OBSERVATION I
Félix Guyon. — (Comptes rendus des séances de la Société de Biologie de 1859)
La pièce a été recueillie sur un cadavre de l'Ecole pratique ; onna pas de renseignements sur la malade. L'âge approximatif devait être de 30 à 35 ans. Il y avait eu certainement des enfants. L’utérus est de volume normal 0,062 dans sa cavité, dont 23 pour le col. La muqueuse du corps est rougeitre, mais lisse, et d'épaisseur normale ; la femme ne parait pas être morte au moment de ses règles. La muqueuse du col est normale; elle offre un exemple très net de la déviation latérale, avec renflement inférieur des colonnes de vie. L’antérieure est à droite, la postérieure à gauche; leur emboitement parfait dans la partie supérieure du col, qui est par cela même fermé, ainsi que je l’ai décrit et donné comme disposition normale.
Les trompes sont libres d’adhérences et perméables, les veines des ligaments larges pleines de sang. L’ovaire droit est normal, porte des cicatrices nombreuses; l’on ne voit, sur sa coupe; que des traces d'anciens corps jaunes. L’ovaire gauche est surmonté d’une tumeur, dont le volume égale celui d’une noix ordinaire ; elle occupe le bord supérieur de l’organe et empiète sur sa face antérieure, qu’elle recouvre.
Cette tumeur est noir rougeûtre ; elle ne présente sur aucun point de sa surface des déchirures ou traces de déchirures. Elle contient un caullot demi-consistant, lie de vin, qui, incisé, semble parcouru par des trabécules fibrineuses; il s’'énuclée, du reste, avec la plus grande facilité.
Le caillot remplit complètement et exactement la poche kysteuse, dont les parois étalées mesurent 62 millimètres. D'une couleur ardoisée, elles présentent des teintes qui varient du gris au noir ; leur épaisseur atteint à peine un millimètre ; elles sont souples et lisses. On peut, d’ailleurs, les séparer en deux feuillets distincts, parfaitement isolables, un externe fibroséreux blanc, grisâtre ; un interne gris en dehors, noirâtre en dedans, c’est-à-dire sur celle de ses faces en contact immédiat avec les caillots.
Les deux feuillets sont reliés par un tissu lamineux lâche. L’ovaire présente des cicatrices très facilement appréciables sur sa face postérieure restée libre ; ainsi, sur cette face, on voit qu'il a conservé à peu près son volume, bien qu’il soit peu aplati d'avant en arrière. On y reconnaît une trace peu ancienne de corps jaune. Une adhérence très molle et filamenteuse part de l’extrémité antérieure de cette face et va se fixer au ligament large correspondant.
M. Robin, à qui j'ai fait voir la pièce, a bien voulu en faire l'examen microscopique, dont voici les résultats :
La trame de la paroi est formée de tissu cellulaire lâche, dont les fibres sont disposées en nappe plutôt qu’en faisceaux et faciles à séparer les unes des autres; ça et là, se voit un peu de matière amorphe interposée. Ce qui' frappe surtout, ce sont des traîinées de couches et des amas de grains d’hématoxine interposés aux fibres ; les grains sont d’un petit volume, larges d'environ 1 à 0,006 de millimètre; presque tous sont polyédriques, à angles arrondis, qu’ils soient disposés en séries, en amas ou en couches, ils sont partout contigus; ils rendent à peu près complètement opaques les portions du tissu où ils se trouvent; ils sont d’un rouge brun foncé, l’acide sulfurique du commerce les fait devenir immédiatement jaunâtres, et en peu
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de temps, les dissout d’une manière complète. On aperçoit alors quelques gouttes graisseuses très petites dans la masse arisâtre gélatiniforme, en laquelle l'acide a transformé le tissu. :
Dans le caillot, mêmes altérations de globules que celles décrites par M. Robin en 1856; les trainées grisâtres, circonscrivant des aréoles, étaient formées presque exclusivement de fibrine ayant encore conservé son aspect fibrillaire et se disposant facilement par la dilacération en filaments flexueux, incolores, présentant encore les filaments de la fibrine, coagulés depuis peu de temps. Cette pièce fournit évidemment un bel exemple de l’affection décrite en 1856 par M. Ch. Robin, sous le nom d’hémorragie des vésicules ovariennes. Nous y trouvons, en effet, tous les caractères donnés par M. Robin (v. Mémoires et comptes rendus de la Société de Biologie, année 1856, tome III de Ja 2° série, p. 139 et suivantes). Nous insisterons surtout ici sur le volume du caillot qui, dans les cas observés par M. Robin, était notablement inférieur à celui-ci, et sur l’absence de déchirure de l’ovaire. M. Robin a eu surtout occasion d’étudier ces cas pathologiques chez des femmes mortes de fièvre thyphoïde, d’affections éruptives, de pneumonie, de cirrhose; nous regrettons d'autant plus que l’état du sujet ne nous ait pas permis de remonter à la cause de la mort.