I.A LIGATUnt
commo lément que si la quiétude est faible. Aussi, on ne peut parfois réciter son chapelet ou sou bréviaire, si on reste immobile. Il faut se mouvoir, marcher, comme il a été dit ailleurs (ch. xiii, »). De la sorte la quiétude est ordinairement refoulée suffi^ammcnt pour qu'on puisse faire ses exercices.
te. — Kxreption. Cependant on ne réussit pas toujours à recouvrer sa liberté, s'il y a grande abondance de grâces, comme il arrive aux extatiques, dans les intervalles qui séparent leurs extases.
S" Catherine de Ricci étant entrée au couvent à 13 ans, eut à subir, pendant deux ou trois ans, de grandes humiliations à cause de son union extraordinaire avec Dieu. Elle était attirée vers lui avec tant de force qu'elle ressemblait à une personne à moitié endoimie , ne montrant qu'inaptitude au chant et aux travaux manuels, semblant stupide en récréation. Personne ne soupçonnait la cause de ces abstractions; elle se laissait accuser sans se défendre, ignorant qu'il eût fallu s'en ouvrir au moins à son directeur. De sorte qu'on la traitait comme une pauvre idiote, douce et inoffensive, à qui on laisse toute liberté [Vie, par le K. P. Bayonne, t. I, ch. iv, vi).
S' Philippe de Néri n'arrivait souvent à dire son bréviaire qu'en alternant avec un compagnon. « Autrement, dit son historien, il éprouvait une grande difficulté. Car l'extase le saisissait, et il se plongeait en Dieu » (Bolland. du 26 mai, n' 183 de la seconde Vie). S' Joseph de Cupertino ne pouvait venir à bout de son bréviaire (1). S' Ignace en fut dispensé pour la môme raison (2). Il était obligé d'interrompre sa messe à plusieurs reprises. De la sorte, il y employait une heure au moins, malgré le désir qu'il avait d'observer la durée d'environ une demi-heure qu'il avait fixée à ses religieux.
(1) . Qmlqiiproi.s, le soir, il n'avait pas encore récité l'office, quoiqu'il eût feuil- Iclti son hi-.vi.ire toute la journée • (Vie, par M«' Bernino, cJi. xxu). On lit dans las ;iit.'s (!.; c.uionisation : • Pendant plus do trente-cinq ans, les supérieurs durent exclure lo l'nr.' Joseph des cérémonies du chuîur, des proœssions et du réfectoire, allfMulu que, par ses ravissements, il troublait les exercices » {ibid., ch. iv).
• C'était un miracle qu'au milieu do ses extases, le saint put achever de dire la sainte messe. SiU^t qu'il l'avait finie... il volait plutôt qu'il n'allait à sa cellule. 11 arrivait, poussait un cri, se jetait à genoux et tombait en extase • [tbid.).
(2) i'ie de S* Ignace, |)ar Bartoli, I. IV, ch. xnt de la traduction du P. Terrien (P;iris, Leforl). Le même trait est raconté pour S' Ignace dans la Vie du P. Baithas.ir Alvarez, ch. xli, a* 0 : ■ Le seul bréviaire lui prenait en quelque sorte tout le jour. 11 s'arrêtait à chaque parole. >
Dans les cas ci-dessus il y a, pour le bréviaire, un cas de dispense tout aussi lég-itime que celui qui vient de la migraine ou autres maladies.
1». — Cet exemple de trois saints est bon à connaître, car il répond à une objectiou qu'on entend quelquefois : « Si votre oraison vous empêche ainsi de faire vos exercices d'obligation, elle ne peut venir de Dieu, car autrement il se contredirait. »
Il faut répondre que Dieu ne se contredit pas plus qu'en envoyant une maladie qui empêcherait d'aller à la messe le dimanche, ou de faire maigre le vendredi. Quand une loi ecclésiastique est moralement impossible à ejféculer, elle cesse d'obliger. Dieu ne se contredirait que s'il en maintenait l'obligation, tout en ôtant le moyen de s'en acquitter (1).
18. — 4* Réritation à Itaute vois. Ici la facili'é reparaît en grande partie. Généralement les prêtres n'éprouvent pas de difficulté sérieuse à réciter les prières de la messe (2).
Comment cela se fait-il, puisque tout à l'heure nous disions que les récitations à voix basse sont difficiles?
C'est que, pendant les prières à haute voix, il y a un grand nombre de mouvements de la poitrine, de la gorge, etc. La lecture oblige aussi les yeux à remuer. Voilà déjà, comme il a été dit, un obstacle à la quiétude intense.
De plus, quand on dit la messe, toutes les prières sont entrecoupées de déplacements. Enfin le fait seul d'être debout, et souvent les bras levés, exige un petit eflbrt continu, qui suffit à empêcher une forte absorption en Dieu. Tel qui, pendant la journée,
(1) Joseph du Saint-Esprit emploie dix-huit colonnes in-folio à essayer de prouver qa'nne telle oraison est suspecte (Cursus, t. III, disp. 18, q. 3, n* 151). Un de ses plus forts arguments est tiré des faits; il affirme que jamais ce cas ne s'est rencontré chez les saints canonisés (n* 169). Or je viens de donner trois exemples en sens contraire. Mais il reconnaît que le cas s'est présenté pour d'autres que les saints proprement dits (n* 152), et que l'opinion de divers docteurs a été plus large que la sienne (n* 172). Enfin, contrairement à ce qu'on attendait, il n'ose tirer aucune conclusion pratique, sinon qu'il faut laisser continuer ce genre d'oraison, mais avec quelque d> fiance. Au fond, ceux qui ont la quiétude n'en demandent pas davantage : qu'on les laisse en paix, cela leur suffit.
(2) Cependant S' Philippe de Néri, dont l'union mystique était très intense, éprouvait de la difficulté. • Pour réprimer ses transports, il avait l'habitude de se tourner de droite et de gauche et de se frotter fortement la tête avec la main • (Bolland. du 26 mai, 1" Vie, n* 23). • Il se donnait de telles secousses que les marches de l'autel en tremblaient. « Mais le plus souvent l'extase le terrassait. Il fallait que son servant • le tirât par ses vêtements et lui dit à quel endroit de la messe il en était resté • {ibid., 2' Vie. o» 153).
ne peut, sans grand effort, réciter son chapelet, dit facilement sa messe.