‹ Des habitations des classes ouvrièresChapitre 3 sur 14 · FAMILLES · texte numérisé non relu

FAMILLES

Une seule chambre pour chaque famille. 929

Deux chambres id 408

Trois id 94

Quatre id 17

Cinq id 8

Six id 4

Sept id 1

Huit id 1

Non vérifiés id 3

Total

Un lit pour chaque famille

Trois

, id

Quatre

.. id.

Cinq

. . id

, . id

. . tri

Logements sans lit

Non vérifiés..

Total

désireux de m’assurer par moi-même de cet état de choses, je visitai avec un de mes amis plusieurs maisons de Saint-Giies, juste dans le voisinage de la maison modèle de George-Street, que nous décrirons plus tard. Dans une de ces maisons nous trouvâmes une chambre d’environ 6"70 de long sur4m80 de large, dont on touchait facilement le plafond de la main, et sans autre ventilation que celle produite par l’ouverture de quelques carreaux de vitre brisés. Cette chambre était la résidence habituelle de quarante à soixante créatures humaines, hommes, femmes, enfants, avec leurs chiens, chats, etc. Il est bien inutile d’ajouter à ce chiffre un seul détail ; le récit en serait trop repoussant.

La mesure qui a été prise d’abattre et de dégager un grand nombre de logements occupés par les ouvriers pour faire place à des améliorations modernes, a beaucoup aggravé ces maux. C’est ainsi que la mise à exécution du bill de salubrité des villes lui-même aura de très-fâcheux effets pour le pauvre, si l’on n’érige de meilleures maisons, à mesure qu’on jette à bas les anciennes.

Si quelqu’un prétendait que ces remarques ne peuvent s’appliquer qu’â la paroisse de Saint-Giies, au centre d’une capitale, ou â Saffron- Hill, il suffirait de jeter un coup d’œil sur les rapports de la commission de salubrité des villes (1) ou sur les descriptions plus récentes insérées dans les colonnes du Morning - Chronicle, pour avoir des preuves abondantes que nos villes de province (2), nos villages, et même ces pittoresques collages qui égayent tant le paysage de la Grande-Bretagne, ne forment point exception à la malheureuse condition des demeures occupées par nos ouvriers des villes ou des campagnes. Dernièrement, dans une ville de province, je visitai un cottage, entre trois que desservait un passage commun de Gm75 de large. Dans un rez-de-chaussée de 3m2ü de long, sur 2m40 de large et 2m de haut,

(1) Ces rapports précieuxsont un ample témoignage du zèle et de l’infatigable énergie avec lesquels M. Chadwick accomplit l’œuvre de bien à laquelle il s’est depuis si longtemps voué.

(2) M. Rawlinson, inspecteur du gouvernement près le Conseil général de salubrité, m’a assuréque dans son opinion, il n’y avait pas dans la Grande-Bretagne une ville de 4,000 âmes qui ne renfermât un spectacle semblable à celui dont je viens de faire la description, et dont j’ai été témoin oculaire.

avec grenier triangulaire formant le toit, logeaient un mari, sa femme et cinq enfants. Je passe la description des dépendances extérieures communes à ces cottages. Ce n'est cependant encore là qu’une faible esquisse de la misère que l’Angleterre, avec sa civilisation tant vantée, ses mœurs polies et sa richesse, cache dans les demeures de ses habitants.

Ces logements ne se composent quelquefois que d’une seule pièce, où se pressent plusieurs personnes; quelques-uns ont deux, trois ou quatre chambres, occupées chacune souvent par une famille nombreuse ; dans d’autres enfin, la même pièce sert à plusieurs locataires et à leur famille, sans distinction d’àge ni de sexe.

Quelque profonds et étendus que soient ces maux, quelle qu’en soit la portée morale, physique, sociale et politique, nous avons cependant encore l’heureux espoir d’opérer, à l’aide du principe chrétien, uni à un esprit éclairé et bien dirigé de philanthropie, un aussi grand changement dans les demeures des classes ouvrières, que celui qui a été apporté dans la condition de nos prisons, grâce surtout aux persévérants efforts de l’illustre Howard. L’Angleterre (1), sûrement, ne peut pas longtemps souffrir le contraste qui existe entre le bien-être intérieur accordé à ceux qui ont perdu la liberté en expiation de leurs crimes, et les misérables demeures de notre population ouvrière qui, trop souvent, est tentée d’en échanger le séjour pour la taverne (2), ou le

(1) Le nombreuses demandes des plans d’habitations modèles et d’autres renseignements qui sont continuellement adressés à la Société d’amélioration du sort des classes ouvrières des différentes parties du pays, prouvent suffisamment que son travail n’a point été inutile. On apprendra en outre, avec le plus grand plaisir, que nos voisins du continent, et nos frères de l’autre côté de l’Atlantique, mettent à profit notre exemple et notre expérience, en exécutant ces mômes plans, avec les modifications que doivent naturellement entraîner des habitudes propres à chaque peuple.

(2) Si l’on tenait un compte exact de tout le mal qu’occasionne, aux classes ouvrières, l’attrait de ces lieux ; si l’on récapitulait les dépenses dont ils sont la cause, pour les hôpitaux, les maisons de refuge, les hospices de fous, la police, outre les frais de tout cet arsenal employé pour la prévention et la punition du crime, on arriverait à un total qui, indépendamment des considérations les plus importantes de morale et d’ordre social, laisserait bien en arrière, sans aucun doute, toutes les questions de revenu public ou d’intérôt privé. L’introduction dans la patente du monosyllabe ne avant les mots « peut être bu sur place, » inscription qui se retrouve sur toutes les tavernes,

palais du genièvre, ces deux grandes portes de la misère domestique et de la ruine morale.

III. — Les vues d’amélioration pratique pour les logements d’ouvriers que je désire exposer vous frapperont mieux, si je vous indique d’abord les principes généraux applicables dans les villes et les campagnes, avant de passer à ceux qui conviennent séparément à chacune de ees espèces d’habitations.

Les plus humbles demeures, soit à la ville, soit à la campagne, pour être saines, doivent, avant tout, ne pas être humides, et jouir d’une bonne ventilation. La première de ces conditions s’obtient en faisant bien attention à l’emplacement du terrain, aux fondations de l'édifice, à l’écoulement des eaux et à la nature des matériaux de construction des murs extérieurs et du toit. Pour assurer la ventilation, il faut procurer une libre circulation à l’air, ménager à cet effet des ouvertures en nombre suffisant et de dimensions convenables, et réserver aux chambres une hauteur que je fixerai de 2m!20 à 2m50 ; dans les villes, je le fixerais à 2m75 d’un étage à l’autre. Le nombre et la capacité des appartements devraient être en rapport avec le nombre probable de personnes devant les occuper. Pour les familles, règle générale, il ne faut pas moins de trois pièces à lit, ayant chacune une entrée distincte et indépendante ; aucune autre disposition ne peut assurer une séparation convenable des sexes. La chambre commune ne devrait pas avoir moins de 43 à 45 mètres de superficie, et la chambre à coucher des parents devrait en mesurer au moins 30. Dans cette dernière, il est très-important qu’il y ait une cheminée, en cas de maladie. Dans chaque pièce, près du plafond, surtout dans les petites chambres des enfants où il n’y a pas de cheminée, il faudrait une ouverture pour servir d’issue à l’air vicié. Dans certains cas, il suffirait pour cela d’un tuyau passant à travers le toit et recourbé à son extrémité, ou d’une simple conduite d’air pratiquée dans le muret s’ouvrant au dehors.

serait certainement un premier pas vers le bien. Récemment encore, on a eu la preuve évidente des dangers du système actuel ; à peine, en effet, une maison modèle était-elle habitée par quelques amis du bien, dans une paroisse de campagne, qu’une taverne venait s’établir juste en face.

On en est encore à trouver, il me semble, un système de ventilation qui permette, sans dépense, de retirer l’air corrompu et d’introduire une quantité égale d’air pur, sans cependant occasionner de courant dangereux. Mes essais, je dois le dire, ne sont pas favorables à l’emploi des soupapes de tout genre pratiquées aux cheminées dans le système ordinaire (1). Dans certains cas, elles réussissent parfaitement ; dans d’autres, il est presque impossible d’empêcher la fumée d’en sortir. Je préférerais, quand c’est praticable, établir à une certaine hauteur un tuyau de ventilation indépendant, de 0m:2â sur 0m10, ou même moins, accompagnant celui de la cheminée, ou en communication avec l’air extérieur, s’il n’y a pas de tuyau de cheminée pour l’appartement. Le ventilateur le plus simple et le plus économique que j’aie employé pour admettre l’air extérieur, consiste dans une ouverture pratiquée entre deux briques, munie d’une feuille de zinc trouée, environnée d’un cercle de fer, avec une plaque mobile et une crémaillère pour la fermer à volonté. Les ventilateurs de Guy et de Bailie sont bons aussi quand on les emploie à propos.

Le bien-être et la santé des hôtes de toute habitation sont vivement intéressés à l’établissement d’une antichambre ou d’une espèce de vestibule fermé, ainsi qu’à une bonne disposition des portes et des cheminées dans les pièces où l’on se tient. Il faut qu’il y ait dans l’appartement un coin au moins à l’abri de tout courant d’air. La difficulté qu’on trouve dans les bâtiments d’un rang inférieur à fermer hermétiquement les fenêtres fait désirer que les châssis ouvrent toujours à l’extérieur et qu’ils soient fixés par une ferrure solide. J’ai trouvé que le zinc était ce qu’il y avait de mieux à employer pour ces châssis ;

(1) L’inconvénient auquel il est fait ici allusion dans l’emploi de ces soupapes, lorsqu’il ne provient ni de la trop grande dimension du tuyau de la cheminée à la gorge, ni de son trop peu de largeur à la sortie, est reconnu par leur Savant inventeur, le Dr Arnott ; mais il l’attiibue à un vice de maind’œuvre, ou à une mauvaise manière d’en faire usage. Des médecins éminents donnent de si forts témoignages en faveur de ce système, que j’énonce avec répugnance la difficulté pratique que j’ai rcn. contrée à son emploi, tout en reconnaissant qu’elle diminue en proportion de la hauteur à laquelle l’appareil est fixé au-dessus de l’ouverture de la cheminée. Dans les chambres basses, un résultat tout aussi efficace peut s’obtenir par lesimple conduit pratiqué à travers le mur dont il est parlé ci-dessus.

si les carreaux en sont bien proportionnés et n’ont point trop de largeur, son usage diffère très-peu de celui du plomb.

IV. — Puisque je développe les principes généraux dont je recommanderai spécialement l’application pour les édifices des villes, il n’est point déplacé d’examiner les habitations construites par la Société d’amélioration du sort des classes ouvrières (1). Cette Société fut fondée en 1844, sous le patronage de SaMajestéla Reine, avec son royal époux pour Président. Dirigé par les principes de philanthropie si puissamment mis en œuvre par son noble Président, lord Ashley, excité en outre par son exemple, le comité de cette Société entreprit comme une des branches les plus importantes de ses travaux, « l’exécution de » plans et modèles pour l’amélioration des logements des ouvriers, à la » fois dans la capitale et dans les districts manufacturiers et agricoles. » Pendant les cinq dernières années, le comité s’est activement occupé d’offrir successivement des modèles d’habitations perfectionnées, disposées suivant les besoins des diverses classes industrielles. Ces habitations, dès l ’origine des travaux de la Société, avaient été représentées par un des plus éminents constructeurs de Londres « comme très-diffi- » ciles à établir, comme ne pouvant guère être menées à bonne fin, et » comme peu susceptibles, du reste, de devenir un placement de fonds » avantageux. » En présence de cette opinion, et de l’avis que la Société se bornerait à offrir des récompenses aux plans qu’un concours en déclarerait dignes, et à en faire quelques publications, l’on comprit fort bien qu’aucune espèce de raisonnement, quelque juste qu’il fût, qu’aucun plan ou devis, quelque exact qu’il pût être, ne ferait autant d’impression sur le public que des essais présents sous les yeux de tous, et que la démonstration, par l’expérience, de la possibilité d’obtenir un bon intérêt de capitaux judicieusement engagés dans de semblables entreprises.

Dans ce but, la Société se mit à construire, entre Grays’inn-road et Lower-road, Pentonville, près Bagnigge-Wells, son premier rang d’ha-

(t) Une vue et le plan de ces habitations sont donnés dans l’appendice. Voir les dessins lithographiés, Planche 1.

bitations modèles (1) sur le seul emplacement convenable de cet endroit, malgré les difficultés que soulevèrent quelques propriétaires qui craignaient de voir déprécier leur propriété par le voisinage de ce qu’ils regardaient comme une réunion de maisons de pauvres d’un nouveau genre.

La disposition des lieux et la nature défavorable d’un terrain de formation récente, pour les fondations d’un bâtiment élevé, eurent une certaine influence sur la résolution qu’on prit de s’arrêter à un double rang de maisons à deux étages, opposés l’un à l’autre. On les construisit sur trois plans differents pour loger d’une manière convenable vingt-trois familles et trente femmes seules. Le but principal qu’on s’est proposé dans la disposition intérieure de ces maisons, a été de réunir toutes les conditions de salubrité, de bien-être, de moralité, pour les ouvriers et leurs familles. Une attention toute spéciale fut apportée à la ventilation, à la fourniture de l’eau et à son écoulement (2).

1° Neuf de ces familles occupent chacune une maison tout entière ayant une chambre commune au rez-de-chaussée, avec un réduit ou cabinet fermé assez grand pour contenir les lits des jeunes gens; deux chambres à coucher au premier, et une petite cour sur le derrière. Le loyer de ces maisons est de 7 fr. 50 c. par semaine.

2° Les quatorze autres familles sont réparties dans sept maisons; chaque famille occupant un étage de deux chambres, avec toutes les commodités convenables; et, comme on arrive à l’étage plus élevé par une porte extérieure différente de celle qui conduit aux appartements inférieurs, les locataires respectifs peuvent n’avoir aucune communication ; les deux étages forment de fait autant d’habitations séparées. Le prix pour chaque famille est de A fr. 35 c. par semaine.

(1) Voir le plan de cet édifice, Planche 1.

(2) Les règlements actuels des compagnies qui fournissent l’eau dans la capitale, entraînent l’inconvénient et la dépense d’un réservoir double, par suite de l’absence d’un service d’eau régulier et quotidien, qui, pour beaucoup de raisons, serait préférable à l’obligation de tenir les conduits principaux constamment pleins.

Un lavoir et un terrain pour faire sécher le linge sont mis à la disposition des locataires moyennant une faible rétribution.

3° Le bâtiment du centre, du côté de l’Est, sert pour trente veuves, ou femmes âgées; chacune a sa chambre avec l’usage d’un lavoir commun pour toutes. Le loyer de ces chambres est de 1 fr. 85 c. par semaine. Plus tard, le Comité a pensé qu’on aurait dû porter ce prix à 2 fr. 50 c.

Quand l’espace le permettra, il sera bon d’apporter quelques changements aux dispositions de ce modèle général de maisons. La société a publié un plan qui indique ces changements (1).

Une remarque à faire, c’est que l’emploi des briques creuses dans la construction des planchers, de la manière décrite plus loin, ajouterait beaucoup au bien-être des maisons où logent plusieurs familles l’une au-dessus de l’autre, et n’entraînerait, tout au plus, qu’un excédant de dépense insignifiant.

Si la situation permettait de donner à la rue quelques pieds de largeur de plus, il serait très-avantageux d’ajouter un troisième ou même un quatrième étage. Dans ce cas, l’on pourrait parvenir aux étages supérieurs par une galerie de derrière et par un ou plusieurs escaliers extérieurs découverts semblables à ceux des maisons de la rue Streatham, dont la description sera donnée plus loin. Un seul escalier pourrait encore servir au même étage de deux ou trois habitations (2). Cette disposition obvierait à beaucoup de désagréments qu’entraînent des escaliers intérieurs communs à plusieurs familles, et exempterait en même temps, on le croit fermement, les habitations de la taxe des fenêtres. Dans quelques endroits, on pourrait, en augmentant le loyer, disposer le rez-de-chaussée en petites boutiques; les appartements supérieurs restant toujours indépendants de la manière que je viens de l’indiquer, et dont on a plus loin le plan.

Y. — Encouragée par la location immédiate de son premier rang de mai-

(1) Plans indiquant les changements aux maisons pour une famille. Planche 2.

(2) Voir la Planche 2.

sons et par l’approbation du public, manifestée par de riches souscriptions (1), la Société entreprit, peu de temps après, un modèle d’habitation garnie pour ouvriers.

Il est difficile, pour ceux qui n’ont pas constaté par eux-mêmes la dégradation physique et morale, dont la plus grande partie des logements ordinaires (2) d’ouvriers sont le réceptacle à Londres et dans les villes de province, de se figurer l’étendue du mal avec lequel il faut entrer en lutte pour entreprendre une pareille œuvre.

Plusieurs de ces maisons peuvent vraiment être regardées comme des foyers de vice et de crime, comme une honte pour l’humanité, un reproche sanglant pour les sentiments chrétiens de l’Angleterre. Et cependant, c’est dans ces sentines d’iniquité et de souillure, que le jeune ouvrier choisit trop souvent sa première demeure, lorsqu’il quitte le toit paternel. Là, tous ses bons principes sont étouffés par des compagnons de vice, jusqu’à ce qu’il devienne un fléau pour la société, qu’il meure de maladie et de misère, ou qu’il perde sa liberté sous le coup des lois de son pays.

Pour montrer la possibilité d’opérer de grandes améliorations dans ces garnis, la Société commença par en prendre trois dans l’un des plus mauvais quartiers de Londres, dans Charles Street, Drury-Lane (3). Elle changea du haut en bas ces trois habitations, et les convertit en une seule maison qui fut munie de lits propres et de tout ce qui est nécessaire à la santé et au confort de quatre-vingt-deux ouvriers, payant tous le. prix exigé dans les misérables garnis du voisinage pour un simple lit, c’est-à-dire quatre pence (40 cent.) par nuit, ou 2 fr. 50 c.

(1) En aucune circonstance, le montant des souscriptions faites pour contribuer à l'érection des diverses maisons modèles de la Société n’a couvert les dépenses de premier établissement. Les revenus, après le payement graduel, en capital et intérêts des sommes qu’il a fallu emprunter pour compléter leur construction, seront consacrés en général à atteindre le but que la Société s’est proposé.

(2) L’attention publique, pour la première fois, paraît avoir été émue en masse de l’état actuel des garnis de la capitale, par une publication de la Société missionnaire de Londres, intitulée « Les garnis de Londres, » publication qui fait une peinture assez effroyable de vice et de dégradation pour être mise en doute par beaucoup de ceux-là mêmes qui étaient convaincus par les rapports de la Commission de salubrité des villes qu’un volcan caché couvait au cœur même de la capitale.

(3) Une vue et le plan de ce bâtiment se trouvent à la Planche 3.

par semaine, et se soumettant avec joie au règlement de la maison (1). Au point de vue financier, cet essai est une exellente affaire. Le but principal de la Société n’est point de procurer à meilleur compte un logement, mais d’en améliorer la condition, et de ne faire de concurrence que sous ce rapport.

Bien qu’excellente comme essai et comme enseigne d’opérations avantageuses, la maison de Charles Street ne peut cependant pas être regardée comme un modèle de garni parfait. Le comité a donc acheté dans George Street, Bloomsbury, un terrain vacant environné d’autres garnis, et y a construit une maison garnie modèle, pour 104 ouvriers (2). Il s’est efforcé d’y réunir tout ce qui lui a paru nécessaire ou utile : écoulement des eaux, ventilation parfaite, cuisine et lavoir, bain et eau en abondance, séparation dans les chambres à coucher, avec tous les autres agréments qui entretiennent la santé du corps, augmentent le respect de soi-même, et élèvent l’homme dans l’échelle des êtres moraux et intelligents (3) .

Les plans indiquent très-bien la composition des divers étages, ainsi que la disposition des principaux appartements. Quant aux commodités de la vie, on remarquera les suivantes : la cuisine et le lavoir sont fournis de tous les ustensiles nécessaires ; l’eau chaude et l’eau froide viennent dans le bain ; un office bien aéré sert à la conservation de la nourriture de chaque habitant. Dans le bureau de recette, occupé par un régisseur, est une petite bibliothèque de choix pour l’usage des locataires. Le café, ou salle commune, a 10 mètres de long sur 6 mètres de large, et 3 mètres 30 de hauteur; il est carrelé, et repose sur des voûtes en briques. De chaque

(1) Voir plus loin le règlement général adopté pour les garnis.

(2) Une vue et le plan de ce bâtiment se. trouvent dans les Planches 4 et 5.

(3) Son Altesse royale le prince Albert, dans son discours à Freemasons-Hall, le 18 mai 1848, disait : « J’arrive à l’instant de cette maison modèle dont nous célébronsaujourd’hui l’ouverture ; et je suis convaincu que sa construction est appelée à entraîner par degrés un changément complet dans le bien-être intérieur des classes ouvrières, en leur prouvant, qu’à l’économie réelle, elles peuvent ainsi ajouter des avantages que bien peu ont connus jusqu’ici ; et en démontrant, d’un autre côté, à ceux qui ont des capitaux à placer, qu’ils peuvent se faire ainsi d’honorables revenus, et procurer à leurs frères les plus misérables, les jouissances dont je viens de parler. »

côté, sont deux rangs de tables de bois avec leurs sièges ; dans la cheminée, il y a toujours une abondante réserve d’eau chaude, et audessus d’elle est affiché le règlement de la maison. L’escalier qui occupe le centre de l'édifice est en pierre. Les dortoirs, au nombre de huit, ont 3 mètres 10 de haut et sont divisés par des séparations de bois mobiles de 2 mètres 10 de haut. Chaque compartiment a sa porte qui ferme, et est muni d’un lit, d’une chaise et d’un coffre à habits. Outre que la ventilation est assurée par un libre courant d’air, elle s’établit à travers un tuyau qui se trouve à l’extrémité de chaque chambre avec d’autant plus d’activité qu’il donne passage au bec de gaz qui sert à l’éclairage de la pièce. Un autre tuyau ventilateur est établi dans l’escalier pour fournir les dortoirs d’air frais avec un appareil pour les réchauffer au besoin. Les cabinets de toilette à chaque étage sont revêtus d’ardoise; les cuvettes sont en fer verni, avec un robinet à eau.

Une preuve frappante des résultats avantageux de ce système de logements perfectionnés, c’est que, tandis que le choléra faisait d’effroyables ravages dans les bouges sales et infects du voisinage, il épargnait la maison de la Société dans laquelle il ne se présenta qu’un seul cas sur 104 habitants, avec quelques diarrhées qui cédèrent promptement aux soins des médecins.

La Société a récemment disposé pour 57 femmes, dans Hatton- Garden, une maison (1) qui peut être regardée comme le spécimen le plus complet d’une ancienne habitation convertie en un établissement de ce genre possédant toutes les améliorations désirables,

VI. — Le plus important de tous les édifices modèles de la Société est celui dont nous allons présenter la description. On avait compris que le dessein d’un édifice propre à recevoir un grand nombre de familles, là où la valeur du terrain ne permet d’occuper qu’un espace de terrain très-limité, exigeait, à un degré plus qu’ordinaire, la réunion de toutes les dispositions dignes d’être reproduites, avec les conditions de durée et de stricte économie indispensables dans un placement sérieux de capitaux.

(1) Voir la Planche 4.

La question de loger un grand nombre de familles dans un pâté de bâtiments élevés a été le sujet de longues discussions, et les opinions les plus contradictoires ont été exprimées à ce sujet devant le comité de salubrité des villes. Quelques personnes pensaient que le meilleur système et le plus économique consistait à établir dans une maison, avec un escalier commun et des passages intérieurs, un nombre de chambres suffisant pour loger plusieurs familles, en leur donnant l’usage en commun d’une cuisine, d’un lavoir, etc., etc.; d’autres personnes objectaient que cette disposition entraînerait des discussions continuelles, et pourrait devenir très-dangereuse en cas d’épidémie.

Il est évident que dans beaucoup de localités où des habitations d’ouvriers sont indispensables, il est impossible de leur donner un logement séparé, indépendant ; on remarquera donc que l’habitude générale, modifiée toutefois suivant les circonstances locales, est dans la Grande-Bretagne comme dans les principales villes du continent (1) de faire résider plusieurs familles d’ouvriers dans une seule maison.

L’important est donc de trouver une manière de conserver les avantages de cette disposition économique en évitant les désagréments et les dangers sérieux dont il a été question.

Lorsqu’on veut préparer des bâtiments pour l’habitation d’un grand nombre de familles, un point capital à observer dans le plan, c’est la séparation des intérieurs, l’indépendance de chaque famille, la distinction de leurs appartements, de manière à prévenir la communication des maladies contagieuses. Ces conditions âont bien remplies dans les maisons modèles pour familles, construites dans Streatham Street, Bloomsbury (2), par la suppression complète des escaliers séparés, et des autres communications intérieures entre les divers étages, et par

(1) Un des édifices les plus imposants, [habités par la classe ouvrière, est VAlbergo de Poveri, à Naples, non terminé quand l’auteur de ce mémoire le visita en 1829 ; il contenait déjà 2,600 habitants. Il a six étages, dont le dernier est occupé par des ateliers où des individus d’âge et de sexe différents sont employés à tisser, à faire des chaussures, des habits, ou à façonner le corail. Chaque lit, pendant le jour, a un couvre-pieds sur lequel est écrit le nom de celui qui l’occupe, et'i côté se trouve un sac pour serrer les habits.

(2) Vues et plan de ces bâtiments. Planches 6 et 7.

l’adoption d’un escalier commun et ouvert qui conduit à des galeries ou corridors, donnant d’un côté sur une cour spacieuse, et de l’autre recevant les portes extérieures des appartements, dont les pièces sont protégées contre les courants d’air par un petit vestibule. Les galeries sont supportées du côté de là cour par une série d’arcades, embrassant chacune dans sa hauteur deux étages. Le plancher d’ardoise des galeries intermédiaires repose sur des traverses de fer qui supportent aussi les balustrades. Les logements ainsi séparés ayant moins de sept fenêtres chaque, ne sont pas soumis, on croit pouvoir l’affirmer, à la taxe des fenêtres, ce qui au point de vue financier est une considération très-importante, puisqu’il s’agit pour le bâtiment entier d’une économie annuelle d’au moins 1,750 à 2,000 fr.

Les plans donnent une description complète de la disposition générale des différents étages. La Planche 8 présente en outre, sur une plus large échelle, deux logements ou réunions de pièces, comprenant tout ce qui est nécessaire à une famille rangée, et renfermant, outre les chambres à coucher, un petit cabinet avec un lit pour les jeunes garçons, dans la chambre commune.

La nature des fondations exigeant une profondeur assez considérable, on a disposé dans les soubassements une rangée d’ateliers bien éclairés, bien aérés et d’une grande utilité pour quelques locataires ; puis un lavoir, une salle de bain d’un usage commun, mais sous la surveillance du régisseur, dont le bureau est situé près de l’entrée publique. C’est à lui que l’on confiera sans doute aussi le débit à bas prix, pour les locataires, du charbon et des pommes de terre, dont on peut faire d’amples provisions dans ce soubassement. Les planchers et les combles de cet édifice sont mis à 1 épreuve du feu par un système de voûtes en tuiles ou en briques creuses légèrement cunéiformes (1). Elles ont 0 mètre 15 de profondeur, 0 mètre 10 c. de large au sommet, 0 mètre 22 de

(1) On se sert depuis longtemps pour former ces voûtes des plafonds de tuiles semblables à des pots e eurs, fermés a leurs deux extrémités. Elles paraissent avoir été inventées enFrance, oùellessont lrequemment employées. L’auteur s’en est servi en 1833 pour la construction de Fishmonger-Hall. Le plafond de Samt-Georges-Hall, à Liverpool, est un des plus beaux spécimens de voûte en brique creuse. Une description très-intéressante en a été donnée l’an dernier à l’Institutdes architectes par

long, 0 mètres 02 depaisseur ; la flèche de la courbure des voûtes est de 0 mètre 018 à 0 mètre 025 par 0 mètre 30 de longueur de corde ; elles sont maçonnées en ciment de Portland composé d’une partie de ciment pour deux de sable vif; les tuiles doivent être bien mouillées avant d’être employées. Le poids de la voûte est d’environ 14 kil. par 0 mètre 30 de superficie, et de 12 kil. en sus lorsqu’on l’a nivelé avec un lit de béton.

Le bâtiment est disposé de façon à faire avec les voûtes (1) des combles et des planchers une série continuelle d’arcs-boutants s’appuyant l’un à l’autre, exepté aux extrémités où les voûtes sont reliées par des tirants en fer de 0 mètre 02 fixés dans des pièces de fonte ou dans les naissances en pierre. Ces dernières sont formées de deux assises de pierre de York entre lesquelles passe le tirant. Le toit est nivelé avec du béton, et recouvert d’asphalte. Les planchers des chambres à coucher sont en planches reposant sur des lambourdes de 0 mètre 05 carrés, évidées de 0 m. 025 sur le sommet de la voûte, et fixées à des dormants; les autres planchers sont en ciment de Portland, excepté ceux des soubassements, qui sont en lave métallique.

Afin de prouver la force de cette nouvelle application de voûtes en tuile, on en construisit un comme essai ayant environ 0 mètre 96 de large, 2 mètres 90 entre les points de supports, et 0 mètre 17 d’élévation. Les arcs-boutants étaient assurés par des tiges de fer de 0 mètre 018. Le tout fut laissé ainsi quelques semaines. L’on plaça ensuite des saumons de fer au centre, et voici quelles furent les dépressions soigneusement observées : pour 3 tonnes, 0 mètre 003; 5 tonnes 0 mètre 006 ; 6 tonnes, laissées pendant vingt-quatre heures 0 mètre 010 ; 9 tonnes et 200 kil. 0 mètre 015; 9 tonnes et 700 kil. la voûte

M. Rawlinson, ingr, dont le talent a été mis à contribution pour dessiner et exécuter cette partie de l’édifice, après la mort de son premier architecte, l’habile M. Elmes.

(1) Les arceaux construits en briques creuses, comme tous les ouvrages légers de brique, ne doivent être exécutés que dans une saison où l’on n’a pas à craindre l’arrivéedela gelée. Ilfautprendrebien garde que les joints ne soient pas lavés par de fortes pluies, et de ne pointfairede leur pose un travail à la tâche. Des fondations solides sont indispensables pour tous les édifices qu'on veut ainsi voûter. On trouvera plus loin de plus amples détails sur les briques creuses et sur leur emploi dans la construction des logements d’ouvriers.

rompit, les tuiles craquant d’abord aux extrémités par lesquelles passent les tirants. Cette expérience a prouvé qu’en supposant le plancher couvert de monde, ce qui, à raison de 45 kil. par 0 mètre 30 de superficie, représenterait 1,600 kilogrammes, c’est-à-dire le poids le plus élevé qui puisse être placé sur ces planchers, ils pourraient sans danger en supporter quatre fois autant, et qu’ils ne s’écrouleraient que sous une charge six fois plus lourde.

Par suite de la difficulté de se procurer des tuiles en assez grande quantité, on a fait quelquefois les petites voûtes de 1 mètre 80 à 2 mètres 10 de corde, en tuiles disposées à plat, ayant 0 mètre 10 d’épaisseur, ou en demi-briques.

L’excédant de dépense nécessaire pour mettre cet édifice à l’épreuve du feu, empêcher la communication du son et la filtration de l’eau à travers les différents étages par le moyen des arceaux en tuile, ne se monte pas, comme il résulte des prix comparés, avec ceux des planchers et des toits combustibles, à plus de 13 fr. pour 2,500 fr., sur la totalité de l’entreprise des bâtiments qui s’élève à 184,250 fr. Et, selon toutes les probabilités, s’il vient des demandes régulières de ces tuiles pour toit ou plancher, on les exécutera à des conditions qui n’entraîneront dans la suite aucun excédant de dépense.

Après avoir achevé ces bâtiments, la Société a entrepris d’élever un autre rang de maisons de ville modèles avec l’argent mis à sa disposition sur les offrandes versées en action de grâce pour la disparition du choléra (1).

(1) Ce fonds est dû à l’idée suggérée par le lord évéque de Londres, dans une lettre adressée au clergé de son diocèse, avant le jour assigné aux remerciments publics pour l’éloignement du choléra, 15 novembre 1849. SaSeignerie disait : « Je propose que les aumônes ainsi recueillies soient con- » sacrées à l’exécution de quelque bon plan d’amélioration des demeures d’ouvriers. Loin de moi » l’idée de déterminer les mains par lesquelles je désire voir employercette somme; mais, danslecas » où les fonds ne seraient point suffisants pour exécuter un plan à part, on ne saurait mieux les con- » fier qu’à la Société fondée pour améliorer la condition des classes ouvrières. Cette Société a déjà » fait beaucoup de bien, endonnant l’exemple de tout ce qu’on peutentreprendre pour doter le pauvre » d’habitations commodes et décentes, au moyen d’un déboursé, qui, en définitive, portera un intérêt » au point de vue social et mercantile. Un fait remarquable et encourageant à la fois, c’est quedans » les maisons de la Société il n’y a pas eu un seul cas de choléra, et deux diarrhées seulement, qui » encore ont cédé promptement aux soins des médecins. »

La destination spéciale de cet édifice n’est pas encore arrêtée; mais il sera approprié à l’usage de quelques-unes des classes ouvrières, aux besoins desquelles il n’a pas été pourvu dans les autres maisons modèles de la société.

VII. — Comme je désire embrasser mon sujet sous toutes ses faces, et signaler particulièrement aux membres les plus jeunes de l’Institut les défauts pratiques que l’expérience m’a fait découvrir, je continuerai l’examen de quelques-unes des principales habitations d’ouvriers qui ont été bâties depuis la fondation, en 1844, de la Société d’amélioration du sort des classes ouvrières.

La première en date est la belle et imposante rangée d’habitations d’ouvriers construite à Birkenhead (1) pour 324 familles. Les constructions sont à quatre étages et à l’abri du feu. Il y a beaucoup à prendre dans cet essai, déjà ancien ; mais il y a aussi, à plusieurs égards, beaucoup d’améliorations à introduire, et l’expérience a tellement confirmé ma première impression sur le plan de cet édifice, que je me bornerai à citer un rapport adressé le 1er mars 1845 à lord Ashley, dont un capitaliste influent, intéressé dans l’entreprise, avait demandé l’opinion.

Ce rapport est signé par MM. W. Denison, capitaine aux ingénieurs royaux; H. Robert, architecte, et J. Toybee; en voici le résumé :

« Le sous-comité des habitations pour la Société d ’amélioration du sort des classes ouvrières a examiné les plans qui lui ont été transmis par votre Seigneurie pour la résidence des ouvriers employés aux docks de Birkenhead; il vous présente à ce sujet les observations suivantes : » La largeur des avenues n’est que de 5 mètres 50, tandis que les maisons doivent atteindre une hauteur de près de 12 mètres. D’après le nouveau bill sur les constructions, la largeur de ces avenues ne devrait pas être moindre que la hauteur des maisons, c’est-à-dire ^mètres. Sans prendre cependant la disposition de ce bill comme ce qu’il y a de mieux, nous sommes d’avis, dans le but d’assurer aux maisons une bonne ventilation, et d’y faire pénétrer les rayons du soleil, de fixer la largeur de ces avenues à un minimum de 9 mètres, surtout

(1) Un plan de deux logements de cette édifice se trouve à la Planche 8.

en considération des obstacles qui s’opposent à chaque extrémité à la libre circulation de l’air.

» La disposition générale des maisons paraît bonne ; mais, quoique la hauteur des appartements soit suffisante, le Comité ne peut pas, à d’autres égards, en approuver les dimensions. Toutes les pièces sont petites, et particulièrement les chambres à coucher, qui ne mesurent que 2 mètres 90 sur 2 mètres 15, et 2 mètres 90 suri mètre 80. On remarquera, en outre, que l’absence d’un petit cabinet attenant à la chambre commune et susceptible de recevoir un lit, dans le cas où l’habitation serait occupée par une famille, ne permettrait pas une convenable séparation des sexes.

» Quant au tuyau pour vider les ordures, il faut bien faire attention de faciliter la sortie des gaz provenant des matières décomposées, qui, sans cela, se répandraient, du caveau où elles s’accumulent, dans la maison elle-même.

» Comme il n’y a point de plan particulier du système de ventilation, il est impossible d’émettre aucune opinion sur un sujet si important ; mais il est de la plus grande nécessité qu’il soit adopté un système capable de chasser surtout les mauvaises émanations que laisse toujours l’éclairage au gaz. »

Les bâtiments, objet de cette appréciation, sont terminés depuis plus de trois ans aujourd’hui, et c’est avec regret qu’en visitant Birkenhead en octobre dernier, je les trouvai inhabités, sans doute surtout à cause de la suspension des travaux des docks, en vue desquels ils avaient été construits. Cependant, comme il y a dans le voisinage une population d’ouvriers nombreuse et qui s’augmente tous les jours, je crois que l’aspect sombre de ces allées étroites, et le manque complet de soleil, ont fortement contribué à éloigner les locataires. A peu de distance de là, il a été construit dans le même plan, tout un pâté de maisons d’ouvriers, pour soixante-quatre familles. Il est connu sous le nom de Bâtiment Morpeth, et il consiste en doubles maisons de quatre étages, avec un escalier au milieu, desservant de chaque côté deux appartements complets. Ces bâtiments ne sont pas à l’épreuve du feu, mais ont de l’air et du jour ; ils sont près du siège des occupations des

personnes qui les habitent, et par suite toujours pleins. Les locataires y payent très-volontiers 3 fr 10 c. par semaine, et 30 c. en sus pour le gaz.

VIII. — L’Association métropolitaine pour l’amélioration des demeures d’ouvriers a été autorisée par charte royale du mois d’octobre 1845. Sa première rangée de maisons, construite dans Old-Pancras-road(l) pour cent dix familles, a été ouverte dans le commencement de 1848. Les bâtiments, dont les plans sont de M. Moffet, présentent une façade imposante d’environ 69 mètres, avec ailes en saillie, et cinq étages de hauteur. La division, en double maison avec escalier de pierre au milieu, est semblable à celle des bâtiments de Birkenhead. Ces maisons ne sont pas, comme ceux-ci, à l’épreuve du feu, mais les appartements y sont plus grands et sont exposés en plein au soleil et à l’air. La disposition intérieure de l’escalier les soumet aussi à la taxe des fenêtres qui ne s’élève pas à moins de 3,820 fr. par an. Ces habitations ont été toujours occupées depuis leur achèvement; et on a eu des preuves évidentes du changement opéré dans la santé et le bien-être des locataires, par leurs bonnes et salubres dispositions.

Le second bâtiment entrepris par la Société métropolitaine se trouve dans Spitalfieds. C’est une maison garnie pour deux cent trente-quatre hommes seuls, avec dortoirs sur le même plan que ceux de la maison ouverte en 1847 dans George Street, Bloomsbury (2); les pièces communes sont dans des proportions plus grandes et plus coûteuses. On y trouve un café de 13 m. 70 c. sur 10 m. 68 c. ; une cuisine de 14 m. sur 6 m. 60 c. ; une classe de 10 m. 68 c. sur 6 m. 60 c. et une salle de lecture de 7 m. 60 c. sur 6 m. 60 c. Ce bâtiment vient d’être terminé d’après les plans deM. W. Beck. Le loyer est fixé pour chaque locataire à 3fr. 75 c. par semaine, tandis qu’il n’est que de 2 fr. 90 c.

(1) Voir à la Planche 8, le plan de deux appartements de cet édifice.

(2) La Maison des Marins, dans Well Street, London Docks, peut, à quelques égards, être considérée comme le premier modèle des garnis perfectionnés. Elle fut ouverte en 1835, et la dépense du dernier dortoir a été couverte en entier par un don de Sa Majesté la Reine douairière, généreuse patronesse de la Société d’amélioration du sort des classes ouvrières. Cet admirable établissement, qui bientôt pourra loger trois cents personnes, est, avec V Asile des Marins nécessiteux, situé dans la même

dans George Street, Bloomsbury. Il reste à voir si l’on consentira à payer, pour les agréments qu’on y trouve, l’excédant en sus des 40 c. par nuit, prix que paye ordinairement un homme pour le logement dans un garni. On peut encore se demander jusqu’à quel point la classe d’hommes à laquelle ces demeures sont surtout destinées jouira réellement de ces avantages. Il faut cependant remarquer que cet établissement étant placé près delà grande rangée d’habitations pour familles, construites par la même association, elle pourra faire jouir des agréments qu’il présente, à certaines heures dujour, une partie de ces familles, et donner ainsi une destination utile à des dispositions qui autrement pourraient paraître du superflu.

Le plan intérieur de ces maisons pour familles est, en général, semblable à celui des bâtiments de Old-Pancras-road. La position respective des foyers et des portes y est meilleure ; mais l’entrée, placée sous le centre de l’escalier, semble écrasée et ne me paraît passât [faisante. La construction des planchers qui devait avoir lieu dans l’ancien système, a été changée, depuis l’adjudication, pour le nouveau mode à l’épreuve du feu, de MM. Fox et Barret.

L’association métropolitaine (1) par laquelle ces demeures ont été construites, est établie sur le principe sensé qui consiste à engager un certain capital avec l’espoir, sous une bonne administration, de retirer un intérêt convenable de son argent. Ce principe est le seul à l’aide duquel on puisse raisonnablement espérer de développer sur une grande échelle les améliorations que les logements d’ouvriers réclament. L’intervention d’un public bienveillant fournira sans doute des fonds pour construire un modèle de chaque espèce de bâtiments cor-

rue, un témoignage du désintéressement et du dévouement énergique de feu le capitaine Elliot. Comme ce dernier édifice, dontl’auteur aété l’architectehonoraireen 1835, peut fournir l’idée d’utiles dispositions pour les vagabonds et rôdeurs de nuit, on en donne un plan à la Planche 9. L’addition d’un second étage, en permettant la séparation des sexes pendant la nuit, ferait de cet édifice un modèle.

(1) Dernièrement, le comte de Carlisle, à l’ouverture du garni de Spicer Street, a chaudement recommandé, en ces termes, cette association à la générosité publique : « Qu’il soit prouvé que le bien fait aux masses qui luttent contre la misère, donne sa compensation matérielle, et présente une source debons produits; et la charité, au lieuderesteruneinspiraliondivinedanslecœur d’une petite

respondant aux besoins variés des diverses classes d’ouvriers, pour donner1 en même temps la preuve que ces maisons peuvent, sous une direction intelligente, être d’un bon rapport; maison ne saurait demander davantage à la charité et à la philanthropie.

IX. — A Glasgow, il a été construit dans un but de pure humanité, par M. James Lumsden, une maison de quatre étages pouvant loger trente et une familles. Les appartements sont disposés de chaque côté d’un passage communiquant à un escalier commun et éclairé par les deux extrémités. Chaque logement se compose d’une pièce à une fenêtre; deux petits cabinets pour lits et un la voir de cuisine ou dépense, sont pris sur la pièce principale et séparés par un compartiment de 2 m. 13 c. de haut. Les lieux d’aisance et le trou aux ordures sont près de la porte d’entrée, et n’ont aucune espèce de ventilation. Trèssujet à critique au point de vue de la salubrité, ce plan est un des exemples les plus frappants des obstacles que met la taxe des fenêtres à une distribution convenable des grands bâtiments consacrés à la demeure des ouvriers. Dans ces logements, il n’y a qu’une fenêtre là où il en eût fallu trois.

C’est une politique mauvaise, que celle qui maintient une taxe contribuant à accroître les dangers des demeures encombrées d'habitants, et oppose une barrière sérieuse aux améliorations qu’on voudrait faire, en diminuant le rapport des capitaux qu’il faudrait y consacrer.

X. — Outre les bâtiments neufs dont il vient d’être question, on a, dans plusieurs endroits, changé les dispositions d’anciennes constructions (1), de manière à les rendre salubres et agréables. Les améliorations de ce genre peuvent être faites sur une échelle importante, au

minorité incertaine et réservée dans ses œuvres, deviendra une habitude grave, réglée pour le plus grand nombre, se multipliant par la pratique, et ajoutant les calculs de la prudence à tous les élans de la générosité. » Une décision intelligente du parlement, pour faciliter la formation et l’administion générale d’associations légales indépendantes, basées sur le principe des compagnies par actions, conduirait sans doute rapidement à toutes ces améliorations. Aujourd’hui, la dépense et la difficulté d’obtenir une autorisation sont des obstacles sérieux. Ces obstacles levés, le public n’aurait plus d’excuse pour refuser son concours.

(1) Les propriétairesdesanciens garniset des appartements loués par les ouvriers, ont, pardes mo-

grand avantage des classes ouvrières, et donner de beaux résultats à ceux qui les entreprendront avec jugement sans s’effrayer des fatigues et des embarras par lesquels il faut passer. L’exemple de la Société d’amélioration du sort des classes ouvrières est là pour le prouver.

Soit qu’on veuille mettre en état d’anciennes maisons, soit qu’on veuille en construire de nouvelles, l’expérience a montré de quelle importance est le choix d’un emplacement convenable, à portée des occupations journalières des futurs habitants, et à une certaine distance des demeures occupées par les classes plus élevées de la société (1). L’économie la plus sévère, d’accord cependant avec les conditions désirables de salubrité, doit servir de règle dans la disposition de ces nouveaux bâtiments. Le bon marché de la construction, entant néanmoins qu’on n’en compromet pas la durée (2), constitue le second élément essentiel d’un plan intelligent. L’architecte ne doit pas perdre de vue que les loyers payés ordinairement par les ouvriers, bien que démesurément élevés pour les misérables commodités qu’on leur donne, ne produiront qu’un juste intérêt du capital engagé dans les bâtiments construits à leur usage quand on les dotera de tous les agréments qu’il est désirable de leur voir posséder. Toute dépense inutile, entraînant une augmentation sur le prix habituel des loyers, peut compromettre en totalité ou en partie le succès qu’on peut convenablement espérer d’une semblable opération ; elle doit être sévèrement repoussée,

XI.— Il me reste maintenant à examiner plus spécialement les de-

tifs purement intéressés, entrepris d’améliorer leurs maisons, et ils se plaignent de ce queleurs locatairesne sont plus contents aujourd’hui si on ne leur fournit pas les agréments et le confortable qu’on trouve dans les demeures modèles. Ainsi, un esprit très-salutaire de rivalité a déjà commencé à germer.

(1) Un garni modèle pour hommes seuls, pouvant recevoir de trente à quarante habitants, a été ouvert, il y a quelques mois, dans une ville de province. Il n’y a jamais eu plus de quatre ou cinq locataires. Ce fait doit être attribué à ce que le quartier est trop riche pour les individus qu’on veut y loger, et probablement aussi au choix pour régisseur d’un ancien agent de police, qui a inspiré des sentiments de répulsion.

(2) Les appareils intérieurs de ces maisons devraient être aussi indestructibles que possible. Les tuyaux de fer devraient remplacer ceux de plomb, et toute la serrurerie en général doit être forte en même temps que simple.

meures des ouvriers de la campagne et des paysans. Cette partie de notre sujet mérite une grande attention, soitquenous l’embrassions au point de vue moral et social, soit que nous nous en occupions au point de vue de la prospérité et de la stabilité nationales, ou même sous le rapport artistique, beaucoup moins important que les autres, il est vrai, mais qui, en définitive, fait de ces demeures un des charmes les plus attrayants des paysages de la Grande-Bretagne. Admettant comme acquis le besoin urgent d’améliorations, et mon but principal étant l’utilité pratique, je ne m’appesantirai pas sur ces considérations générales, mais je me bornerai ci faire remarquer en passant que la convenance de style, la justesse de proportion, et le bien-être intérieur, sont parfaitement compatibles avec le pittoresque extérieur, et la sévère économie indispensable dans la construction des demeures destinées à la généralité des habitants de la campagne.

L’attention des propriétaires fonciers s’est souvent portée sur la nécessité d’améliorer les demeures des paysans. On trouverait plusieurs cas dans lesquels l’aspect d’un village entier et celui des environs ont été complètement changés parles efforts bien dirigés d’une seule personne. Je pourrais citer plusieurs exemples de ce genre, donnés par de nobles et riches propriétaires. Je n’en rapporterai qu’un, dans lequel on verra quel bien on peut ainsi faire avec des moyens assez exigus. John Howard, dans le mémoire récemment publié par M. Dixon, rappelle que lorsqu’il vint pour la première fois demeurer à Cardington, dans le comté de Bedford, vers 1756, c’était un des plus misérables villages qu’on pût trouver sur toute la surface de la Grande- Bretagne. Les habitants en étaient pauvres, ignorants, vicieux, turbulents, sales, etc., etc. Avec son caractère chaleureux et énergique, Howard entreprit d’améliorer leur condition matérielle et morale en commençant par sa propriété, Les huttes dans lesquelles ses paysans vivaient pêle-mêle, comme tous les autres, étaient sales, mal bâties, mal éclairées, humides, et d’un ensemble si malsain et si mal conditionné, qu’elles ne remplissaient aucune des convenances nécessaires à des créatures humaines. Il résolut d’entreprendre son œuvre, par ce qui devait en être le véritable commencement, par l’amélioration de la

situation matérielle. Il attacha bientôt ainsi ses paysans à leur foyer, ce grand centre de tous les sentiments purs et de la saine morale ; il développa et réchauffa de plus en plus chez ces pauvres créatures jadis délaissées le goût des jouissances si simples et si douces de la famille.

Son premier pas fut marqué au coin de la sagesse. 11 voulut que la maison du pauvre fût une demeure convenable pour des hommes qui se respectent. C’est là, en effet, le point de départ de toute véritable réforme sociale et industrielle. En mettant ce plan à exécution, Howard ne paraît pas s’être beaucoup inquiété de l’ importante question d’intérêt du capital dépensé. Quoique homme d’affaires et mathématicien, il pensait que sa fortune ne lui était confiée que pour en faire jouir ses semblables, et, conséquemment, il n’hésitait pas à l’aventurer, moins dans l’espoir d’un intérêt personnel quelconque, que dans la pensée de lui faire produire, au profit de ses semblables, ordre, vertu, intelligence et bonheur.

Ayant donc décidé qu’il fallait abattre les misérables cabanes de boue qu’habitaient ses paysans, il choisit avec soin des emplacements convenables, sur lesquels il fit construire un certain nombre de cottages bien conçus, et il y transféra ceux qu’il jugea dignes d’être ses tenanciers. Les seules conditions qu’il exigeait d’eux, d’une manière absolue, étaient bientôt énoncées : activité, tempérance, et observation du dimanche ; mais elles suffirent, et avec le sentiment de la dignité humaine et du respect de soi-même, toutes les améliorations vinrent trouver sans effort cette population jadis si misérable et s’étendirent de proche en proche sur toute la contrée voisine.

Sa Grâce le duc de Bedford disait à la Société royale d’agriculture, dans une lettre adressée l’année dernière au comte de Chichester (1), président de cette société :

« Nous savons tous que la construction des cottages est une pauvre spéculation. Excepté pour le constructeur, qui exige des prix exorbi-

(1) L’aspect gracieux des cottages des propriétés deSussex, du comte de Chichester, laisse un souvenir agréable, non-seulement parce qu’ils contribuent à la beauté pittoresque de Stanmere-Park, mais aussi parce qu’ils annoncent une sollicitude paternelle en faveur de ceux qui les occupent.

tants pour de mauvaises et imparfaites habitations, c’est un placement de fonds peu avantageux; mais ce n’est point là le but que les propriétaires doivent envisager. Qu’ils construisent et améliorent des fermes, des granges et des étables, rien de mieux. Mais, serait-ce trop exiger d’eux que de leur demander de faire construire et améliorer des demeures pour leurs paysans dans la proportion des perfectionnements apportés à la culture du sol?

» Améliorer les demeures des classes ouvrières, leur fournir de plus grands éléments de propreté, de santé, de bien-être dans leurs intérieurs, développer leur éducation et élever ainsi les habitudes morales de ces membres importants de la communauté, voilà ce qui doit être un des premiers devoirs et l’un des plus vrais plaisirs de tout propriétaire. En s’occupant ainsi de ceux que la Providence lui a confiés, il leur apprendra que le moyen d’assurer leur indépendance et le bienêtre de leurs familles, c’est de développer les facultés dont ils ont été doués.

» Comment mettre en doute les avantages immenses qu’il ye à rendre la population des campagnes contente de son sort, et à développer entre le propriétaire et ses tenanciers cet accord mutuel qu’une saine politique et les motifs les plus élevés d’humanité recommandent également? »

Voilà les admirables principes exposés par Sa Grâce. Qu’ils trouvent de l’écho dans les châteaux de notre noblesse et de nos grands propriétaires fonciers, qu’on se mette à l’œuvre, et ce changement si désirable s’effectuera promptement.

XII. — J’ai eu dernièrement le plaisir d’examiner un nombre considérable de nouveaux cottages bâtis avec beaucoup de jugement et de soin (i) sur la propriété du duc dans le comté de Bedford. Ces maisons sont au nombre de cent. L’intention de Sa Grâce est même de reconstruire ainsi les anciennes habitations de ce comté, jusqu’à ce qu’il y en ait plus de trois cents. L’atelier de construction à Woburn- Abbey est sur une échelle tout à fait princière. Il comprend un vaste

(1) Un intéressant aperçu de ces cottages est donné dans une brochure récemment publiée par le

outillage mu par une machine à vapeur de vingt-cinq chevaux et occupant deux cents ouvriers. Dans le Devonshire, le duc s’occupe de réaliser les mêmes améliorations pour soixante-quatre habitations.

L’exemple si noblement donné par le duc de Beiford a été bien promptement suivi par le duc de Northumberland. Plusieurs autres grands propriétaires ont aussi entrepris la même œuvre de bienfaisance qui à défaut d’un gros intérêt, ne peut manquer de produire ces sentiments de bonheur et de bienveillance, qui sont les meilleurs liens entre un propriétaire et les paysans qui vivent sur ses domaines.

Les plans de logements assainis et améliorés pour des ouvriers de la campagne, destinés à être réalisés d’une manière économique, sans toutefois nuire à la santé et au bien-être des locataires, ont été à plusieurs reprises le sujet de concours d’architecture. Presque toujours, les résultats auraient été bien peu satisfaisants, si l’on n’avait eules avis de plusieurs propriétaires fonciers dont l’attention s’était dirigée sur ce sujet d’une manière toute pratique et spéciale. Tels sont, par exemple, les plans des cottages du marquis de Breadalbane publiés dans le volume de 1843-1845, des Transactions de la Société d’agriculture d’Écosse, et ceux du duc de Bedford publiés dans le numéro de juillet dernier du Journal de la Société royale d’agriculture.

Ce même numéro contient aussi le plan qui a remporté au concours Je premier prix de 1,250 fr., accordé par celte Société au printemps de 1849. En parlant de ce plan, un écrivain distingué et judicieux (1), qui s’occupe des logements des paysans, a fait la remarque suivante, à laquelle il n’y a rien à ajouter : « Je n’en dis qu’une chose, c’est que j’ai l’espoir qu’aucun des membres influents ne se décidera, sur l’approbation de la Société, construire d’après ce modèle. » C’est qu’en effet on n’invente pas facilement un plan de ce genre.

Pour faciliter l’adoption de plans réunissant toutes les conditions essentielles de salubrité et de bien-être à la solidité et à l’économie de

Rev. C. H. Hartsborne, intitulée: « Système de constructions de cottages adopté sur les propriétés de Sa Grâce le duc de Bedford. »

(1) Le Rer. T. James de Theddingworth, de Northampton.

construction, la Société d’amélioration du sort des classes ouvrières a publié et répandu en très-grande quantité une série de dessins pour cottages (1), remplissant le double but que nous venons d’indiquer.

XIII. — Ces plans viennent d’être revus et publiés de nouveau, augmentés d’une autre série de plans basés sur les mêmes principes généraux, mais assez variés pour laisser un grand choix, non-seulement dans la disposition intérieure des appartements, mais aussi dans l’élévation extérieure, de manière à produire une diversité agréable dans les lieux où l’on aurait îi construire plusieurs de ces habitations les unes à côté des autres. Il est clair, cependant, que la différence des matériaux employés dans plusieurs parties du pays ne permet pas de préparer une collection de plans applicables dans toutes les circonstances. Aussi, a-t-il paru convenable de les disposer en vue de l’emploi des matériaux dont on se sert le plus généralement dans ces sortes de constructions. On a en conséquence choisi la brique ; mais on pourra également construire sur ces plans, en variant l’épaisseur des murs si l’on emploie la pierre ou le silex avec arêtes de pierre ou de brique.

Dans un but d’économie et pour d’autres motifs qu’il est inutile de détailler ici, ces habitations sont généralement dessinées par paires ; mais, on a pris soin de prévenir autant que possible la communication, souvent gênante, des deux familles. Les portes d’entrée sont placées, à cet effet, aux deux extrémités opposées des cottages. La cheminée est au centre et son tuyau donne ainsi la plus grande quantité de chaleur qu’on puisse en tirer.

Chaque habitation se compose d’une chambre commune dont la superficie est en général de 45 m. 75c., sans compter celle de la cheminée; d’une pièce cà usage de cuisine etdépense, de 18 m. 30 c. à 21m. 35 de superficie; ces dimensions, suffisantes pour les besoins domestiques ordinaires, ne permettent pas qu’on soit tenté de faire de cette pièce la chambre commune de toute la famille. Outre une grande chaudière, et quelquefois un four de brique, il y a dans toutes un foyer qui évite la nécessité d’avoir du feu dans la chambre commune pendant 1 été,

(1) Les prix et conditions de location pour ces cottages se trouvent à la page 53.

Enfin, partout il y a encore un garde-manger, un petit cabinet dans la grande pièce et une soute à combustible.

Les chambres à coucher, corformément au principe de la séparation des sexes, si nécessaire à la moralité et à la décence, sont généralement au nombre de trois, ayant chacune une entrée particulière. Leurs dimensions varient un peu. La chambre à coucher du père et delà mère ne doit dans aucun cas mesurer moins de' 30 m. de superficie, et celles des enfants doivent en avoir en moyenne de 21m. à 24 m. La hauteur, depuis le rez-de-chaussée jusqu’au premier étage, est de 25 m. 65 c., donnant près de 2 m. 40 c. dans œuvre à la chambre commune.

Bien qu’il y ait généralement trois chambres à coucher, dans certains cas, cependant, sans que les convenances en soient blessées, on peut, selon les besoins, ne pas en adopter autant. On évite de cette manière d’exposer les familles à la tentation de prendre des locataires. Trois plans sont disposés, en conséquence, avec un nombre de chambres plus faible.

Quand les circonstances font désirer que les habitants d’un cottage aient la faculté de prende un locataire, l’inconvénient principal à prévenir, c’est la trop grande multiplicité des contacts et la proximité exagérée d’un étranger; il faut donc, en quelque sorte, s’en préserver en séparant entièrement la chambre du locataire de celles delà famille. Le plan n° 7 est disposé dans cette prévision. Il y a au rez-de-chaussée une chambre à coucher pouvant servir à un locataire ou aux garçons de la famille, tandis que le premier étage est réservé exclusivement à la chambre à coucher du père et de la mère et à celle des filles. Le porche rustique de ce plan en bois non dégrossi est un ornement qui ne coûte rien et que l’on ajoute ou retranche à volonté.

Voici, en résumé, la description des différents plans de ces habitations :

N° 1. Cottage double avec une chambre à coucher. (Planche 11.)

N° 2. Cottage double avec deux chambres à coucher. (Planche 11.)

Nos 3, 4t, 5, 6. Cottage double avec trois chambres à coucher, présentant chacun des dispositions intérieures et des élévations extérieures différentes. (Planches 12 et 13.)

N° 7 . Cottage double avec trois chambres à coucher ; deux en haut et une en bas pour un locataire ou les garçons. (Planche 14.)

N° 8. Cottage double (1) pour quatre familles, avec deux pièces à lit pour chaque. Deux de ces appartements sont au rez-de-chaussée, et deux au-dessus avec entrées séparées et dépendances domestiques distinctes. Des plafonds de briques creuses ou de tuiles à voûtes reliées par des tiges en fer, peuvent être employés avec avantage pour les différents étages. (Planche 14.)

N° 9. Deux cottages simples, avec trois chambres à coucher, plus ornés et plus coûteux qu’aucun des plans qui précèdent et pouvant servir de loges pour concierges ou gardes. (Planche 16.)

N° 10. Cottage garni pour 14 ou 16 ouvriers célibataires paysans, mineurs ou carriers, avec appartement pour un régisseur marié. (Planche 16.)

N° 11. Elévation du plan n° 5 montrant une différence dans le pignon et le couronnement ; mur de façade en silex, et arêtes en briques. Ces modificationspeuvent être appliquées à chacun des modèles qui précèdent. La même planche contient aussi trois autres plans, avec deux élévations de dépendances indispensables dans certains comtés. Un de ces plans a une étable à porcs, les deux autres n’en ont pas. Quand les lieux d’aisance seront une dépendance extérieure, détachée du corps de logis, leur emplacement dans la maison pourra être utilement employé a serrer les instruments d’agriculture, etc. (Planche 15.)

Le N° 12 donne plusieurs idées pour grouper d’une manière pittoresque des cottages doubles, conformément aux plans qui précèdent. (Planche 10.)

XIV. — L ecottage garni est destinéà procurer aux ouvriers et paysans célibataires, une demeure confortable, à bon marché, saine et exempte de ces tentations au vice et à l’immoralité qui assiègent souvent les trop nombreux habitants d’un cottage, où, sans égard à l’âge et au sexe, gens mariés et célibataires vivent ensemble comme des animaux et

(1) De doubles cottages pour quatre familles, avec trois pièces à lit pour chaque logement, peuvent être disposés avec escalier ouvert au milieu, conformément au plan décrit page 14.

se dégradent mutuellement. Le jeune homme qui quitte la demeure de ses parents insuffisante pour toute la famille, ou qui s’éloigne, poussé par un désir d’indépendance, trouverait dans cette maison les avantages dont il jouirait rarement ailleurs, et dont le besoin lui fait hâter, trop souvent avec imprudence, le moment de se marier. Au lieu de perdre ses soirées à la taverne, il serait entraîné, pour son plaisir et son instruction, à parcourir quelques livres choisis, confiés aux soins du régisseur ; et ses heures de loisir même pourraient être utilement employées à cultiver un lot de jardin, s’il était possible d’y consacrer 40 à 60 ares de terrain.

Le nombre des locataires pour le plan que nous avons proposé pourrait être de quatorze ou de seize, deux des compartiments pouvant renfermer deux lits. Dans les circonstances ordinaires, il vaudrait mieux construire une seconde maison plutôt que d’accroître les dimensions d’une seule d’entre elles d’une manière trop considérable.

Ce plan réserve au rez-de-chaussée un appartement pour le régisseur etsa femme ; leresteétantdestinéauxlocataires, comprend unechambre commune munie de tables et de bancs, une cuisine, un garde-manger bien aéré, avec des placards distincts, fermant bien, pour la conservation des vivres de chaque habitant ; enfin, une sorte de soute pour le combustible, avec une réserve pour les instruments et outils sur le derrière.

Tout l’étage supérieur est occupé par le dortoir qui est divisé par des séparations en bois hautes de 1 m. 90 c., en quatorze compartiments de 2 m. 70 c. de long, sur l m. 50 c. de large, ayant chacun sa fenêtre et une porte ouvrant sur le corridor intérieur. Le mobilier se compose d’un lit, d’une planche formant table sous la fenêtre, d’un tabouret et d’un coffre à habits. La ventilation de la partie supérieure du dortoir s’opère par des ouvertures pratiquées au-dessus des fenêtres dans la muraille près du pignon.

Le prix du loyer doit en quelque sorte dépendre des circonstances locales; mais on ne peut guère s’attendre à ce que ce confortable relatif puisse être donné à moins de vingt centimes par jour, 1 fr. 40 cent, par semaine. Dans certains endroits 1 fr. 80 ou même 2 fr. 50 ne

seraient pas un prix trop élevé. Il faut exiger rigoureusement un payement exact dans l’intérêt même du locataire. On louerait à la semaine, afin d’éviter tout gros crédit. Enfin, on imposerait l’observation decertaines règles (1) nécessaires pour maintenir l’ordre et assurer le bienêtre des locataires.

Le prix de revient de ces cottages, établis solidement, dans la province ou dans le voisinage de Londres, dépend tellement du prix des matériaux, de celui de la main-d’œuvre et de celui des transports, qu il est difficile de lui assigner un chiffre exact, pouvant servir dans des circonstances aussi variées. Que chacun publie ce qu’il a observé sur le prix de revient d’habitations établies d’après les plans de la Société, et ils pourront être utiles aux autres constructeurs de cottages.

XV. — Je terminerai les remarques qui précèdent par quelques idées pratiques sur les points les plus importants qui touchent à la construction de ces demeures.

L’exposition delà façade, quand ce sera possible, devra être au midi. 11 faut éviter que le bâtiment soit entouré de tous côtés de grands arbres, et faire spécialement attention à ne point en poser les fondements dans un terrain humide. Quand il sera impossible cependant de faire autrement, il sera nécessaire d’employer des moyens artificiels, comme une couche de béton de 0 m. 30 c. environ d’épaisseur, ou d’ardoises dans un lit de ciment, un revêtement d’asphalte donné à la maçonnerie sous le plancher du rez-de-chaussée. Il est également important d’assurer un complet écoulement des eaux, et de ne pas bâtir trop loin de quelque bonne source. Un sol de gravier est préférable à un terrain argileux, et les bas-fonds sont rarement très-sains.

Il est désirable que tout cottage soit environné d’un petit jardin fermé, d’au moins 8 ares, et ait une entrée particulière sur la voie publique. Un puits pourrait en général être pratiqué pour deux cottages ou même plus; il serait très-important qu’il ne fût pas exposé à être infecté par les égouts, les fosses d’aisances, ou les réservoirs d’engrais liquides. Ces réservoirs devraient être rendus étanches ; l’excédant de

(1) Ontrouveà l’appendice, pages 46 et 47, les règlements à observer par le régisseur et les locataires.

dépense serait bientôt couvert par l’énergie fertilisante de l’engrais.

XVI, — Quant aux matériaux pour les murs extérieurs des cottages, l’emploi en est modifié suivantles conditions locales, etle plus ou moins de facilité à se les procurer.

Les plans publiés par la Société ont été, pour les raisons exposées plus haut, préparés pour le cas où il serait fait emploi de briques; mais, une plus grande épaisseur permettra l’usage de toute autre espèce de matériaux. Les murs extérieurs sont fixés à 0 m. 225 millim. d’épaisseur pour ceux en brique, et dans ce cas, il est fortementrecommandé, pour éviter l’humidité, d’employer la construction en briques creuses. 11 y a à cet effet trois systèmes dont deux exigent pour les matériaux une fabrication spéciale. La première méthode a été employée assez souvent ; et à moins que les briques ne soient tellement poreuses qu’elles laissent l’humidité traverser les assises formant parpaing, on trouvera qu elle répond parfaitement au but proposé et qu’elle rend laconstruction des murs plus sèche et moins chère en même temps que d’après le système ordinaire. Trois assises et le joint font Om. 30 c. d’élévation, chaque brique mesurant 0 m. 87 millim Elles ont la longueur ordinaire, c’est-à-dire 225 millim.

La seconde méthode est celle des briques creuses cunéiformes reliées longitudinalement de manière à présenter sur toute l’étendue de chaque assise deux cavités parallèles ; elle offre une double sécurité contre l’humidité, en ce que les joints sont tous cachés et qu’il n’y a pas de boutisses qui traversent le mur. L’élévation de ces briques est également de trois assises pour 0 m. 30 cent. Elles ont 0 m. 30 c. de long, ce qui diminue le nombre des joints, donne plus de hardiesse à la construction et lui laisse plus de ressemblance avec la pierre de taille. Ces briques sont brevetées; on peut les faire facilement avec toute espèce de machine à tuiles à peu près au même prix que les briques ordinaires; tandis que par leurs dimensions qui n’ajoutent rien au poids et n’augmentent pas le droit, neuf d’entre elles font le même cube de maçonnerie que seize des autres. L’économie de mortier est de 25 pour cent ; et la main-d’œuvre pour un ouvrier qui est habitué à s’en servir est beaucoup moins considérable que celle des briques or-

dinaires. Ajoutons, enfin, qu elles donnent une facilité bien plusgrande pour la ventilation et le chauffage des bâtiments. Enfin, les briques pour encoignures ou montants peuvent être pleines ou creusées perpendiculairement.

Lorsqu’il est impossible de se procurer des briques d’une des deux formes décrites plus haut, on peut construire les mursde 0 m. 275 mil. delarge en brique commune selon le plan n°3, en réservant une cavité de 0 m. 5 c. au centre. Le mur sera ainsi mis à l’abri de l’humidité.

Mur en briques creuses de 0“ 23 (comme à Woburn).

Mur en briques creuses de 0m 23.

n TT

Il II

Mur creux en briques ordinaires de om 273.

30 pieds anglais.

10123456789 10 mètres.

Là où l’on emploie le silex ou le béton, les murs ne peuvent avoir

moins de 0 m. 30 c. d’épaisseur; on peut en outre les revêtir (1) de briques creuses qui, en reliant les assises, protégeront, comme nous l’avons dit, les murs contre l’humidité. Les murs de béton sont composés de galet, de chaux et de sable ; on les élève sur un cadre entre deux planches entre lesquelles on jette le béton ; on peut les recouvrir à l’extérieur d’un crépis en mortier, ce qui leur donne un aspect assez propre. Le béton formé de gros galet bien lavé, de sable fin et d’un dixième déciment de Portland, fait un mur très-solide.

La craie a été employée plusieurs fois avec succès pour les murs des cottages dans certains districts. Endurcie par un bain de silicate de potasse, elle devient une ressource précieuse pour la construction. Le procédé de durcissement d’Hutchisson, essayé à Tunbridge-Wells, a produit le même résultat, et peut également s’appliquer au grès tendre, qu’il rend dur et inattaquable par l’humidité. La pierre artificielle de M. Ransome et celle de M. Buckwell sont des combinaisons chimiques de matériaux qui, après une préparation suffisante, peuvent aussi très-bien servir à la construction des cottages et de leurs dépendances.

Quand les murs sont de pierre, les dimensions pour les pans extérieurs ne doivent pas être de moins de 0 m. 45 c. d’épaisseur; et, dans ce cas, il leur faut 0 m. 15 c. de plus en hauteur pour conserver les proportions.

XVII. — Les cloisons principales du rez-de-chaussée doivent être en briques ; les briques creuses ou les tuiles cannelées de MM. Hertzlet et Broughton, de 0 m. 30 c. carrés, sont d’un emploi économique ; dans les deux cas, l’usage des ciments romain ou de Portland ajoute

(1) On avait souvent l’habitude, dans les constructions romaines, de revêtir les murs de pierre brute avec des tuiles. LeColosseum peut être cité comme un exemple : les murs intérieurs sont en moellons recouverts de tuiles sur lesquelles sont appliquées en dernier lieu des plaques de marbre de différentes couleurs. Dessous ces tuiles sont des conduits de terre cuite portant l’eau jusqu’ausommetde la maison. A Pompeïa on a souvent employé une tuile creuse pour rendre plus sèche la surface d’un mur destiné à recevoir des peintures à fresque. En Angleterre, la taxe des briques est un obstacle sérieux à toute amélioration dans l’emploi de l’argile.

beaucoup à la solidité (1). Quand les cloisons de l’étage supérieur doivent reposer perpendiculairement sur celles du rez-de-chaussée, la brique est décidément préférable au bois, Des cloisons en briques creuses peuvent, dans beaucoup de cas, être montées sur de fortes solives Les escaliers peuvent aussi être faits, avec avantage, en brique cuite.

Le rez-de-chaussée ne doit pas être élevé de moins de 0 m. 15 c. audessus du sol du dehors, et lorsqu’on emploie des parquets de bois, ils doivent être aérés par des orifices pratiqués dans les murs extérieurs.

Le parquet le plus chand et le plus économique est, sans aucun doute, celui qui est fait en briques creuses (2). Dans quelques parties de la province, on se sert assez généralement de parquets en chaux et sable dont la durée, quand ils sont bien faits, n’est pas moindre de quarante ans. Il n’est peut-être pas inutile de donner la manière de les préparer. On met d’abord une sorte de lit, de 0m 15 d’épaisseur, composé de galet, de brique cassée et de chaux, le tout bien battu et plan. Dans les lieux humides, on emploie avec avantage un peu de goudron pour ajouter au béton, sur lequel on met ensuite un revêtement de chaux et cendres. Pour le préparer, on prend du sable bien lavé, de manière à ce qu’il ne soit plus mélangé de terre ou de petites pierres; on y ajoute de la cendre de chaux sortant du four, dans la proportion de deux tiers de sable pour un tiers de cendre de chaux. Quand il est possible de se procurer des cendres de forge ou du coke en poudre, il est bon de l’employer pour remplacer un tiers du sable.

(1) Nous ne parlons pas spécialement des murs en terre détrempée de Pisé. Dans plusieurs comtés ils réussissent très-bien, dit-on. L’auteur les a vus beaucoup employer dans le Devonsliire; mais il ne saurait les recommander d’une manière générale.

(2) Voir à la page 43, la description de la forme et des dimensions des briques creuses employées à cet usage. A la lecture de cet essai, le capitaine Buller, de la marine royale, rapporta que dans le Devonshire, il y a quelques années, il avait construit pour 2,o00 fr. (100 liv. sterl.), une paire de cottages en briques creuses contenant chacun deux chambres et une cuisine de 13 pieds carrés, le tout de plain pied. Les murs n’avaient que six pouces d’épaisseur, la brique ayant été employée simple- Bien que parfaitement secs pour le reste, ils laissaient aux joints des briques pénétrer un peu d’humidité. La double assise de briques creuses, décrite page 43, est un remède certain à cet inconvénient.

La durée et la fermeté du plancher s’en trouvent considérablement augmentées. On mêle ensemble le sable et les cendres, on en fait un corps qu’on laisse reposer pendant quinze jours, de manière à ce que la chaux soit parfaitement éteinte. On délaye un peu ce mortier, on en fait un plancher de 0m 75 d’épaisseur, bien égal, et on le travaille, sans marcher dessus, au moins pendant trois jours, jusqu’à ce qu’il soit devenu solide et résistant. On prend alors un peu d’eau, et on fait disparaître avec une truelle les aspérités qui pourraient rester. Enfin, on tient le parquet ainsi préparé parfaitement propre, et quand il est entièrement sec, on y passe une double couche d’huile de lin, qui lui donne l’aspect de la pierre au lieu de celui du sable. Le prix de ces planchers est par 0™ 83, de 30 centimes pour la main-d’œuvre et de 40 c. pour les matériaux employés.

La tuile (1) est généralement préférable à l’ardoise pour la couverture des toits. Elle est plus chaude en hiver et plus fraîche en été. Elle exige moins de plomb et présente plus d’économie. Dans quelques localités, cependant, il vaut mieux employer l’ardoise.

XVIII. — On se procurera une bonne ventilation au moyen d’un tuyau à air de 0m 225 sur Qm 112, pratiqué dans un des chambranles de la cheminée du rez-de-chaussée, prenant naissance au-dessous du niveau du plancher, communiquant avec le tuyau de la cheminée de la chambre à coucher par une ouverture pratiquée immédiatement au-dessous du plafond de la chambre commune, et munie d’une plaque de zinc à jour. La chambre à coucher au-dessus de la chambre commune peut être aérée et réchauffée à la fois par un tuyau de 0“ 062 de diamètre, traversant le tuyau de la cheminée depuis le foyer du rez-de-chaussée et débouchant dans le haut de la chambre à coucher. La partie inférieure de ce tube peut, au besoin, faire l’office de ventouse pour le foyer de la pièce commune. Les chambres à coucher sans cheminée devront avoir une ouverture pratiquée dans la cloison, au-dessus de la porte, munie d’un ventilateur de zinc à jour ;

(1) Les tuiles bleues des manufactures de Strafforsdshire sont au nombre des matériaux les plus durables pour les toits.

ou bien encore, un tube à air montant jusqu’au toit et recourbé à son extrémité.

Les fenêtres devront avoir des châssis de bois taillés en chanfrein avec des appuis en chêne posés sur des appuis en brique ou en pierre formant saillie. Elles seront munies de châssis en zinc, ouvrant en dehors, avec un système de ferrure solide pour les arrêter. Les volets du rez-de-chaussée devront être disposés de manière à servir de table en se rabattant.

On omet souvent de mettre une couche de plâtre sur les murs intérieurs des cottages. C’est lâ une très-faible économie. ïl faut, en effet, donner plus de soin à la pose des briques, et l’aspect en est certainement beaucoup moins convenable. Si on y fixe une plinthe, qu’en dessous on crépisse le mur en ciment et qu’on enduise par- dessus avec un mélange de sable et de chaux, l’entretien annuel n’exigera presque aucun frais. Il est inutile d’enduire de plâtre les murs du rez-dechaussée, exepté ceux de la pièce où l’on se tient, et peut-être de l’entrée. Il résulterait un grand bien de l’adoption générale du système suivi par le duc de Bedford, et qui consiste à badigeonner à la chaux les cottages une fois par an, en mettant la dépense à la charge du locataire.

Au lieu de recevoir l’eau de pluie des gouttières dans des tonneaux de bois, il vaut bien mieux pratiquer entre deux cottages une citerne ovale, de 2m 13 sur 1 ”22 de diamètre et de lm 67 de profondeur, divisée en deux compartiments avec un couvercle de chêne par-dessus. L’eau y sera amenée des gouttières par des conduits de terre cuite de 0m 10 de diamètre.

Les conduits d’écoulement de quelque longueur pour les immondices ne devront pas avoir moins de 0m 15 de diamètre.

Lorsque les cabinets d’aisance sont placés à l’intérieur de la maison, avec entrée extérieure, il est important d’employer des tuyaux pour conduire les matières dans une fosse ou un réservoir â engrais liquide, en dehors du bâtiment. Il est possible d’améliorer cette disposition à peu de frais, en amenant de l’eau dans un petit réservoir disposé au-dessus du siège, au moyen de la pompe placée dans

ia dépense. Ces réservoirs peuvent être en fonte ou en terre cuite.

Quand il est difficile de masquer les cabinets d’aisance élevés en dehors de la maison, on emploie souvent, avec succès, un moyen qui consiste à simuler une pile de bois à brûler en recouvrant la construction de pièces de sapin fendu placées horizontalement; on cloue des rondelles de bois aux extrémités de chaque rangée. L’intérieur du cabinet peut être en brique et la toiture en ardoise ou en zinc un peu fort. Pour les constructions de ce genre et pour toutes celles que l’on est obligé de faire extérieurement, on emploie avec avantage la brique creuse commune, de 0m 12 ou 0m 15 de large, et la tuile de Ilerlzlet, qui, au besoin, forme une couverture économique et présente tout à fait l’aspect de la pierre.

La brique creuse pour murs d’enceinte ou de séparation serait beaucoup plus durable, et, dans un grand nombre de cas, elle se livre presque à aussi bon marché que les clôtures de bois.

En terminant ces observations sur les moyens d’amélioration pour les demeures des classes ouvrières, qu’il me soit permis d’ajouter que ce serait pour moi un sujet permanent de satisfaction si les architectes anglais en pouvaient retirer quelque fruit. Puissent-elles servir à diminuer les obstacles qui opposent de si formidables barrières à tout progrès social et religieux dans cette classe si nombreuse et si méritante de la communauté.

Celui qui contribue au bien-être de ses semblables, dans un but de glorification pour la Providence, se crée un bonheur durable, que la poursuite de la richesse, le culte de la renommée, ou la recherche de plaisirs futiles, sont impuissants à lui procurer.

Page 1