V. ÉTAT ACTUEL DES ÉTUDES MYSTIQUES. i^mii
sions qui s'imposent (1). Admettons que « de la comparaison entre ces deux ordres d'information... peut jaillir la lumière ». Mais pour cela tenons compte des faits, non moins que des principes : ce sont les faits qui viviflent et nourrissent les principes. Les anciens ont tracé les grandes lignes de la Théologie nv/stiqw; mais il reste place pour des études de .Vijstique expérimentale, à laquelle ressortissent la plupart des problèmes actuellement débattus. Pour les résoudre, il faut regarder les faits mystiques en eux-mômes et pour eux-mêmes, sans les tirer à des idées préconçues, sans les ranger dans des cadres tout faits. Il faut procéder comme dans les sciences d'observation, tout en éclairant et guidant nos études par la lumière des principes et des données acquises. Il faut traiter la mystique expérimentale comme une science spéciale, subalterne de la théologie en ce sens qu'elle lui emprunte ses principes, non en ce sens que les principes suffisent à trancher les questions de fait (2).
26. Problêmes actuels et questions de méthode^ d'après le P. J. de Guibert.
C'est à ce travail que le P. J. de Guibert convie les spécialistes des études mystiques dans un article de la^.AJ/, « .1 propos de la contemplation mystique », en les mettant en garde contre les généralisations hâtives, contre les idées préconçues, contre les applications à une science in fieri des principes d'une science tout autre. Le sous-titre, Problèmes actuels et questions de méthode, indique l'objet propre de son travail.
.Vprés avoir constaté la luxuriante floraison de littérature mystique, dont nous sommes les témoins, il signale les profondes divergences de vues entre hommes « versés les uns et les autres dans la pratique de la
(I) J'ai reconnu, il ost vrai (voir n. 'Jù), et j'aime à reconnaître que l'éminent
théologien a très bien répondu à mes questions et oltjections. Mais je n'ai pas eu
le sentiment que la construrtion, si splendide soit-elle, porte sa preuve avec elle.
' <"i M. 40, 13* et M". — Sans vouloir être une syntiiése, au sens pi-opre du
lie «'tudc du l'. de <irandmaison sur L'élan »t]/<><<v«« doit être signalée
i nt comme donnant une vue fjénérale des principaux problèmes à
résoudre en mystique, et offrant des aperçus justes cl profonds qui peuvent aider
à la solution. — A signaler aussi les savants travaux de Dom Mager, OSB, qui.
sur des point» importants ouvrent des voies nouvelles à la recherche, ceux
notamm<?nt où il montre les spéculatifs du moyen Age déviant quelque peu, dan.«
leurs théories de la vie chrétienne, de la direction pauliniennc et joannique
laquelle ramenait la vie chrétienne à la vie du Christ en nous et i^ notre vie
on lui), pour donner, dans la théorie de cotte vie, à la suite «le Denis et des
Néojdaioniciens, une inriucnce pi*épondérante ^i l'asot'ct contmnptation.
iM^ INTRODUCTION A LA DIXIKME ÉDITION.
direction et dans la connaissance de la littérature ascétique et mystique, ayant les uns et les autres une longue pratique personnelle de la vie intérieure, parfois de la vie mystique». Au lieu d'« ajouter un numéro de plus à la liste déjà si longue des théories proposées », et de vouloir résoudre des questions qui ne lui paraissent pas mûres, dont la position môme est débattue, il voudrait « préciser le point exact du débat, délimiter les problèmes réels, en les distinguant des questions de mots, marquer d'où vient la confusion que tous constatent dans ces discussions, indiquer quelques-uns des moyens qui paraissent de nature à éclaircir et faire avancer le débat » (331). Travail de méthode, on le voit, et qui demandait d'être fait.
Laissant de côte les questions de conduite pratique et à' application ,^ il se borne aux problèmes théoriques, qu'il ramène à trois principaux : « 1. Quelle est la nature des états mystiques? — 2. Y a-t-il une frontiêre,un seuil qui les sépare d'états plus ordinaires, moins élevés, et où faut-il placer ce seuil? — 3. Qui est appelé à le franchir? peut-on parler de vocation mystique, comme d'une vocation particulière dans le chemin de la perfection chrétienne? » (331).
I. Nature et constitutif des états mystiques. — Après avoir signalé quelques solutions concrètes, fort différentes entre elles, l'auteur, en schématisant beaucoup, comme il en fait la remarque, ramène les réponses à quatre types, ayant chacun des variétésnombreuses :
. a) Connaissance spéciale, infuse, de Dieu et des choses divines.
b) Amour in fus, produit par l'âme sous une action plus immédiate et plus puissante de Dieu l'attirant à lui.
c) Passivité plus grande de l'âme, plus agie qu'agissante.
d) Attention simple et amoureuse à Dieu, L'auteur y ramène l'opinion du P. Lercher, et autres, qui semblent identifier l'état mystique avec lavoie unitive. Cette opinion pourrait faire une cinquième catégorie.
II. Où commence, à proprement parler, la vie mystique, au sens strict du mot? — On est d'accord pour en exclure la méditation discursive et l'oraison dite affective; d'accord aussi pour y mettre les états supérieurs d'oraison, y incluse l'oraison de quiétude. On se partage sur l'oraison de simple regard, sur l'existence d'une contemplation acquise, qui ne soit pas mystique, d'états psychologiquement mystiques purement naturels.
III. Quel rapport y a-t-il entre la vie morale, ascétique, et la vie mystique? Entre le progrès en sainteté et les grâces d'oraison? — La grosse question à cet égard est si les états mystiques sont le terme normal de toute vie intérieure fervente, si la perfection chrétienne peut se trouver sans les états mystiques, ou si ceux-ci sont soit la