CHAPITRE PREMIER
GRENOUILLETTE SUBLINGUALE VULGAIRE.
C’est cette variété qui fait l'objet de l'Observation recueillie à l'hôpital Saint-Éloi, et que je rapporte immédiatement.
Enfant de 18 ans. Entrée à l'hôpital le 17 juin 1884 dans le service de M. Tédenat. Grenouillette salivaire sublinguale développée à gauche. Le début remonte à quatre mois environ. Développement progressif. C'est une tumeur d’un rouge violacé, sans transparence, dépressible, rénitente, du volume d’un œuf de poule. Elle dépasse en avant la ligne médiane et
présente un aspect bilobé. Les mouvements de la langue sont gênés. L'enfant présente la prononciation caractéristique. Pas de gêne de la respiration.
Opération pratiquée le 19 juin par M. Tédenat.
Ponction du kyste avec une seringue de Pravaz. Évacuation de 20 gram. environ d’un liquide rosé, trouble, visqueux. (L'examen microscopique fait dans la journée y fait constater des cellules salivaires, des hématies, de la mucine, des cellules de Leuwenhoeck.)
M. Tédenat saisit la paroi du kyste à l’aide de pinces à dents de souris, et en excise une large portion. Il bourre ensuite la cavité à l’aide d'un tampon imbibé de perchlorure de fer.
20 juin. La malade va aussi bien que possible. On enlève le tampon placé la veille. — Lavages désinfectants.
21. État satisfaisant, — Cautérisation au nitrate d'argent de ce qui reste de la paroi kystique.
22. Surface blanchâtre au niveau de la cautérisation. La poche se rétracte. Les mouvements de la langue s’accomplissent sans difficulté.
L'enfant sort deux jours après.
J’appelle, avec les auteurs du Compendium, cette variété : la grenouillette vulgaire ; c'est celle que l’on rencontre le plus souvent dans la pratique.
J'ai dit dans l’Historique qu'à une certaine période régna dans la science l'opinion exelusive du siège de la grenouillette dans le canal de Wharton. Quand la réaction se fit contre cette doctrine, les auteurs s’efforcérent de démontrer la réalité de tumeurs liquides indépendantes de ce canal.
I n’est pas inutile de reprendre leurs arguments, ne fût-ce que pour donner les caractères généraux de la grenouillette actuelle.
10 On voit souvent la salive, avec tous ses caractères normaux, sourdre par l’orifice du canal de Wharton. Cet écoulement ne s'accompagne d'aucune diminution dans le volume de la tumeur, la pression de celle-ci ne l’augmente pas.
Si l'on place snr la langue une substance sapide quelconque, pendant qu'on tient relevée la pointe de la langue, on voit la salive sortir de
IN ER chaque côté de la ligne médiane par l’orifice du canal de Wharton ou
Ostium ombilicale.
2° On sonde le canal de Wharton et l’on constate qu’il passe à côté de la tumeur.
3° Les résultats du traitement peuvent être aussi invoqués. On possède un grand nombre d'exemples de kystes oblitérés rapidement à la suite d'injections iodées. Eh bien! on n’a observé aucune rétention de la salive derrière la cicatrice, aucun gonflement de la glande sous-maxillaire.
4° La dissection est une preuve plus démonstrative encore. Dans un cas
où M. R. Marjolin avait enlevé un large lambeau de la tumeur, Follin dis-
séqua la pièce avec beaucoup d’attention et il fut facile de trouver derrière la tumeur le conduit de Wharton bien isolé.
Ainsi, un grand nombre de kystes sublinguaux n'ont avec le canal de la glande sous-maxillaire que des rapports de voisinage.