‹ Des grâces d'oraisonChapitre 113 sur 199 · DOUZIÈME CARACTÈRB DK L* UNION MYSTIQUE : LA LIGATURE · texte numérisé non relu

DOUZIÈME CARACTÈRB DK L* UNION MYSTIQUE : LA LIGATURE

f 1. — Coup d*<Bil d'ensemble.

t. — Ce dauzlème mvacière consiste en ce que l'union mystique gêne plus ou moins la production de certaias acies inté' rieurs, qu'on pouvait produire à son gré dans l'oraison ordinaire. Plus loin je préciserai davantage (12,24).

9. — Cette gêne s'appelle l»iigR.iure des puissances (Bossuet, États <For.,\. VU, n*21), et quand elle est très forte, la suspension des puissances.

Ce dernier mot ne signifie pas la suppression, comme lorsqu'on dit qu'un mouvement est suspendu; mais que les puissances ne sont plus appliquées à leur objet ordinaire. Elles sont saisies, fixées, par un objet plus relevé.

Le mot ligature indique que l'âme se trouve dans l'état d'un homme dont les membres seraient lie's plus ou moins fort par des bandelettes, et qui dès lors ne pourrait se mouvoir qu'avec difficulté.

3. — S«n exisience. Dans l'extase, le fait est des plus évidents. Sauf en des cas exceptionnels, on ne peut faire alors qu'une chose, recevoir ce que Dieu donne. On est lie pour le reste.

Par suite, on entrevoit qu'il y aura quelque chose d'analogue dans la quiétude, qui est un diminutif de l'extase; a priori la loi de continuité rend probable cette idée. L'expérience confirme si bien une telle prévision, que cette question est une de cellesi dont les mystiques se sont le plus préoccupés. Klle a en effet, comme nous allons le voir, beaucoup de conséquences pratiques.

4. — Unn« la qulétuile, on ne commence à bien s'apercevoir de cette gêne que le jour où la grâce mystique surprend pendant une prière vocale, qu'elle porte à interrompre, ou lorsque, trouvant son oraison peu occupante, on cherche à la compléter par des réflexions ou des prières vocales. On sent alors un obstacle.

A. — Vr»ie notion. La ligature, dans la quiétude, n'est pas une impossibilité absolue. Ainsi on peut commencer à réciter une prière vocale, telle que le Pater. Mais je ne sais quelle force secrète vous arrête souvent, au bout de deux ou trois mots. On balbutie. Un nouvel effort permet de reprendre, et ainsi de suite. Mais on se fatiguerait vite, si on voulait continuer cette lutte. La règle sera de se résigner, comme je le dirai plus tard

6. — Quand on est dans le degré de la méditation, on n'observe rien de semblable. Peut-être n'a-t-on pas de go^t à réciter une prière vocale. Mais c'est là une impression d'un genre bien différent; et, une fois qu'on a fait l'effort nécessaire pour se mettre en train, on continue généralement sans difficulté. Le contraire a lieu ici.

Môme les impuissances partielles de l'aridité ont quelque chose de moins accusé.

9. — intenaité. La ligature est faible quand la quiétude ellemême est faible. Généralement elles augmentent ensemble, pendant la durée d'une môme oraison. Mais, par la suite des temps, la quiétude agit un peu moins qu'au début.

L'impression de repos qui accompagne la quiétude augmente également quand l'union se renforce. Il est vraisemblable que cette impression est un effet de la ligature.

S' Jean do la Croix fait remarquer qu'il y a un commencement de lij;ature dans l'état un peu inférieur à la quiétude, qu'il appelle nuit du sens (Voir ch. \v;.

8. — Sur quoi |iorte-t-elle? Entrons dans le détail des actes pour lesquels on sent cette gt^ne. Ce sont ceux que précédemment j'ai appelés additionnels (ch. ix, IS).

De plus, il ne s'agit que des actes volontaires^ tels que la récitation d'une prière vocale. .Mais si c'est Dieu qui produit dans l'àme ces actes additionnels, par exemple la pensée d'une vérité chrétienne, on ne sent plus aucune difficulté. La ligature faible ne fait pas non plus obstacle à une autre sorte de pensées invo-

lontaires, les distractions; nous avons vu que, malheureusement, elles ne sont pas toujours empêchées.

C'est môme là un fait dijinc d'être noté : dans la quiétude, il y a un régime difl'érent pour les pensées volontaires et pour les involorjlaires. Les unes (qui pourtant paraissant utiles) sont gênées; les autres (qui certiuiifiment sont nuisibles) ne trouvent aucun obstacle.

9. — On peut énoncer sous une autre forme les principes précédents, en disant : l'état mystique a généralement une tendance à exclure tout ce qui lui est étranger, et surtout ce qui vient de notre industrie, de notre propre elTort.

10. — En résumé aussi, nous pouvons donner cette définition de la ligature : C'est une gêne qu'on éprouve à produire volontairement des actes additionnels pendant l'état mystique.

11. — La gêne peut porter sur deux sortes d'actes additionnels : les prières et les réflexions. Je vais examiner ces faits séparément et indiquer ensuite les règles de conduite.

§ 2. — Des faits concernant les prières, soit intérieures, soit vocales.

l«. — Quatre ca« peuvent se présenter pour la quiétude, en dehors de celui où elle est très faible (9). Pour prouver leur existence, voir aux citations.

ta. — 1" S'il s'agit d'un désir très simple, d'une demande courte et sans paroles, généralement on n'a pas de difficulté. On peut en placer çà et 1^ dans son oraison, pourvu que ce ne soit pas trop fréquent. De la sorte on peut darder une foule de désirs vers Dieu.

14. — 2° Considérons maintenant des demandes ou affections qui soxeiii encove purement intérieures, moÀs formulées par des phrases.

On a à peii près autant de facilité que dans le premier cas, si ces phrases sont très courtes et répétées sans variété; exemple : « Mon Dieu, pitié! » Des actes sans variété s'accommodent assez bien avec le repos mystique.

15. — 3° Mais il en est autrement pour une récitation proprement dite, c'est-à-dire faite de bouche, quoique à voix basse ; ce qui suppose des phrases longues et variées. On n'arrive à les dire

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