DES
Si les hallucinations chez l’adulte sont bien connues de tous les médecins, tant au point de vue des causes et des symptômes , qu’au point de vue du pronostic et de l’importance médicolégale, l’étude des hallucinations chez l'enfant est beaucoup moins approfondie.
Les hallucinations chez l’enfant sont bien moins rares qu’on ne le croit.
Marcé, Ti’ousseau, ïhore, West, à Londres les ont signalées dans la chorée et dans la scarlatine.
Mon père, dans sa longue pratique tant en ville qu’à l’hôpital, a publié beaucoup de cas d’hallucinations de l’enfant que je reprendrai dans le courant de ce travail. Une raison fera comprendre la rareté des observations publiées sur ce sujet ; c’est que l’hallucination apparaît subitement, d’une façon passagère, au début des maladies aiguës au même titre que les convulsions, sans aucun rapport avec la folie. Dans ces conditions, elle est observée par le médecin ordinaire de la famille que cela n’inquiète guère, puisque le phénomène ne se reproduit pas.
Quant aux aliénistes qui font des hallucinations un sympr tome de la folie, comme ils ne sont appelés à étudier ces phé-
nomènes que chez l’adulte, où la folie les détermine très fréquemment, il est tout naturel qu’ils la rapportent à cette maladie ; il est bien exceptionnel qu’ils l’observent chez l’enfant, aussi n’en parlent-ils pas.
A l’hôpital des Enfants et dans la ville, à l’occasion des maladies aiguës et des empoisonnements, en dehors de ce qu’on appelle la folie, des hallucinations peuvent s’observer.
J’ai eu l’occasion d'en voir plusieurs cas à l’hôpital des Enfants dans le service de mon père. J’ai pu en trouver d’autres publiés par lui dans son Traité des maladies des enfants et dans sa Clinique de l’Hôpital des Enfants; ces faits m’ont paru assez intéressants pour être analysés dans un travail particulier.
Mon père, d’ailleurs, a bien voulu joindre âmes observations 72 faits inédits, observations et notes, qu’il conservait dans ses cartons, et qui ne peuvent trouver une meilleure occasion pour se produire.
J’essaierai de montrer dans la suite en quoi les hallucinations chez l’enfant diffèrent de celles qui ont été observées chez l’adulte?
Quelles en sont les causes les plus ordinaires ?
Quelle en est l’origine anatomique ?
Quels sont les rapports, les liens qu’elles peuvent avoir avec la folie?
Mais avant tout, il est bon de dire ce que c’est qu’une hallucination, les formes qu’elle peut présenter au médecin et quelles divisions il faut établir dans leur étude ; si on tient à ne pas laisser pêle-mêle des phénomènes semblables en apparence, et dont la cause est absolument différente.
L’hallucination est, comme l’a dit Van Helmont : « le Rêve de Vhomme éveillé. »
C’est, dans l’état de veille, un trouble de l’intelligence et de la sensibilité caractérisé par la perception anormale imaginaire et passagère des choses extérieures qui n’existent pas.
Les mêmes phénomènes chez l’homme endormi constituent le rêve.
Ainsi, l’apparition d'images agréables ou,terrifiantes, de fantômes et d’animaux fantastiques, la perception de voix aimées ou- menaçantes, de sons mélodieux, la sensation d’odeurs agréables ou désagréables, les sensations douloureuses ou voluptueuses des différentes parties du corps qui surviennent pendant le sommeil, forment le rêve, et elles s’évanouissent au réveil sans avoir troublé l’intelligence, et sans laisser dans la conscience la conviction intime de leur réalité.
Tout au contraire, les mêmes perceptions ou sensations, dans l’état de veille, sont rapportées à des objets extérieurs qui n’existent pas, et elles engendrent des convictions erronées qui annoncent un trouble de l’intelligence et caractérisent l’hallucination.
Esquirol a défini aussi très clairement l’hallucination par ces mots : « La conviction intime d’une sensation actuellement perçue alors que nul objet extérieur propre à exciter cette sensation n’est à portée des sens. »
Puis, analysant le phénomène, il ajoute : « Los prétendues sensations des hallucinés sont des images, des idées reproduites par la mémoire associées par l’imagination et personnifiées par l’habitude.
L’homme donne alors un corps aux produits de son entendement, il rêve tout éveillé. »
Les hallucinations se présentent sous deux formes admises par Esquirol :
1® Vhallucination proprement dite caractérisée par la perception imaginaire d’un objet extérieur, d’une odeur, d’un fumet ou d’une sensation qui n'a aucune réalité extérieure.
2° Vülusion sensoriale dans laquelle la perception s’exerce sur un objet du dehors dont la configuration se transforme et fait par exemple qu’un chapeau paraît être une figure gri-
maçante, qu’une odeur agréable est infecte et, qu’à cheval sur un bâton, ce sujet se figure être sur un coursier fantastique.
Elles ont pour siège Içs différents organes des sens et affectent la vision, l’ouïe, Eodorat, le goût et le toucher.
Chez les enfants, ces perceptions anormales occupent surtout les sens de la vue, tandis que chez l’adulte, d’après Esquirol, Lelut, Parchappe, Baillarger, Delasiauve, Motet,etc., elles occuperaient le sens de l’ouïe.
C’est là une différence importante à noter.
Elles ont toujours chez eux le caractère de l’extériorité et sont psycho-sensorielles, comme le dit Baillarger, tandis qu’on ne les observe presque jamais avec le caractère intime ou intérieur que ce médecin a qualifié du nom de psychique.
Pour faire un classement qui satisfasse aux exigences de la clinique, il est nécessaire d’admettre que les hallucinations chez les enfants sont :
( Idiopathiques ;
{ Suggestives ;
2“ Sympathiques ou réflexes ;
3“ Toxiques ;
4° Organiques.
Mais toutes dépendent d’une modalité pathologique des cellules cérébrales, et comme je l’établirai plus loin, de leur imbibition sanguine variable, et de la composition du sang qui les nourrit.