‹ Des habitations des classes ouvrièresChapitre 2 sur 14 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

PAR HENRY RORERTS.

1. — Le sujet soumis en ce moment à l’examen de I’Institut des architectes de la Grande-Bretagne est au nombre de ceux qui n’ont pas attiré spécialement jusqu’ici son attention, quoique mon ami M. Smirke l’ait incidemment indiqué dans le cours de la session dernière.

On a beaucoup parlé et écrit depuis quelque temps sur les habitations des classes ouvrières. Notre illustre patron le prince Albert nous a témoigné tout l’intérêt qu’il porte à cette question, et a publiquement annoncé « que les sentiments exprimés par lui étaient entièrement et très-chaleureusement partagés par Sa Majesté la Reine, » notre très-gracieuse patronesse. Il est cependant probable que peu de membres de l’Institut se sont spécialement occupés des détails que j’ai à vous faire connaître ; et il y en a certainement encore moins qui aient été appelés par leur profession cà exécuter un genre de travaux qui n’offre en apparence qu’un champ très-limité à l’homme de science, et peu d’attraits h l’œil de l’artiste. C était du moins mon sentiment, lorsqu’il y a six années environ, je fus appelé aux fonctions d’architecte honoraire de la Société fondée pour améliorer la condition des classes

ouvrières, société dont nous allons, sur la partie qui nous occupe, exposer devant vous les opérations.

Plusieurs raisons, même en dehors de celles qui recommandent si fortement mon sujet aux philanthropes et aux économistes, semblent devoir lui mériter d’une manière toute spéciale l’examen de l’architecte. Un seul instant de réflexion rappelle que les plus beaux monuments ne s’élèvent que par les mains des classes ouvrières, dont l’habileté et l’industrie persévérante contribuent autant à la gloire de l’architecte que la valeur du soldat au triomphe du général.

Je suis donc assuré que cette question fixera l’attention des membres de l’Institut, bien qu elle soit dépouillée des attraits qui s’attachent à tant de branches de notre profession. J’ai en même temps l’espoir d’intéresser ceux qui, en qualité d’entrepreneurs, mettent à exécution nos plans et nos dessins. Plusieurs, en effet, occupent un grand nombre de ces ouvriers, et peuvent, sans sacrifice d’argent, faire beaucoup pour assurer à ces hommes, dont le travail est une large source de bénéfice pourceluiquilesemploie, des habitations susceptibles de leur procurer quelque bien-être et de contribuer à leur bonne santé et à leur moralité en assurant les mêmes avantages à leurs familles.

Il n’y a qu’une infime minorité parmi les ouvriers qui ait directement les moyens de se donner la jouissance d’une habitation. Nous le faisons remarquer à ceux qui, par leur position, sont à même de satisfaire àcette nécessité, etqui voudraient s’en occuper, souslajuste réserve d’un intérêt raisonnable sur les capitaux qu’il s’agirait d’y consacrer.

Je m’abstiendrai, en vous parlant des habitations des classes ouvrières, d’entrer dans le domaine de l’histoire et de l’antiquité. Je ne vous décrirai ni les caves ni les huttes qu’habitaient «à une époque reculée de notre histoire des masses de travailleurs dans ce pays ; pour établir des points de comparaison, je n’irai pas explorer les ruines classiques des autres contrées, et fouler avec vous quelque faubourg ignoré des restes exhumés de Pompeïa ; enfin, je ne me livrerai à aucune recherche pour savoir si les ouvriers sont mieux logés aujourd’hui qu’il y a deux siècles. Il me suffira de rapporter à ce sujet une remarque de M. Macaulay : « Quant à la grande masse du peuple, quant

» à ceux qui tenaient la charrue, qui dirigeaient les bœufs, qui s’épui- » saient aux métiers de Norwich, qui taillaient la pierre de Portland » pour la cathédrale de Saint-Paul, on n’en peut pas dire grand chose ; » l’histoire était trop occupée près des cours et dans les camps pour » perdre une ligne à décrire la hutte du paysan ou la mansarde de l’ou- » vrier des villes. »

IL — Je ne vous donnerai pas non plus de longs détails sur l’état actuel des logements qu’habite une grande partie de la classe des travailleurs (1). Mes observations, du reste, ne feraient que confirmer ce qui a été répété à satiété sur leur malheureuse et cruelle condition, produite par l’absence de tous les arrangements intérieurs, sources de bien-être et de tendances morales au sein de la famille, par le manque complet de ventilation, par l’insuffisance de l’eau et des conduits destinés à son écoulement ; enfin, par un système d’agglomération qui ne serait pas toléré pour une basse-cour, une étable ou un chenil (2). Un seu exemple suffira. U y a environ quatre ans,

(1) Dans « Une leçon sur l’insalubrité des villes,» publiée par Y Association de salubrité, le vicomte Ebrington, membre du parlement, a décrit d’une manière claire et pleine de sentiment, les misères auxquelles une population trop agglomérée et mal logée se trouve exposée, et a produit en même temps des faits statistiques de la plus haute importance. Cette lecture ne peut manquer d’intéresser et d’instruire à la fois, même les personnes qui s’éloignent par nature de ce genre de recherches.

(2) Le rapport statistique suivant, résumé d’une visite de maisons dans la paroisse de Saint-George, Hanover-Square, fut fait en 1842, à la demande du comte actuel de Harrowby. On trouva dans ces maisons 1,465 familles d’ouvriers, possédant pour leur logement 2,174 chambres et 2,510 lits seulement. Voici quelle était la distribution de ces chambres et de ces lits.

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