Distinction entre Vascétique et la mystique
L'accord est fait, semble-t-il, sur la distinction à faire entre la théologie spéculative, la théologie historique, la théologie pratique, et divisions semblables. 11 semble qu'il pourrait se faire également pour la théologie morale et la théologie ascétique ou mystique. Ce ne sont pas des disciplines adéquatement distinctes; mais il faut bien les distinguer en pratique, pour n'avoir pas toujours à refaire le môme travail. Les principes de la morale spéculative sont admirablement posés, discutés, coordonnés dans la l'a*" de saint Thomas, et appliqués, dans la 2* 2", aux principaux objets de la considération théologique. C'est chose acquise, et le moraliste, non plus que le catéchiste, n'a pas à les remettre en question : il n'a qu'à les utiliser, en les rappelant, et à les appliquer. En morale, le casuiste n'a pas à établir les principes : il n'a qu'à s'en servir dans l'application pratique. L'ascétique diffère de la morale en ce qu'elle n'a pas à s'occuper du licite ou illicite, mais de l'exercice pratique des vertus, de la direction vers le mieux. L'ascétique et la
(1) Ces papes n. 27-37 (avec addition du n. '•) ont déjà paru dans la R.\M. Janvier Utti. La doctrine du n. 27 a »Hé rriliquée par le H. P. Garrigou-Lagrange. Ce qui a donné liou à une courte explication, complétant une note.
(2) Il n'est plus question ici du trait spécifique qui distingue la vie mystique de la vie surnaturelle ordinaire. De cela il a été parlé plus haut, n. 10-12, où l'on proposait de donner comme trait spécifique do celte vie la conscience du surnaturel en nous.
lAviii INTRODUCTIOX A LA DIXIÈME ÉDITION.
mystique ne doivent-elles pas se distinguer à leur tour? L'une a pour objet principal notre action sous celle de Dieu, l'autre l'action de Dieu en nous. L'ascétique n'aura pas à étudier spéculativeraent et pour euxmêmes ni le jeu de notre activité psychologique, ni le concours divin, mais à se servir de ce que l'on en sait pour diriger la vie ascétique; la mystique n'aura pas à refaire la théorie de la grâce, des vertus, des dons, etc., mais à s'en servir pour expliquer les faits mystiques dans la mesure où ils seraient du ressort de la grâce, des vertus, des dons. L'auteur ascétique dira, par exemple : Priez, et mettez partout la prière; car vous ne pouvez rien sans la grâce, et la grâce n'est assurée qu'à la prière. 11 dira d'autre part : Agissez pour correspondre à la grâce; car si la grâce agit parfois sans nous, il est sûr qu'elle ne nous sanctifiera pas sans nous. Ces principes s'appliqueront dans l'ordre mystique — d'autre façon peut-être — mais Vaclion du mystique est soumise aux lois générales de l'ascétique. Je dirais plus. Mystique et ascétique sont comme deux aspects de la même vie spirituelle : l'ascétique regardant cette vie en tant qu'elle est notre effort personnel ; la mystique, en tant qu'elle est l'œuvre de Dieu en nous. Les deux disciplines sont donc inséparables ex parte objecli; mais elles sont distinctes, secundum diversam objccti considfrationem. Et qu'on le note bien, cette considération distincte a pour corrélatifs des objets formels distincts, irréductibles l'un à l'autre in eadem linea. D'où la distinction à maintenir entre les deux sciences, l'une ayant pour objet l'homme moral et surnaturel en tant qu'agissant, l'autre en tant qu'a^ii ou patient (1).
(l) En ramenant ainsi la mystique à l'étude de la vie surnaturelle en tant qu'elle est passive, je n'oublie pas ce que j'ai dit plus haut, n. 12, sur l'étal mystiqno comme spécifié par la cotucience du surnaturel en nous. Là il s'agissait de la dilTéreacf spécifique constitutive de l'état mystique au sens plein et précis du mol. Or la passivité seule ne constitue pas celle diftérence; car il y a une part de passivité dans toute activité humaine (sous l'action de la cause seconde ou de la cause première), il y en a spécialement dans toute activité surnaturelle^ (sous l'action de la grâce); mais l'objet propre de l'étude raystiquf n'est pas toute passivité surnaturelle, mais seulement la passivité consciente du surnaturel en tant que toi, ou, ce qui revient au même, l'état surnaturel et les faits surnaturels en tent qu'ils tombent sous la conscience. Toute vie surnaturelle est mystique, au sens objectif du mot, en tant que constituée par des réalités surnaturelles inaccessibles, comme telles, à notre raison et à notre conscience naturelles ; mais seule la vie surnaturelle, en tant qu'elle tombe sous la conscience, est mystique au sens plein et précis, au sens spécifique du mot. — Le K. P. Garrigou-Lagrange nie péremptoirement qu'il y ait là aucune dualité d'objets formels, L VS, mars 1922 p. 473. Aucune dualité non réductible à l'unité supérieure des principes de la théologie spéculative, soit ; aucune dualité, si on les regarde praecitive en elles-mêmes, comme sciences spéciales de la vie spirituelle, subalternées l'une et l'autre à la théologie, mais distinctes l'une de l'autre, en tant que sciences particulières, étudiées pour elles-