ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Aucune autopsie n’a permis de vérifier la disposition anatomique du kyste ou des kystes qui constituent la grenouillette sus-hyoïdienne
Tout indique cependant que le siège du kyste est, ainsi que l’affirme Giraldès, le tissu cellulaire situé au-dessous de l’aponévrose superficielle du cou, et non dans le tissu cellulaire intermusculaire. La mollesse de la tumeur, l'absence de limites précises, le volume considérable qu'elle prend parfois, en sont une preuve suffisante. Ces mêmes caractères prouvent également que les parois du kyste n’ont qu’une tres faible épaisseur.
S'il existe deux poches, l’une intra-buccale, l’autre sus-hyoïdienne, ces deux poches peuvent rester indépendantes; il y a alors simple coïncidence d’une grenouillette sublinguale et d’une grenouillette sous-maxillaire. Mais souvent le kyste est bilobé et ses deux moitiés communiquent ensemble d’une facon évidente. Cette communication est signalée dans un certain nombre d'observations. Elle est manifeste dans celle de M. Dieu.
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Le liquide de la grenouillette sus-hyoïdienne est toujours un liquide filant, visqueux, coloré en jaune, quelquefois brunâtre ou orange. Il ést en tout analogue à celui de la grenouillette sublinguale. Dans quelques cas, Sa viscosité est extrême. Chez certains malades, la consistance est comparable à celle du corps vitré et l'issue par une canule est très difficile. Chez un malade de Nélaton, la ponction faite avec un trocart de 4 millim. ne put donner issue au liquide, en raison de sa viscosité. Nélaton dut inciser la poche sublinguale pour la vider. Ce liquide précipite abondamment par la chaleur et l’acide nitrique.
Lorsque la vicosité du liquide fait défaut ou est peu prononcée, il y à lieu de mettre en doute l’origine salivaire du kyste. Dans un cas de M. Périer, le liquide extrait par la ponction était séreux. Or, le kyste sus-hyoïdien était indépendant des glandes sublinguale et sous-maxillaire.
L'examen microscopique a fait constater souvent dans le liquide retiré par la ponction, des globules rouges du sang généralement altérés, et un certain nombre de cellules épithéliales polygonales. Ces cellules étaient pour la plupart surchargées de granulations graisseuses.
IT. — ETioLogre ET PATHOGÉNIE.
L'influence du sexe est nulle d’après les quelques observations que l’on possède,
La période moyenne de la vie est celle qui paraît le plus disposée à l’affection.
On a cité cependant des cas de grenouillette sus-hyoïdienne congénitale. Schwérin a publié en 1877 l'observation d’un nouveau-né atteint d’une grenouillette congénitale et d’une tumeur au-devant du cou, assez considérable pour gêner l'alimentation. La mort survint le douzième jour, et l’autopsie montra qu'il s'agissait de kystes multiples à contenu séro-sanguinolent, formés aux dépens des glandules sublinguales.
Le plus souvent, les causes occasionnelles et déterminantes de la maladie échappent complètement.
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Chez une malade, un érysipèle de la face avait précédé de six semaines l'apparition de la tumeur sublinguale et sus-hyoïdienne.
Chez une autre, on remarquait à la région sous-maxillaire une petite cicatrice, dont elle expliquait l'existence par l'ouverture d'un abcès déterminé par l'introduction d’une barbe d’'éri de blé au-dessous de la langue. Le corps étranger aurait-il pénétré dans le conduit de Wharton? On ne put avoir des renseignements précis sur ce point.
La pathogénie de la grenouillette sus-hyoïdienne est la partie la plus difficile de son étude.
Cette affection n’est pas toujours identique à elle-même. Mais elle se distingue par deux caractères constants : l’origine salivaire, et la saillie du kyste à la région sus-hyoïdienne.
Ces deux conditions peuvent être réalisées dans quatre cas.
1° Il existe une tumeur sus-hyoïdienne sans coïncidence de tumeurintrabuccale. Ce cas paraît être le plus rare. Il en existe une brève abservation due à Gross. On rencontre quelquefois, dit-il, des kystes de la glande sousmaxillaire. Le plus remarquable exemple que j'aie vu jusqu'ici s’est présenté chez une femme. Il était apparu dix-sept ans auparavant et était un peu plus volumineux qu’un œuf de dinde. Il était mou, fluctuant, sans douleur, sans aucune dilatation des veines sous-cutanées. La ponction donna issue à un liquide épais, visqueux, indiquant qu'il était formé vraisemblablement de fluide salivaire altéré.
Dans ce cas, le développement primitif du kyste à la région sous-maxillaire ne peut être nié,
2° Une tumeur primitivement sublinguale, par suite d’un développement excessif, peut faire saillie à la région sus-hyoïdienne.
C'est là encore un fait exceptionnel. J.-L. Petit cite le cas d'une femme dont la tumeur avait pris un développement considérable dans la cavité buccale. Ne pouvant être contenue dans la bouche, elle avaité carté les muscles génio-glosse et génio-hyoïdien; elle s'était étendue entre les deux branches de la mâchoire inférieure et faisait une saillie considérable entre le menton et l’os hyoïde.
ECO 3° Le plus ordinairement, il a existé ou il existe encore une tumeur sublinguale au moment où apparaît la tumeur sus-hyoïdienne. C'est ce qui est arrivé dans l'observation de M. Dieu. Les malades ont porté pendant un certain temps une grenouillette sublinguale. Le plus souvent, cette grenouillette a été ovérée et a récidivé ; puis, au bout de quelque temps, est apparue la tumeur sus-hyoïdienne. Parfois, après une existence. passagère, la grenouillelte sublinguale a disparu, et le kyste sous-maxillaire existe seul au moment où le malade se soumet à l'examen du chirurgien.
Ces deux tumeurs, tantôt sont indépendantes, tantôt elles communiquent entres elles. Si les deux tumeurs sont indépendantes, on peut supposer qu'il s’est développé simultanément une grenouiilette aux dépens de la glande sous-maxillaire et une seconde grenouillette aux dépens de la glande sublinguale.
Lorsque les deux tumeurs communiquent entre elles, le cas est embarrassant. On peut admettre l’une des deux hypothèses suivantes :
Un kyste primitivement développé dans la glande sublinguale pousse un prolongement à travers les fibres du muscle génio-glosse au mylo-hyoïdien et ce cul-de-sac fait saillie à la région sous-maxillaire. La communication entre les deux portions du kyste est étroite, parce que celui-ci est étranglé à sa partie moyenne par une boutonnière musculaire contractile.
Il se peut enfin que la communication des deux poches soit le résultat d'un accident, et que primitivement elles aient été distincles. Supposons en effet une grenouillette sublinguale et une grenouillette sous-maxiljaire se développant parallèlement. À un moment donné, les parois des deux kystes, écartant les fibres du plancher de la bouche, peuvent arriver au contact. On comprend alors que, par érosion des deux parois à leur point de contact, une communication permanente s’établisse entre les deux cavités.
L’existence d’une bourse sublinguale précédant le kyste sous-maxillaire, fait presque constant, a beaucoup préoccupé les chirurgiens. Pourquoi le kyste sublingual disparaît-il à un moment donné, et pourquoi
Per Li un autre kyste se forme-t-il au-dessous du plancher musculaire de la bouche ?
Voici l'explication que donne M. Cadiot dans sa Thèse :
Dans presque toutes les observations, la grenouillette sus-hyoïdienne est précédée d’une grenouillette sublingale siégeant, soit dans une des glandules du plancher de la bouche, soit dans le canal de Wharton. En outre, presque toujours la grenouillette primitive avait été ponctionnée ou s'était ouverte d'elle-même un certain nombre de fois, avant qu'il parût de tumeur à la région sus-hyoïdienne.
Or, que se passe-t-il lorsqu'une grenouillette est ponctionnée ou qu’elle s’est vidée d’elle-même un certain nombre de fois ? Il se développe une inflammation plastique autour de l’orifice d'écoulement, et cette inflammation aboutit en dernier lieu à la formation d’un tissu de cicatrice très résistant. La paroi supérieure de la grenouillette, comme sclérosée, ne permet que difficilement l’extension du kyste de ce côté, où il s’est ouvert une première fois. Que la grenouillette vienne à s'ouvrir deux ou trois fois, le même mécanisme présidera à la cicatrisation de l'ouverture, si bien que la paroi supérieure du kyste finira par être formée par un tissu de cicatrice, incapable, en raison de son peu d’élasticité, de permettre de nouveau l'extension de la grenouillette du côté de la cavité buccale.
L'observation de M. Dieu viendrait à l'appui de cette théorie de M. Cadiot.
- On peut admettre, avec M. Delens, que les nouveaux acini, devenus kystiques lorsque la glande sublinguaie a été détruite, appartiennent aux groupes postérieurs des glandes sublinguales disposés sur le trajet du conduit de Wharlon, et trouvent ainsi une voie toute préparée pour s’insinuer au-dessous du muscle mylo-hyoïdien. Cette hypothèse est confirmée par les recherches que M. Nitot a publiées récemment dans les Archives de Physiologie (mars-avril 1880) sur la glande sous-maxillaire. Cet auteur décrit une glande sous-maxillaire accessoire, dont l’existence cependant n’est pas constante. Cette petite glande, accolée au canal de Wharton, reliée à lui par un court canal excréteur, est en quelque sorte à mi-chemin de la région sous maxillaire et de la région sublinguale. Il est pos-
sible que dans bien des cas cette petite glande, après avoir fourni des anici à la cavité buccale, en fournisse de nouveaux à la région sous-maxillaire lorsque les premiers ont été détruits.
Dans la majorité des cas, il est probable que les glandes sublinguales et la glande sous-maxillaire participent toutes deux à la formation de la grenouillètte sus-hyoïdienne.
4° Enfin, il reste à examiner un dernier cas. C’est celui où, à côté d’une grenouillette sublinguale, il existe un kyste sus-hyoïdien, dont le contenu est séreux, et qui, par cette raison, ne semble pas pouvoir être considéré comme d’origine salivaire. Dans ce cas, il s'est développé accidentellement au voisinage du kyste salivaire un kyste séreux, comme on peut en observer dans toutes les autres régions ; mais l’évolution des deux kystes est tout à fait indépendante. Ce seraient là de fausses grenouilletes sus-hyoïdiennes.
III, — SYyMPTOMATOLOGIE.
Lorsque la grenouillette sus-hyoïdienne est constituée, elle se présente sous l’aspect suivant :
Dans la région sous-maxillaire, où trouve une tuméfaction d’un volume variable, sans limites bien précises. Cette tumeur est molle, fluctuante, indolente, sans changement de couleur à la peau.
Si l’on examine la cavité buccale, on trouve dans certains cas la tumeur sublinguale, qui a ordinairement paru la première. Si celle-ci a disparu, il n’est pas rare de constater un épaississement et une tuméfaction générale du plancher buccal, qui paraît soulevé par du liquide.
Lorsque la grenouilletie sublinguale existe, on peut parfois y faire refluer par la pression une partie du liquide contenu dans la poche sushyoïdienne, ce qui indique une communication entre les deux tumeurs.
Le volume de la tumeur sus-hyoïdienne est très variable.[l varie depuis celui d’un petit œuf jusqu'aux dimensions considérables qu’elle présentait chez un malade de Nélaton, où elle s’étendait de la base de la mâchoire jusqu’à la clavicule.
Le relief de la poche n’est pas en rapport avec ses dimensions verticales, la saillie est relativement médiocre, le liquide trouvant une voie facile vers les parties déclives. Transversalement, la {tumeur s'étend aussi plus ou moins. Elle dépasse quelquefois en avant la ligne médiane.
M. Cadiot prétend que la tumeur fait d’abord saillie sur la ligne médiane. Dans tous les cas de M. Delens, la tumeur était latérale à l’origine.
En arrière, elle peut arriver jusqu’au lobule de l'oreille, mais toujours elle reste superficielle.
Dans certains cas, on note une induration de la glande sous-maxillaire.
La gène qui résulte de la présence de cette tumeur est presque nulle.
La marche de l'affection est lente, se prolongeant des mois et des années. Mais si l’accroissement de la tumeur sus-hyoïdienne se fait lentement, la tumeur sublinguale concomitante est susceptible de présenter une augmentation temporaire de volume, coïncidant par exemple avec le moment des règles,