Gerson {Sur le Magnificat
Il explique la sapientia christianorum dont parle Denis le mystique : « Il reste une difficulté, et c'est la seule. Il faut expliquer comment on expérimente l'union [avec Dieu]. Nous pouvons dire que cette union expérimentale est une perception simple et actuelle de Dieu, provenant de la grâce sanctifiante, laquelle commence ici-bas et se perfectionne au ciel par la grâce consommée. C'est donc un avant-goût de la gloire et un gage de la félicité éternelle... On arrive ainsi à une définition exacte, condensée, de la théologie mystique, en disant : C'est une perception expérimentale de Dieu » (Tr. 7, ch. n).
Voir au chapitre suivant (n* 45). une autre définition analogue du même auteur.
9B. — Le V*"* Jean de Saint-Samson :
« La théologie mystique, prise en son essence, n'est pas autre chose que Dieu ineffablement perçu » {Maximes, édit. du P. Sernin, ch. rxi)-
37. — Philippe de la Sainte-Trinité, décrivant l'union mystique en général qu'il appelle le commencement de la béatitude céleste :
1* « Les hommes parfaits trouvent ici-bas ce commencement dans l'union intime avec Diou, qui leur donne à la fois une connaissance expérimentale de sa présence et un amour qui en jouit » {Summa..., pars III, tr. 1, dise. 1, art. 5).
2* « L'union actuelle fruitive (1) est l'effet ou l'acte de la charité, non pas de
(1) Un très fçrand nombre d'auteurs donnent i l'union mystique le nom d'union frulUve. Hr là ils Teulent indiquer qu'on jouit de Dieu et de sa présence, et ils veulent marquer que ce n'est pas seulement une union de volonté et d'amour.
celle qui tend vers Dieu absent, mais de celle qui adhère k Dieu présent; le premier acte ne serait que du désir; le second est un rassasiement, une frui- Uon » (pars III, tr. 1, art. 4).
as. — Deux visions de la V"* Marine d'Escobar :
!• Vision de l'échelle divine : « Un jour, je vis une échelle qui partait de la poitrine de Jésus-Christ, présent au ciel, et qui descendait jusqu'à terre. En haut, elle était très étroite, et, en bas, très large. Je tâchais de détourner mon attention, craignant d'être trompée par mon imagination; mais, plus je faisais d'efforts, plus Dieu insistait pour m'obliger à voir. Cette échelle semblait d'un or très pur; ses barreaux étaient resplendissants; et je compris qu'elle représentait le ciel. Une multitude d'anges montait et descendait par ces degrés, et d'autres l'environnaient. Tous les degrés étaient couverts par les âmes des bienheureux; partout, en bas, au milieu et en haut. Toutes jouissaient de Dieu suivant leurs mérites... Près du degré inférieur, je vis aussi des âmes, en bon nombre, qui vivent encore sur la terre, et qui, par la contemplation, joumenf de ces biens étemels, dans la mesure possible ici-bas. Il y avait plus de femmes que d'hommes » (t. 1, 1. III, ch. n, § 5, année 1622).
2* Vision du banquet : « Soudain je fus conduite à la Jérusalem céleste, où je vis des tables dressées par les saints anges, avec une rapidité et une adresse admirables. Elles étaient élégantes et brillantes au delà de tout ce qu'on peut imaginer. Les élus y prirent place. Je vis d'une manière spirituelle et mystérieuse que la nourriture offerte dans ce festin était Dieu lui-même. Un nombre comme infini d'anges et d'âmes bienheureuses y puisait la force et la joie. J'observai en outre des milliers de détails qui me transportaient d'admiration.
« En particulier, j'aperçus, courant sous les tables, de tout petits animaux, comme des petits chiens, jolis et gracieux au possible. Ils portaient tous le nom de leur maître; de même qu'un chien mignon (1), cher à une reine, porte écrit sur son collier qu'il appartient à cette princesse. Ces gentils petits chiens recueillaient avidement et avec grande délectation les miettes qui tombaient de la table sacn'e. Je compris très nettement que c'était Dieu lui-même, qui, d'une façon, tombait ainsi en forme de miettes pour nourrir et réjouir ces jolis petits animaux.
« La fêle terminée, un ange se précipita pour chasser ces petits chiens. Mais la divine Majesté lui dit ; « Arrête-toi, mon ange, ne les force pas à partir; je teux qu'ils sortent content». » L'ange obéit volontiers et orna chaque animal d'un collier et d'une couronne, qui augmentèrent sa beauté. Alors vinrent des troupes d'anges, qui prirent chacun leur chien dans leurs bras; tout joyeux, ils les couvrirent de caresses et les rapportèrent sur la terre.
« Je regardais ce spectacle avec un mélange de joie et de surprise. Évidemment Dieu ne s'était pas donné en nourriture à de vrais animaux. Mais je me demandais si c'étaient des âmes réelles, ou une scène symbolique. Alors Dieu, dans sa bonté, me fit comprendre que, par là, il avait voulu nje montrer les âmes contemplatives d'ici-bas, qui mcllcnt tous leurs soins à lui plaire, et qu'il soutient par une nourriture céleste. Elles n'éprouvent qu'une faim : connaître la divine Majesté; elles n'ont que du dégoût pour tous les biens et salisfactionf
(1) Dao» le t«xt« «tpagnol : ptrriUo de falda, cblon d« maochoa.
m CHAPITRE V.
terrestres. Le Dieu très miséricordieux, qui se laisse trouver par quiconque le cherche avec tant de persévérance, leur accorde en celle vie quelques miellés de consolations et délices dont les bienheureux jouissent avec abondance dans la pairie. Ces âmes d'oraison montent ainsi au ciel, d'une certaine manière, par leur contemplation, puis elles redescendent sur la terre, quand leurs anges gardiens les ramènent à leurs œuvres extérieures, pour le service de Dieu. Ces oeuvres, à leur tour, leur font acquérir des mérites qui provoquent des ascensions plus nombreuses et plus glorieuses » (l. II, 1. II, ch. xxx).