ANNÉES DE SÉJOUR AUX CHARTREUX
X..., 34 ans. Le certificat de 24 heures (décembre 1883) porte le diagnostic de folie congestive. De tempérament hypocondriaque, X... avait, avant son internement, cherché à combattre ses défaillances morales en iaisant un usage immodéré de morphine et d'alcool Après une longue période d’hallucinations, survint chez lui un affaissement de la volonté, avec perversion du sens moral et des sentiments affectifs.
Objet de la plus rigoureuse surveillance. Xe quitta l’Asile en février 1896. J’ai fréquemment des nouvelles de X... qui dirige depuis, avec dévouement et avec la plénitude de sa raison, un établissement où les fatigues et les soucis de toute nature ne lui sont pas ménagés. Il n’a pas eu, depuis sa sortie, la moindre tendance à recourir aux toxiques d'autrefois ; il est actif, énergique et bien décidé à reconquérir la position qu’il a perdue.
Nous remarquerons, d’après ces quelques observations, que la lypémanie ou mélancolie est la forme de vésanie la plus susceptible d'amélioration même au bout d’un certain nombre d'années.
Dans ces cas particuliers, les seuls traitements employés ont été l’isolement, le travail et le traitement moral.
Pendant toute la durée de la maladie, l'état physique était resté bon, dans un seul cas (observation 111), la guérison suivit une pneumonie.
ATOS
À ce propos, il nous à paru intéressant de rechercher quel est le traitement auquel peuvent être soumises les maladies mentales et ce qu’on peut en attendre.
Tous les movens ont-été successivement ou simultanément mis en usage. On a employé les agents mécaniques, le traitement hydrothérapique (bains, douches), les sétons, les cautères, la médication pharmaceutique (purgatifs, émission sanguine, révulsifs, sédatifs, hypnotiques, toniques, reconstituants), l’alimentation forcée, les soins hygiéniques, et à l'appui de chacun de ces procédés on a donné des exemples probants. Qui ne connaît les effets merveilleux du phosphore, de la paraldéhyde, des bromures, du curare, de l’hyosciamine et de l’hyoscine ? Et lorsque tous ces moyens ont échoué, lorsque la maladie semble passée à l’état chronique, ii reste encore le plus important de tous, le plus efficace certainement: le traitement moral; sur lui seul nous voudrions nous arrêter.
Nous ne parlerons pas des tentatives faites pour utiliser l’hypnotisme en aliénation mentale (Auguste Voisin) et nous passerons aussi sous silence l'emploi des miroirs rotatifs, des couronnes aimantées, des casques vibrants… Ces moyens sont d’une pratique difficile et d’un résultat encore très douteux ; malgré les récentes expériences de Luys et du docteur Costa de New-York.
Mius 1l serait peut-être tout au moins intéressant de mentionner en passant les essais tentés par les électriciens pour appliquer leur spécialité au traitement de la folie. Aujourd’hui que l'électricité semble devoir tout guérir, qu’elle prétend même remplacer la chirurgie comme dans l'élimination des fibromes ou des polypes, il n’est point
étonnant qu’elle cherche à envahir aussi le domaine de l’ahénation mentale, et nous voyons surtout chez les étrangers l'emploi des courants continus dans la mélancolie obtenir les meilleurs résultats (D' Wiglesworth) : les électrodes sont des plaques métalliques placées sur le front et la nuque, la force est de 5 à 5 milliampères, la durée de 10 minutes.
Tigges assure d’après de nombreuses expériences personnelles, que l'emploi des courants continus faibles rend le sommeil aux psychopathes en les débarrassant des sensations pénibles intra ou extra-céphaliques, en faisant disparaître les troubles de la sensibilité générale, les veruges, les illusions de tous les sens, du tact en particulier, les bourdonnements d'oreilles et les hallucinations de l'ouïe.
Althaus proclame les avantages de Paction analytique du courant voltaique constant dans le traitement de certains processus de destruction ou d’irritation : il prétend aussi avoir guéri par la galvanisation des lobes occipitaux des accès de mélancolie et des hallucinations de l’ouie.
Briquet a traité par la métallothérapie et la faradisation des cas d’hystérie convulsive et vésanique.
Davies a appliqué la lumière colorée au traitement des aliénés et par son procédé photochromatique le bleu guérit les maniaques, le rouge la mélancolie.
Les effets thérapeutiques de l'électricité statique ont été encore notés par Bénédik, pour qui leur rôle consiste dans la modification de la circulation intra-veineuse.
Plus naturel et plus efficace est le traitement moral de la folie : il se compose non seulement de toutes les
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influences qu’exercent sur le malade les nouvelles conditions dans lesquelles il est placé: isolement (méthode psychique négative de Steinthal), distractions, travail ; mais encore et principalement de l’action directe du médecin sur sa sensibilité et son intelligence. Il est un fait psychologique remarquable, c’est que des moyens d’un ordre exclusivement moral suffisent, dans bien des cas, pour opérer sur l’entendement de l'individu, sur ses sentiments, sur sa volonté une action puissante et salutaire. Sous l'influence de certaines paroles, principalement d’appels répétés aux sentiments affectifs, par le réveil de certains souvenirs, au contact de certaines personnes, la conscience peut être prise d’une émotion inattendue et la volonté recevoir une stimulation heureuse.
Ce traitement moral comprend les divers moyens qui agissent sur les habitudes et les sentiments du malade, qui s’attaquent à ses erreurs, à ses illusions. If doit avoir un double but : faire diversion aux pensées qui préoccupent sans cesse certains individus ; et, en même temps, par la douceur des procédés employés à leur égard, réveiller en eux des sentiments de confiance et de sympathique reconnaissance. « La lésion que l’on doit surtout soigner dans les maladies mentales, a dit Talret, c’est celle de la partie affective de notre être, la lésion des sentiments et des penchants : c’est le terrain sur lequel germent les idées délirantes. »
On à souvent répété que les aliénés étaient de grands enfants et qu'ils doivent être traités comme tels : Cela est vrai dans un grand nombre de cas. Autant que possible, puisque « le fou n’est qu'un homme qui se trompe ou que
la passion égare », on doit entretenir avec eux des conversations convenables et toujours bienveillantes. S'ils étaient abandonnés à eux-mêmes, entourés de personnes malveillantes ou déraisonnables, où encore si on s’aliépait leur estime et leur confiance par le mépris et les mauvais traitements, on n'aurait bientôt plus de prise sur leur esprit.
« Mais ce n’est point, dit Calmeil, le raisonnement ou la persuasion que l’aliéniste doit utiliser. » Nous avons nous-même bien des fois tenté, en vain, de dissiper les errements de certains hallucinés et nous sommes convaincu « qu'ils étaient réellement convaincus ». Le médecin doit faire preuve de patience, de douceur, de bienveillance, en même temps que de justice et de fermeté, et acquérir par là sur les malades les plus troublés un ascendant indéniable. Sunt quidam fustiqgandi, ajoute Celse, montrant bien par là que la sévérité et l’intimidation ne doivent pas être abandonnées avec les récalcitrants.
Que de moyens aussi divers que nombreux et ingénieux font encore partie du traitement moral : le tact de l’aliéniste est alors le seul juge. Cox cite plusieurs cas de guérisons tardives, obtenues par les moyens moraux. Mille circonstances peuvent fournir au médecin et faire naître dans son esprit des indications de thérapeutique intellectuelle : la substitution d’une passion à une autre, une émotion vive, forte ou imprévue, une surprise, la crainte, la terreur ont leur succès et on connaît l’axiome de Lorry « Spasmo spasmus solvitur ».
savage relate l’histoire d’un lvpémaniaque de 46 ans, interné en 1860, qui fut classé parmi les incurables, lors-
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que la mort de sa femme, en 1878, opéra une transformation soudaine dans son état mental. Trois ans plus tard, la guérison paraissait durable.
Voilà donc encore un cas de guérison tardive, survenue incidemment chez un lypémaniaque, à ajouter à ceux que nous avons cités.
L'influence religieuse a été aussi constatée et bien des fois on a eu recours à son autorité lorsque la maladie était compliquée de scrupules et de craintes de damnation : « Un démoniaque, prétend pourtant Esquirol, ne cède pas aux conseils d’un ecclésiastique ».
Les travaux de toutes espèces, (couture, lingerie, cordonnerie, menuiserie, culture, etc.), qui occupent dans les Asiles tant d’aliénés valides et tranquilles ont toujours eu sur leur santé la meilleure influence : « L’Asile, a dit Erg, doit être par lui-même le principal instrument de ouérison ». Tous ces malades, employés suivant leurs soûts et leurs aptitudes, sont ainsi détournés de leurs idées délirantes, jouissent d’une liberté relative, de la vie en plein air, de la vue d’une belle nature dont le docteur Erlemeyer a vanté les heureux effets : « [ls ont presque l'illusion de la vie réelle ».
Falret à écrit un traité sur « l’influence des écoles et des réunions dans les asiles d’aliénés » ; nous avons souvent constaté que les distrations, les promenades, les comédies en usage dans certains asiles, la musique tant conseillée par Blumer, les lectures, etc., étaient parfois suivies de résultats favorables.
Faut-il aller jusqu’à prétendre, comme on a tenté de le faire, que la vie des asiles concourait souvent au déve-
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