‹ Des Hémorragies du LarynxChapitre 24 sur 29 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

Hémorrhagie secondaire d’origine traumatique (Türck, 1866).

Un individu de 36 ans portait une plaie transversale de 6 centimètres d’étendue environ, entre l'os hyoïde et le cartilage thyroïde. La plaie fut tamponnée, recouverte d'un emplâtre agglutinatif ; la tête fut inclinée en avant. Le cinquième jour apparut tout à coup une laryngo-sténose ; le malade mourut le jour même. L'autopsie montra que la section du cartilage thyroïde allait jusqu’à la membrane hyothyroïdienne. Il y avait une quantité notable de sang dans les replis aryténo épiglottiques et tout autour un œdème considérable rétrécissant l’orifice du larynx (Borbillier). Lester fait lui-même remarquer que l'ædème élait bien la suite du traumatisme et que l’hémorrhagie s’est produite dans son voi-

sinage-

Le SCO PSE

OBsERVATION VI |

Hémorrhagie consécutive à un traumatisme chirurgical (Ferreri, Lo sperimentale, décembre 1888).

Homme de 50 ans, atteint depuis sept ans dé troubles vocaux : léger affaiblissement de la voix, qui, depuis quelque temps vers le soir devient de l’aphonie complète. Des accès dyspnéïques, de plus en plus fréquents, l’amènent à consulter, intégrité des organes thoraciques. A l'examen laryngoscopique on constate que la corde vocale gauche est soulevée par un corps sous-jacent : pendant une forte inspiration, on voit se présenter dans la glotte une tumeur rose du volume d'une noisette. Cette tumeur absolument lisse, sans érosions, molle au contact de la sonde et nullement saignante, a une large base d'implantation occupant les deux tiers antérieurs de la longueur de la corde vocale malade. |

A l’aide de la pince de Fauvel, Ferreri enlève la plus grande partie du néoplasme, A l’examen post-opératoire, on constate qu'il ne reste de la tumeur que son large pédicule ; aucune autre portion du larynx n’a été touchée. Le malade parle même mieux qu'avant.

Dans la nuit suivante, le malade est pris de formidables crache : ments de sang. Le laryngoscope montre que l’hémorrhagie se fait au niveau du pédicule de la tumeur enlevée.

Malgré un tamponnement du larynx et une trachéotomie faite le plus bas possible, la mort a lieu au bout de quarante-huit heu res, avec des phénomènes de pneumonie infectieuse.

OBsERVATION VII

Contusion spontanée des cordes vocales inférieures (Poyet).

Me B..., artiste de l'Opéra, vient me trouver en 1890 pour un enrouement qui s’est déclaré subitement la veille au cours d’une répétition. Enrouée la veille, la malade est complètement aphone au moment où je la vois.

Avant de procéder à l'examen du larynx, je tiens à me renseigner sur les faits qui se sont passés et qui peuvent me fournir une indication au point de vue du diagnostic.

Voici ce que raconte la malade.

La veille elle se rend à la répétition parfaitement bien portante, n'ayant aucun malaise, avec la voix bonne, ce qu’elle a pu constater en faisant chez elle, avant de partir, quelques exercices vocaux. Il est à noter, je le répète à dessein, qu'elle était bien portante, ne toussait pas, que sa santé ordinaire est bonne et que jamais elle n’a eu d'enrouement sérieux. Au cours de la répétition , répétant un trio avec deux autres artistes doués d'une voix puissante, elle voulut se maintenir au diapason des deux autres artistes, subitement elle ressentit au larynx, à droite, précisément au niveau de l'angle du cartilage thyroïde, une sensation de déchirure qu'elle compare à un coup de stylet. Sa voix craqua (permettez-moi de me servir de cette expression professionnelle), et il lui fut impossible de continuer sa répétition. Depuis ce moment, la sensation douloureuse initiale s’est transformée en douleur sourde, douleur de contusion, et toute la moitié droite du cou est sensible, Il n’y a d'ailleurs pas de toux, mais un besoin

incessant d’hemmer que la malade attribue à une mucosité qu’elle ne peut expulser.

OU

A l'examen laryngoscopique, je trouve toute la corde vocale inférieure droite d'un rouge ecchymotique et légèrement tuméfiée, et cela dans toute sa longueur. Le reste du larynx est absolument sain. Les mouvements aryténoïdiens sont normaux et le vapprochement des cordes se fait complètement. Les deux cordes inférieures rapprochées par la phonation; le plan de la corde droite semble dépasser le plan de sa congénère de gauche. En d’autres termes, la corde droite semble être tuméfiée, et cela aux dépens de la muqueuse qui paraît être soulevée en totalité. Leg symptômes fonctionnels portent tous sur la phonation. Rien du côté de la respifation ; pas de toux, simplement une aphonie telle que la malade ne peut se servir que de la voix chuchotée. Chaque fois qu'elle fait un effort pour élever la voix, une sensation vive de douleur cuisante la rappelle à la réalité.

En présence de l'examen ct de la narration des faits, je conlus à une extravasation laryngienne analogue à celles que Jon rencontre sous la peau à la suite d’un coup de fouet ou d'une entorse.

Les suites de cet accident furent fort simples. Je me contentai de prescrire à la malade un repos absolu de l'organe vocal et des inhalations émollientes. La voix revient progressivement et petit à petit. Je pus en quelque sorte suivre jour par jour la résorption qui commença à se faire par la partie postérieure de la corde. |

Cette résorption faite, et cela en l'espace de dix jours, il resta pendant un même laps de temps une légère rougeur de la corde qui n’empêcha pas l'artiste de reprendre son travail de répétitions.

Cinq mois après, le même accident se produisit identiquement dans les mêmes circonstances et évolua absolument de la même façon.

Je prescrivis, une fois la malade guérie, des pulvérisations

Danet 9

astringentes au tannin, de l’arsenic à l’térieur, et je fis pendant quelque tem; s des attouchements des cordes vocales inférieures avec une solution de chlorure de zinc au 1/60. Depuis ce

temps, pareil accident ne s’est plus reproduit.

OBsEervATION VIII

D'une forme non encore observée d’hémorrhagie laryngée sousmuqueuse par Julius Sommerbrodt, Berlin, Klin. Wochens, n. 13, avril 1878.

Une jeune fille de 20 ans vient trouver l’auteur en lui déclarant que deux heures auparavant elle a avalé en déjeunant quelque chose qui lui est resté dans la gorge ; depuis ce moment elle éprouve en un point du larynx une sensation très gênante de vicotements et de compression.

Le laryngoscope révèle la présence sur le milieu de la paroi postérieure du larynx d’un corps arrondi, noirâtre, offrant les dimensions d’un noyau de cerise. Tout le reste du larynx est absolument normal. À première vue, on pourrait prendfe ce corps pour une balle de plomb, mais le stylet en fait constater la mollesse : Ilest adhérent au niveau de la région inter-aryténoidienne postérieure et remonte jusque près du bord supérieur de la paroi laryngée postérieure, d'ailleurs le contact de l'instrument : e détermine ni douleur ni hémorrhagie.

L'incision donne issue à du sang noirâtre et fait cesser tous les symptômes morbides.

Dore

OBserRvaTION IX

Hémorrhagies au cours d'une laryngite aiguë (Mulhall), Chicago medical Journal and examiner. Août 1882.

L'auteur rapporte le cas d’une femme de 45 ans qui souffrait d'une toux violente survenant par accès et accompagnée d’hémoptysie. Le sang expectoré était d’un rouge vif, mélangé de quelques rares croûtes noirâtres. Rien d’anormal dans la poitrine ni dans les fosses nasales. La muqueuse de la bouche et de la partie supérieure du pharynx était pâle et luisante. Les symptômes les plus importants étaient révélés par le laryngoscope. Toute la muqueuse du larynx et de la trachée était uniformément congestionnée, d’une couleur rouge foncé et couverte par places de petites croûles brunes. Les cordes vocales étaient très hypertrophiées, leur bord libre considérablement épaissi et légèrement irrégulier. Mais c’est l’état des cordes supérieures qui constitue le trait caractéristique de ce cas.

Elles étaient presque livides, très épaissies, débordant sur les cordes inférieures et obstruant les ventricules du larynx. Elles étaient couvertes en partie de sang coagulé. Avec un bon éclairage, on apercevait facilement les vaisseaux superficiels de la muqueuse, qui formaient des lignes flexueuses et convergeaient vers deux points saignants situés symétriquement sur les faces latérales des cordes supérieures.

Diagnostic. — Laryngotrachéite aiguë et hémorrhagie au niveau des cordes vocales supérieures, par suite de la rupture de quelques petits vaisseaux.

Traitement. — Cautérisation au nitrate d'argent des points

saignants. Laxatifs légers, inhalations benzoïques, applications

AG

de morceaux de glace et d'eau froide sur le cou. La malade fut promptement améliorée et au bout de quinze jours environ elle recouvra sa voix normale. La muqueuse du larynx reprit son

aspect naturel.

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