VIII. EXPLICATIONS COMPLÉMENTAIRES. xcui
divisé dans l'ordre inférieur est un et simple dans un ordre plus élevé, omme Denys le répète souvent. »
Oui ne voit qu'il y a là beaucoup de vague, et partant de malentendus? Avant de répondre si l'état mystique est ordinaire ou extraordinaire, il faut s'entendre sur la définition des mots. Or l'entente n'existe pas sur ce point (1). Nul, que je sache, ne met en question ce que Denis, saint Augustin, saint Thomas ont pu dire sur la mystique; mais pour croire que ces grands maîtres ont résolu les questions qui nous préoccupent aujourd'hui, il faut d'abord savoir s'ils se les sont posées. Mettons qu'ils ont vu les choses d'en haut et que nous les regardons d'en bas. Nous nous inclinons devant ce qu'ils nous disent en regardant d'en haut; mais nous pouvons constater aussi qu ils n'ont pas résolu les questions que nous nous posons en regardant d'en bas.
Je ne nie pas que ces grands maîtres aient été de grands mystiques, ni qu'ils aient donné, au moins implicitement, les prmcipes de Ja théologie mystique, ne fût-ce qu'en décrivant le plein épanouissement de la vie humaine d'après les anciens, ou de la vie surnaturelle et chrétienne d'après l'Écriture et la Tradition; mais le H. P. lui-même ne prétend pas sans doute qu'ils aient voulu faire ex professo des traités de mystique expérimentale.
l± Quant à la systématisation scientifique des données et des principes, le H. P. et LVS y apportent journellement des contributions méritoires, auxquelles j'applaudis de grand cœur. J'y applaudirais davantage encore n'était la tendance du U. P. à confisquer pour soi saint Thomas et les anciens, comme si les anciens et saint Thomas avaient pris parti dans les questions qui nous divisent.
Ce qui fait peine, c'est de voir introduire en ces matières des disputes théologiques où la mystique n'a rien à gagner. A ce propos, j'ai fait allusion, Introd.f n. 26, à un article du R. P., où parlant de la grâce, il l'entend et l'explique au sens spécifiquement thomiste. Sur ce, le U. P. n'part en guerre, p. 474-i80. Certes, je me garderai de renouveler ici le débat thomislico-moliniste. Mais qui croira que ces querelles d'école aident au progrès de la mystique, et les insinuations qui les accompagnent à la bonne entente et à la charité?
13. Le U. 1*. relève, p. 470, quelques paroles de moi dans la RA,
• déc. 1021, p. 351-352. Je reconnais que, aux endroits cités, ma plume a quelque peu trahi ma pensée, et j'ai retouché mon texte, n. âr> fin.
l) Pour lo mol mystique, je l'ai déjà dit, n. 10, 2; cf. n. 10-12, n. 22, etc. Poar s mou ordinaire et eulraoniinaire, voir J. de Guibeit, Trois Jéfiniliont, I, c.
xciv INTRODUCTION A LA DIXIÈME EDITION.
lA. Je n'ai jamais prétendu faire de la Mystique une science indépendante de la Théologie, ni de la Jliéologie mi/stique une « science tout autre » que la Théologie. J'ai retouché ou expliqué à ce sujet ce qui choque le R. P. Je lui donne raison, ou peu s'en faut, pour ce qui regarde la Théologie mystique; mais de la Théologie viystique, je distingue la Mystique expérimentale, que je regarde comme science subalterne de la Théologie (ut Musica Arilhmeticae), qui est une science d'observation, comme la Psychologie expérimentale h. côté de la Psychologie métaphysique. Voir l'explication ajoutée au n. 27, note. Puissent ces explications et précisions aider à une entente si désirable!
45. C'est bien, en effet, le R. P. que j'avais en vue, n. 20, en parlant de l'auteur qui, traitant de la grâce, entend la grâce thomiste. On a beau se croire sûr de ses opinions. Quand l'Église, qui a une doctrine très claire sur la grâce, défend d'identilier avec cette doctrine de la communauté chrétienne et de l'autorité enseignante ni le particularisme du système thomiste, ni celui du système moliniste, nous n'avons qu'à respecter ses défenses.
46. Suivent p. 476-479, des développements où je ne vois rien qui me concerne, ni directement les questions de mystique. J'arrive donc à la fin de l'article, dont je transcris la dernière phrase, en la faisant pleinement mienne : « Il ne suffit pas de lire attentivement et de méditer les œuvres du grand Docteur, il faut le prier, pour qu'en nous donnant sa sérénité habituelle, il nous obtienne la grâce de comprendre ce qu'il y a de plus élevé et de plus vivant dans sa doctrines ce qui est de nature à porter les âmes vers Dieu et à ouvrir au plu, grand nombre les voies de l'intimité divine. »
J.-V. Bainvel.
Paris, 4 août 1922, en la fête de saint Dominique.