CHAPITRE PREMIER Hallucinations idiopathiques
Les hallucinations idiopathiques sont celles dont la cause occasionnelle est encore peu connue et sur l’origine desquelles on ne peut émettre que des hypothèses.
Ce sont celles qui résultent de la surexcitation cérébrale, de l’intelligence, de l’imagination et des facultés affectives.
On en voit chez les enfants très jeunes que l’on effraie par des contes terrifiants et des histoires fantastiques, que l’on mène à des féeries, à des spectacles de batailles, et chez des enfants plus âgés dont on excite mal à propos la terreur religieuse.
Chez l’adulte, le mobile est différent et d’un ordre plus relevé, mais c’est la même chose et l’histoire a enregistré des centaines de cas d’hommes célèbres qui, tout en ayant conservé l’équilibre de leur raison et toute la supériorité de leur intelligence, ont eu par excès d’activité cérébrale des hallucinations passagères bu répétées, comme Socrate, Luther, Pascal.
On les a observées de même aux époques de superstition et de foi religieuse, où l’hystéricisme a pu prendre de grands développements et amener toutes ces extases, ces apparitions célestes ou diaboliques, ces possessions démoniaques que tout le monde connaît et dont on a pu lire la relation dans l’histoire de la possession, de la sorcellerie et de la démonologie.
Un homme qui fut une des gloires de la Faculté de médecine, Andral, racontait dans ses cours que lui-même, au début de ses études anatomiques, eut un matin dans sa chambre, pendant un quart d’heure, l’hallucination nette, distincte, du cadavre putréfié d’un enfant qui, la veille, l’avait fort impressionné, dont il sentait l’odeur infecte.
A cet exemple je joins les trente suivants dans lesquels les hallucinations sont dues à la frayeur et à des émotions morales de diverse nature.
Observation I.
Hallucinations diurnes essentielles par suite de frayeur.
Une enfant de 12 ans qui faisait sa première communion à Montmartre fut si effrayée des terreurs de l’Enfer nées dans son esprit par l’influence du prédicateur, qu’elle perdit connaissance et eut quelques mouvements convulsifs ainsi que plusieurs de ses compagnes.
Le lendemain, les attaques se reproduisirent et en même temps, pendant la journée, il y eut l’hallucination d’un crucifix rouge de feu au milieu de l’espace. Cette hallucination se montra plusieurs jours de suite (1). Des lavements d'eau chloroformée la guérirent de ses attaques et de ses hallucinations. (^Communiquée par mon père.)
Observation II.
Hallucinations diurnes essentielles.
Une dame fut effrayée dans sa jeunesse par un chat noir qui s’était trouvé sur l’oreiller de son lit au moment où elle voulait y mettre la tète. A partir de ce moment, et pendant plusieurs années, cette dame, chaque fois qu’elle était indisposée d’une
(1) Voir E. Bouchut. Mémoire sur la contagion nerveuse. (Gazette médicale, 1864.)
manière quelconque, voyait devant elle un chat noir et, quoiqu’elle sût parfaitement que cette apparence n’était qu’illusoire, elle ne pouvait-jamais éviter de lever le pied lorsqu’elle croyait marcher sur ce fantôme. (Carpentier, Princi'pes of. Eam pJiysiology. Londres, 1853, p. 891).
Observation III.
Hallucinations diurnes par frayeur.
Un enfant de 10 ans ayant des maux de tête, a été conduit au théâtre où il a été effrayé par des coups de canon et, quelques jours après, le soir, au moment où il travaillait à ses devoirs, il se leva effrayé par la vue des flammes qu’il croyait exister autour de lui. Il croyait sentir la chaleur sur sa peau et entendre crier au feu.
Cette hallucination s’est produite huit jours de suite. Les douleurs de tête résistent et il a des envies de vomir. Selle régulière. De temps à autre il a un tic de l’épaûle, pas de fièvre. Cet enfant est rentré à l’hôpital le 10 février, dans le service de M. Labric. Ses yeux, vus à l’ophthalmoscope, présentent un peu d’atrophie papillaire au bord interne de la papille, de nombreux dépôts de pigment à la périphérie de la choroïde et trois petites plaques d’atrophie choroïdienne. L’enfant a guéri complètement. (Communiquée par mon père.)
Observation IV.
Hallucinations diurnes de nervosisme.
En 1876, on me présente un garçon de 11 ans, névrosîaque. Depuis trois mois il est atteint de convulsions éclamptiques et de somnambulisme diurne. Sa mère mourut et, de là, aggravation de son nervosisme.
Un jour, dans une de ces crises, il avait lés yeux fixés au ciel et il y voyait sa mère, parée d’habits resplendissants, qui lui parlait.
Un écran mis devant ses yeux empêchait l’hallucination et l’enfant l’écartait de sa main afin de voir encore l’image de sa mère.
Cela dura deux heures et la vision disparut. L’enfant continua d’ailleurs à être malade comme par le passé. (Communiquée par mon père.)
Observation. V.
Hallucinations diurnes de la vue et de l’ouïe avec convulsions, suite de frayeur.
Françoise Vinet, 8 ans, entrée le 6 mai 1859. Cette enfant, dans la famille de laquelle il n’y a jamais eu de maladies nerveuses, a eu des gourmes, des glandes cervicales et une tumeur lacrymale opérée à l’hôpital Sainte-Eugénie. Elle a eu jadis des convulsions assez fréquentes, à l’âge de 2 ans, depuis lors elle n’a eu que la rougeole et la coqueluche.
Il y a dix-huit mois, elle était en voiture avec une personne qui, par plaisanterie, la menaçait de lui faire couper le cou. Aussitôt elle prit frayeur et se précipita hors de la voiture au risque d’être écrasée. Elle perdit connaissance et resta ainsi une heure et demie. Quinze jours après, au réveil du matin, l’enfant eut l’hallucination d’une hôte noire qui s’avançait sur elle en la menaçant de lui couper le cou et elle perdit connaissance en ayant les membres raidis pendant plusieurs minutes (dix environ). Puis l’enfant resta assoupie pendant plusieurs heures. Pendant un an, elle eut presque tous les mois une attaque convulsive avec hallucination semblable, toujours le matin. Depuis trois mois, l’enfant tombe beaucoup plus souvent, jusqu’à 3, 4 fois par jour, elle annonce qu’elle va perdre connaissance, puis ses membres se raidissent, son visage rougit fortement, mais elle ne s’est jamais blessée, ni mordu la langue. Aussitôt après cette attaque, elle n’a plus de somnolence, mais elle reste un instant égarée, l’œil fixé sur un objet imaginaire qui semble l’épouvanter, elle en suit les mouvements et cherche à se sauver. C’est toujours pour elle une hôte noire à quatre pattes, avec des cornes et une voix qui lui dit : « Je vais te manger ou te tordre le cou. »
Il mai. Aujourd’hui l’enfant est dans le même état, et nous avons été témoins d’une de ses crises d’hallucinations. Il n’y a eu aucune attaque caractérisée pendant le séjour à Phôpital.
L’enfant est petite, assez bien développée, avec une blépharite scrofuleuse et une tumeur lacrymale non guérie. Elle paraît d’une bonne santé. Elle dit avoir mal à la tête ; il n’y a pas d’anesthésie. Jadis l’enfant a rendu des vers et n’en rend plus.
Sortie le 14 mai. (Communiquée par mon père.)
Observation VI.
Hallucinations diurnes et frayeurs nocturnes.
Jacques Mayer, 5 ans, avait un peu de malaise avec de la üèvre, sans douleurs de fête, vomissement ni constipation, lorsque tout à coup, en plein jour, à 5 heures du soir, le 2 mai 1882, il se mit à divaguer et à dire qu’il voyait un lit de fer devant lui qu’on venait d’apporter. Au bout de cinq minutes, la vision disparut.
Depuis lors, pareille chose est arrivée, non le jour mais la nuit, deux heures après s’être endormi. Il se réveille effrayé, les yeux hagards, voit des images fantastiques et, malgré la lumière, ces hallucinations persistent. Puis, cela fini, il se met à pleurer, s’endort et ne se rappelle de rien.
Ces frayeurs se sont reproduites sept ou huit fois, depuis trois mois.
L’enfant est bien portant, mange et digère bien; il n’a pas de maux de tête, de vomissement ni de constipation, mais son pouls est très irrégulier au moment des crises et après. Il ne l’est pas en ce moment. (Communiquée par mon père.)
Observation VII.
Halluciaations diurnes idiopathiques, suites de frayeur.
Verneg (11 ans), 7 février 1879.
Cette enfant, habituellement bien portante, n’ayant jamais eu de convulsion, a eu la rougeole à 4 ans.
hQ 15 décembre, elle jouait avec ses camarades et se croyait seule lorsqu’un ouvrier maçon qui travaillait derrière une porte se montra subitement, en lui disant : « Je vous y prends », et lui jette une pincée de plâtre. Elle fut très effrayée et dix minutes après, eut une crise nerveuse caractérisée par du délire. Elle semblait avoir peur d’un personnage imaginaire qu’elle disait voir et qui la menaçait. Elle pouvait répondre assez bien aux questions et demander des secours contre son fantôme. L’enfant était d’ailleurs debout, gesticulant, sans convulsion, sans écume à la bouche, sans incontinence d’urine ; cela dura deux heures et, revenue à elle, se plaignait d’étouffement, et ne se rappelait de rien. La crise se renouvela le lendemain et les jours suivants avec les mêmes caractères d’hallucinations visuelles. Il y en eut même plusieurs fois par jour et il s’est passé quelquefois quatre jours sans qu’il s’en produisît; leur durée a varié de une à quatre heures. L’enfant ne souffre d’aucun point du corps, n’a pas mal à la tête, a bon appétit; les yeux, examinés à l’ophthalmoscope, ne présentent rien de particulier.
21 février. L’enfant est restée quelques jours dans la salle sans présenter aucune crise et est sortie pour rentrer chez ses parents qui ne l’ont plus ramenée. (Communiquée par mon père.)
Observation VIIL
Hallucinations diurnes et nocturnes par émotion morale chez un enfant jadis épileptique. — Délire aigu. — Guérison.
Marie Gaze, âgée de 11 ans, entrée à l’hôpital des Enfants au n» 52 de la salle Sainte-Catherine, le 15 juin 1874. Sortie le 26.
Cette fille, non formée, a eu, il y a cinq ans, des attaques d’épilepsie assez fréquentes qui ont duré deux ans et demi; depuis deux ans elle n’a eu aucune attaque et n’a pas été malade.
La veille de son entrée, elle a été avec sa sœur se promener à la campagne et s’amuser à la balançoire sous les rayons du soleil. Que s’est-il passé de plus? on l’ignore, mais il parait qu’elle s’est fâchée avec sa sœur et qu’elle a été battue par elle.
Quoi qu’il en soit, elle est rentrée avec du délire et des hallucinations en plein jour. Toute la nuit, les visions ont continué; elle voyait devant elle le bon Dieu et des hommes qui ne lui disaient rien, qui ne parlaient pas, qui ne la^ menaçaient point. Il a fallu la veiller et la maintenir, car elle était fort agitée et ne voulait pas rester au lit. Elle ne se plaignait pas de la tête ; elle vomit son déjeuner, ne dîna pas et eut une évacuation alvine naturelle.
Au moment de son entrée, sa raison était encore égarée, elle avait les yeux hagards, terrifiés, et était effrayée des mêmes hallucinations en plein jour. Elle divaguait sans bruit, ne se rappelant rien de la veille, si ce n’est les visions et les coups qu’elle disait avoir reçus ; elle n’avait pas de fièvre.
Les yeux, examinés à l’ophthalmoscope, présentaient un peu d’injection des veines de la papille et de la rétine, mais sans autre altération qu’une légère excavation de la papille gauche.
Le 16. Même état d’hallucination et de délire tranquille.
Le 17. Même état, mais l’intelligence est un peu plus nette.
Le 18. L’enfant se calme entièrement, et le 19, sauf un peu d’hébétude et de perte de mémoire, l’enfant semble guérie.
Le 26. L’enfant sort complètement guérie. (Communiquée par mon père.)
Observation IX.
Chofée. — HallucinatioEs diurnes et nocturnes de la vue et de l’ouïe,
Angèle O..., âgée de 13 ans, entrée le 23 septembre 1878 au n“ 22 de la salle Sainte-Catherine, a perdu sa mère de la poitrine et son père d’accidents cérébraux si bizàrres que le médecin aurait demandé la permission de faire l’autopsie, ce qui lui aurait permis de découvrir un abcès du cerveau.
Cette enfant, de bonne santé, perdit son oncle d’une chute au fond d’une carrière, et fut très effrayée de le voir tout un jour mort, exposé à son domicile, sur son lit. Deux mois après, jour et nuit, la vision de ce mort se reproduisait à ses yeux, et si elle restait chez elle, elle revoyait ce cadavre couché sur le lit,
disparaissant quelques instants et revenant peu après. Elle était si convaincue de la réalité de cette vision qu’elle criait de terreur, et les paroles de sa tante ne suffisaient pas à la calmer.De temps à autre, elle entendait la grosse voix de son oncle, mais sans pouvoir répéter ce qui se disait. Cette hallucination de l’ouïe et de la vue a duré près de quatre mois, se manifestant dans les mêmes conditions de lieu et de temps.
Depuis deux mois, avec ces hallucinations, il s’est montré consécutivement des mouvements choréiques dans la main droite avec quelques douleurs dans les poignets, et ces mouvements se sont généralisés à tout le corps, sauf la face et la langue, ce qui a nécessité l’entrée à l’hôpital. Alors on constate que la chorée est peu intense, car l’enfant peut porter sa main à la houche sans oscillation, et la contraction musculaire des doigts est très faible.
Bruit de souffle dans les vaisseaux du cou n’existant point à la base du cœur. Bon appétit ; état général excellent ; intelligence très bien conservée.
L’ophthalmoscope ne révèle rien d’anormal au fond de l’œil ni dans'les vaisseaux rétiniens.
Du 24 septembre au l*' novembre. La chorée a persisté en s’affaiblissant et il s’est reproduit deux fois des hallucinations.
Le 15 novembre. Éruption d’urticaire fébrile durant trois jours, puis l’enfant revient à un état de santé relativement bon. Il n’y a plus de mouvements choréiques et elle sort de l’hôpital. (Communiquée par mon père.)
Observation X.
Hallucinations nocturnes.
Le 23 septembre 1879, on amène de Malesherbes, envoyé par le D' Penot, un garçon de 4 ans, qui, à la suite d’une légère frayeur et sans avoir été jamais malade, a eu, il y a trois jours, des crises nocturnes effrayantes. Tout éveillé, les yeux ouverts, ne reconnaissant pas son père qui était près de lui, dans sa chambre bien éclairée, il montrait, en poussant des cris de frayeur, une vieille femme qui voulait le tirer par les pieds ;
cela dura dix minutes. Il s’assoupit, puis survient une crise semblable et, peu après, une troisième ; sa tête est très brûlante. Le lendemain il n’y paraissait pas. L’enfant joua et mangea comme de coutume sans avoir de fièvre, aucun trouble de santé.
Deux jours après eut lieu une crise moins forte, et c’est alors qu’on me l’amena.
Je lui prescrivis un gramme de bromure de potassium et l’enfant guérit. (Communiquée par mon père.)
Observation XL
Hallucinations diurnes. — Nervosisme.
Un médecin turc, encore jeune, habitant un hôtel de la rue Racine, vient me consulter pour un nervosisme cérébral datant de quatre ans et caractérisé par des vertiges avec demi-perte de connaissance, névralgies de la tête et des membres, dysphagie et constispation. A deux reprises, il vit très distinctement dans la salle voisine dont il était séparé par une glace dépolie, une fois un monsieur et une dame de ses connaissances avec plusieurs autres personnes, et une autre fois un arbre avec toute ses feuilles.
Il alla dans la pièce voisine et la vision avait disparu. Sauf un état prononcé d’hypocondrie, l’intelligence paraît conservée. (Communiquée par mon père).
Observation XII.
Hurlements et aboiements spasmodiques.— Hallucinations, diurnes et nocturnes. — Névralgies.— Gastralgie.— Angine couenneuse intercurrente
nosocomiale. (Résumé.)
Eugénie T.. âgée de 11 ans, est entrée à l’hôpital le
19 mars 1868, après avoir eu des convulsions de temps à autre jusqu’à 6 ans.
Elle est très délicate, capricieuse, coléreuse, pleureuse, mais il n’y a pas eu d’attaques de nerfs depuis la disparition des convulsions de la première enfance.
Depuis deux mois, toux sèche, incessante, puis rauque et Bouchut. __ 2 ^
enfin remplacée par des cris qui se reproduisent à intervalles très courts. Ce sont cinq à six cris aigus prolongés de suite, le jour ou la nuit, puis elle se tait. Ce besoin de crier est irrésistible. Rien ne peut l’en empêcher. Après ces cris, elle a un rire sardonique et un étirement assez douloureux des nerfs du bras et de la main.
L’enfant a souvent, soit le jour, soit la nuit, des visions distinctes de serpents qui courent, d’anges au ciel, de vaisseaux, d’enfants qui jouent autour d’elle, en disant à haute voix : « je neveux pas jouer avec toi », ou qui veulent lui faire du mal. Ces hallucinations visuelles et auditives se reproduisent souvent en plein jour dans sa chambre alors qu’elle est seule. D’autres fois, elle voit une pluie de feu tomber devant elle.
Névralgies frontales et occipitales fréquentes ; battements de cœur et souffle à la base, en dedans du mamelon se prolongeant dans les vaisseaux du cou. Vintelligence est développée par beaucoup d’instruction, mais, en ce moment, elle est lente, sans troubles, avec un peu d’hébétement, et la démarche est niaise.
Jamais de perte de connaissance, de spasmes, de crises nerveuses ni de boule hystérique.
21 mars. Persistance des cris, même la nuit, et ils sont si forts que l’on comprend que, dans sa maison, les locataires aient voulu déménager. Ici, il a fallu mettre l’enfant dans une chambre isolée. Il n’y a pas eu d’hallucinations dé personne, mais des hallucinations de pluie de feu.
Au moment des cris, il y a 7 ou 8 rugissements aigus accompagnés d’une déviation de la bouche en haut et à gauche, avec contracture de l’avant-bras gauche sur le hras et raideur des doigts qui se portent devant la bouche pour la cacher. Il suffit parfois de rabattre violemment le bras contracturé et d’imposer silence à l’enfant pour faire cesser le spasme.
Vésicatoire morghinè (2 centigr.) sur les côtés du cou.
Le 22. Mêmes cris ; meilleur sommeil ; pas d’hallucinations.
Le 23. Pas de sommeil ; mêmes cris, sans hallucinations.
Le 24. Pas de sommeil ; oiêmes cris ; hallucination d’un ange nu, vêtu de blanc.
Le 25. Gris si violents quïls ont été entendus de la rue ; pas de sommeil ; hallucination d’un serpent.
A ce moment, l’enfant est prise de fièvre, avec mal à la gorge, enrouement et exsudation blanche membraneuse sur les amygdales. Vomitif àvec émélique, 0,05 centigr.
Le 26. L’enfant a beaucoup vomi, a moins crié et n’a pas eu d’hallucinations. L’exsudation de l’amygdale persiste.
Le 27. L’exsudation a diminué ; pas d’albuminurie, mais il y a toujours de la fièvre.
Moins de cris ; pas d’hallucinations.
Le 28. L’enfant n’a pas crié et a repris un peu d’appétit.
Le 31. Plus de cris ; l’amélioration continue.
l" avril. Plus de cris, et l’enfant a pu rester tranquille aux offices de Pâques.
Le 12. L’enfant semble guérie et mange bien, en petite quantité.
2 mai. La guérison ne s’est pas démentie ; les cris ont cessé et, depuis cinq semaines, il n’est pas revenu d’hallucinations. Elle sort de l’hôpital. (Communiquée par mon père.)
Observation XIll.
Halluciaations essentielles diurnes et nocturnes.
B..., Anna, 6 ans, salle Sainte-Rosalie, n° 9. Entrée le 10 mars 1863 pour un mal de Pott à la région dorsale.
Avant son entrée, cette enfant avait eu plusieurs fois des frayeurs pendant la nuit, se réveillant en sursaut et jetant des cris au point de troubler les voisins.
Trois fois depuis son entrée elle eut encore pendant la nuit des frayeurs, jetant des cris et criant qu’elle avait peur. Elle entendait quelqu un frapper à la fenêtre, elle voyait quelqu’un sur le lit.*.
Ces accès duraient de demi-heure à une heure et demie et quelquefois se sont montrés plusieurs fois la nuit. '
Enfin,le 21 avril, vers deux heures de l’après-midi, elle se mit
à crier et paraissait très effrayée, elle sentait une bête qui la mordait au bras et dans le dos.
Elle la voyait, elle était grosse comme le bout du doigt, et plus tard, elle dit qu’elle était verte, elle l’entendait siffler.
Ces hallucinations et ces frayeurs durèrent jusqu’au 23 et cessèrent à 4 heures du matin (14 heures) pour ne plus revenir. (Communiquée par mon père.)
Observation XIV.
Hallucmations idiopathiques de la vue, de l’ouïe et du toucher.
Le 20 avril 1863, on amène à la consultation de l’hôpital une enfant de 14 ans, dont le père est aliéné, mais il n’y a pas d’attaques de nerfs chez les parents.
Enfant non formée, malade depuis 2 mois. Un instant poursuivie par son père qui voulait abuser d’elle, elle eut une grande frayeur suivie de somnolence, de songes, de réveils en sursaut, et depuis lors elle se plaint de céphalalgie, de douleurs dans les membres et au côté droit.
A chaque instant elle apercevait un homme qui menaçait de la battre et auquel elle ne pouvait échapper, car elle sentait son étreinte. Les coups lui tombaient sur le dos et il lui en est resté des ecchymoses peu apparentes. En plein jour elle entendait les menaces et recevait des coups. Chaque jour en plusieurs fois se renouvelaient les mêmes hallucinations de la vue, de l’ouïe et du toucher. L’enfant avait l’air hagard et n’osait approcher de moi tant elle avait peur. Enfin elle voulut bien venir. Elle prit les médicaments qu’on lui donna, de l’arséniate d’argent à 25 miUigr. par jour d’abord et ensuite 5 centigr.
Au bout de quinze jours, elle était beaucoup mieux et presque guérie. (Communiquée par mon père.)
Observation XV.
Hallucinations diurnes et nocturnes par état fébrile de cause inconnue.
Etienne Lagarde,3 ans, vu le 21 octobre 1872. Cet enfant a été pris il y a cinq jours de fièvre avec forte rougeur du visage et
chaleur de la peau et d’une douleur dans le dos. Il ne tousse pas et ne vomit pas. Pendant huit jours il a eu des hallucinations diurnes et nocturnes de petits enfants qui dansent en l’air. (Communiquée par mon père.)
' Obskrvation XVI.
Hallucinations diurnes chez un épileptique.
En novembre 1872, j’ai vu un autre cas d’hallucination chez un enfant épileptique depuis de longues années.
L’enfant était dans ma salle depuis deux mois ; elle avait eu trois attaques dans la journée et dans l’intervalle, tout en ayant son entière connaissance, elle eut des hallucinations à différentes reprises qui l’effrayaient beaucoup. Elle voyait des éléphants et d’autres bêtes féroces qui semblaient s’avancer sur elle pour lui faire du mal. (Communiquée par mon père.)
Observation XVII.
Hystéro-épilepsie. — Hallucinations nocturnes delà vue.
Berthe R..., âgée de 14 ans, entrée'le 22 avril 1878 au N“ 52 de la salle Sainte-Catherine, à l’hôpital des Enfants malades, née d’une mère épileptique, a eu le choléra, une pneumonie, des syncopes à l’âge de 13 ans et est réglée depuis un an.
Elle est malade depuis un an, en mai 1877. Alors, au milieu de ses premières règles, pendant la nuit, elle a eu une attaque d’épilepsie qu’elle rapporte à la vue d’une attaque d’épilepsie chez une jeune ülle, six mois auparavant.—Depuis lors, les attaques sont venues tous les 8 ou 15 jours et maintenant tous les jours. Des doses de 2 à 5 grammes de bromure de potassium ont éloigné les attaques qui sont venues toutes les 3 semaines et qui n’ont pas reparu depuis 4 mois.
L’attaque commençait sans cri initial avec douleur très vive dans le bras, cécité complète et mouvements convulsifs généralisés suivis de sommeil.
Le 10 novembre 1877, l’attaque a commencé différemment
par une hallucination de la vue. Elle vit des animaux volants qu’elle chassait de la main, puis un homme coupant la tête à une femme au moyen d’un grand couteau. — Alors elle se sauve de la salle et une fois ramenée, elle crie, se débat, tape de la tête contre le mur, rit et pleure tour à tour, répond à ce qu’on lui demande sur ce qu’elle voit, puis entre dans son attaque habituelle, sans cri initial. Les convulsions toniques prédominent, le pouce est replié dans la main fermée. L’insensibilité est générale et complète avec perte de connaissance, puis les con vulsions cessent, le calme revient et la crise est finie au bout d'un quart d’heure.
Dans la semaine, d’autres accès semblables se reproduisent et je lui fais donner huit grammes de bromure de potassium qui éloignent les crises sans les faire disparaître. (Communiquée par mon père.)
Observation XVIII.
Nervosisme chronique. — Névralgies. — Syncopes. — Hallucinations diurnes et nocturnes, visuelles et auditives. — Aphonie.— Toux nerveuse. — Analgésie incomplète. — Larj-ngoscopie.
Thérin, F.., âgée de 14 ans, entrée le 15 février 1860, a perdu son père de la poitrine, a eu des ophthalmies, une pneumonie, une fièvre typhoïde et est sujette à s’enrhumer. Elle est formée régulièrement depuis 5 mois.
Depuis cinq mois aussi elle a de l’enrouement et de l’aphonie. Depuis deux mois elle tousse sans expectoration et, ily a 15 jours, dit avoir craché une cuillerée de sang. — Elle a souvent une névralgie intercostale gauche et il y a quelques mois une syncope d’un quart d’heure est survenue.
En ce moment aphonie presque complète, avec enrouement ; toux rauque, aboyante. L’enfant est rose, bien colorée. Bonne résonnance de la poitrine et la respiration s’entend partout sans mélange de râles. Pas de palpitations ; bruits du cœur normaux, et pas de bruit dans les artères du cou. Gastralgie, pyrosis, sans éructations. Le sommeil est mauvais, troublé par des rêves ; l’intelligence nette ne paraît en rien troublée. La
sensibilité au tact est conservée, mais celle de la douleur est très diminuée sur les membres (analgésie). Il y a trois semaines, le soir, à la nuit, la lampe étant allumée, elle a eu des hallucinations de la vue et de l’ouïe. Debout dans la chambre, elle vit distinctement apparaître devant elle une forme de femme qui la menaçait du poing et qui, en paroles, lui faisait entrevoir la mort. Effrayée, elle appela au secours, mais la vision disparut. Plusieurs fois, ces hallucinations se sont reproduites sous des formes différentes, le jour, mais n’ont pas duré davantage.
Bon appétit, digestions régulières, mais de temps à autre, la nuit, il y a des accès de fièvre suivis d’herpès labial.
16 février. Petits vésicatoires morphinés Sur les côtés du cou qui diminuent la fréquence de la toux et la rendent moins rauque.
Les 17 et 18, nouveaux vésicatoires morphinés qui enlèvent la toux, mais la voix reste éteinte. Toujours môme analgésie.
l" mai. La toux a cessé et l’aphonie persiste. M. Germack, de passage à Paris, est venu dans mon service l’examiner au laryngoscope sans rien trouver d’anormal dans le larynx.
Le 19. L’enfant est dans le même état d’aphonie, fort bien portante d’ailleurs, sans nouvelles crises nerveuses et sans nouvelles hallucinations.
Comme je voulus la soumettre à des inhalations de chloroforme, le père s’y refusa et emmena l’enfant de l’hôpital en Bourgogne où elle resta longtemps dans le même état. (Communiquée par mon père.)
Observation XVIX.
Hallucinations diurnes de la vue par hystérie.
Del..., âgée de Hans 1/2, entrée le 13 septembre 1875, n” 47 de la salle Sainte-Catherine (M. Bouchut) — Observation recueillie par Henry de Boyer, interne de service.
Il y a trois jours, cette enfant fut prise par une perte de connaissance subite.
Elle était en train de coudre dans son ouvroir quand, tout à
coup, elle est tombée en avant en poussant un cri, fut prise d’une succession de mouvements toniques et cloniques, a récumé, s’est mordu la langue, est restée dans cet état un temps variable, a repris connaissance ensuite d’une façon graduelle, tout en restant aphasique pendant deux heures. A la suite de cette attaque épileptiforme, est resté un tremblement du bras droit qui persiste encore aujourd’hui.
Examen de la malade. — C’est une enfant assez développée pour son âge, présentant des seins avec les caractères de la puberté sans que celle-ci se soit déjà manifestée par les règles. Le visage est plein, réjoui, l'apparence générale est celle de la santé. Le bras droit, la jambe droite sont agités d’une façon incessante par un tremblement oscillatoire très bref-, quelquefois cet accident se généralise et occupe le côté gauche. Il n’y a pas de paralysies localisées, du côté du tremblement existe une certaine faiblesse et les mouvements paraissent plus lents à se produire, la face ne paraît pas altérée par du strabisme, pas de diplopie, aucune déviation des traits, l’enfant n’accuse d’autres troubles sensuels que les hallucinations de la vue.
Dans le cours d’une migraine ou après les accès de névralgie, elle voit dans une image devant les yeux des personnages dont elle ignore le nom^qu’elle n’a jamais vu avant et qu’elle ne saurait reconnaître distinctement. Ce sont généralement des hommes du peuple à visages plus ou moins effrayants. Ils la menacent, elle sent ou croit comprendre qu’ils veulent lui faire du mal, mais elle ne les entend pas parler, et tandis qu’elle nous donne de grands détails sur la façon dont ces hommes l’effrayent, elle ne peut nous dire ce qu’ils disent entre eux ni ce dont ils la menacent, car elle ne les entend jamais lui parler, môme à l’oreille.
Les visions se font en plein jour, et durant leur apparition elle se sent comme isolée du monde entier, absorbée par leur contemplation. Elles surviennent tout à coup au milieu de ses douleurs de tête et c’est tout à coup que son hallucination est nette. L’hallucination cesse petit à petit, mais cependant elle ne voit pas les personnages se perdre dans un
brouillard, üs sont un peu moins nets, puis cessent d’être perceptibles.
Jamais elle n’a vu d’animaux et n’a jamais vu d’hommes offrant quelques particularités anormales.
Les visions tiennent du rêve plutôt que du cauchemar ; consultée avec soins sur ses habitudes religieuses et sur ses hallucinations, il ne paraît pas que ses pensées soient portées d’une façon exagérée vers le mysticisme, ni que ses hallucinations s’en ressentent.
Jamais il n’y a eu de perte de connaissance après ces troubles sensoriels.
Quand l’hallucination cesse il reste une lourdeur de tête, une lenteur d’esprit dont l’enfant s’est déjà aperçu.
Pas d’hallucinationsderouïe,de l’odorat, du toucher, du goût.
Depuis son entrée à l’hôpital, l’enfant n’a pas eu de nouveaux accidents, mais elle paraît un peu triste, se plaint de névralgies intercostales qui reviennent par accès, s’accompagnent de dysp • née, et dans quelques cas, d’une toux sèche, nerveuse, accidents qui siègent à gauche et ont été assez prononcés, un soir, pour nous faire craindre un début de maladie aiguë du poumon.
Deux jours après i’entrée à l’hôpital, le tremblement cessait tout à coup, il n’y a pas de nouvelles attaques convulsives, la pression de la région de l’ovaire est douloureuse, cause une gêne indéfinissable, mais ne s’accompagne pas de véritables accidents. Nous avons été impuissants à provoquer une attaque par ce moyen. (Communiquée par mon père.)
Observation XX.
Halluciaationa diurnes de la vue et de lasensibilité, par vertiges épileptiques.
Eugénie Penisson, 12 ans, venue des Batignolles, rue des Dames, 19, le 20 novembre 1876 ; malade depuis six mois, mal à la tête, étourdissements, et, depuis deux mois, des absences de quelques secondes, caractérisées par un regard égaré ou fixe, une chute de la tête sur le tronc, puis elle se relève, et quand elle revient, elle s’accroche en criant à sa belle-mère, et tout revient à l’état normal.
Parfois; après le vertige, elle crie, chasse un homme noir, par suite d’une hallucination qui dure quelques minutes et qui cesse.
Cette hallucination porte sur la sensibilité et sur la vue. A la ün de la crise, tout à coup, elle voit un homme tout noir, le visage noirci, qui, sans lui parler, s’empare d.’elle et la frappe sur la tête à coups de marteau. A ce moment, elle crie de frayeur et de douleur, s’accroche aux jupons de sa mère on appelant maman ! maman ! puis la vision disparaît, et tout est fini pour cette fois.
La sensibilité est intacte, et elle n’a que de la gastralgie, des selles régulières et pas d’autres troubles de santé.
Aucune altération du fond de l’œil à l’ophthalmoscope. (Communiquée par mon père.)
Observation XXL Halluciaations et terreurs nocturnes.
Brindonn, 5 ans. Entrée à l’hôpital Sainte-Eugénie, le 12 septembre 1863, pour une tumeur blanche du genou ; est prise tous les soirs de frayeurs excessives avec cris aigus, provoquées par l’apparition sur son lit d’une bête imaginaire qui l’effraie beaucoup. Tantôt ce sont des apparitions dont elle ne peut rendre compte, qui la font lever debout sur son lit et l’engagent à se sauver.
Cela dure 5 à 6 minutes et l’enfant se calme, se plaint de la tête et s’endort. Ces frayeurs et hallucinations se sont encore plusieurs fois montrées vers le soir, dans la demi-lumière, mais l’enfant est plusieurs jours sans rien éprouver. EUes ont cessé de se produire et cela sans laisser de traces. (Communiquée par mon père.)
Observation XXII.
Hallucinations diurnes. — Ophthalmoscopie. — Hyperhémie de la papille et des vaisseaux rétiniens.
De Roussy, âgé de 5 ans, vu avec le D' Laboulbène, le 20 janvier 1877, pour un état d’anémie et de dyspepsie durant depuis
quelques années. Cet état est accompagné de crises nerveuses singulières, venant à intervalles éloignés et n’ayant pas paru depuis trois mois.
L’enfant a une grosse tête qui mesure 54 centimètres de circonférence. Son intelligence ne laisse rien à désirer.
Tout à coup, en plein jour, il est effrayé, pousse des cris de terreur, semble ne pas connaître ceux qui l’entourent et se trouve dans un .autre monde. 11 n’a pas de convulsions, reste debout*ou sur les genoux de sa mère, mais là il montre devant lui des fantômes qui veulent lui faire mal ; il demande qu’on les chasse, et tout.disparaît en quelques instants.
Depuis trois ans il a eu dix-huit crises semblables, et ses yeux ne présentaient qu’une notable hyperhémie de la pupille et des vaisseaux.
Ces accidents ont disparu pour ne plus reparaître. (Communiquée par mon père.)
Observation XXIII.
Hallucinations nocturnes et illusions sensoriales par névrose ovarienne.
Mlle X...,âgée de 14 ans, formée depuis six mois, aussi grande et aussi forte qu’une femme de 20 ans, souffre beaucoup des régions ovariques au moment des époques menstruelles. Pas de crises nerveuses; pas d’anesthésie, mais agitation nerveuse, très grand agacement, irritabilité de caractère. Bon appétit, digestions régulières, palpitations fréquentes, rien d’anormal au cœur. Pas de névralgies, mauvais sommeil, et la nuit elle se lève effrayée, appelle ses parents qui viennent autour de son lit pour la rassurer.
Là, bien qu’elle cause de toute chose, elle voit devant elle un fantôme blanc immobile au pied du lit, qui lui annonce une mort procha,.xie. Mais ce fantôme ne fait aucun mouvement pour lui faire du mal. Elle le voit et elle l’entend pendant une ou deux heures, puis la vision s’évanouit. Gela s’est reproduit huit à dix nuits de suite.
D’autres fois, se sont des illusions sensoriales. Un chapeau, une robe, un vase, ou un objet quelconque de la chambre sont
pris pour un fantôme ou un être réel, et puis la fausse perception disparaît.
Arrivée de Saint-Quentin à Paris,en 1878,]e l’ai envoyée à la maison hydrothérapique d’Auteuil, pendant trois mois, mais ce traitement n’a rien produit de favorable. (Communiquée par mon père.)
Observation XXIV.
Hallucmatioas diurnes.
De X..., âgé de 10 ans, sujet de l’observateur de double conscience, a eu, pendant six mois, des hallucinations de l’ouïe, de la vue et du goût.
Il voyait des voleurs en plein jour.
Il voyait sajmère au ciel et l’entendait parler.
Il sentait, le goût de cadavre dans les aliments qu’on lui offrait, etc. (Gommuuiquée par mon père.)
Observation XXV.
Hallucination diurne.
ElisaP..., âgée de 4 ans, entnée le 13 juin 1881 au n° 38 de la salle Sainte-Catherine, pour un état indéterminé de maladie avec constipation, mais elle mange bien.
Un matin, à sept heures, en plein jour, elle se mit à pousser des cris. La religieuse accourt et la trouve terrifiée. Elle se plaint de voir devant elle un gros chien qui veut la mordre. Cette hallucination dura dix minutes, puis les cris cessèrent, et tout revint à l’état normal. L’hallucination ne revint pas, et l’enfant ne présentait d’ailleurs aucun trouble de raison.
Observation XXVI (Personnelle).
Hallucinations diurnes coïncidant avec une hémi-chorée.
Une fille de 11 ans vint voir mon père, à la consultation de l’hôpital,le 9 août 1882, avec sa mère, pour une hémichorée datant
de quinze jours, et sans la moindre atteinte antérieure de rhumatisme, elle n’avait rien au cœur.
11 y a quinze jours, pendant un bain de barège, elle eut tout à coup, pendant vingt minutes, des hallucinations visuelles caractérisées par la vue de petits enfants venant sur elle, criant ou menaçant, et par l’aspect d’une carriole remplie d’enfants de son âge, et qui versa sous ses yeux en lui causant grande frayeur. 11 n’y eut ni hallucination de l’ouïe ni de l’odorat.
Ces troubles fonctionnels cessèrent à la sortie du bain, et ne se renouvelèrent pas. L’enfant est fort intelligente et n’a donné aucun signe de dérangement de l’esprit.
Observation XXVII.
Hallucinations nocturnes arec hystéro-épilepsie.
Une fille de 14 ans, non formée, entrée le 22 septembre 1878, au n° 14, salle Sainte-Catherine, pour des crises épileptiformes fréquentes avec hémianesthésie. Elle voyait chaque nuit, étant bien éveillée, l’hallucination distincte de son père debout au pied de son lit, où il restait là immobile, tranquille, et disparaissait tout à coup ; quelquefois, si elle se levait pour aller au eabinet, il faisait quelques pas derrière elle et lui demandait ce qu’elle allait faire, puis la vision s’évanouissait. Cette enfant, restée cinq mois à l’hôpital, a été guérie par le bromure de potassium et le chlorure d’or à l’intérieur.
Elle était fort intelligente, et, en dehors de ses hallucinations, n’offrait aucun dérangement des facultés mentales. (Communiquée par mon père.)
Observation XXVIII.
Hallucinations nocturnes.
X..., garçon de 7 ans, amené de Versailles par sa mère, le 5 janvier 1883. Il est fort intelligent, mais il est faible, anémique, par suite d’une entérite catarrhale chronique. Il a souvent de l’œsophagisme sous forme de boule laryngée. Il est très peureux, très nerveux, n’a jamais eu de convulsions et n’a pas
d’anesthésie. Son sommeil est agité, et parfois il se lève la nuit. Deux fois il a vu, la nuit, pendant un quart d’heure, étant bien éveillé, une femme qui le regardait fixement et il la montra à sa mère en disant ; pourquoi me regardez-vous ? Il avait envie de la frapper, et le fantôme disparut. Cette hallucination revint deux fois. (Communiquée par mon père.)
Observation XXIX.
Hallucinations diurnes. — Toux nerveuse et hystérie.
X..., âgée de 11 ans, née à Languyon (Meurthe-et-Moselle), habituellement bien portante, a, depuis six mois, une toux nerveuse avec secousses convulsives des membres, trépignement des pieds, boule hystérique, sans perte de connaissance. Elle n’a pas de maladie de cœur ni du poumon, et, comme cela se prolonge, elle vient à Paris le 27 juillet 1881.
Je constate la toux nerveuse, et j’apprends que, assez souvent après les crises de toux et d’agitation, elle a des hallucinations en plein jour. Elle voit des hommes habillés, armés de bâtons, qui veulent lui faire du mal. Elle a ces ballucinations presque tous les jours. Sensibilité intacte ainsi que les organes des sens; intelligence parfaite. Excellent état général. (Communiquée par mon père.)
Observation XXX.
Hallucmations diurnes et terreurs nocturnes.
Le 13 novembre 1882, on m’amène un garçon de 3 ans, Emile S..., boulevard Malesherbes, 61, toujours bien portant, ayant grosse tête. Chaque jour, il a des accès 'de colère très violents pour la moindre contrariété. Depuis trois semaines, la nuit, il se réveille entièrement, très agité, et là, bien que la chambre soit éclairée, reconnaissant sa mère, il semble très effrayé, il montre sur le mur et sur son lit des bêtes auxquelles il s’adresse en leur disant : va-t-en! cela dure un quart d’heure, et il SC rendort. La première fois, la crise avait duré toute la nuit. -,
Une seule fois riiallucination a eu lieu le jour-, au matin, vers dix heures, avant déjeûner, mais elle n’a duré que quelques minutes. Intelligence parfaite.
L’Etat général est excellent, mais il, a eu'une mère morte phthisique. (Communiquée par mon père.)
Hallucinations suggestives.
Mais, à côté de ces faits cliniques tirés de la pathologie infantile ordinaire, il y a des faits nouveaux, qui, depuis les pratiques du magnétisme animal, de l’hypnotisme et de la suggestioû’hypnotique,attestent la facilité qu’il y a à provoquer des hallucinations passagères et très variées, dont il serait bien difficile d’établir la cause anatomique autrement que par une modalité d’action et d’imbibition variable des cellules cérébrales.
Mais, en attendant la démonstration de cette étiologie, ce genre d’hallucination peut bien figurer dans le groupe des hallucinations idiopathiques.
Chacun sait aujourd’hui que dans l’hypnotisation, une suggestion produit les hallucinations les plus variées.
J'ai vu dans le service de M. Debove des femmes dans ce cas. Chez l’une on changeait la personnalité, et elle se croyait un homme parlant comme tel des choses de l’amour qu’elle pourrait dire à une femme pour la séduire; puis on la changeait en chien dont elle simulait les allures, en chat dont elle imitait le miaulement, et si on lui disait: voilà un chien, elle sautait sur cet animal imaginaire, avec les mains recourbées en griffes et avec un sifflement buccal imitant bien celui du chat.
A l’autre on suggérait l’hallucination d’une mélodie agréable qu’elle éeoutait avec plaisir, ou d’un tapage infernal qui lui faisait se boucher les oreilles, ou bien l’hallucination de différentes odeurs, ou enfin, placée le long d’un mur, l’idée d’un coup, de pied dans le bas du dos, qui la faisait reculer d’un pas.
J’ai reproduit quelques-unes de ces expériences 4ans le service de mon maître, M. Proust, sur plusieurs des malades du service.
Ces hallucinations suggestives se produisent également chez les enfants, lorsqu’on peutleshynoptiser, les anesthésier et produire les phénomènes de transfert. C’est là un des plus curieux phénomènes du nervosisme et de l’hystérie. Mon père en a publié deux exemples.