DIAGNOSTIC
Le diagnostic de la grenouillette: se compose de deux opérations dis-
-:tinctes :
1° On doit la distinguer des autres tumeurs de la même région. 9° Il faut reconnaître à quelle variété l'on a affaire.
J'ai défini la grenouillette: une tumeur liquide etenkystée. Le premier caractère permet d'éliminer immédiatement les tumeurs
me solides de la région; les cancers, les adénomes, les enchondromes, les exostoses du maxillaire inférieur .
Mais il est des tumeurs qui par une mollesse relative se rapprochent quelque peu de la grenouillette, et qu’il importe d’en séparer nettement : ce sont les lipomes, les tumeurs érectiles, les engorgements lymphatiques.
Lipomes. — Un premier élément de diagnostic est tiré de la rareté des tumeurs graisseuses sublingales. C'est à peine s’il en a été publié cinq ou six observations. Aussi prend-on bien plus souvent un lipome pour un kyste qu’on ne commet l’erreur inverse. Dans tous les cas que l’on connaît, les lipomes du plancher de la bouche ont été pris pour des grenouillettes, sauf une fois. Fallin a reconnu un lipome à sa couleur et à ses lobules visibles au-dessous de la muqueuse.
Le lipome a un: marche essentiellement lente. L'âge des sujets est généralement avancé. La tumeur siège exactement sur la ligne médiane, là où il existe des pelotons graisseux. Elle offre une coloration jaunâtre, et les petits globules adipeux peuvent se dessiner sous la muqueuse. En saisissant la tumeur avec les doigts, on lui faitsubir une compression, comme dans un cas de Dolbeau. On éprouve en même temps la sensation d’une masse composée de granulations. Les kystes à contenu liquide, au contraire, offrent de la rénitence, une fluctuation franche, de la transparence, ou du moins un aspect opalin.
Si l’on pique la tumeur avecune épingle, cette épingle, promenée dans tous les sens, restera immobile dans chaque position qu’on lui donnera.
On peut remarquer que la plupart des signes précédents sont communs aux lipomes et aux kystes dermoïdes.
Cependant il est possible de les distinguer.
La surface du kyste dermoïde est généralement unie, sans bosselures. Dans un cas dû à Linhart, celui-ci a reconnu le caractère de ce kyste à ce qu’il n’était pas fluctuant et se laissait déprimer comme du mastic. Il donne ce signe comme certain. Cependant, dans l'observation de M. Combalat, il faisait complètement défaut.
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Enfin, la ponction exploratrice ne donnerait rien probablement dans un cas de lipome ; elle donna, dans le cas que je viens de citer, une matière sébacée mêlée à un liquide opaque.
Les tameurs érectiles s’observent quelquefois. Je suppose qu'il ne s'est pas développé à leurs dépens une cavité kystique, auquel caselles devraient entrer dans le cadre des grenouillettes sanguines. La saillie de ces angiomes n'est pas nettement limitée. La couleur est bleuâtre. L'une et l’autre augmentent notablement pendant le cri et l'effort. On observe souvent d’autres tumeurs semblables sur différents points de la muqueuse buccale.
Il ne faudrait pas prendre pour des grenouillettes faisant saillie au cou, un abcès froid ou un engorgement lymphatique de cette région. Boyer a vu commettre cette méprise par des médecins instruits. À défaut d’autres caractères, tels que l’âge des sujets ou la diathèse scrofuleuse, l'absence d’une tumeur intra-buccale mettra sur la voie du diagnostic.
Le diagnostic de grenouillette est porté. Quelle variété de grenouillette a-t-on sous les yeux ? |
Je serai bref sur ce sujet, me bornant à revenir en quelques mots sur les caractères que présentent les divers kystes sublinguaux, et que j'ai développés en étudiant leur symptomatologie.
A. GRENOUILLETTE SUBLINGUALE. — Un premier caractère est tiré de la fréquence de cette variété. C’est à elle qu’il faut songer d’abord, quand on est en face d’une grenouillette.
C’est une tumeur arrondie, molle, rosée, et dans certains points grisâtre et comme transparente, occupant un des côtés du plancher de la bouche et s’avançant quelquefois de l’autre côté de la ligne médiane, indolente, et donnant aux deux doigts, quand on l’explore, une sensation très nette de
fluctuation. Cette fluctuaction est superficielle, on sent que les doigts sont
séparés du liquide par une membrane peu épaisse. On est autorisé à admettre que cette tumeur est un kyste indépendant du canal de Wharton lorsque, en faisant soulever la langue et examinant
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nettement le petit orifice de ce conduit, lorsque après avoir mis un peu de sel et de sucre sur la langue, on voit sourdre ou jaillir une certaine quantité de salive. Rien ne manque à la démonstration si l’on parvient à faire entrer un stylet par l’ostium ombilicale et à le faire arriver au delà des limites de la tumeur, et si, d’un autre côté, la pression sur cette dernière ne fait pas refluer le liquide par l'ouverture naturelle.
B. GRENOUILLETTE DU CANAL DE WHARTON ET DE LA GLANDE SOUS— MAXILLAIRE. — Cette espèce de grenouillette se différencie :
1° Par son siège et sa forme. — Tandis que la précédente, bien que prédominant d’un côté du frein, empiète généralement sur la ligne médiane et même fait une saillie plus ou moins forte de l’autre côté, le kyste dont je m'occupe en ce moment est exactement unilatéral. Dans les premiers temps au moins, il a une forme toute spéciale, il est oblong, pyriforme, avec une pointe antéro-interue qui vient se terminer, comme le canal de Wharton lui-même, à la petite saillie conique qui surmonte l’ostium ombilicale. Toutefois, si le kyste prend un grand développement, ces caractères vont s’effaçant à la longue et peuvent disparaître tout à fait.
2 Au moyen du catéthérisme. — Dans la variété de grenouillette dont je m'occupe, un stylet introduit dans le canal de Wharton viendra se heurter contre un corps étranger, ou bien, après avoir franchi un rétrécissement, il se mouvra librement dans une cavité kystique.
3° Si la pression de la tumeur fait jaillir une goutte de liquide par l’ouverture du canal de Wharton, il s’agit encore d’une ectasie de ce canal.
4° Enfin l’intumescence de la glande sous-maæillaire, lorsqu'elle accompagne une tumeur du plancher buccal, est un signe de rétention de la salive.
Peut-on pousser le diagnostic plus avant et reconnaître si l’on a affaire à un corps étranger ou à un calcul ? L'apparition concomitante et subite d’une grenouillette aiguë présen'ant les caractères que je viens d'indiquer, et d’une intumescence de la glande sous-maxillaire, ne comporte:pas d'autre diagnostic que celui de corps étranger du canal de Wharton. S'il
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s’agit d’un calcul, le malade accusera des prodromes qui le plus souvent
auront duré plusieurs mois.
C. GRENOUILLETTE SUS-HYOÏDIENNE. — Le diagnostic de la grenouillelte
sus-hyoïdienne est facile lorsque la tumeur sublinguale existe encore au moment de l'examen ou lorsque le patient fait mention de son existence antérieure.
Les caractères propres à la tumeur sus-hyoïdenne, outre son siège, sont, avant tout, sa mollesse remarquable et ses limites indécises. Si, lorsque son volume devient considérable, elle peut dépasser un peu la ligne médiane, cependant elle est essentiellement latérale et répond exactement par sa base à l’une des branches horizontales du maxillaire inférieur.
La communication possible des deux poches sublinguale et sus-hyoïdienne doit toujours être recherchée avec soin.
D. GRENOUILLETTE SÉREUSE. — Une tumeur sublinguale développée rapidement pourra faire penser à un kyste suraigu de la bourse de Fleischmann, si du moins l’on admet la théorie de Tillaux. J'ai dit que les tumeurs liquides chroniques de cette même bourse sont fort douteuses, et, en tout cas, je ne crois pas qu’il soit possible de les distinguer des grenouillettes sublinguales ordinaires.
Quant aux kystes séreux primitivement étrangers au plancher de la bouche, les commémoratifs peuvent suffire, ou bien on observera concurremment des tumeurs bien plus volumineuses au cou, avec tous les caractères des kystes de cette région. La saillie de la bouche ne sera alors qu'un épiphénomène. Souvent même, on n’a à faire qu’un diagnostic tératolo-
gique.
E, GRENOUILLETTE DERMOÏDE. — J'ai fait déjà allusion à ce diagnostic en parlant des lipomes sublinguaux.
Il! est assez difficile, puisqu'il n’a été établi qu’une seule fois par Linhart, Dans un cas de Denonvilliers, ce praticien, tout en pensant à un kyste dermoïde, fit ses réserves, et le diagnostic fut porté après la ponction.
0e Les éléments principaux du diagnostic doivent être tirés : Du siège de la tumeur.— Elle est située sur la ligne médiane.
De son développement.— Généralement, ces kystes ont une marche plus lente que les grenouillettes ordinaires, et, dans une observation de M. Richet, l'apparition de la tumeur remontait à plusieurs années. Je dois ajouter que cette marche, essentiellement chronique, ne s'accompagne pas
de réaction inflammatoire.
De sa coloration.— L'opacité est un caractère que les kystes dermoïdes partagent avec les tumeurs solides de la région. La coloration jaunâtre, vue à travers la muqueuse et indiquée par Duplay, serait un bon signe si elle était plus fréquente; d’ailleurs, on voit beaucoup de grenouillettes franches qui ne présentent pas la transparence bleuâtre de la muqueuse ; et, d'autre part, dans la majorité des observations de kystes dermoïdes,la muqueuse qui recouvrait la tumeur était rosée, mais ne présentait pas l’opa-
cité avec coloration jaunâtre.
De l'impression digitale. — Ce signe, dont parle Linhart et qui lui servit à établir le diagnostic,n'est pas constant, comme je l’ai dit : Le doigt laisserait une empreinte dans la tumeur.
De la ponction exploratrice.— Dans l'observation de M. Combalat, on avait pensé, avec quelques réserves cependant, à une grenouillette ordinaire. La ponction exploratrice modifia immédiatement le diagnostic : ’écoulement d’une matière sébacée, mêlée à un liquide opaque, démontra que l’on était en face d’un kyste dermoïde.
F. GRENOUILLETTE SARGUINE.— Les kystes vasculaires ne seront généralement pas difficiles à reconnaître : petit volume, coloration bleuâtre, mollesse spéciale, et surtout coexistence de tumeurs érectiles avec leurs symptômes. Une ponction exploratrice laissera échapper une certaine quantité desang, ou d’un liquide présentant encore des traces de la matière colorante du sang.
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G. GRENOUILLETTE HYDATIQUE.— Voici les caractères du kyste hydatique sublingual, dans le seul cas où il ait été observé :
La poche enveloppante était dure, résistante, et épaisse au point que les dents de la moitié gauche de la mâchoire inférieure s’imprimaient profondément sur la tumeur et y produisaient des dépressions qui, au premier abord, ressemblaient à de véritables ulcérations. La fluctuation était évidente, mais elle était en quelque sorte profonde, à cause de l'épaisseur de la paroi interposée entre les doigts et le liquide inclus. Peut-on conclure d’après cela que, dans les cas insolites où la paroi d’un kyste du plancher de la bouche présente une grande épaisseur, le seul fait de la consistance anormale de la paroi doit éveiller l'attention et faire admettre la possibilité d’une hydatide ?
Que dire du frémissement hydatique ? Malheureusement l’on est réduit aux hypothèses, car Laugier, dans le seul cas connu, dit qu’on ne l'avait pas recherché, parce que l’ensemble des symptômes observés avait conduit à diagnostiquer une grenouillette ordinaire. Cependant il n’y a aucune raison à ce que ce signe ne se produise pas à la région sublinguale. Il peut être, à l’occasion, un élément important du diagnostic.