Conseils de discrétion
A cette influence, favorable ou défavorable, du milieu ou des personnes, il faut rattacher le conseil — sur lequel on ne saurait trop insister — d'extrùme discrétion en ces matières. Le conseil s'applique spécialement aux directeurs d'âme, aux supérieures de religieuses; mais il regarde tout le monde. Plus on est discret en ces matières
— qu'on soit pour ou qu'on soit contre — mieux cela vaut.
11 n'est pas bon pour les âmes mystiques de sentir qu'on s'occupe spécialement d'elles, qu'on parle d'elles entre soi. Plus elles s'oublieront, mieux cela vaut. El elles s'oublieront d'autant plus facilement qu'elles seront davantage traitées comme tout le monde. Tout cela, bien entendu, sans aucune affectation; car cette affectation elle-même serait déjà un traitement spécial, qu'elles sentiraient bientôt.
Même chose pour les épreuves spéciales. Il faut d'ordinaire laisser à Dieu le soin de les éprouver. La main humaine y est trop gauche
— et puis elle n'a pas la grâce k son gré.
Lxxir INTRODUCTION A LA DIXIKME ÉDITION.
Il faut qu'elles s'ouvrent — et donc qu'elles aient à qui s'ouvrir. Elles ont d'ailleurs, pour savoir avec qui elles peuvent parler, avec qui elles doivent se taire, un instinct merveilleux. Mais qu'elles ne sentent pas la curiosité. Tout en les aidant quelquefois à parler — c'est parfois si difficile pour elles — qu'on ne bavarde pas de ces choses divines. Il faut bien en parler; mais, même dans les cas de nécessité pratique, qu'on en parle peu et rarement. Qu'on laisse, suivant la belle formule de saint Ignace, « le Créateur agir avec sa créature », et qu'on n'intervienne que le moins possible : autant que l'imposent les nécessités de la direction, pas plus.
En particulier, je ne saurais approuver sans réserve ces écritures sans fin, exigées parfois ou encouratjées par les directeurs sans raison suffisante. Il est vrai, sans ces exigences ou ces encouragements, nous saurions moins peut-être des merveilles de l'action divine dans quelques âmes admirables. Mais, en retour, que d'âmes faussées! Que de bavardages au gioins inutiles! Le dirai-je? Je ne suis pas sans inquiétude en voyant se vulgariser ces études mystiques. Cette vulgarisation a ses avantages — surtout, si je puis dire, pour les âmes non mystiques, pour les écrivains ou directeurs qui s'occupent de ces choses en vue des autres — mais que les âmes mystiques s'en occupent le moins possible, pas du tout pour s'en occuper; que les âmes qui s'y cherchent prennent garde à l'illusion : elles s'y trouveront, et non au bon sens du mot.