Gi'oupe ascéticO'mystique. M. Saudreau, etc
En lace de ce groupe, d'ailleurs fort peu homogène, il en est u^i autre, qui ne l'est guère plus, mais qui, en se réclamant de la tradition et des anciens maîtres, remet en question plusieurs conclusions que l'on se croyait en droit de regarder comme acquises.
M. Saudreau, que l'on peut regarder comme le leader ou le principal représentant de ce groupe, se refuse à reconnaître dans la vie spirituelle deux voies spécifiquement distinctes. Pour lui, toute vie spirituelle est destinée à s'épanouir normalement par un progrès continu depuis les premiers elTorts pour prier de cœur et nouer les relations intimes avec Dieu, jusqu'au mariage spirituel — quitte à regarder comme phénomènes accidentels, tous également accessoires et en dehors du courant normal de la vie spirituelle, non seulement les visions, révélations, prophéties, et autres grâces dites gratuites, mais l'extase ellemême. Aussi bien, M. Saudreau n'admet-il pas qu'il y ait, dans les états mystiques, cette connaissance expérimentale de Dieu, ce mode angclique de connaître sans images sensibles, par espèces intellectuelles infuses, dont parlent les théologiens mystiques (1). Les expressions des mystiques, très explicites sur ce mode spécial de connaître, qui leur semble à eux-mêmes si étrange dans leurs premières expériences, ne sont, à ses yeux, que des métaphores, des façons de parler. A plus forte
(l) M. Saudreau admet la connaissance par espèces infuses, mais il en fait i'apanagc de l'état • angéliqu** », qu'il distingue de IVtat • mystique •, celui-ci n'ayant selon lui rien de caractéristique qu'une pa.ssivité spéciale, d'ordre afTcctir, sans rien de particulier d.ins le mode intellectuel d'agir qu'un influi spécial de Iurai«'*rc, qu'il ne caractérise pas autrement. Cf. n. 40, 2.
xi.via INTRODUCTFON A LA DIXIÈME KOmON.
rmon, rêpouitse-t-il la rision sans espèce, immédiate et quasi intuitive, de ressence divine, admise par quelques théologiens mystiques, au moins pour le plus haut degré de contemplation (1), opinion qu'il semble parfois regarder comme inoonciliable avec les données de la foi. 11 poarettil taos merci le P. Poulain pour ce qu'il dit des « sens spiritaele », loi reprochant d'avoir par là fait de la connaissance mystique une sorte de Wston intuitive de Diea.
M. Saudreau aie sens profond des choses spirituelles et il met très bien en relief la passivité des états mystiques. Mais il se refuse à préciser daranti^e. Sans rien voir d'extraordinaire dans les oraisons inférieures à l'extase, il rejrarde comme mystiques non seulement l'oraison de quiétude, mais aussi celle de simple regard (que nous appelons contemplation acquise et que lui tient pour infuse) — non pas cependant l'oraison affective. Quant au.x états supérieurs, il les caractérise, sans autre précision, par une connaissance confuse de Dieu, dépassant notre intelligence, et par un amour intense dont la raison nous échappe. Pour lui, les mots « voie mystique, voie contemplative, voie unitive, voie parfaite » désignent tous la même chose; quant aux extases, visions, révélations, et autres phénomènes extraordinaires, ils ne sont pas directement dans la ligne de la vie mystique (2).
La différence entre lui et le P. Poulain (ou le P. de Maumigny) est, pour une bonne part, celle de l'imprécis au précis; il se contente des assertians un peu vagues des anciens, tandis que les deux Jésuites s'appuient sur les explications plus nettes de sainte Thérèse, de saint Jean de la Croix, des grands théologiens mystiques du xvii*' siècle (tels Alvarez de Paz, Philippe de la Très Sainte Trinité, Vallgornera, Antoine du Saint-Esprit), et plus encore sur les expériences et descriptions des âmes mystiques (depuis la bienheureuse Angèle de Foligno jusqu'à saint Alphonse Hodriguez ou Marine de Escobtr). On ne peut nier que ces descriptions ou explications permettent de préciser bien des choses laissées dans le vague, même par de grands auteurs mystiques comme Huysbrœck et fauler (3), ou par de grandes mystiques du moyen âge, comme sainte Gertrude, sainte Mechtilde, sainte Brigitte (dont les écrits nous rapportent surtout des
(1) liC F. Arintero, dont il va être question bientôt, ne caciie pu ses .sympathies l)Our cette opinion, limitée au plus haut degré de la contemplation mystique.
(2) Ce en quoi il serait d'ailleurs facile de s'entendre.
(3) Encore faut-ii reconoaitre que fiuysbrœck et Tauler sont très précis sur cerlaini poiots de premiéœ importaince et en plein accord sur ces points avec sainte Thérèse ei saint Jeaa de la Croix, aotasaoïeot sur la vue de Dieu daiis la connaissance mystique et sur Je caractère surhumain de cette connaissance. Voir la beUa étude du P. llugueny sur La doctrine mystique de Tauler.