Les deux hommes
On ne peut guère s'occuper du P. Poulain et Des grâces d'oraison sans penser au P. de Maumigny et à la Pratique de l'oraison mentale. Aussi bien la comparaison nous aidera-t-elle à nous faire une idée plus exacte et plus précise de l'ouvrage que nous rééditons.
Le P. Antoine Malvy a mis en vigoureux relief le contraste entre les deux hommes. Ancien professeur de mathématiques, lui aussi, à la rue des Postes et au scolasticat de Jersey, le P. de Maumigny, « homme d'une vertu très austère et très en garde contre les illusions possibles, parait avoir été entraîné un peu malgré lui à écrire... Il n'encourageait pas sans discernement l'appel aux voies extraordinaires, mais il passait, prés des témoins immédiats de sa vie, pour en avoir une expérience très personnelle... Le P. Poulain formait avec lui un contraste parfait. Sa connaissance des voies spirituelles se dissimulait sous une bonhomie charmante, où l'on retrouvait sans peine la finesse et la causticité de l'esprit normand » (1).
J'ai dit, au début de cette Introduction, ma conviction que le P. Poulain fut attiré vers les études de mystique par quelques expériences personnelles. Il semble avoir été, dès sa jeunesse religieuse, un curieux de mystique, « un chercheur de plantes spirituelles rares », comme dit le P. Malvy. Le P. de Maumigny se serait, je crois, fait scrupule de cette curiosité. Je ne sais s'il lut de bonne heure les mystiques; mais, s'il les lut, ce dut être pour un but pratique, d'abord pour son bien personnel (proût ascétique ou besoin mystique, je ne saurais le dire), plus tard par « les nécessités de la direction des âmes et du haut enseignement spirituel » (2) qu'il dut donner comme instructeur du troisième an de probation (second noviciat que saint Ignace a établi pour ses religieux à la fin de leurs études, avant de les lancer dans l'apostolat).
(1) RAM, 1920, I, 102. — Voir Le P. R. de Maumigny, par A. Hamon, lOil.
(2) Malvy, 1. c— Le P. Hamon croit que le P. de M. fut un grand mystique.