‹ Des GrenouilletesChapitre 16 sur 39 · GRENOUILLETTE SÉREUSE · texte numérisé non relu

GRENOUILLETTE SÉREUSE

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«Si de l’un ou de l’autre côté du frein, dit Fleischmann (1841), on détache la muqueuse de la langue, on trouve auprès de ce frein, derrière le conduit de Wharton et ceux de Rivinus, une petite bourse muqueuse ovalaire, divisée en lobules par des cloisons celluleuses, bourse sublinguale dont l'existence semble importante à connaître pour la connaissance de ja ranule.»

Les anatomistes qui ont suivi n’ont pas tous rencontré cette bourse séreuse.

Bertherand, Malgaigne, Sappey, Richet, n’ont pu la voir.

Verneuil l'aurait constatée deux fois sur dix sujets qu’il a examinés.

Frerichs et Weber l’admettent absolument.

L'existence de cette bourse a été invoquée par Tillaux pour expliquer certains faits curieux de grenouillettes suraiguës.

Dans une observation, on voit le fait d'un ouvrier qui, après s'être couché en parfaite santé, se réveille à 3 heures du matin, avec une tumeur de la grosseur d’un œuf de pigeon, soulevant la langue, la collant pour ainsi dire au palais et menaçant de l’asphyxier.

Üne cuisinière est prise d’accidents du même genre au milieu de l’escalier, qu’elle descend pour aller acheter quelques denrées; une autre femme sent le plancher de la bouche subitement envahi en se chauffant au coin du feu.

Quelle est l'explication de ces phénomènes si brusques ?

Cette question a fait l’objet des recherches d’un certain nombre de chirurgiens. On s’est demandé tout d’abord quel est le liquide qui s’accumule si rapidement. Il est filant, épais, analogue à de la salive ; mais l’analyse faite par M. Méhu du liquide provenant d’un des cas de Tillaux n’est pas absolument affirmatif relativement à la composition chimique.

Un second point est important à constater : cette tumeur est enkystée. Ce n’est point une infiltration pureet simple ; une membrane kystique propre enveloppe le liquide contenu, et lorsqu'on vient à exciser un morceau de cette membrane, on a sous les yeux une véritable cavité close. Où se développe cette cavité ? C’est là que les difficultés commencent.

La tumeur, disent les auteurs, est due à la dilatation du canal de Wharton. Supposons en effet, et c’est là la règle, qu’il y ait une obstruction au niveau de l’orifice de ce canal, la salive s’accumule derrière l'obstacle et distend le canal, dont les parois constituent le kyste.

Pour que cette théorie fût acceptable, il faudrait prouver la dilatabilité considérable du canal de Wharton. Or Tillaux a fait plusieurs fois l’expérience qui consiste à découvrir le conduit, à le lier près de son orifice et à injecter par l'extrémité glandulaire de l’air ou de l’eau. Sous l'influence de l'injection liquide, ilse dilate lentement, uniformément, progressivement, et acquiert tout au plusle volume d’une plume de corbeau. Mais

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6 À eue jamais cette dilatation n’est brusque, instantanée, analogue enfin à ce qui se passe dans la grenouillette suraiguë. Quant à l'air injecté, il s’infiltre ou rompt le canal.

Je continue à exposer la théorie de Tillaux :

Ainsi, cette forme de ranule ne peut s'expliquer que par la présence d’une cavité préexistante, toute prête à recevoir ou à sécréter du liquide. La grenouillette aiguë a son siège dans la bourse séreuse sublinguale.

Mais le problème n’est pas résolu par ce qui précède ; il faut élucider les questions suivantes : Existe-t-il des relations entre la grenouillette aiguë et les organes salivaires du plancher de la bouche ? Quelles sont ces relations ? Le liquide contenu dans le kyste est-il de la salive ? Ou bien la grenouillette aiguë n'est-elle autre chose qu'une inflammation aiguë de la bourse muqueuse sublinguale ?

Il est difficile de répondre à ces diverses questions, et il existe à cet égard des contradictions entre les faits cliniques. C’est ainsi que sur deux malades, le canal de Wharton d’un côté était oblitéré manifestement. Cette oblitération était-elle la cause première de la maladie ? C’est possible, et il faut admettre que le canal s’était rompu en arrière de l’obstacle, et que Ja salive s'était épanchée dans la bourse séreuse. Obstacle au cours de la salive, rupture du canal (peut-être préalablement altéré) en a-rière de l’obstacle, épanchement brusque de salive dans la .bourse muqueuse, qui sécrète à son tour : telle est la théorie la plus satisfaisante.

Cependant l’on sait que les canaux excréteurs déchirés se cicatrisent difficilement: exemple, le canal de Sténon ; il reste le plus souvent des fistules à la suite. Or, c’est précisément le contraire qui arrive ici, et la

-principale difficulté du traitement consiste à maintenir béante l’ouverture

pratiquée par le chirurgien.

Malheureusement, comme je l'ai dit, l'analyse chimique n’a pu jusqu’à présent éclairer le sujet, car le liquide est nécessairement mélangé.

En somme, pour Tillaux, si la pathogénie de la grenouillette aiguë reste obscur, un fait paraît acquis, c’est que l’épanchement de liquide a lieu dans la bourse séreuse sublinguale.

Mais d’où vient ce liquide? Provient-il d'une déchirure du canal de

ES ee Wharton, d'une déchirure des conduits de la glande sublinguale, ou bien est-il le résultat d’une hydropisie aiguë de la bourse muqueuse sublinguale, n'ayant avec les organes salivaires d’autres connexions que celles de voisinage ? C’est ce qui reste à trouver.

En faveur de l'opinion de la rupture des canaux salivaires, on cite pourtant une observation de Malcomson qui est loin d’être concluante, caron aobservé des phénomènes inflammatoires divers, une ouverture s’est faite dans la région sus-hyoïdienne. Il est difficile de démêler la marche des phénomènes.

Pauli, en Allemagne, a soutenu la même hypothèse. Il a été combattu par Virchow et Weber, qui ont faitremarquer que la salive, à cause de son indifférence, serait rapidement résorbée dans le tissu cellulaire. — Cependant cette objection aurait moins de portée, si l’on admet une bourse séreuse prête à la recevoir.

Maintenant, existe-t-il des kystes chroniques de la même bourse ? Quelques auteurs les admettent. Cruveilhier dit avoir observé dans une grenouillette de ce genre un cloisonnement de la cavité, et Demons, dans sa Thèse, signale la tendance à l’épaississement des parois kystiques, qu’on n’observe pas au même degré dans les autres variétés de tumeurs sublingales.

Il me paraît bien difficile que l’on ait pu distinguer ces tumeurs des grenouillettes vulgaires, du moins cliniquement.

Indépendamment de ces grenouillettes, que Tillaux place dans la bourse de Fleischmann, on peut observer dans la région sublinguale des kystes séreux auxquels doivent être rapportés probablement la grande majorité des ranules congénitales.

Ces tumeurs doivent être rattachées à l’histoire des kystes du cou. Entreprendre cette histoire serait sortir de mon sujet. Toutefois quelques détails sommaires me semblent nécessaires.

Les kystes séreux du cou sont le plus souvent congénitaux. Les uns

sont simples, uniloculaires ou incomplètement cloisonnés ; les autres, composés et résultant de l’agglomération d’un nombre plus ou moins considérable de kystes. Ces derniers sont généralement les plus volumineux ; ils font sous le plancher de la bouche une saillie variable qui refoule la base de la langue. Cette portion sublinguale de la tumeur, plus ou moins volumineuse, d’aspect blanc bleuâtre, presque transparente, est molle et fluctuante. Le liquide qui fofme le contenu du kyste est variable, C’est tantôt de la sérosité claire, limpide comme de l’eau de roche, tantôt de la sérosité Jaunâtre renfermant quelquefois un peu de sang. Le liquide a une saveur salée et contient une petite quantité d’albumine.

Ges kystes n’exercent aucune influence fâcheuse sur les fonctions de la vie. Il est remarquable qu'ils s’observent souvent chez des enfants nés

avant terme. On a noté des accès de suffocation ou d’asphyxie lente qui

semblen’ dus surtout au refoulement de 13 base de la langue et de l’épiglotte.

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