V. ÉTAT ACTLEL DES ÉTUDES MYSTIQUES. lxv
condition nécessaire pour arriver à cette perfection, soit un de ses constitutifs.
Sur beaucoup de ces questions, non seuloment on ne s'entend pas, mais on a l'impression de vague dans les idées, de malentendus dans les discussions, de coups portés à coté. D'où vient cette confusion? En partie de ce que quelques-uns transportent sur ce terrain les divergences d'écoles et de systèmes théologiques. Et il y a là un défaut de méthode plus grave qu'il ne paraîtrait au premier abord, d'autant plus grave qu'il est inconscient: on croit parler de la grâce, telle que l'entendent l'Écriture et l'Église, et l'on parle de la grâce efficace au sens « thomiste >> du mot.
En partie des imprécisions soit du vocabulaire, soit des descriptions d'étals mystiques : les mêmes mots sont employés en des sens divers, les choses sont décrites en termes confus et vagues, qui ne conviennent ni soti ni omni.
En partie de ce que les procédés différent : les uns partent des principes théologiques et tant bien que mal y ramènent les faits mystiques; d'autres partent des faits pour les décrire, les classer, comme on fait pour une science à part, qui a son domaine propre, ses méthodes â elles, son langage spécial.
Comment remédier à cette confusion, comment simpliûer et ordonner les discussions? — Tout d'abord, il faut fixer et préciser le vocabulaire. — Puis, étudier sijslématiquement soit les doctrines soit les faits : par exemple, la doctrine de saint François de Sales ou de saint Bonaventure, les faux mystiques, si finement décrits et analysés par sainte Thérèse. — Sérier les questions, en commençant par celles qui commandent les autres : établir et vérifier les données avant de tirer les conclusions, etc. Ne pas rejeter à priori le principe du progrés, en voulant ramener sainte Thérèse à Denis le mystique, ou, en dépit de ses protestations, Tauler à saint Thomas. En un mot, procéder avec méthode, traitant les questions de théologie par les méthodes Ihéologiques, les questions de faits par les méthodes positives.
On ne peut que souscrire à des conseils si sages et si pratiques, en souhaitant qu'ils soient suivis, pour le plus grand bien des études mystiques (1).
(l) 1.0 P. de Guibcrt a publiiS dans la ItA.U, avril 1922, uno étude do terminologie pratif/u^, intitulée Trois dé/initiuus de Théologie m;/*lique, qui n^pond au programme ici tnicf, définissant les mots : contemplation acquise cl infuse, onlinaire et extraordinaire dans la voio de sainteté, appol éloigné ou prochain, suffisant ou «ffiiace, pour arriver à une entente sur les mots, indépendante des divers systèmes, éliminant de la déilnition nominale les éléments d'ordre systématique qu'y avait introduits le P. Garrigou-lAf^range.
Lxvi INTRODUCTION A LA DlXlr-ME ÉDITION.
Le P. Poulain, on peut le dire en toute vérité, avait fait ù l'avance, dans son livre, ce que demande le P. de Guibert : il avait choisi la méthode descriptive, il s'y est tenu.
Avant de présenter au lecteur cette nouvelle édition d'un livre quasi classique, je crois devoir ajouter aux conseils du P. de Guibert sur l'étude théorique, quelques remarques d'ordre pratique.