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CHAPITRE VIL GRENOUILLETTE HYDATIQUE

On ne connaît, de cette variété de tumeurs sublinguales, qu’une observation certaine due à Laugier.

M. Bertherand cite Goulin comme en ayant publié; mais à l'époque où vivait cet auteur, le mot d’hydatide n'avait pas de signification précise. J.-L. Petit s’en est aussi servi pour désigner un kyste sublingual, mais uniquement parce qu'il était transparent. C'était une simple grenouillette ordinaire À

L'ouvrage si complet de Davaine ne contient que deux cas de kysie hydatique de la cavité buccale : l’un, de Lefoulon, siégeant dans la gencive; . l’autre, de Robert, occupant l’amygdale.

Voici l’Observation de Laugier, recueillie dans le service de M. le professeur Gosselin, à la Charité :

P. J..., âgé de 61 ans, employé, entre le 15 avril 1869 à la salle Sainte- Vierge.

I y à six mois, il a senti, avec sa langue, une pelite saillie dans la moitié gauche du plancher buccal, saillie génante, mais nullement douloureuse. La tumeur ne tarda pas à augmenter, et, avec elle, la gêne, qui devint de plus en plus considérable.

En ce moment, on constate une tumeur du volume d’une grosse noix, occupant la moitié gauche du plancher de la bouche et dépassant la ligne médiane. Elle refoule fortement la langue en haut et en arrière, à ce point qu’en faisant ouvrir la bouche au malade, on n’apercçoit la langue qu'avec peine, vu qu’elle est comme collée à la voûte palatine. |

Quand on palps la tumeur, la fluctuation est manifeste ; mais la paroi de la poche est épaisse et dure, et, en somme, de consistance tout à fait insolite dans la grenouillette ; ajoutons que la présence de quelques ganglions sous-maxillaires du côté gauche, durs et indolents, et roulant sous le doigt, peuvent faire craindre une complication, sur la nature de laquelle il est difficile d’être fixé. Nous ne trouvons d’ailleurs aucun symptôme local d’inflammation, ni chaleur, ni empâtement de la région, ni aucune douleur spontanée ou provoquée. Le malade se plaint uniquement de la gêne occasionnée par la tumeur.

L'opération de la grenouillette est décidée pour le 30 avril. Elle devait consister en deux temps : incision de la poche, large excision de la paroi. L'incision donne issue à une quantité assez considérable de pus, etil y à en même temps, expulsion d'une membrane blanchâtre. Après l’excision de la paroi supérieure de la poche, le doigt peut pénétrer profondément dans le kyste et atteindre la base de la langue.

Les suites de l'opération furent très simples : l’intérieur de la cavité fut

cautérisée à différentes reprises avec le crayon de nitrate d'argent, et le malade quitta l'hôpital parfaitement guéri.

ÏJ.— ANATOMIE PATHOLOGIQUE.

L'examen microscopique démontra, dans cette observation de Laugier, que la membrane blanchâtre expulsée au milieu du pus n’était autre chose qu'une hydatide. On la trouva en effet constituée par du tissu amorphe, transparent, mais très régulièrement stratifié. Gette hydatique formait une poche du volume d’une noix, à paroi tremblotante, ressemblant à de l’albumine coagulée, Le liquide fut également examiné, il avait l'apparence d’un pus graisseux et blanchâtre. Au microscope, on y trouva une grande quantité de granulations graisseuses, des cristaux d’hématoïdine et d’acide stéarique, et enfin des crochets d’échinocoques, et des échinocoques entiers.

IT. — ÉrroLoare.

On sait que les hydatides doivent leur origine à une transformation ou au développement d’un embryon de tænia.

Dans le cas spécial dont il s’agit, en se fondant sur ce que le siège même de la tumeur parasitaire constituait la paroi inférieure de la cavité buccale, vestibule des voies digestives, Laugier émit l'hypothèse que les particules alimentaires, liquides ou solides. contenant l'embryon d’un tænia, avaient séjourné pendant un certain temps dans le cul-de-sac inférieur de la muqueuse buccale, au-dessous de la langue, et derrière le maxillaire inférieur, et que cet embryon avait gagné directement, en la perforant, l'épaisseur de la muqueuse buccale, pour s’y développer ensuite.

Cette hypothèse paraît en effet au moins aussi admissible que celle qui consisterait à faire partir l'embryon de l'intestin, et à le faire arriver de proche en proche, à travers les tissus, jusqu’à l’intérieur de la muqueuse du plancher de la bouche.

did

IT. — SymPToMATOLOGIE.

Les débuts de la maladie furent tout à fait ceux dela grenouillette, c’est-

à-dire lents et obscurs, et c'est comme par hasard que le malade s’aper-

çut d’une petite saillie anormale.

Dans les deux cas, même gène dans la déglutition, dans la phonation, et même gêne dés le début. Plus tard, à mesure que la tumeur s’accrut, la similitude continua, etle kyste hydatique présenta, au bout de six mois, un développement assez notable, et, comme la grenouillette volumineuse, souleva la langue en la refoulant en arrière et en haut. Enfin, comme dans la grenouillette, lafluctuation était des plus manifestes, et l'augmentation

de volume du kyste ne s’accompagna pas de douleurs.

Est-ce à dire qu’il y ait analogie complète entre les deux espèces de kystes ? Nullement, et je reviendrai au chapitre du Diagnostic sur les

caractères différentiels des deux variétés de grenouillettes.

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