‹ Des grâces d'oraisonChapitre 85 sur 199 · Le P. Nouet {/ji conduite de l'homme d'oraison · texte numérisé non relu

Le P. Nouet {/ji conduite de l'homme d'oraison

Après avoir parlé de la présence active de Dieu, qui dépend, « en quelque façon, de l'industrie et de la volonté de l'homme )>, il ajoute qu'il y a « une présence de Dieu passive, mais passagère, et une présence de Dieu passive habituelle et par état. Quant à la présence passagère, lorsque l'âme en est gra-

tifiée, ce nest point par son choix, ni par son travail, mais par une lumière surnaturelle qui liii est infuse quand elle y pense le moins. Quelquefois entrant en loraison ou dans quelque autre exercice, avec sécheresse et dt-goût, après avoir souffert cette peine, elle s'aperçoit tout à coup que l'époux est présent, et celte présence, dont elle a grande certitude, lui cause un amoureux et respectueux tremblement... Souvent cette vue la lient dans une amoureuse admiration, et souvent aussi ses puissances demeurent prises comme d'un doux sommeil, dans lequel elle goûte des délices incroyables... On voit par là combien cette visite de l'époux est souhaitable, quand elle ne durerait qu'un quart d'heure; mais quand elle est stable et par manière d'habitude, elle est beaucoup plus précieuse... Cette présence [passagère ou non] s'exerce en s' apercevant, en sentant, et connaissant avec certitude que Dieu est dans l'âme et que l'âme est dans Dieu » (1. IV, ch. vi).

«». — Scaramelli {Direct, myst., traité 3) :

« L'oraison infuse de repos n'est autre chose qu'un certain calme, un repos et une suavité intérieure, qui natt du plus intime et du profond de l'âme, et quelquefois déborde sur les sens et sur les puissances corporelles, et qui prov'. 1 1 de ce que l'âme est placée près de Dieu et sent sa présence. Le lecteur ne

Il pas s'imaginer que ce degié d'oraison provient de quelque acte de simple foi produit par les secours de la grâce ordinaire, et en vertu duquel l'âme croie que Dieu est présent : parce que cet acte, ainsi qu'il est manifeste et qu'on le prouve par l'expérience, ne saurait produire les grands effets de repos, de suavité et de paix, que nous avons indiqués. Cela provient du don de sagesse, qui place lame près de Dieu, en le lui rendant présent par sa lumière, et fait que non seulement elle croit à sa présence, mais même qu'elle la sent avec une sensation spirituelle très douce » (n* 26).

« De celte perception de Dieu présent naît un grand calme, une grande paix, une jouissance pleine de suavité, qui s'élève du plus intime de l'âme, c'est-àdire du lieu où Dieu fait sentir à l'âme sa douce présence » (n* 28).

'< Pour reconnaître si quelqu'un a cette oraison, on observera si l'âme connaît Dieu présent, par une certaine connaissance expérimentale, qui lui fasse 5e;j(ir et savourer sa présence, et si, sans aucune fatigue, elle sent le calme, le repos et la paix intérieure, du moins dans les facultés spirituelles. S'il en est ainsi, l'âme est déjà élevée par Dieu à ce degré d'oraison » (n* 32).

••. — Le R. P. Rousseau (Dominicain du xvni» siècle), parlant du premier degré de la contemplation infuse :

" I.a manière de faire oraison dans ce degré et dans les autres suivants, c'est de se trouver dans une certaine présence de Dieu très simple, et très élevée au-dessus d'une autre présence de Dieu, où les commençants se trouvent quelquefois » (lettre XX}.

St. — Le R. P. de Clorivière, décrivant roraison de quiétude :

t* « Lorsque l'âme vient se présenter à l'oraison, quand même elle y viendrait dans le dessein de s'occuper de quelque sujet particulier, elle s'y trouve aussitôt, sans qu'elle sache comment, recueillie au dedans d'elle-même, avtc un doux sentiment de la présence de Nolre-Seigncur. Ce sentiment, il est vrai, n'a rien de bien distinct; mais la paix et la douceur qui l'accompagnent persuadent à l'âme que celui qu'elle aime est proche, qxx'il vient lui-même lui

donner des témoignages de son amour, et qu'elle ne doit alors songer qu'à jouir du bonheur qui lui est présenté. » L'âme est alors « un enfant à demi endormi sur les genoux de sa mère qui, collé contre son sein, sans presque aucun mouvement de ses lèvres..., reçoit le lait qui coule doucement dans sa bouche et devient son aliment. S'* Thérèse et S» François de Sales se servent de cette comparaison... Telle est la disposition de l'âme dans l'oraison de quiétude, sentant, quoique d'une manière confuse, que l'Époux céleste daigne, en quelque manière, la prendre entre ses bras. Elle ose aspirer à une union plus intime encore, ou plutôt c'est l'Époux lui-même qui suggère à son cœur ce désir... Elle ne fait alors, elle ne peut rien faire que jouir du bien qu'elle possède » {Considérations, etc., part. II, ch. uxiii).

2* Toutefois « les puissances de l'âme ne sont pas toujours dans le môme degré d'assoupissement Quelquefois la mémoire reste libre avec l'imagination... La volonté seule jouit de la douceur de la présence de l'Époux. Encore arrivet-il asseï souvent qu'elle le fait d'une manière peu perceptible. Le Seigneur ne fait alors sentir sa présence que dans la pointe ou sommet de la volonté, dans ce qu'il y a de plus spirituel dans cette puissance. Son opération se fait dans le plus intime de l'âme, qui n'en a qu'une faible connaissance; mais cette connaissance, toute faible qu'elle est, suffit, lorsque l'âme est fidèle et courageuse, pour la retenir dans le calme... Il arrive souvent que le Seigneur, touché des désirs secrets de l'âme et de la patience avec laquelle elle l'attend, viendra lui-même la consoler et la fera entrer dans un repos plus profond, par un nouveau sentiment de sa présence, sentiment qui, s'élevant du fond de l'âme comme du sanctuaire dans lequel il réside, se répandra dans toutes les puissances, et passera quelquefois jusque dans les sens extérieurs. Que s'il plaît au Seigneur de se tenir toujours caché, il donnera à l'âme la force de soutenir cet état pénible et lui en fera tirer les plus grands avantages. Cette épreuve, loin d'abattre l'âme, ne fera qu'augmenter le désir qu'elle a de s'unir à lui; elle confessera sa faiblesse, et le conjurera de venir au secours de son impuissance, et de « la tirer après lui, afin qu'elle coure à l'odeur de ses parfums {Cant., I, 3) » (ibid., ch. xixiv),

3* On possède un certain nombre de documents oii le R. P. de Clorivière décrit son oraison, à partir de l'âge de trente ans. On y voit que la quiétude dont il a parlé ci-dessus était son état ordinaire. « Dès qu'il se met à prier, il se trouve recueilli et pénétré du sentiment intime de la présf:nce de Dieu ». Cette oraison « lui paraît venir d'en haut et être bien au-dessus de ses efforts » {Histoire du R. P. de Clorivière, par le R. P. Jacques Terrien, 1891, 1. 1, ch. v, et 1. II, ch. iv).

9Z. — M. Ribet :

« L'oraison de quiétude est donc un sentiment de la présence de Dieu qui naît au plus intime de l'âme et dans lequel la volonté se repose et se délecte » (t. I, ch. XM, n* 1).

« Aux premières étapes de l'oraison surnaturelle,... Dieu ne révèle encore que sa présence » {ibid., ch. ix, n* 1). Parlant du degré le plus bas de la contemplation infuse : « Quand Dieu veut élever une âme aux communications mystiques, il l'abstrait des choses extérieures, la retourne, pour ainsi parler, tout entière au dedans, et l'attire par un sentiment délicieux de Sd^ présence au

pins proTond d'elle-même... Selon S** Thérèse, celle concentralion surnaturelle de l'âme semble lui donner des sens nouveaux, pour constater et savourer la présence de Dieu, comme elle en a d'exlérieurs pour se mettre en rapport avet Us choses matérielles (ibid., ch. xi, n* 1). — La même idée est répétée en maint endroit.

99. — La Mère Thérèse Couderc, fondatrice de la Congrégation de N.-D. du Cénacle :

M Plus on est uni à Dieu, plus on désire cette union... Mais qu'est-ce que ce goût de Dieu? Il est plus malaisé de le décrire que de l'expérimenter quand la grâce le donne. On peut dire cependant que c'est un doux sentiment de la présence de Dieu et de son amour, qui fait éprouver à l'âme un grand bonheur, et la recueille toute en lui, au point qu'elle a de la peine â s'en distraire... J'ai souvent besoin de me faire violence en récréation pour ne rien laisser parattre.« Tout autre plaisir que celui de goûter Dieu me devient insipide » {Histoire de la Congrégation par le P. Longhaye, p. 178).

94L — Le R. P. Dublanchy :

« Sans définir ici la contemplation extraordinaire, qui appartient à la mystique, nous signalerons les deux notes caractéristiques qui la distinguent de la contemplation ou oraison commune : 1* une perception tout intime... d'une présence très spéciale de Dieu...; 2* une suspension, complète ou seulement partielle (t), des actes de l'intelligence, de la mémoire, de l'imagination, el des sens extérieurs, qui pourraient empêcher la volonté de jouir dans une paix parfaite, de cette ineffable présence divine.

« Toute oraison ou contemplation qui n'est point accompagnée de ces deux notes caractéristiques, quelle que soit sa perfection, et quels que soient ses effets, ne dépasse point l'oraison ordinaire ou acquise » {Dictionnaire de théologie de Vacant, au mot Ascétique, col. 2041).

Dans le même dictionnaire, M. le chanoine Lejeune admet notre thèse aa mot contemplation.

M. l'abbé Gombault parle de même dans un article de mystique publié dans La Science Catholique (1" décembre 1907). Voici sa conclusion : « Celle connaissance expérimentale de la présence divine dans l'oraison mystique est si clairement affirmée par tous les contemplatifs, qu'il est inutile de la démontrer par les textes » (p. 35).

Voir encore diverses citations au chapitre suivant.

Pour les étals inférieurs à l'extase, je me sers surtout des textes de S*« Thérèse et de ses successeurs. J*en explique le motif au chapitre xxz, 2 et 2 bis^ en donnant un aperçu sur l'histoire de la mystique.

§ 2. — Textes où Toa parle des états mystiques dans lenr ensemble, sans distingaer leurs degrés. Ils s'appliquent donc implloitament à la quiétude.

S4 bis. — Taulrr :

• Après que l'homme s'est entièrement délivré de tout attachement aux

(1) Par luipenslon partielle, U faut entendre ici celle qni n'empêche qu'en partie !«• distractions.

choses du dedans et du dehors, et qu'il a appris à ne plus tirer confiance que de son néant, rien alors ne l'empôche de se porter vers ce bien pur et très simple, qui est le Dieu très bon et très puissant. Dans cette union... l'homme n'atteint point Dieu par des images ou des méditations, ni par un travail supérieur de l'esprit, ni comme un goût ou une lumière. Mais c'est vraiment luimime qu'il reçoit dans son intérieur; et d'une manière qui surpasse de beaucoup toute saveur, toute lumière des êtres créés, toute raison, toute mesure, toute intelligence » [InstHuliom, ch. xxvi).

34 ter. — VValter Hilton. Il parle de l'union avec Jésus. Mais le contexte indique qu'il s'agit de la Divinité :

« L'âme voit que son amour à elle n'est rien; elle désire son amour à lui; celui-là seul peut la satisfaire. C'est pourquoi elle désire et demande que l'amour de Dieu la touche de sa lumière bienheureuse, que, par sa présence gracieuse, elle puisse le voir quelque peu; car alors elle l'aimerait. C'est ainsi que vient le don de Dieu, qui est Dieu... Il y a une grâce spéciale, le toucher spirituel de la gracieuse présence, qui est le caractère particulier de son amour parfait. Car dans les amants imparfaits, l'amour opère comme de loin; mais dans les amants parfaits l'amour opère tout près... Toute âme raisonnable devrait désirer de tout son pouvoir approcher de Jésus et lui ôtre unie par le sentiment de sa présence gracieuse et invisible. Comment cette présence estelle sentie? Il est plus facile de l'expérimenter que de l'expliquer par écrit... Je crois que rien ne peut remplir de joie l'âme de l'amant de Jésus excepté sa gracieuse présence; telle qu'il la manifeste à une âme pure... L'âme croit qu'elle touche Jésus et par la vertu de cette louche inexprimable, elle devient parfaite.et stable » (1. II, pari. III, ch. iv, v, ii, iiv).

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