Leroux, pharmacien à Vitry-lc-Français, se rencontre toute formée dans l’écorce de différentes espèces de saules, de peupliers et de trembles. On la trouve surtout, suivant M. Braconnot, dans l’écorce du salixhélix, du salix tissa, du salix amygdalina, du populus tremulaet du populus græca.
Suivant M. Voelher, on trouve de la salicine dans le castoreuul.
( On sait que les castors se nourrissent principalement d’écorce' de saule. )
M. Buchner en a trouvé dans les bourgeons floraux de la reinedes-prés; c’est cette substance qui se tronsforme, pendant la floraison, en acide salicyleux ou essence de reine-des-prés, par l’effet d’une oxydation au contact de l’air.
Pour préparer la salicine, on peut se servir du procédé suivant, indiqué par Peschier. On épuise l’écorce de saule par de l’eau bouillante, et on ajoute à cette liqueur une solution de sous-acétate de plomb, tant qu’il se produit un précipité. Après avoir séparé celui-ci à l’aide d’un filtre, on fait bouillir la liqueur filtrée avec une quantité suffisante de carbonate de chaux. Ce sel décompose l’excès de sous-acétate de plomb, sature l’acide acétique, et décolore entièrement la liqueur. On décante celle-ci, et on l’évapore à consistance d’extrait; on soumet le produit, encore chaud, à l’action de la presse entre des papiers buvards, et après l’y avoir laissé quelques heures, on le traite par l’alcool à 30-degrés; on filtre le liquide alcoolique et on le concentre par voie de distillation. La salicine cristallise alors par l’évaparalion du résidu.
On peut encore suivre une marche plus courte indiquée par Duflos. On épuise l’écorce de saule par l’eau bouillante, et, après avoir concentré les liqueurs, on les fait digérer avec de la litharge; on filtre et on évapore en consistance sirupeuse. La salicine se développe au bout de quelques jours ; on la purifie par une nouvelle cristallisation.
La salicine est blanche, cristallisée en paillettes, soluble dans l’eau et dans l’alcool, insoluble dans l’éther. Elle possède une saveur amère.
Sa solution dévie à gauche le plan de polarisation. Elle n’est précipitée ni par les acétates de plomb neutre et basique, ni par l’acide tannique, mais elle donne un précipité avec le sous-acétate de plomb, à chaud, lorsqu’on ajoute une petite quantité d’ammoniaque.
Elle dévie vers la gauche le plan de polarisation de la lumière.
L’acide sulfurique concentré colore la salicine en rouge de sang; l’eau déco’ore le produit; elle renferme alors en solution un acide et de la salicine non altérée. Si le mélange est échauffé, il se produit en même temps une matière résinoïde à laquelle M. Piria a donné le nom de salirétine. M. Mudler l’a appelée olivine, et enfin M. Braconnot l’a nommée rutiline.
Si on la chauffe avec de l’acide sulfurique ou de l’acide chlorhydrique étendu , la salicine se dédouble en glucose et en saligénine :
C 2e Hi80‘* + “2 HO = G l2 H 13 0 12 -+- C<«H®OL
La saligénine, qui est un des produits de ce dédoublement, est bien un alcool, puisqu’on connaît l’aldéhyde saligénique G 14 H 6 0 4 , et l’acide qui lui correspond , l’acide saligénique G U H 6 Ô 6 ; il est vrai qu’on n’a pu encore former de combinaison entre la saligénine et les acides.
Une solution de synaptaseou d’émulsine produit aussi le dédoublement de la salicine.
Lartiaudic,
Lorsqu’on traite cette substance par l’acide azotique très-faible à froid, elle se convertit en hélicine en absorbant 2 éq. d’oxygène et dégageant 2 éq. d’eau.
Lorsqu’on fait bouillir de la salicine avec de l’acide sulfurique ou chlorhydrique, on obtient de la glucose et de la salirétine qui diffère de la saligénine par les éléments de l’eau en moins.
Si l’on porte à l’ébullition un mélange de salicine et d’acide nitrique étendu de dix fois son volume d’eau, et qu’on évapore ensuite lentement, on obtient de l’essence de reine-des-prés ; mais si l’ébullition dure longtemps, la liqueur s’éclaircit et laisse déposer, par refroidissement, des aiguilles qui rougissent parles sels de fer, et qui sont de l’acide nitrosalicilique.
Enfin, l’action prolongée de l’acide nitrique finit par transformer la salicine en acide picrique. Dans ces circonstances, il se produit aussi de l’acide oxalique.
Chauffée avec du peroxyde pur de plomb , la salicine donne du formiate.
La salicine donne une quantité très-notable d’essence de reinedes-près, par une distillation pure et simple, mais alors le produit est mélangé de substances aromatiques. Distillée avec de la chaux, elle donne encore la meme essence mélangée d’acide phénique.
Lorsqu’on traite la salicine par le chlore, elle donne une série de corps chlorés dérivés par substitution : chlorosalioine, biehlorosalicine et perchlorosalicine.
Quelques médecins attribuent à la salicine des propriétés fébrifuges. Suivant MM. Laveran et Millon , les urines qui suivent l’ingestion de la salicine contiennent toutes de l’hydrure de salicile et de l’acide salicilique.
ARBUTINE.
L’arbutine a été découverte dans les feuilles de busserole. (Arelostaphylos uvæ ursi. Spreng), parKawalier. Voici le procédé indiqué par ce chimiste pour obtenir ce produit :
On précipite une solution aqueuse de feuilles de busserole par l’acétate de plomb, on fait passer un courant d’acide sulfhydrique gazeux dans la liqueur filtrée, on enlève le sulfure de plomb qui s’est formé et on concentre jusqu’à consistance sirupeuse. L’arbutine se dépose au bout de quelque temps en aiguilles jaunâtres, qui doivent être soumises à de nouvelles cristallisations après les avoir décolorées par le charbon animal.
Cette substance présente l’aspect d’aig’uilles g’roupées en faisceaux ; elle possède une saveur amère ; elle est soluble dans l’eau et dans l’alcool, moins soluble dans l’éther.
La dissolution aqueuse d’arbutine no précipite ni les sels de fer au maximum, ni l'acétate, ni le sous-acétate de plomb; elle donne, avec le sulfate de cuivre et la potasse en excès une dissolution bleufoncé qui ne laisse pas précipiter de protoxyde de cuivre par l’ébullition.
Elle fond par la chaleur en dégageant de l’eau de cristallisation. Sa composition est représentée par la formule C M H t6 0 14 . Sous l’influence de l’émulsine ou de l’acide sulfurique étendu et bouillant, elle se dédouble en hydroquinine et en glucose.
C 24 H |e 0 14 -+- I1 2 0 2 = C« 2 H e 0 4 +• C 12 II 12 0 12 .
Si l’on fait passer du chlore dans une dissolution aqueuse d’arbutine, il se sépare, au bout de quelque temps une substance cristallisée qui est un mélange de quinons monochloré, bichloré et trichloré.
Le brome se comporte de la même manière que le chlore à l’égard d’une solution aqueuse 'd’arbutine.
L’acide azotique, en réagissant sur l’arbutine, la transforme en un dérivé nitrô : la binitroarbutine.
Les feuilles du busserole paraissent renfermer une substance qui détermine, comme l’émulsine, le dédoublement de l’arbutine en hydroquinine et en glucose.
Nous citerons encore quelques autres principes que leurs métamorphoses rangent dans la seconde classe des glucosides, mais dont l’étude réclame encore le contrôle, de nouvelles épreuves analytiques, indépendamment de celui des épreuves synthétiques.
Convallarineet Convallamarine. —Principes contenus dans le mug“uet (convallaria maïalis); le premier, par exemple, se décompose par hydratation, conformément à la formule qui suit: