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ANATOMIE PATHOLOGIQUE

La grenouillette sublinguale présente généralement les caractères suivants :

La tumeur est placée au-dessous de la muqueuse buccale, qui ne lui adhère pas intimement; elle repose sur les muscles mylo-hyoïdien et hyoglosse, auxquels elle paraît adhérer davantage. La tumeur est allongée d'avant en arrière. Placée exclusivement sur un des côtés dans la plupart des cas, elle s’avance chez quelques-uns au delà de la ligne médiane, et passe sous le frein qui lui donne l’aspect bilobé.

Elle est constituée par une poche close de toutes parts. Elle a pour paroi propre une membrane mince, dont la surface interne est lisse et en contact avec le contenu liquide, dont la surface externe présente les connexions déjà indiquées, et se trouve de plus en rapport avec le canal de Wharton. Celui-ci longe sa partie inférieure, quelquefois sa partie postérieure, et reste habituellement perméable. La paroi de la poche présente

exceptionnellement des épaississements de consistance cartilagineuse. | 3

EST Le volume de la grenouillette, qui est habituellement celui d’une amande ou d’une noix, peut atteindre des dimensions beaucoup plus considérables, et la tumeur, exclusivement sublinguale à son début, refoule le plancher de la bouche et vient faire saillie à la région sous-maxillaire. Elle repousse ensuite la langue en arrière, et peut même exercer une telle pression sur les dents, que celles-ci, déviées de leur direction, relèvent les lèvres ou se creusent des cavités dans les parois mêmes du kyste.

Voici, d’après le résumé d’une Note de Robin lue à la Société de Biologie, l'examen microscopique de la tumeur :

La surface interne est lisse et offre plus l'aspect d’une séreuse que d’une muqueuse. L’épaisseur de la membrane est d’un millimètre au plus. La structure,examinée de dehors en dedans offre les particularités suivantes :

La face interne est tapissée d’un épithélium discontinu, composé d’une seule couche, ou rangée de cellules, la plupart prismatiques, longues de trois à quatre centièmes de millimètre.

Au-dessous de cet épithélium, et immédiatement à nu dans les points où celui-ci manque, on trouve une couche épaisse de 1 à 2 dixièmes de millimètre, composée de matière amorphe et de corps fusiformes fibropiastiques.

L’épithélium est très analogue à celui que l’on trouve dans les canaux excréteurs salivaires, près des points où il se continuent avec les acini glandulaires. La couche de matière amorphe présentant quelques corps fusiformes se trouve également dans les conduits immédiatement au dessous de l’épithélium. Ges particularités anatomiques donnent donc à penser que la poche de la grenouillette est due à une dilatation d’un conduit glandulaire excréteur, ou peut-être à un petit lobule secréteur.

En dehors de la couche décrite précédemment, se trouve une couche de fibres de tissu lamineux, non disposées en faisceaux, très élégamment entrecroisées, toutes un peu onduleuses et parcourues par de nombreux capillaires pleins de sang, formant des mailles assez étroites. À la face profonde de cette couche existent de nombreuses fibres élastiques.

À la face externe des deux lambeaux des parois du kyste, on trouve cà

et là des grains glanduleux, très adhérents, semblables par leur structure à ceux des glandes salivaires normales.

Quant au contenu, c’est habituellement un liquide transparent, épais, visqueux, analogue à du blanc d'œuf, et dont la coagulation facile par la chaleur et l’acide nitrique montre qu’il est composé en grande partie d’albumine. Dans quelques cas, ce liquide présente une couleur rosée au rouge sucre d'orge due au sang, ou bien une couleur jaunâtre, indice de la présence du pus. Il peut renfermer aussi des concrétions de matière albumineuse blanchâtre, ressemblant à des grains de semoule. On y rencontre encore de petits graviers et du sable. Ce liquide, qui au micro scope présente les caractères de la salive, diffère chimiquement de la sécrétion salivaire normale par l’absence du sulfocyanure de potassium et par la présence de pyine et de mucine.

If. ÉTroLoGtE.

Nous ne sommes pas très avancés sur les causes qui sont susceptibles de produire la grenouillétte.

Il existe des faits bien observés de tumeur enkystée congénitale du conduit de Wharton, Pour la variété qui m'occupe en ce moment, on cite, entre autres faits, une observation de Paul Dubois (Gaz. méd. Paris, 1833, p. 338); ce n'était pas à proprement parler une tumeur du plancher buccal. Elle siégeait dans l’épaisseur de la langue ; c’était un kyste salivaire, résultat de la dilatation d’une des petites glandules décrites par Blandin et par Nühn dans l’épaisseur même de la pointe de la langue.

Il faut faire des réserves sur cette observation et sur les autres faits du mème genre. On a confondu, dit Breschet, la grenouillette proprement dite avec des kystes séreux, sublinguaux, résultat de l’ampliation de kystes séreux du cou. L'analyse chimique n’a pas démontré dans ces tumeurs la présence de la salive.

Pendant les premières années de la vie, la grenouillette est assez rare. On a dit qu’elle devient fréquente dans la seconde enfance. Demons

NT 2e (Thèse de Paris, 1868), en compulsant 6? observations où l’âge est indiqué, a trouvé que le maximum de fréquence est de 10 à 35 ans.

Les auteurs du Compendium la croient plus fréquente chez les femmes que chez les hommes. Demons est d’un avis contraire.

L'influence des professions est nulle. Samuel Cooper a prétendu que les professions qui nécessitent de fréquents mouvements de la langue y prédisposaient, comme, par exemple, la déclamation, le chant ; c’est sans doute là une idée à priori.

Les causes locales semblent devoir être plus faciles à préciser. Les auteurs citent des affections de la muqueuse buccale, ulcérations, aphthes, stomatites, comme déterminant la formation de kystes sublinguaux par oblitération des orifices excréteurs des glandes.

Tillaux a trouvé sur des chevaux plusieurs de ces conduits oblitérés par par des calculs, et ayant subi en arrière de l'obstacle un commencement de dilatation. M. Cl. Bernard a fait plusieurs fois la même observation.

L'action d’une forte chaleur a été mentionnée dans un cas de Denonvilliers. On a admis aussi, chez les enfants, l’action de liquides trop chauds versés dans la bouche, de l'introduction brusque et répétée du biberon, de la section du filet.

Les morsures de la langue, par le fait de la stomatite consécutive, expliqueraient la fréquence relativement plus grande des grenouillettes chez les épileptiques.

Le plus souvent, les commémoratifs ne révèlent aucune cause capable

d'expliquer la maladie.

IT. — SyMPTOMATOLOGIE.

Le début est le plus souvent lent et insidieux, et se fait à l'insu du malade, qui s'aperçoit un jour par hasard qu’il a sous la langue une tumeur arrondie, grosse comme une bille environ. Gette tumeur s'accroît peu à peu et acquiert les dimensions d’une amande, d'une noix, d’une orange. Sa forme est arrondie ou aplatie de haut en bas. Elle est molle, compressible, élastique. La muqueuse présente son aspect normal, ou -bien elle

est amincie, transparente. Des vaisseaux se dessinent à sa surface. La grenouillette siégeant ordinairement d’un seul côté de la région sublinguale, la langue est repoussée en haut et du côté opposé. Pendant le phénomène de l'effort, on voit, dans certains cas, la tumeur se tendre et paraître plus vasculaire. En fixant le plancher buccal avec quelques doigts appliqués sur la région sous-maxillaire, il est aisé de constater de la fluctuation où une sensation de rénitence.

Tel est le cas le plus simple. Mais la tumeur peut dépasser la ligne médiane et s’étrangler plus ou moins sous le frein de la langue, de manière à se diviser en deux lobes. Les doigts peuvent faire refluer le liquide d’une poche à l’autre.

L’accroissement de volume va plus loin encore. Rejetant en haut la voûte palatine, la tumeur s'étend en bas aux dépens de la région sushyoïdienne. La saillie peut descendre plus ou moins bas le long du cou.

Quelques malades ont, par incurie, laissé arriver leur kyste à des dimensions colossales. Dans une observation rapportée par Louis, une religieuse des Annonciades portait sous la langue une tumeur qui remplissait toute la bouche, et avait repoussé en dehors les dents des deux mâchoires.

Les troubles fonctionnels marchent parallèlement à cet accroissement … volume. La langue est le premier organe troublé manifestement dans sel fonctions. L’articulation des sons est altérée. La voix devient comme coabsante, ou bien il se produit une espèce de zézayement ou de bégayement (J.-L. Petit). La mastication est gênée par suite de la difficulté du rapprochement des mâchoires. Le passage des aliments ne s'effectue plus aisément. La respiration elle-même finit par en souffrir. Chez les nouveau-nés, la grenouillette développée arrive assez vite à gèner la succion. Enfin le renversement de la langue en arrière peut amener des accès de suffocation.

Cette affection reste presque toujours indolente. Rarement la tumeur s’enflamme, soit spontanément, soit sous l'influence d’un traitement mal dirigé. Alors elle devient douloureuse. Un abcès peut se former à la suite d’une de ces crises. Mais ce phénomène est rare dans la variété que j'étu die; il est fréquent dans les kystes du canal de Wharton.

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