‹ Des grâces d'oraisonChapitre 92 sur 199 · Le P. Nouet Conduite île VhothtM d'oraison · texte numérisé non relu

Le P. Nouet Conduite île VhothtM d'oraison

« Après le sentiment de tant de Pères si éclairés et si saints, ce serait témérité de révoquer en doute ce que tous les théologiens mystiques en.seignent avec eux du nombre des cinq nem spirilueis... Tous les maîtres de la vie spirituelle conviennent eu ce point que la plus parfaite union que l'àme puisse avoir en ••••(te vie ivi'c Dieu consiste en cette admirable expérience dts sens inlérioura; -t de savoir auquel des cinq elle appartient proprement, II, 1,1 1. Tantôt ils semblent l'attribuer à Vattouchement qui est le

dernier de tous les sens extérieurs et le suprême entre les sens intérieurs. S» Thomas, dans l'opuscule 61, le met au plus haut degré de l'amour unilif,

nt à ce qui a élé fait souvent. Je ne cite pas les cinq exemples de sciih K par ces deax auteurs. IM n'f'tabl lisent la th^se qu'en apparence, car ils

' : 'c- MMS ima'iinatif*. Ainsi, poi- - t qu'il exislt; un oi!i>ral

\ie dt- S' P.iol ; • Vous <^lc.s t^-ur de Joiu»-( im i •

iphorn. Il on est de m^mc du t i à la vue : • Voyti <|ur

.!• BUIS k seul Dfu ui «lu'il n'y en a pas d'autre que moi • il>euter., xixii, 8'»). Ce qu'on volt

iiliitl, c'est la vérité d'une proposition; I) ne a'en^ult pas que les mystlquet aiquiereut b

i.ji-ult4 toute noavellu de voir w\t iubitance spirituelle uu ses pensées.

el il en apporte la raison qu'il joint son objet de plus près... Tantôt ils semblent donner la préférence au goût... Hugues de S'-Victor semble mêler et confondre l'attouchement suprême et le goût. Car il dit « qu'atteindre Dieu, c'est le chercher incessamment par le désir, le trouver par la connaissance, et le toucher par le goût (1) ».. S* Ambroise se sert du sens intérieur de l'odorat et de l'ouïe pour expliquer cette union. Voici ses termes : a L'âme du juste est l'épouse du Verbe. Si cette âme brûle de désir, si elle prie sans cesse, si elle se porte toute vers le Verbe, alors il lui semble tout à coup qu'elle entend sa voix sans le voir, qu'elle sent intimement l'odeur de sa divinité ; ce qui arrive souvent à ceux qui ont une excellente foi. Tout d'un coup Vodorat de l'âme est rempli d'une grâce spirituelle, et sentant un doux souffle qui lui marque la présence de celui qu'elle cherche, elle dit : Voilà celui que je cherche et que je désire (2). S* Grégoire et S* Bernard (3) joignent la vue aux sentiments de l'amour » (1. VI, ch. xiv. Voir encore 1. V, ch. xvn).

Cette dernière opinion ne contredit pas les précédentes, parce qu'il n'y est question que des degrés les plus élevés.

La doctrine des sens spirituels est admise par le R. P. de Maumigny {Pratique de Coratson, t. II, part. I, ch. iv).

$3. — Dans Tanion mystique, on atteint Dieu par an toacher

spirituel.

SO. — Scaramelli (Tr. 3, n» 24), décrivant la quiétude :

« De même que le corps humain touche un autre corps, et en est touché, qu'il sent ainsi sa présence et parfois avec jouissance; ainsi l'âme touche une substance spirituelle ou en est touchée, et elle en sent la présence avec la sensation propre à un pur esprit; et parfois avec une grande jouissance, par exemple quand c'est Dieu qui la touche et qui lui est pr-ésent. »

N*" 27. « Nos sens extérieurs nous font connaître la présence de leurs objets par le moyen de sensations matérielles et grossières, mais ici l'âme perçoit la présence de Dieu par une sensation spirituelle, délicate, pure et simple. »

N* 120. «« Les saintes lettres [parlant de la connaissance de Dieu] désignent plus clairement qu'aucun autre sens, le sens spirituel du tact, qui est précisément celui dont nous avons à parler ici. Et quelle autre chose peuvent signifier les expressions qu'emploie dans les sacrés cantiques l'âme juste figurée par l'épouse, lorsqu'elle demande les baisers et désire les embrassements de son céleste époux? Que peuvent-elles signifier, sinon ces touches spirituelles de la divinité, formellement exprimées dans ces baisers et dans ces embrasse- Ci) Lib. de Area Noi.

(2; In P$. cxTiii, Serm. 6.

(3) Les cinq sens spirituels sontlndiiués par S* Bernard, mais implicllemenl; par exemple, dans les comparaisons qu'il emploie. Plusieurs auteurs se «ont trompés en lui attribuant un îexie explicite commençant par ces mots : • Il y a cinq sens spirituels », etc., et avec celte référence : De amore, c. vi. 1.'; contexte montre que, dans ce passage, le mot ambigu tensus signifie, non cinq sens, mais cinq tentiments vertueux, comme l'amour du prochain. De plus, ce texte est, non de S' Bernard, mais d'un auteur qui lui est annexé, Guillaume de S'-Thierry [De nalura el dianitale amoris, c. vi;.

menU, par lesquels elle désire ardemment son Dieu? Eh quoil elle tremble sous sa touche (Cant., v, 4)! N'est-ce pas là signifier cette sensation très spirituelle, qui, au contact de son bien-airaé, s'élève subitement au plus intime de son esprit? L'âme ne manque donc pas du sens spirituel du tact, par lequel elle perçoit les substances spirituelles, de même que par le tact corporel on perçoit les substances corporelles. »

N* 121 . « Avant d'aller plus loin, je veux, conformément à la doctrine expliquée ici, donner une notion importante pour l'intelligence de ce que je devrai dire dans ce chapitre et par la suite de ce traité. Les philosophes disent que la connaissance expérimentale d'une chose est celle qui naît de l'expérience ou de l'acte de quelque sens touchant son objet présent. Par exemple, la connaissance expérimentale de la lumière, est celle seulement qui résulte de la vue de la lumière. Par conséquent un aveugle-né, qui n'est pas capable de la voir, ne saurait en acquérir une pareille notion expérimentale, alors même qu'on l'entretiendrait de ce sujet une année entière; de la sorte, il n'en peut concevoir qu'une connaissance abstra^ive et impropre. On déduit de là que la connaissance expérimentale de Dieu et des choses divines est seulement celle qui naît de l'expérience que quelque sens spirituel de l'âme a de Dieu présent, par exemple, la connaissance qui résulte dans lame de ce qu'elle touche Dieu par le sens du tact, de ce qu'e//« le sent par le sens de l'odorat spirituel. Je di» la même chose des autres sens spirituels ».

N* 122. « Tout cela posé, avançons et expliquons, par la parité des touches matérielles qui s'opèrent sur les corps, la touche très suave que Dieu produit dans les âmes de ses bien-aimés, en exposant la nature de cette sensation véritable et réelle, mais purement spirittulle, par laquelle l'âme sent Dieu au plus inttme de son être it le goûte avec une grande jouissance » (Voir lesch. v, xin, XIV du même auteur).

L'existence d'une perception de Dieu comparable au toucher est admise également par les auteurs modernes qui se rattachent à Scaramelli : les PP. Séraphin (part. II, ch. IX), Verhaege (1. II, s. I, ch. ix), Voss (pars I, c. vn). ai. — La B" Angèle de Foligno :

« Lorsque l'âme éprouve ce sentiment, qui lui donne la certitude de la présence de Dipu en elle,... elle sent que le Dieu immense est mélangé avec elle et lui tient compagnie » {Vie dictée par elle-même, ch. ui). 91 bis. — Ruysbroeck :

!• « Cette union vitale avec Dieu est agissante et tarie sans cesse. Lorsque avee lui nous sentons nos atteintes mutuelles et nos embrassements, nous voyons aussi que nous sommes distincts de Dieu; de là un pressant besoin de ne pas rester en nous-mêmes. Nous sentons que nous touchons et sommes touchés, que nous aimons et sommes aimés. Nous avançons soudain et nous reculons » {Spéculum, c. xx).

2* •< Quand l'âme reçoit le toucher divin, elle cherche à contempler et sci m.r ses profondeurs, où ce toucher s'exerce... Mais la lumière divine qui en est l'origine éblouit ses yeux comme le soleil aveugle la chauve-souris. Néanmoins l'esprit excité et poussé par Dieu et par lui-même recommence à se demander : « Qu'est-ce que Dieu? Qu'est-ce que ce toucher? D'où vient-il? » Peine perdue!... Les âmps avancées, qui ont pénétré jusqu'à la porte de la vie

(^tornelle, arrÎTent [du moins] à sentir et percevoir ce toucher » (L'ornement des noces f I. II, c. uv). Voir encore son c. un, sur le don de sagesse, qui est » le toucher divin ».

Page 1