II. LE FOND DE L'OUVRAGE. xix
de l'oraison mystique. Le P. Poulain n'a pas inventé cette contemplation acquise. Il montre que le mot existait déjà au xvii" siècle, et au sens oii il l'emploie; quant à la chose et à la distinction entre les deux contemplations, elle est traditionnelle, et se trouve nettement indiquée dans Richard de Saint-Victor (1).
2. L'usage, ou l'abus, que les quiétistes du xvii* siècle faisaient du mot et de la chose : du mot, en parlant de contemplation acquise par cessation de toute activité mentale; de la chose, en regardant cet état de contemplation acquise, comme la perfection suprême, dispensant de toute action et garantissant de tout péché ou imperfection (2).
Après ces notions préliminaires, l'auteur étudie, c. v et vi, la nature intime de l'union mystique, de l'acte ou de l'état mystique en tant que tels, indépendamment des diversités de degrés ou de manières d'être. 11 y voit deux caractères fondamentaux : la. présence de Dieu sejitie, se substituant à la pensée abstractive de Dieu; la possession intérieure de Dieu par une sensation spirituelle, analogue à la sensation corporelle (3). Cette analogie porte sur les cinq sens corporels, de sorte que les mystiques nous parlent couramment de vue spirituelle, d'ouïe spirituelle, de toucher spirituel, de goût et à'odorat spirituels. Il y a donc pour les mystiques comme des sens spirituels par lesquels ils touchent Dieu, goûtent Dieu, etc.
Dans les états inférieurs, ils se servent surtout des mots toucher, goûter, sentir ou respirer Dieu présent en eux; ils ne ^àrleni d'entendre, et surtout de voir, que dans les états supérieurs. Ce qu'ils veulent exprimer par là, c'est une connaissance expérimentale et concrète, différente de la connaissance abstraite que nous avons quand nous pensons à Dieu. Le Dieu ainsi senti est au dedans de l'âme, et c'est par introversion, par rentrée en soi ou recueillement profond, qu'on arrive à le sentir. De là le nom de sens intérieurs qu'ils donnent à ces sens
(1) Dans la neuvième édition, l'auteur a donné en Appendirr (ici, Appendice /), une liste d'auteurs qui ont parlé de la contemplation acquise, distincte de la contemplation influe. On a relevé quelques erreurs dans cette listi^; mais la doctrine du P. Poulain semble certaine. Dans cette neuvième édition, l'auteur a supprlraéf IV, 7, la ligne où il était dit que le mot contemplation acquise, se trouvait chez Denis le Chartreux, De fonte Ixtcis, c. vin; mais le renvoi restait indiqué à la Table des noms propres. Je l'ai supprimé.
(2) Il semble que le mot acquise n'ait pas tout à fait le même sens chez les quiétistes et dans l'usage courant. Pour nous, il signifie le résultat d'un cITort; pour eux, le don divin attaché à la cessation de tout eOTort, l'action divine se substituant une fois pour toutes à l'action humaine et couronnant cette cessation de toute activité, même de l'activité mystique.
(3) Il ne s'agit pas de sensation imaginalive, comme quand on voit, qu'on eDtend, qu'on goûte, qu'on touche, en imagination quelque chose de sensible aux sens corporels. Cette sensation Imaginative est sensible, non spirituelle.