XL INTRODUCTION A LA DIXIÈME ÉDITIOM
iecluellc, comme l'admet le P. Alvarez, il faut conclure qu'elle n'est I>as la vision intuitive de Dieu; car, comme l'explique saint Thomas, aucune image créée, aucune espèce impresse distincte de Dieu ne peut nous faire voir Dieu en tui-méme, fade ad faciem.
2. Si, avec quelques mystiques, on regarde cette vision de Dieu comme pouvant être, en certains cas, une vision faciale, mais diminuée, il faudra conclure qu'elle est alors sans image. D'où vient qu'ello est, comme le dit la B. Angèle de Foligno, bien moins béatiflque que celle du moindre des enfants? Il faudra, semble-t-il, en chercher la raison du cOté de la faculté connaissante, ou plutôt de la lumière infuse à cette faculté pour la rendre capable de cette connaissance immédiate de Dieu. Cette lumière ne sera pas la lumière de gloire, mais une lumière intermédiaire, supérieure à celle de la foi, inférieure à celle de la gloire. On fait intervenir, en ce cas comme en des cas moins élevés, le don de sagesse ; mais nous avons fait remarquer que l'on affirme, plutôt qu'on ne l'explique, l'action de ce don (1). Le P. Alvarez de Paz dit ne pas savoir ce qu'est cette lumière, et le P. Arintero fait sagement remarquer qu'il ne faut pas vouloir enfermer h tout prix dans nos cadres humains les mille variétés de l'action divine.
Ce qu'il faut retenir, sur l'affirmation unanime des mystiques et des auteurs mystiques, c'est que, dans la contemplation, l'âme a quelque chose comme des sens spirituels, qui nous mettent en rapport avec les réalités concrètes du monde spirituel, comme les sens corporels avec celles du monde sensible (2). Ces sens spirituels ne sont pas des
(!) Les auteurs le font intervenir surtout pour expliquer l'élémeni affectif, savoureux ($apere) de la connaissance mj'stiquo. Voir n. il.
Ci) M. Saudreau a vivement combattu cette doctrine, non sans fausser quelque peu, me semble-t-il, la pensée du P. Poulain. Le sentiment de pre'sence divine peut, en un sens vrai, être mis à la base de l'état mystique, en tant qu'impliqué dans les ■ effets • divins qu'admet M. Saudreau. Or il y a, dans ce sentiment une certaine • perception • de Dieu, distincte de la connaissance abstractive ordinaire. De quelle nature est cette perception, c'est une question controversée; mais le fait est reconnu ou supposé par tous les mv-stiques. I^es explications que donnent ensuite ceux-ci, ne l'excluent pas : elles l'impliquent. Or M. Saudreau, qui cite nombre de textes où il est question de connaissance et d'amour, oublie souvent dans ses explications l'élément connai-tsance pour ne retenir que l'élément affectif .
A ce propos, il reproche souvent au P. Poulain d'avoir tronqué les textes. Le reproche est^il fondé quelquefois? Je ne sais; mais d'ordinaire il ne l'est pas. Le grand objet du P. Poulain étant de démontrer que les mystiques ont de Dieu une connaissance d'un genre à part, il arrête sa citation quand la preuve est faite, sans s'occuper de l'élément affectif, qui n'est pas mis en doote et qu'il étudie à part. Or toute l'attention de M. Saudreau se porte sur l'élément affectif. S'il se
m. ClUTIOLES ET CONTIIOVERSES. XLi
listincles : les « sensations spirituelles » sont des opérations
j^ - de nos (acuités ordinaires, connaissantes ou affectives. Il est
impossible de se donner à son gré ces perceptions, ces goûts, ces contacts, ces parfums ; impossible de leur procurer leur objet. Ce ne sont donc pas des sens naturels, s'exercant naturellement et à notre gré.
On ne se met pas soi-même dans les états mystiques : ce sont des états passifs plutôt qu'actifs. C'est pourquoi ils sont en rapport avec les dons du Saint-Esprit plus qu'avec les vertus. Car les dons, suivant l'explication de saint Thomas, sont mis en nous par Dieu avec la grâce et les vertus infuses, non pour perfectionner nos facultés en vue de l'acle surnaturel, — c'est le rôle des vertus — mais pour les rendre souples et maniables à l'action de la grâce, à la touche du Saint-Esprit.
Reste à compléter cette rapide mise au point des principales questions traitées par le P. Poulain en le comparant avec le P. de Maumigny, pour dire ensuite un mot du mouvement de ces études depuis la sixième édition (1909) et de leur état actuel.
contentait de le constater, ce serait parfait; mais son explication tend à diminuer ou à supprimer l'élément connaissance, soit en le fondant dans l'élément affectif soit en le ramenant à n'être que la conscience d'un effet purement subjectif, une joi»? iirofond'-, un amour délicieux, des goûts intimes. Il exclut donc de la vie proprement mystique toute connaissance expérimentale de la cause elle-même, de |ii. 11. Il ii(> rejette pas, il est vrai, la connaissance de Dieu par idées infuses; .-éserve pour l'état angélique, état extraordinaire, bien supérieur, selon
' mystique, qu'il regarde comme ordinaire. Cf. Arintero, 1. c, p. 51 et 56, dont on lira plus ba.s quelques extraits, n. 23. Le P. Arintero, qui fait écho à .M. S.iurlroau, finit par reconnaître que, malgré les excès du P. Poulain — tel qu'il ! [irès (et d'apri's?; M. Saudreau — il se rapproche plus de lui que de son
• ur. Cuestioiies mistican, p. (Xi,
POULAIN ET MAUMIGNY.