VI. QUESTIONS ET REMARQUES PRATIQUES. Lxnc
Kien d'étonnant, dès lors, qu'il y ait à parler, dans les deux disciplines, de voie [on vie) purgative, iHuminative, unitive; mais autre est la purification ascétique ou active, autre la purification mystique ou passive, et ainsi des autres voies. Il ne faut donc pas ramener, sans distinction ni explication, la voie unitive à la vie mystique, non plus que la voie purgative à la vie ascétique. Tout en réservant, si l'on veut, à l'union mystique une perfection surhumaine, à laquelle on n'arrive pas par los voies ascétiques, qui sont des voies de perfection humaine, où l'on opère à la façon humaine (sous la grâce bien entendu) ; mais en remarquant aussi que cette perfection de l'action ou du mode d'opérer (suivant qu'il est platùt humain ou divin) n'est pas propre à la voie unitive, mais qu'elle se trouve également dans la voie purgative et dans la voie iHuminative.
Gest donc unir des choses disparates de ramener la voie purgative à la vie ascétique et la voie unitive à la vie mystique. Chacune des deux vies a ses trois étapes, ses trois moments, ses trois aspects (car il ne s'agit pas uniquement de succession dans le temps), et c'est supposer ce qui est en question de prendre pour acquis que les virtutes purgati animi sont les vertus des états mystiques.
La distinction entre les voies ascétiques et les voies mystiques est donc, pour une bonne part, une distinction dans le mode d'opérer. Dans les unes comme dans les autres, l'action est de Dieu et elle est de nous; dans les unes comme dans les autres, l'acte est surnaturel; mais dans les unes, il est suivant le mode humain, Dieu mouvant l'âme à la façon de l'action humaine ; dans les autres, il est suivant le mode divin. Dieu la mouvant à la façon divine.
C'est dire en autres termes que, dans les voies ascétiques, nous sommes plus actifs que passifs ; dans les voies mystiques, plus passifs qu'actifs.
On peut ajouter, si l'on veut, que dans les premières, l'action est suivant le mode des vertus; dans les autres, suivant celui des dons. Mais sans supposer pour cela que les dons n'interviennent pas dans l'action ascétique, ni les vertus dans l'action mystique.
28. Ascétique des voies ordinaires et ascétique des voies mystiques.
On peut dire en un sens vrai qu'il y a ou qu'il n'y a pas deux ascétiques chrétiennes. 11 n'y en a qu'une, celle de r£vangile, laquelle ne
m«'^roe«, je le nie. Qui ne sait que toutes les sciences, à mesure qu'elles progreaent et pour progre«<er plujs librement, ont besoin de se spécialiser en se distinguant et précisant leur olijet f
ixx INTRODUCTION A LA DJXIÉME ÉDITION.
fait que compléter l'ascétique humaine ou philosophique, en l'élevant, en la soulevant, en la rattachant non à la loi de la nature humaine, ni à un idéal abstrait, mais au commandement positif de Dieu ou de Jésus, à l'exemple du divin Maître ou du Père céleste, aux exigences de la grâce plus abondante et de la vie divine en nous. 11 y en a deux ou plusieurs suivant les voies où peut se trouver l'âme, suivant les degrés où elle est arrivée, suivant les appels ou exigences spéciales de la grâce pour chacun. Il semble meilleur, plus vrai et plus sûr, plus pratique aussi, de dire qu'il n'y en a qu'une, celle de la lutte et du renoncement par amour, afln d'établir le règne de l'amour, impliquant la prière pour obtenir la grâce et l'effort pour utiliser la grâce, le tout suivant les intentions divines et dans la conformité à la volonté de Dieu. On sait que les quiétistes et autres faux mystiques ont compris les choses autrement; mais ni Dieu ni son Église ne dispensent personne de la pratique des vertus, de TelTort contre soi-même, du renoncement, de l'imitation de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de la patience à porter sa croix avec lui et comme lui.