II. LK FOiND DE L'OL'VRAGE. xvii
cité ou desimpie regard (1). Ces deux dernières, la dernière surtout, se rapprochent déjà beaucoup de l'oraison mystique, tout en n'ayant encore rien de mystique. On comprend dès lors que l'auteur en parle longuement; il les explique fort bien et les défend contre leurs détracteurs, tout en signalant les abus possibles. Les conseils donnés à ce sujet sont excellents et, sans avoir rien de quiétiste, réagissent contre les excès de ceux qui voient du quiétisme partout. Avant de quitter ce terrain de l'oraison ordinaire, l'auteur jette un coup d'oeil sur l'histoire de l'oraison mentale, rolevant des détails intéressants et signalant quelques erreurs courantes (2).
Après ces préliminaires, viennent les « notions générales sur l'union mystique «.C'est la deuxième partie. L'auteur commence, chapitre m, par distinguer, d'après la nature de l'objet qui se présente à la contemplation mystique, les grâces qu'il appelle indéiques (parce que c'est Dieu lui-mrme qui se manifeste et qu'elles font entrer dans la divinité) des grâces exdéiques, visions ou révélations ayant un objet différent de Dieu (3). Les premières sont les principales et constituent, à proprement parler, l'union mystique ou contemplation infuse.
Il distingue ensuite les quatre étapes ou degrés de cette union mystique, tels que les décrit sainte Thérèse dans le Château de Vante : union mystique incomplète, ou oraison de quiétude; union pleine ou semi-extatique, appelée par la sainte oraison d'union; union extatique ou extase {A)\ union transformante ou déifiante, généralement désignée
l'esprit et du cœur illuminés de foi et d'amour comme il se déroulait sous celui des disciples et des foules, et pour ainsi dire tout naturellement nous prenons dans ce contact familier avec le divin Maître s(^s pensées, ses sentiments, ses manières, sa vie. — Quant à la méditation, il n'y faut pas voir non plus une oeuvre de pur i-aisonneinenl. Elle aussi regarde, rélléchit, goûte, s'applique les vérités qu'elle contemple. TouU.^ l'àme se donne et s'y exerce normalement.
(1) L'application des sens, telle que l'entend saint Ignace, est à la fois oraison affective et de simple repard, mais sans se confondre avec aucune autre : elle est tui generis, et vaut d'être classée à part. Cette oraison se rapproche beaucoup de certaines oraisons mystiques, et il peut s'y mêler de vraies touches mystiques, comme aussi d'ailleurs dans la contemplation ou même dans la méditation. — Une remarque encore k ce propos. Les Exercices de saint Ignace sont éci-itê sur le mode ascétique, mais ils ont pu être faits par lui aur le mode mysliifv^, et le sont encore par beaucoup, qui souvent ne s'en doutent guère. Aussi bien ne se posait-il pas ces questions, comme nous nous les posons maintenant, et se préoccupait-il peu de ces distinctions.
' .!'■ suppose que La date 18(1S, n. WJ bis, doit être erronée. Faut-il lire 1688?
,.i i.es mots nu sont pas jolis; mais l'au^mr n'y regarde pas de si près. Coaame les scientifiques, il crée volontiers des U'rmes nouveaux pour exprimer dos chooM nouvelles ou des rap(>orts nouveaux. Il appuie le mot ind^ique sur l'autorité de Dante; mais je doute <|ue le mot d<' Dont*;, t'iiulia, en parlant du Sérapltin qui M plonge en Dieu, wit dans la même ligue de pensée.
(4) L'extase, en tant qu'aliénation des sens, n'est pas tant un fait d'ordre myi^
xvm INTKODUCTION A LA DIXIEME EDITION.
sous le nom de mariage spirituel. L'auteur voit dans les trois premiers degrés une môme chose, l'union divine, à l'état faible, à l'état moyen, à l'état fort. Dans la quiétude, l'esprit est uni à Dieu, mais l'imagination reste libre (1) : l'union est donc incomplète et les distractions sont possibles. Dans l'union pleine, l'imagination elle-même est prise, et il n'y a plus de distractions; mais l'action des sens n'est pas suspendue, et l'on peut, non sans effort, entrer en communication avec le monde extérieur, et sortir d'oraison (2). Dans l'extase, il y a, en outre, complète aliénation des sens, et tout mouvement volontaire est impossible.
Voilà donc, avant le mariage spirituel, trois degrés d'union bien distincts, quoique variables eux-mêmes en intensité et reliés entre eux par des transitions insensibles.
De ces trois degrés d'union, ne différant entre eux que par l'intensité, le mariage spirituel se distingue comme un état stable et constant^ faisant de toute la vie une vie d'oraison, et mettant l'âme en communion continuelle de pensée et d'action avec le divin Époux — bien que, ici encore, il y ait des variétés sans nombre.
L'auteur fait remarquer, et avec raison, semble-t-il, que beaucoup de mots, employés par les mystiques (oraison de silence, sommeil surnaturel, ivresse, jubilation, blessure d'amour, vol de l'âme, ravissement, etc.) ne sont pas des degrés successifs dans le développement mystique, mais plutôt différentes manières d'être des quatre degrés précédents.
Pour achever d'éclairer la route en expliquant les termes et classant les notions, il faut préciser les divers sens du mot contemplation, c. IV. On la définit d'ordinaire : Une vue simple et amoureuse. Mais que de variétés dans les applications ! Tantôt le terme est synonyme d'état mystique, tantôt il signifie l'oraison mystique, tantôt l'intuition acquise par l'exercice normal de nos facultés naturelles, etc. D'où nécessité d'une explication historique du mot. Notons spécialement deux choses :
1. La distinction, déjà ancienne, entre la contemplation acquise et la contemplation infuse, la première désignant l'oraison de simplicité, aboutissement normal de la méditation discursive, l'autre s'entendant
tique proprement dit qu'un épiphénomène ; mais l'oraison d'extase implique quelque ciiose de plus, dans l'union elle-même, que l'oraison (Tunion. Celle-ci est appelée union simple par opposition à l'union extatique, et union pleine par opposition à l'union de quiétude.
(1) Je suppose que l'action de la sensibilité est liée à celle de l'imagination et va de pair avec elle, mais l'auteur ne le dit pas.
(2) La possibilité de cet effort suppose que la volonté reste libre et peut agir sur les sens et sur les forces motrices.