S* Jean de la Croix
1* Il étudie le cas où les communications mystiques viennent de Dieu seul sans rintermédiaire dos facultés sensibles : « Ces communications intimes... peuvent être comparées à une sorte d'attouchement substantiel qui opère Tunion de l'âme avec Dieu. Il y en a qui engendrent le plus sublime degré d'oraison et procurent à l'Ame le plus grand plaisir qu'elle ait jamais ressenti. Ce sont ces attouchements que l'âme sollicite dans le Cnntique des Cantiques en disant : Qu'il me donne un baiser de sa bouche. Les rapports qui sont établis alors avec Dieu sont si intimes, et l'âme les souhaite avec une telle anxiété, qu'elle estime ces divines touches préférables à toutes les autres faveurs qu'il peut lui faire. C'est pourquoi lÉpouse,... ne se trouvant pas encore rassasiée, demande avec ardeur ces attouchements divins... Le démon ne peut rien comprendre à ces divins attouchements qui ont lieu de la substance de l'âme à la substance de Dieu, dans le commerce d'une intime connaissance amoureuse » {finit, 1. II, ch. xxrn).
2* « D'après les lois ordinaires, ces visions [de la Divinité] ne peuvent être perçues ici-bas avec une évidente clarté; on peut en ressentir cependant quelques effets au fond intime de l'âme, par un certain amour lumineux, accompagné de touches très délicates... Tout le but de ce traité n'est-il pas de conduire l'âme i cette merveilleuse union avec l'Espcnoe divine? « {Montée, 1. II, ch. xxtv).
3» Parlant de l'action de Dieu dans les ravissements, il la compare au « murmure des zéphjrrs " et dit : ces mots désignent " une très sublime, très délicieuse connaissance de Dieu et de ses perfections, qui éclaire l'entendement par suite de touches délicates que ces mêmes perfections font sentir à la substance de l'âme par le moyen de se« puissances... On peut distinguer un double effet dans le aéphyr : l'impression qu'il fait sur le corps, et le murmure ou son qu'il produit fen un mol l'action spéciale sur l'oreillej. Il en e?t de môme de cette communication de l'Époux... Le léphyr nous fait sentir ses impressions par le sens du toucher, et son murmure par le sens de l'ouïe; ainsi la substance de l'âme reçoit et goûte Fattouchement des perf<»ctions du Bien-Aimé, par le toucher intérieur qu'exerce sa volonté, et leur intelligence, par l'ouïe intérieure qui est dans son entendement... Le sens du toucher éprouve alors de la douceur et du plaisir... La touche d'mne, en se faisant sentir à la substance de l'âme, la remplit de délices et d'ineffables consolations » {Cant., str. 14).
4» Il reprend les mêmes images dans la Vire flamme (str. 2, v. 3), en expliquant les vers : « 0 douce main! 0 touche délicate! qui avez le goût de la vie éternelle l »
5» Dans son cantique sur l'extase, il s'écrie : « Je suis monté plus haut que toute science. Voulez-row? caractériser d'un mot cette science élevée? C'est une sublime sensation de la sainte et divine essence ».
8* bis. — Le R. P. Augustin Baker :
« Il y a des unions tout à fait surnaturelles, nullement cherchées ni procurées par l'âme, mais graciensement et librement accordées par Dieu à quel-
ques &nies. L&, d'une manière admirable et inconcevable, il leur donne des illuminations et des touchet intérieures » (1. I, sect. I, ch. in).
as. — Philippe de la Sainte-Trinité [Discours prélim., art. 8) ;
1» « Dans l'union mystique Dieu est perçu par un toucher intérieur et un etnhrassement : il est palpé d'une certaine façon par l'âme... L'âme le con.slate manifestement, parce que Dieu lui donne alors la certitude de sa présence réelle. »
2<» Après avoir parlé de lunion par la grâce sanctifiante : « 11 y a un autre mode d'union de l'âme contemplative avec Dieu ; elle a lieu par un contact xubstantiel entre lui et l'âme; c'est ainsi qu'il se fait sentir comme présent et uni. Celte union augmente en perfection lorsque, dans la mesure compatible avec la vie présente, les puissances spirituelles de 1 âme se fixent sur Dieu, l'intelligence par une connaissance presque continuelle et comme évidente, la volonté par un amour renfermant non seulement le désir, mais, dans une certaine mesure, la satiété, la fruition. Cet énoncé renferme des termes res- Iriclifs, parce que d'habitude, en cette vie, on n'a pas une connaissance évidente de Dieu, ni un plein rassasiement. C'est cette union que désirait S» Augustin (Cunfess., 1. V, c. v), lorsqu'il s'écriait : Comment obtenir que vous veniez dans mon cœur, afin de l'enivrer, de me faire oublier mes maux, et vous enbraMer, vous mon seul bien. Ne cachez pas votre face •> (Pars III, tract. I, dMC. 1, art. i).
S4. — Antoine du Saint-Esprit transcrit ce passage de Philippe de la Sainte- TVinité et ajoute : « Tous les docteurs mystiques disent que ia théologie mystique a pour objet principal ce genre d'union » iTr. IV, n"»» 2, 5}. o La présence •le Dieu est connue ici, non par la vue, mais par une sorte de toucher expérimental p (n» 14). " L'intelligence et la volonté peuvent le posséder comme un objet qu'on touche et qu'on embrasse, par une sensation vitale et un goût très doux » (n» ^0^.
9S. — De Valigornera :
!• « Voici la définition de la théologie mystique, qu'on peut déduire de plusieurs passages de S* Thomas : C'est une contemplation très parfaite et très élevée de Dieu, et un amour fruitif et très suave qu'on éprouve en le possédant intimement » n» 6).
f u L'union fruitive suppose le contact et l'existence intime de Dieu dans rime. Alors, par un mode nouveau et par sa grâce. Dieu se rend présent eomme on objet qu'on peut connallrt earp^^rimentalement et dont on peut jouir intértetrrement, tout comme si notre âme qui nous est intimement présente, comme racine et principe de nos opérations, se rendait de plus présente et manifeste comme objet de connaissance et objet intime..., en ce cas il y aurait toucher ei connaissance expérimentale >» (n*> 866). — « Ce n'est pas seulement dans Tétat de la gloire, qu'on connaît Dieu expérimentalement, mais encore dans l'étal terrestre. Dieu y est connu, il est vrai, obscurément et par la foi, mais II peut l'être par un certain toucher exjièrimental, sans qu'ii y ait vue. De même, nous nr; voyons pas notre âm«', mais nous la sentons comme objet présent, en expt'-rimcnlant qu'elle vivifie le corps, qu'elle l'informe... Dieu se rend nVlieniiMit pn-sent dune manière spéciale » (n* 868).
S4I ~ \.p P. Surin. Parlant de l'âme » admise dans le cabinet de Dieu » et «< reçn»» I 1 1 parfaite transformation en Dieu » :
U2 CIIAMTRE VI.
« Elle connaît ce qu'il est, voire même elle le goûte par un contact divin, dont les mystiques parlent, qui est une notion sxirnaturefle par laquelle l'âme sait ce que c'est que Dieu; non pour l'avoir vu, mais pour l'avoir toudU. Car entre les sens spirituels, le tact est le plus délicat, quoique parmi les corporels il soit le plus grossier. Cette expérience de Dieu donne une perception de lui plus exquise et plus approchante qu'aucune chose, et les bienheureux mêmes qui ont la vue de Dieu, ont la plénitude de leur félicité en ce qu'ils te touchent et le possèdent... Tout te monde est d'accord que le point [capital] de la th<''ologie mystique est pour l'âme de parvenir à toucher H'x^u, suivant l'expression même de S» Paul : si forte attrectent eum {Act., xvii, 27) » {Traité de l'aawur de Dieu, t. I, 1. III, ch. vi).
ai. — Le P. Crasset {Vie de Madame Hétyot) :
« La cause ordinaire de ce plaisir infiniment délicieux est un goût et une saveur céleste, joint à un attouchement ineffable, que Louis de Blois appelle un attouchement substantiel de la Divinité. Car, de même qu'un ami connaît son ami, de nuit, sans le voir et sans l'entendre, en le touchant seulement; ainsi quand Dieu s'unit à l'âme immédiatement et qu'il se fait sentir à son cœur par un attouchement secret, elle ne peut douter qu'elle n'ait touché la Divinité, quoiqu'elle ne puisse pas expliquer de quelle manière. Comme la plupart des âmes saintes ont expérimenté cette grâce, et en partent de la même manière, on ne peut pas dire que ce soit un jeu de l'imagination, vu principalement que les plus grands théologiens de l'École, comme S* Bonavonture et Gerson, sans parler des autres en particulier, en ont <'crit savamment, instruits par la science et par leur propre expérience » (1. II, ch. iv, 15).
97 bis. — Le P. Thomassin, dans un chapitre intitulé : « Sur la vue et surtout sur le contact du souverain bien » :
i* Dieu est présent dans l'âme. Si celle-ci ne s'élance pas au dehors par un amour déraisonnable des choses sensibles, elle sentira Dieu présent, aussi intimement qu'elle-même, et d'une manière analogue; non par les sens, non par l'entendement qui peut cependant atteindre les objets absents, mais par un e&tain moyen plus intime, donnant une présence consciente » {Dogmata theologica: de Deo, 1. VI, c. v, n* 9 (1684).
2* « Nous saisissons Dieu par un toucher intérieur et secret; nous le sentons ainsi comme reposant en nous d'une manière très intime. Ce contact incorporel, disons mieux, divin, est un art très caché, que Ton connaît plus parfaitement par l'expérience que par le raisonnement. De même que l'âme sort de la main de l'ouvrier divin sans intermédiaire, et qu'elle est travaillée par lui de la sorte, de même, puisque le contact est réciproque, l'âme sent Dieu, le touche, pourru qu'elle ne soit pas enveloppée, comme d'une écorce, par l'amour des choses eit^'^rieures et intf'rieures » {ibid., n* 8).
SS. — Honoré de Sainte-Marie (Tradition, etc.) :
«< Les plus savants maîtres de la vie spirituelle sont persuadés que l'union mystique consiste principalement dans l'expérience des deux sens intérieurs du toucher et de l'odorat, ou de tous deux ensemble » (t. I, p. 177, Part. II, dist. x). Voir encore Dissertation Apologétique, p. H4.
M9. — S* Liguori caractérise ainsi les grâces d'union mystique qu'il oppose aux révélations et visions : " Ce sont celles qui consistent en connais-
sances cooruses et générales et en touchers divins qui unisseal l'ime à Dieu (Homo apost., Append. l,n» 23).
S9 6w. — Impression d'immersion en Dieu :
a) Tauler : « L'esprit est submergé et absorbé, au large, dans les abîmes de roc<*an divin, de manière qu'on peut s'écrier : Dieu est en moi. Dieu est en dehors de moi, Dieu est partout autour de moi. Dieu est tout à moi et je ne voi.^ que Dieu » {Instii., c. xu).
b) Le V»" Louis de Blois : « L'&me immei'gée et absorbée en Dieu, nage çà et là dans la Divinité, et éprouve une joie ineffable... Dans cet exil, elle commence la vie éternelle » (Inst. spir., c. xn, § 4).
c) Alvarez de Paz, parlant de l'union pleine : « Dans ce degré, les puissances sont transportées dans la haute mer de la Divinité, immergées en Dieu et élevées très haut comme lumière et ardeur d'amour » {De inquis. pacis, l. Y, pars ni, c. v).
d) La V»»» Marine d'Escobar : « Les anges me jetèrent dans la vaste mer de l'essence du Dieu inconnu et incompréhensible. J'y fus submergée et perdue... ». Voir la suite, ch. xviu, n* «7. « L'âme est alors comme plongée dans un vaste océan, qui est Dieu et encore Dieu. Elle ne peut y prendre pied, ni en trouver le fond » {ibid.).
e) Schram : « Le degré de contemplation passive appelé pénétration passive {iUapsut) ajoute à la pénétration substantielle, commune à tous les justes, une sensation expérimentale de Dieu qui a pénétré dans l'âme ». — « L'âme se sent toute imbibée de Dieu, et elle le trouve comme dans son fond le plus intime » (no* 329, 323, édition de 1848; 318. 312 de l'édition primitive).
S 4. — L* toucher splritael peut devenir an embrassement.
«•. — S«« Thérèse :
« Lorsque ce très riche époux veut communiquer aux âmes de plus grands trésors, et leur faire sentir plus intimement son amour, il se les unit d'une manière si étroite, qu'elles sont comme une personne que l'excès du bonheur et de la joie fait défaillir; il leur semble alors qu'elles sont suspendues en ces bras divins, collées à ce divin côté^ à ces mamelles divines; elles ne savent que jouir, sustentées qu'elles sont par le lait divin dont leur époux les nourrit... L'âme est comblée des témoignages du plus tendre amour par celui qui sait si bien et qui peut si bien les donner. Elle ne sait à quoi le comparer, si ce n'est à la tendresse d'une mère qui aime éperdument son petit enfant, le nourrit da son lait et le comble de caresses » {Sur le Cantique des Cantiques, ch. iv).
Voir encore ch. v, »», 9*.
41. — Le B*»» Hugues de Saint- Victor (De arrlia animse, à la fin). Dialogue entre l'homme et son âme :
« L'âme. Quelle est cette douce chose qui, au souvenir de Dieu, vient parfoia
me toucher? Elle m'aifecte avec tant de véhémence et de suavité que je com-
monce â m'aliéncr tout entière de moi-même et à être enlevée je ne sais où.
Sobitement je suis renouvelée et changée; c'est un bien-ôtre inexprimable.
LU ORACa d'okaisci. 8
Ma conscience se réjouit, je perds le souvenir de mes épreuves passées, mon cœur s'enflamme, mon intelligence s'éclaire, mes désirs sont satisraits. Je me sens transportée dans un lieu nouveau, je ne sais lequel. Je saisis quelque chose intérieurement, comme avec des embrassements d'amour; je ne sais ce que c'est, et pourtant je fxavaille de tout mon pouvoir à le retenir et à ne pas le perdre. Je me débats délicieusement pour ne pas quitter cette chose que je désire embrasser sans fin, et j'exulte avec une force ineffable, comme si j'avais enfin trouvé le terme de tous mes désirs. Je ne cherche plus rien, je ne veux rien, je n'aspire qu'à en rester à ce point. Est-ce que ce serait là mon bienaimé? Dis-moi, je t'en prie, si c'est lui, afin qu'à son retour, je le conjure de ne pas se retirer et d'établir en moi sa demeure permanente?
« L'homme. Oui, c'est vraiment ton bien-aimé qui te visite, mais il vient invisible, caché, incompréhensible. Il vient pour le toucher, non pour être vu ; pour t' avertir, non pour être compris; pour se faire goûter, non pour se verser en entier; pour attirer l'affection, non pour rassasier le désir; pour donner les prémices de son amour, non pour en communiquer la plénitude. Voilà le gage le plus assuré de ton futur mariage : lu es destinée à le voir et à le posséder éternellement, puisque déjà il se donne parfois à goûter; avec quelle douceur, lu le sais. Dès lors, dans les moments d'absence, tu te consoleras; et pendant ses visites tu ranimeras ton courage, qui en a toujours besoin. Nous avons longuement parlé, 6 mon âme. Je te le demande en finissant, ne pense qu'à lui, n'aime que lui, n'écoute que lui, ne saisis que lui, ne possède que lui.
« Vàme. C'est bien là ce que je désire, ce que je choisis. C'est là ce que je veux du fond du cœur » (Édition Migne, l. II, col. 970).
4«. — S* Thomas {<ypuscule 63) :
« L'àme dans les degrés précédents, aime, et réciproquement est aimée; elle cherche, et elle est cherchée; elle appelle et est appelée. Mais dans celui-ci, par un moyen admirable cl indicible, elle enlève et est enlevée; elle prend, et elle est -prise; elle serre, et elle est fortement étreinte, et par le nœud de l'amour elle se lie à Dieu, seule à seul avec lui. »
43. — S" Gerlrude. Dans ce passage il ne s'agit pas de l'humanité de Notre- Seigneur; car dans tout le reste de ce chapitre elle parle uniquement de la Divinité :
<( 0 mon Dieu, salut unique de mon âme,... quand j'ai reçu la vision si élevée [dont je viens de parler] et le regard qui Ta accompagnée, il a fallu un secours divin pour que mon âme ne se séparât point du corps. Je constate ici une fois de plus que votre merveilleuse puissance, guidée par votre bonté, sait proportionner les visions, les embrassements, les baisers et autres témoignages d'amour, aux circonstances de lieu, de temps et de personne. Ainsi il est arrivé très souvent (et je vous en rends grâces, en union de l'amour mutuel qui règne dans la toujours adorable Trinité), que vous avez daigné m'accordcr votre baiser très suave pendant que je me livrais à quelque méditation, ou que je récitais les heures canoniales ou l'office des morts. Or [sans me détourner de ces exercices] vous trouviez moyen, dans l'espace d'un seul psaume, d'imprimer dix fois et davantage sur ma bouche votre baiser li es doux, dont la suavité surpasse tout parfum et la douceur du miel. Très souvent aussi je sentais que vous arrêtiez sur moi votre regard si affectueux et que dans une
LES SK«S SPIRITUELS H5
\lve étreinte tous embrassiez mon âme. Mais quelque admirables qu'aient été ces faveurs, jamais elle^ n'étaient arrivées au degré de puissance de ce merveilleux regard dont j'ai parlé ci-dessus » (Le héraut de ramour divin, \. Il, eh. ixi}.