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Certains auteurs modernes ont gardé quelque chose

(1) Des auteurs orthodoxes disent, il est vrai, qu'il ne faut pas devancer la grâce ou l'appel de Dieu. C'est là une phrase équivoque, qui veut dire simplement : dans les aiTaires importantes, telles que le choix d'un état de vie, ne précipitez rien; examinez, priez, consultez.

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de la doctrine précédente, en donnant trop d'importance à l'attrait. Us semblent en faire la règle générale et unique de la conduite, au lieu d'y voir un secours, excellent sans doute, mais qui n'est pas le seul. La vie se composerait ainsi, non d'élections, mais de vocations manifestes; par là on donne la peur de l'initiative.

tft. — Idées des quiétistes sur les désirs et demandes. Ils étaient obligés de voir là des imperfections, même s'il s'agissait d'un bien surnaturel, puisque ce sont des actes. La grande vertu, c'était la conformité à la volonté divine, Vabandon, mais exagéré au point de se réduire à une expectative inerte. Il semble qu'on prenne pour devise : « Ne t'aide pas; le ciel t'aidera ».

De la sorte, les désirs et Vabandon étaient faussement considérés comme deux dispositions incompatibles entre elles; Moiinos le prétendait, dans la proposition li', qui a été condamnée (1).

La vérité est que Vabandon filial se concilie très bien avec les désirs et les demandes. Notre-Seigneur manifesta à la fois ces deux espèces de dispositions au Jardin des Oliviers, U supplie son Père d'éloigner le calice, et ajoute de suite qu'il se soumet pleinement à sa décision.

De même, dans une famille, l'enfant le plus soumis à son père ne craint pas de lui exprimer des désirs; à plus forte raison, une épouse agit de la même manière avec son époux. N'allons pas concevoir Dieu comme un roi jaloux, intraitable, maussade , qui ne peut supporter aucune initiative, qui veut nous réduire à l'obéissance muette des esclaves. Il a voulu que nous soyons ses fils, ses amis. Il est l'époux de nos âmes. Que de personnes nous éloignons de Dieu, par étroitesse d'idées, en ne le montrant pastel qu'il est!

Il pousse la condescendance jusqu'à laisser beaucoup d'actes à notre choix; quelquefois la vocation elle-même n'est que proposée. Notre-Seigneur, parlant de la vie parfaite au jeune homme de l'Évangile, lui dit : « Si tu veux être parfait, etc. » Il ne lui imposait pas d'obligation.

(1) Voici le texte : • Lorsque l'homme est ré*\gné à la volonté divine, il ne doit rUn demander k Dieu; car demandfr est une imperfection. C'est un »cte do volonté propre; c'est vouloir que la volent*^ divine se conforme à la n6trc, et non la nôtre à la volonté divine. Le mot de l'Évangile : Demandez et vous recevrez, n'a pas été dit pour Ut Amet intérieure*, lesquelles ne veulent pas avoir de volonté. Bien plus, ces âmes sont arrivées au point de ne pouvoir demander k Dieu quoi que ce ioit », — M*'Terzago qualifie cette proposition de • téméraire, scandaleuse, impie, blasphématoire, erronée et hérétique • (Theol. hi$lorieo-myttiea, pp. 91 el 13).

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IG. — Mais, objectaient les ({uié listes, S' François de Sales a résumé toute la perfection dans cette maxime : « Ne rien désirer, ne rien refuser. »

Cette maxime se trouve, en effet, daas le dernier et dans le sixième àas Entre liens spirituels de S' François de Sales, mais avec des restrictions que les livres de piété oublient souvent de rappeler. Sans quoi, le saint eût enseigné une proposition contraire au précepte de la prière, et condamnée. Il déclare qu'il parle seulement « des choses de la teire », de ce qui n'est pas utile à notre sanctification (1). Il ne fait donc que répéter la doctrine de tous les temps sur le détachement, comme le dit Bossuet [États d'oraison^ tr. I, I. VIII, n" 1) (2). L'exag-ération des quiétistes a consisté à faire de cette maxime un principe universel.

De plus, Bo§suet fait remarquer que, lorsque S' François de Sales semble condamner certains désirs, il veut seulement les calmer assez pour que l'àme se maintienne dans la paix : u autre chose est de se dépouiller du soin, de V inquiétude, du trouble, autre chose de se dépouiller (lu désir » [ibid., l. IX, n" 8).

19. — Les idées des quiétistes sur Toralson mentale ont été <léjà exposées (ch. iv, lo). En vertu de leur théorie sur les actes, ils n'admettent qu'une espèce d'oraison comme parfaite, celle où il y a le moins d'actes possible.

Ils l'appellent contemplation acquise (3), voulant indiquer par là qu'on peut acquérir cet état par sa propre industrie. D'après eux, elle doit se réduire à l'idée très confuse de Dieu présent partout, sans songer à aucun autre attribut divin ; sans quoi, disentils, il y aurait trop d'actes différents. D'ailleurs, ajoutent-ils sans aucune preuve, c'est là un acte éminent, c'est-à-dire comprenant

(1) Il est même probable qu'il veut surtout préserver ses flUes de ces demandes non motivées que des religieuses imparfaites pourraient adresser à leur supérieure : adoucissements excessifs, abandon d'un logement peu agréable, cessation d'un emploi ennuyeux, délivrance d'une compagne qui dépLalt, etc. C'est pourquoi il ajoute immédiatement qu'il faut s'en tenir à l'obéissance.

(2) 11 ajoute : • S' François de Sales ne connaît pas ces manières superbement et sèchement désintéressées, qui font établir la perfection à ne rien demander pour soi-même. Si je voulais citer les endroits où il fait à Dieu des demandes, et où il en ordonne aux plus parfaits, j'aurais à transcrire une juste moitié de ses lettres • {ibid., n" 2;.

(3) Ils l'appelaient aussi oraison de pure foi, et oraison passive. Ce dernier nom était très inexact, car ils semblaient ainsi confondre cette oraison avec la conteml>lution infuse, que pourtant ils en distinguaient fort bien (Molinos, prop. 23; >I'"* Guyon, Moyen court, ch. xv). Mais par ce terme exagéré, ils voulaient insinuer leur idée erronée que, dans cet état, l'homme ne fait rien ; c'est Dieu qui fait tout

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avec plus de perfection tous ceux que l'on pourrait faire. (Bossuet, Insiruct. sur t'es Etats d'or., 1. III, n** 3. — La Hruyère, dial. 2).

Puis, autant que possible, ce doit être plutôt un acte prolongé qu'une réitération d'actes; toujours pour arriver au minimum d'activité. Maiaval pense montrer beaucoup de condescendance pour ses disciples en leur permettant de réitérer leur acte pendant les trois ou quatre premiers jours qu'ils consacreront à l'oraison mentale, « afin que vous ayez dans ce commencement quelque chose de quoi vous appuyer... Je ne demande pas que du premier coup vous vous élanciez en pleine mer » (part. I, n» n).

18. — En vertu des mêmes principes, les quiétistes détournaient des •TAlaoBui ««««les, de la récitation de l'office ou du chapelet; au lieu de dire sagement comme l'Église : Ne vous contentez pas d'une récitation purement matérielle; animez-la par l'esprit intérieui-. Quelques-uns ajoutaient que les « parfaits » pouvaient se dispenser des pénitences corporelles, même obligatoires, telles que l'abstinence et le jeûne. La contemplation remplaçait tout.

t9. — Les pratiques «KtérleureK de dévotion étaient de ^ même condamnées par beaucoup de quiétistes : signe de la croix, lectures spirituelles, sermons, invocation des saints, honneurs rendus aux saintes images, et aussi les vœux de religion.

^•. — La ■§•»!• des exelust*m se retrouve ainsi dans plusieurs fausses doctrines. Au lieu de dire avec modération : Telle pratique est bonne, du moins dans certains cas, on fulmine contre les méthodes rivales. Qu'il s'agisse d'oraison ou d'actions quelconques, on ne conçoit qu'une seule voie, hors de laquelle il n'y a pas de salut. L'un exalte tellement la docilité au S<iint-Esprit qu'il rejette pratiquement toute tradition et méthode. Un autre au contraire ne rêve que d'emprisonner dans des méthodes, sans admettre une action directe du Saint-Esprit. Un troisième n'admet que tel ou tel motif pour nos actions. D'autres découvrent une spiiituaiitc dite moderne, qui exalte la voie unilive, en faisant fi «les voies purgative et illuininative; on veut s'adonner aux exercices de l'amour divin, sans pratiquer d'abor<l ou en m«^me temps ceux qui font lutter contre les (l«*fauts et pour l'acquisition douloureuse des vertus solides. On rejette comme une vieillerie ce qu'on appelle la spiritualité de combat, qui est bien moins ngn'^able. On rh.rrhe à élpvrf l«> faite de l'édili'"»'. "^-'uts ses bas<'s m-i cs^.iin's

mais moins brillantes. Avec ces exclusions, on fait de l'ascétisme en l'air.

Zt. — Résumé. Revenons aux quiétistes. Pendant que la vie parfaite se réduisait à un exercice unique, le repos dans l'abandon, y oraison parfaite correspondait à la môme simplification. C'était vraiment ingénieux.

Remarquons que cette perfection et ces pratiques ne différaient plus de celles des bouddhistes. Tout le travail de ces derniers est d'arriver au néant sous le nom de nirvana. De sorte que, par le long détour du christianisme, on revenait à une des plus grandes erreurs historiques, celle qui depuis tant de siècles a envahi l'Asie orientale. Toutefois les motifs étaient différents.

Z9. — Conséquence. Ces métliodes paraissaient si faciles, si simples aux quiétistes, qu'ils les déclaraient à la portée de toutes les bonnes volontés et voulaient les prêcher à tout le monde indistinctement, même aux enfants et aux laboureurs {Moyen court, ch. xxni, n* 1). Le P. Lacombe assurait qu'on doit expliquer cette oraison aux enfants de quatre ans (Bossuet, États d'oraison, 1. VII, n» 28).

XS. — Fausses doctrines de Fénelon. On est convenu de les englober toutes sous la désignation générale de quiétisme. On simplifie ainsi aux dépens de l'exactitude. Les idées principales de l'archevêque de Cambrai se réduisent à deux. La première, en effet, est quiétiste, c'est l'attente de la motion divine (Voir ci-dessus, •, le jugement de Bossuet). L'autre est d'un genre tout différent : l'idée exagérée de la charité parfaite, du « pur amour ». Pour lui, cet amour exclut la crainte, l'espérance et tout intérêt propre (prop. 1, 2, 4, 5, 6, etc.). La perfection exige qu'on agisse tiniqxœment par amour désintéressé. Le désintéressement doit être porté jusqu'à l'indifférence pour le salut éternel (prop. 7, 8, 10, 12). Cette partie du système de Fénelon diffère de l'immobilité des quiétistes. C'est un autre genre d'exclusion : on exclut, non l'action, mais certains motifs surnaturels d'action.

Les âmes généreuses peuvent y être portées et elles doivent s'en défier. Elles croient sacrifier à « l'amour-propre » si elles se complaisent dans la pensée du paradis et même si elles s'occupent de la correction de leurs défauts. Il n'y arien de trop raffiné pour elles en fait d'amour divin. Ces doctrines sont condamnées. Chez celui qui vise à la perfection, l'amour doit être prédominant, cela est

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vrai, mais lY ne doit pan (ire seul. S' Ig-nace avait bien compris cette double vérité, quand il écrivait dans ses Règles : « Que tous aient soin d'avoir une intention droite, non seulement qrant au genre de vie qu'ils ont embrassé, mais aussi dans toutes leurs actions particulières, s'y proposant toujours avec sincérité de rendre service et de plaire à la Bonté divine, /)owr l'amour d'ellemême, et en considération de la charité et des grands bienfaits dont elle nous a prévenus, plutôt que par la crainte des peines ou ï espérance des récompenses, quoiqu'ils doivent s'aider aussi de ces derniers motifs. » Voir encore la dernière de ses règles « Ad sentiendum cum Ecclcsia ».

L'amour est comme une mélodie qui doit chanter dans notre àme; mais une mélodie a besoin d'un accompagnement. Ce seront les sentiments de crainte et d'espérance. Ces trois notes ne se font pas la guerre; elles donnent, non une pénible dissonance, mais un accord parfait.

Un des inconvénients prati(]ues de la doctrine de Fénelon pour les âmes a>ides de perfection, c'est qu'elle les porte à raffiner wmr le* motifii de leurs actions, à s'analyser sans cesse pour voir si ces motifs sont assez élevés. C'est le moyen d'aboutir au trouble et au scrupule. Quand ainsi on veut examiner tout au microscope, on découvre des microbes dans l'eau la plus limpide.

S4. — Au sujet du pur amour, il y a une question qu'il ne faut pas confondre avec la précédente. Nous avons dit que l'amour désintéressé n'exclut pas d'autres motifs qui sont intéressés; tous ces sentiments peuvent être simultanés et doivent l'être habituellement. Mais on peut se demander si, quoiijue réunis, ils sont réellement indépendants les uns des autres; en un mot l'uinAur dèaintérc— é l'est-il seulement en apparence? Henfenne-t-il toujours, quoique à l'état caché, un certain amour de soi-même? Dans le cas de l'affirmative, son nom lui viendrait seulement de ce qu'il contient un minimum d'intérêt propre et qui n'appuralt pas à première vue.

Cette question est controversée. En faveur de l'affirmative, on peut invofjuor les faits de l'ordre naturel qui, de tout temps, ont été regardés comme des actes damour désintéressé, par cvemple, celui de l'homme qui sacrifie son temps, sa santé ou sa vie pour un ami, pour sa patrie, ou pour une idée. Si on analyse l'étal d'àme de celui qui se dévoue ainsi, on aboutit à la définition suivante :

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L'amour appelé désintéressé consiste à mcltre notre l)onheur dan» le bonheur d'un autre (s'il s'agit d'une idée, c'est son triomphe qui fuit notre bonheur). Il y a donc ici deux influences : l'une est le moteur caché, qui nous fait cliercher notre bonheur ; l'autre le motif visible, qui est la recherche d'un bien qui nous est étrang-er.

S' Thomas admet implicitement certtc manif^ie de voir, lorsqu'il dit : n Si, par imposable, Dieu n'était pas le bien de lliomme, i'homme n'aurait aucune raison de l'aimer « (2, 2, q. 26, art. 13, ad 3). Il se contenterait de lestiuier. Le saint dit encore : « Toute amitié renferme le désir de la poss'ssion et elle y ajoute quelque chose » (In 3, dist. 27, q. 2, a. 1, ad Ij.

S' François de Sales développe la même doctrine : « Si, j>ar imagination de chose impossible, il y arait une infinie bonté... avec laquelle dous ne pussions avoir aucune union ou coimnunication, nous l'estimerions certes pins que noiis-uièmes... niais k proprement parler, nous ne l'aimerions pas, puisque l'amour regarde l'union; et beaucoup moins pourrions-nous aroir la charité envers elle, puisque la charité est une amitié, ek Vamitié ne peut être que réciproque, ayant \iour fonde tnent la communication, et ponr fin l'union. Ce que je dis ainsi est jkjup certains esprits chimériques et vains, qui, sur des imag'inakions impertinentes, roulent bien souvent des discours mélancoliques, qui les affligent grandement » [Traité de l'amour de Dieu, 1. X, ch. x).

Commentant ce passage, le P. Mas^oulié se demande qui sont ces « esprits vains » dont parle le saint. <« Il est difficile, répond-il, de pénétrer son sens. Il est néanmoins vraisemblable qu'il entend parler de ces persf>nnes de dévotion, qui s'étant formé une fausse idée du divin amour, et pensant aimer Dieu d'un amour désintéressé, dédaignent de produire les actes familiers de la religion, et rejettent môme les consolations que Bien leur présente, de peor, disent-elles, de se rechercher elles-mêmes. De là vient que, ne voulant rien, et ne recevant rien pjAir se soutenir et se fortifier au chemin de la vertu, elles souffrent une effroyable sécheresse, qui passe bientôt en chagrin et en mélancolie; et làdessus elles viennent h. s'imaginer qu'elles soBt dans un abandon mystique, et que Dieu les veut crucifier, au lieu que ce sont ellesmêmes qui s'attachent obstinément à une fausse croix » [Traité de f amour de Dieu du R. P. Massoulié, part. I, ch.. m).

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§ 3. — Exaspérations d^anteurs orthodoxes sur Tabandon.

9&. — Les exprcâsioos abandon à la volonté divine, laUser faire Dieu, ont un sens très orthodoxe. Mais souvent aussi elles entêté mal comprises; nous l'avons constaté précédemment. L'cxa9ér«ti*B consiste à croire que Y abandon doit exclure le désir {tn) et Teffort pereonnel ; et que laisser faire Dieu signifie laisser toiii faire à IHeu, ne plus s occiiper de rien, et non pas : accepter les maux que nous ne pouvons empêcher.

Les personnes dévotes goûtent souvent ces exagérations, soit parce que ces tendances au dépouillement répondent à leur immense besoin de générosité, soit parce qu'on leur présente ce genre de vertu comme le mojen rapide d'arriver à la perfection, soit enfm parce que, découragées à la vue de leur misère persistante, elles voient dans Tabandon outré le seul moyen de se supporter; c'est l'opiuni propre à calmer les désirs qui leur donnent la fièvre.

9«. — Ceux qui blâment ces dévotions mal comprimes peuvent passer pour ne pas estimer la conformité à la volooié divine. C'est là un nuaeBl«ada (1). Personne, que je sache, n'a jamais combattu une vertu aussi nécessaire, mais seulement ses exagérations qui nous viennent des quiétistes, et dont notre siècle n'est pas encore entièrement libéré.

Il est utile de faire la lumière sur ce point et de iiM)ntrer que des auteurs même orthodoxes, ont souvent été cause d'une mauvaise interprétation. Ils l'ont été de deux façons : par leur silence et par des phrases inexactes.

S9. — Et d'abord par leur oileMee. II ne fallait pas laisser aux lecteurs, souvent peu instruits, le soin de deviner les correctifs. Pour interpréter les mots abandon, laisser fnire, les ànies simples se laissent guider paresseus^uienl par le sens usité dans l'usage courant et pour les choses de Tordi'e naturel.

Or ces mots signifient alors : ne rien faire ^ n'avuir aucune ini-

fl) Bossii<n lui-! .(Irc: • I.'acu^ d'^ibandon, ccrivaii-

il. est exc*'II<'!it, i;. s demander la msaièiv dont vous

le faites, oon par aucuu Uoule »ui vou», iluu par rapporta d'autres p«rMOMSfut U font trét mat, et do la manière qui induit à tcnt«'r L'un • ^.'t.'trt du 12 août I6M à M-* d'Albert).

532 CHAPITUE XXVII.

liative, aucune résistance, môme permise. Exemple : on dit qu'on s'abandonne au chagrin, ou à ses passions, ou aux chances du hasard. On veut dire qu'on est inerte, livré aux événements, sans influer sur eux. De môme, quand un homme est victime d'une injustice, ou doit subir une opération douloureuse dans le corps ou dans l'âme, on lui dit : Laissez-vous faire y c'est-à-dire, ne bougez pas. Dans tous ces cas on parle d'inaction. Or, si ces mots éveillent de telles idées dans l'ordre naturel, il est impossible qu'il n'en soit pas de même quand on les applique à la vie spirituelle, à moins que les lecteurs ne soient mis en garde contre cette interprétation.

J'en dirai autant du mot amour-propre. Bien des gens, se fiant à l'étymologie, croient que cette expression s'applique à tout amour de soi-même, qui se trouve ainsi condamné en bloc. Le même motif leur fait croire que, par volonté propre, nous devons entendre toute volonté tant soit peu conforme & nos goûts; et c'est là ce qu'à tort on les amène à blâmer.

De très bons auteurs ne songent pas à prévenir ces malentendus. Ils peuvent dire : « Je n'ai énoncé aucune erreur ». Soit; mais ils n'ont mis aucun obstacle à des erreurs qui devaient se produire d'elles-mêmes. La longueur de leurs traités, la répétition incessante des mêmes avis rigoureux contribuent aussi à insinuer le sens fâcheux. Quand pendant trois cents pages (et parfois le double) on entend redire sans cesse : « Abandonnez- vous ! Craignez votre activité propre », on finit par ne plus oser agir. On a respiré une atmosphère de chloroforme. L'auteur ne l'a pas voulu ; mais l'efTet est produit.

De même on force la note, sans y songer, en employant certaines comparaisons, sans correctifs. Ainsi, on vous dit que l'âme doit être comme un instrument de musique passif entre les mains de l'artiste, qui en tire, sans son assentiment, tous les airs qu'il lui plaît ; ou comme les fleurs d'un jardin qu'un jardinier transporte à son gré ici ou là. Ces comparaisons sont acceptables, si on fait sentir qu'on ne doit pas les prendre à la lettre. Il ne faut pas, en les accumulant, laisser le lecteur sous l'impression fausse et rigoriste que Dieu veut nous traiter comme nous traitons leg objets inanimés.

Prenons pour exemple deux petits livres modernes. L'un est I^ Vœu d'abandon, par un Père franciscain, édité par YŒùivre

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(/e5*-Paî//(Paris, 6, rue Cassette, 1889). La liffue Franciscaine, de juin 1893, publia au sujet de ce livre une lettre adressée par le Révéreudissime Père Général des franciscains au Révérend Père Thomas, Ministre Provincial. Il ordonne « d'en empêcher la diffu- 8ion(i) et d'interdire la pratique des choses qui y sont contenues ». Et cependant il reconnaît que deux théologiens de l'Ordre, et un autre, dominicain, qui ont examiné cet opuscule « ont jugé qu'il ne contenait point d'erreurs ». Néanmoins ils l'ont trouvé « dangereux ». Si cet ouvrage ne formule pas d'idées inexactes, du moins il les éveille.

L'autre petit livre est La Retraite de dix jours sur l'abandon et l'Un nécessaire, par la R. Mère Marie de la Conception, carmélite d'Aix (Paris, Mignard, 2* édition, 1897). On y trouve quarantetrois métlitations et vingt lettres, toujours sur la même idée!! Sauf quelques phrases excessives, il n'y a pas là d'erreurs. Mais jamais un mot ne vient relever l'àrae écrasée sous le poids de ses devoirs et approuver quelqu'une de ses aspirations. Cet opuscule, qui serait excellent s'il y avait çà et là des correctifs, est absolument déprimant. On arrive à attribuer tout désir à « l'amourpropre », rival de Dieu. En revanche, je suis heureux d'ajouter que j'admire fort un autre ouvrage du même auteur : La Maîtresse des novices. Sur le renoncement, la mise au point y est parfaite, et les analyses d'àmes y sont d'une pénétration remarquable.

En résumé, il y a des choses dont notre esprit ne voit pas bien la conciliation, par exemple, l'abandon et l'initiative, la prédestination et la liberté humaine, ou encore ces deux qualités demandées par l'Évangile : la prudence du serpent et la simplicité de la colombe. Si ou loue, et avec insistance, une de ces choses, sans songer à faire allusion à l'autre, le lecteur sera amené à prendre pour une exclusion ce qui était simplement de l'oubli (2).

99. — Ainsi les auteurs engagent quelquefois dans l'erreur par leur silence. J'ai dit qu'ils ont de plus des phnis««i Tralntent •xngérée*. Le P. Ramière, ([ui a publié le manuscrit du V. de Caussade (remanié par lui après l'avoir été au xviii* siècle), l'avoue pour ce livre dans la préface de la grande édition : « Des hommes

(1) Le livre continue ponrUnt à se vendre. On m'a dit que la dame qui a payé l'impression, et se regarde comme propriétaire de l'édition, n'a pas voulu se soumeilre.

(2) S* Ignace met en garde contre ce» oublis dana ta régla 14 sur l'orthodoxie, à propos de la prédestination.

534 CH.iPrrRE XXVII.

instruits, qni avaient été consultés à plusieurs reprises », avaient trouvé des passages « qnï leur semblaient iiwracts et dangereux pour le commun des lecteurs » (p. 8). Il a fait, ajoute-t-il, quelque» retouches, mais « a laissé intacts bien des passages » qui étaient ainsi, « non s<xns quelque motifs taxés d'inexactitude ». H espère que le lecteur trouvera lai-même les copredifs (p. 13).

Je veux bien qu'il en soit ainsi pour des théolc^'ens. Sans y songer, ils corrigent et complètent mentalement certaines phrases. Aussi plus d'une fois, on en a vu louer certains livres qui depuis ont été condamnés, lis les avaient lus à travers leurs corrections bienveillantes. Mais il s'en faut que tout le monde puisse en faire autant (1).

J'aToue (jue, quand il s'agit de la plupart des laïques, ces exagérations ont peu d'inconvénient; parce que (passez-moi cette expression familière) ils ne prennent que le tant pour cent de tout ce qu'on leur dit sur ralmégation. Bien des personnes dévotes ou religieuses agissent autreinent, comme je l'ai constaté. Elles veulent à tout prix se sanctifier et prennent à la lettre les règles qu'on leur donne comme nécessaires.

'Z9. — Il y a souvent dans ce genre de livres une autre sorte d'exagération dont je n'ai pas parlé ci-dessus. Elle consiste à faire des promesses tref» belles. On vous annonce que l'abandon est la méthode la plus simple, la plus rapide, la plus puissante (2). Bref, on semble vous garantir la sainteté en trois leçons. Cetfe voie serait, en etfet, d'une grande simplicité si elle dispensait d'étudier en particulier et longuement les autres vertus, puis de s'y exercer toute la vie. Il y aurait économie d'intelligence et de volonté. Mais elle est surtout un artifice pour grouper ces vertus, en théorie et en pratique ; c'est un point de vue pour les envisager :

(1) Certaines lettres de direction contenues dans cet ouvrage montrent que les destinataires tombaient dans une sorte de désespoir. Cela se comprend, on leur répét&it à saXiélô qu'il taut eombaltre la nat«re, sans leur enseigner d'abord à distinguer entre la bonne et la mauvaise ; qu'il faut enlever • tous les appuis naturels • . Ces personnes essayaient alors de refouler toutes leurs aspirations naturelles, oiëme celles qui sojit voulues de Dieu et peuvent être surnaturalieées. Dans ce travail affreux et qui ne pouvait réussir, comment ne pas perdre la tête?

[t) Il est à rcîMarquer qne plusieurs quiétistes étaient si préoccupés de cette thèse qu'ils l'indiquaient même dans le titre de leurs livres. M"" Guyon intitule son premier ouvrage : • Moye» court et très facile pour faire oraison •; Malaval : • Pratique facVs pour élever Tàme à la contemplation • : Benoît de Canfeld : • Règle de perfection réduisant la vie spirituelle à un seul point, la volonté de Dieu ». En soi, il n'est pas mauvais de chercher à simplifier. Mats du moins faut-il réussir autrement qu'en apparence

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on trace daus sa conduite une grande ligne centrale, qui pourrait tout aussi bien être celle de Tamour divin ou de riiumilité, et à laquelle on ntttaclic cent autres pratiques, comme l arpenteur qui rattache à un axe arbitraire tous les points d'un vaste terrain. Mais ce n'est là qu'un progrès modeste comme simplicité et rapidité. C'est surtout de l'ordre.

A plus forte raison, il faut prémunir le lecteur contre cette illusion que l'axe central doit remplacer tout le reste ; en un mot, qu'il y a, pour la praticfue de la vie spirituelle, des maximes strictement universelles, dispensant de tout autre chose. Parfois, au contraire, on semble promeltre cju'en disant : Fiat, nous aurons évité les mille difficultés quotidiennes qui empêchent notre sanctification (1). Il en serait ainsi si Dieu nous dictait ouvertement, et à chaque instant, ce qu'il demande de nous. Il suffirait alors de répondre comme .Maiie : « Fiat mi/ii seciavium verbum tuum ». Mais, dans les décisions à prendre, ce n'est point là le cas normal. Il faut se passer de révélation directe, peser le pour et le contre. Là /iat, le laisser faire Dieu ne suffisent plus (2). S'en contenter, c'est renverser le plan divin, et dès lors manquer de conformité à la volonté de Dieu. Il faut le conserver seulement comme disposition générale par rapport à certains événements.

Hln régumé, il est faux que la doctrine de l'abandon remplace tout et suffi.se à tout.

Ce qui précè<le montre que, quand l'on concentre trop exclusivement SCS pensées sur une seule vertu, on est très expose à forcer la note comme théorie et comme pratique. Pour préserver cette vertu de tout excès, pour l'équilibrer, il faut faire appela d'autres principes et tout combiner avec prudence. Les quiétistes étaient préoccupés, mais exclusivement, delà soumission à l'action divine; ils ont abouti à l'inertie. De même, la Mère Angélique Arnauld

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s'éprit soudain de régularité et de mortification, mais elle ne sut pas comprendre qu'il fallait se pénétrer en même temps de douceur et de bonté, comme le lui demandait instamment S' François de Sales. Sa piété dégénéra peu à peu en une dureté atroce pour elle-même, et surtout pour les autres (1).

Z9 bis. — Les rationallNtea ont accusé les grands extatiques et notamment S' Jean de la Croix d'arriver à une telle passivité qu'elle mérite le nom d'automatisme. Dieu ferait ou paraîtrait faire tout en eux; ils ne feraient plus rien. De la sorte, ils arriveraient au même point que les quiélistes atteignent par leur systèn^e de la « motion divine ».

Rien n'est plus faux. Ce serait surtout le mariage spirituel qui prêterait à cette interprétation excessive. Or, en lisant S'* Thérèse, on voit que, dans cet état suprême, il n'y a pas plus d'automatisme qu'entre deux époux qui, par amour, se consultent sans cesse et se font une joie de se mettre d'accord. La sainte garde le plein exercice de son jugement; elle n'agit qu'en examinant les motifs. Elle travaille avec Dieu, au lieu de charger Dieu d'agir tout seul. C'est juste l'opposé de l'état et des doctrines de M"" Guyon. Aussi leur langage est tout différent.

Sur ce point on a mal compris certaines pages de S' Jean de la Croix. Si l'on prenait à la lettre ce qu'il dit au livre III de la Montée du Carmel, il semblerait qu'au sommet des états mystiques, on a compl<^tement perdu l'usag-e de la mémoire et de l'imagination. Dieu se chargerait de suppléer à cette perte énorme chaque fois qu'on en aurait besoin, c'est-à-dire à chaque instant. Mais alors il s'ensuivrait que, quand le saint, arrivé à ce degré, en écrivait longuement la description en deux traités, tous les mots de sa langue natale auraient été oubliés, mais rendus par Dieu un à un. Ni lui ni ses commentateurs n'ont cru à ce mécanisme transcendant. Son imagination non plus n'était point morte. Ses derniers livres renferment une profusion toute méridionale d'images. 11 emploie comme symboles les bergers, les forêts et bosquets, les cavernes, les fontaines, les grenades, les tourterelles, les cerfs, les éventails de cèdre, le vin, les parfums, etc. Sa rédaction n'apparaît nullement comme une dictée; il n'attribue pas eelte littérature touffue au Saint-Esprit, pas plus que ses interprétations

(1) Ce processus psychologique est finement analysé dans sa Vie publiée par Monlaur (Pion, 1901).

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très libres de l'Écriture sainte. Donc, d'après lui, la suppression de la mémoire et de l'imagination s'appliqne, non aux actions courantes, mais au temps de la haute contemplation et à des moments particuliers. Ce n'est point l'automatisme, la passivité universelle de M"* Guyon.

CITATIONS

§ 1. — Textes de quiètistes sur lear prinoip* fondamental : recherche da minimum d'activité.

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