INTRODUCTION
Pendant notre année d’internat à l'asile de Maréville, nous avons eu l’occasion d'observer un grand nombre d'aliénés, de les suivre journellement, et d'assister ainsi à l’évolution de leur vésanie. Nous avons constaté souvent des guérisons rapides et complètes, mais parfois apparentes et suivies de rechutes imprévues.
Notre attention a été surtout attirée par ces malades dont les asiles abondent (héréditaires, dégénérés, délirants chroniques, maniaques ou impulsifs), internés depuis de longues années, robustes de corps, indifférents à tout pour la plupart, mais dont beaucoup ont encore une certaine conscience de leur état et réclament leur liberté « au nom de leur saine raison ». Nous nous sommes bien des fois demandé si ces malheureux, considérés comme incurables, recouvreraient un jour leur intelligence première, ou s'ils étaient destinés à demeurer toujours, selon l'expression de Luys, « de perpétuels inconscients ».
LED US Ainsi nous vint la pensée de faire de ces observations le thème de notre thèse. Nous avions cru le sujet original, aucun travail d'ensemble important n'ayant été publié sur cette matière, et les principaux traités de médecine mentale ne parlant que très incidemment de quérisons tardives dans la folie. Mais grande à été notre déception au cours de nos recherches bibliographiques lorsque, à chaque page que nous parcourions des Annales Médico- Psychologiques depuis 1850, nous découvrions des observations répétées sur le même phénomène, et constations une fois de plus «que nous venions trop tard » pour apporter dans la science médicale des exemples inédits de guérisons tardives.
Nous avons cru cependant que nos études personnelles ne seraient point complètement inutiles et pourralent étayer celles de nos devanciers. La plupart des ahénés qui en ont été l’objet ont été suivis après leur sortie, et le temps a pu donner sa consécration au diagnostic de nos maîtres. C’est pour ce motif que nous nous sommes décidé à publier nos observations, sans entreprendre de rappeler celles que MM. Giraud, Sizaret, Rousseau. et tant d’autres ont relatées avant nous.
Nous avons cru pouvoir en outre essayer d'en dégager quelques idées générales sur le pronostic dans les maia-dies mentales et discuter les principales opinions émises à ce propos, particulièrement dans les formes chroniques.
Nous avons étudié ce qu'on peut attendre d’un traitement approprié et prolongé ; nous nous sommes efforcé de fixer les circonstances qui peuvent engendrer des guérisons tardives et inattendues. Enfin nous avons cherché à faire ressortir l'importance de cette question dans quelquesunes de ses conséquences sociales et juridiques, au point de vue du divorce en particulier.
Mais avant d'aborder notre sujet, nous sommes heureux d'acquitter 1ei une trop faible partie de la dette de reconnaissance que nous ont fait contracter envers eux tous nos Maïtres de la Faculté de Médecine de Nancy. Nous ne saurions oublier les témoignages de bienveillance qu'ils nous ont si souvent montrés au cours de nos études, et nous conserverons toujours le souvenir de leur enseignement et de leurs conseils.
Que M. le professeur Weiss, en particulier, veuille bien agréer l'assurance de nos plus affectueux sentiments; nous tenons à lui exprimer publiquement notre profonde gratitude pour les marques d'intérêt qu'il nous a tant de fois prodiguées.
Nous apprécions tout l'honneur que nous fait aujourd'hui M. le professeur Simon en acceptant la présidence de notre thèse, et nous nous rappellerons toujours l'appui si sympathique dont il a entouré nos premiers pas.
Qu'il nous soit permis de remercier aussi MM. les
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docteurs Vernet et Paris, médecins en chef de l’asile de Maréville, ainsi que M. le docteur Lallement, médecindirecteur de l'asile de Dijon, pour les bons conseils qu’ils nous ont donnés ; ce sont eux qui nous ont initié à l'étude si intéressante, parfois si triste, de l’aliénation mentale ; nous leur adressons notre vive reconnaissance, et en particulier à M. le docteur Paris, qui nous à inspiré notre sujet et a bien voulu nous guider dans l'exécution.