‹ Des hémorrhagies intra-rachidiennesChapitre 10 sur 30 · EXPÉRIENCES · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCES

Pour apporter à ce travail quelques matériaux nouveaux, nous avons cherché, avec le concours éclairé de M. Carville, à produire sur les animaux des hémorrhagies méningées. Nous savions bien que le temps nous manquait pour faire l’étude des modifications que subirait le sang épanché dans les différents espaces rachidiens ; et pour résoudre la question de savoir s’il existe des différences en rapport avec le siège, dans la manière dont les épanchements se comportent..

Nous espérions cependant obtenir un résultat intéressant, au moins au point de vue de la symptomatologie, et nous avons été assez heureux pour réussir, dans un cas, à provoquer diverses particularités qui méritent d’être rapportées.

L’expérience suivante montrera, en outre, la voie qu’il convient de suivre dans les recherches de ce genre, études que nous espérons pouvoir continuer.

EXP. I. — Faite avec M. Carville (t).

Le 30 mars 1872, à une heure trente minutes, sur un chien vigoureux et éthérisé, on met à nu l’espace occipito-atloïdien par la section des muscles de la nuque, sans toucher aux méninges. Au moyen d’une aiguille dirigée obliquement de dedans en dehors on fait une piqûre dans l’angle droit de cet espace. On suit la paroi osseuse pour éviter de léser la moelle et afin d’ouvrir un des sinus

(1) Expérience faite à l’Ecole pratique dans le laboratoire de M.Vulpian.

veineux latéraux. On observe après cotte opération (les mouvements brusques et violents de latéralité do la tête.

A une heure quarante-cinq minutes, paralysie et demi-contracture des membres postérieurs ; la patte droite antérieure ne peut s’étendre. Le chien marche sur le dos du pied. II tombe à droite.

A doux heures, l’affaiblissement du côté droit est moins prononcé.

A deux heures deux minutes, l’animal marche à peu près normalement.

Le 31 mars, aifaiblissement des membres postérieurs et surtout du droit ; l'animal est très-alfaibli , mais il peut faire quelques pas lorsqu’on l’excite, il retombe aussitôt et presque toujours adroite.

Le 2 avril, à trois heures du soir. rf. R. 39°, 6.

T. des pattes postérieures, droite 33° ; gauche 27,4.

T. des pattes antérieures, droite 26°, 4 ; gauche 22®.

L’animal marche et peut même courir, mais en faiblissant du côté droit.

Le 3 avril, même état. L’animal est empoisonné par le curare.

Autopsie le 4 avril. On trouve des ecchymoses disséminées avec delà sérosité sanguinolente dans le tissu cellulaire qui double la surface externe de la dure-mère, dans la région cervicale. La duremère est rouge, imbibée et un peu congestionnée. L’espace intraarachnoïdien contient une petite quantité de sérosité teinte de sang. La moelle offre une teinte jaune due à une imbibition sanguine de la pie-mère. Au niveau de la quatrième vertèbre cervicale, on voit deux ecchymoses noirâtres, qui siègent dans la pie-mère au niveau du faisceau antéro-latéral droit.

Le long de la face postérieure de la moelle on aperçoit, à travers la dure-mère, une teinte rouge, qui est due à une petite quantité séro-sanguinolente de sang, occupant la partie supérieure de la région dorsale, par places disséminées. En enlevant la moelle, on constate que le sang s’est répandu dans tout le canal rachidien et s’y est accumulé, excepté dans les points où la dure-mère est en rapport avec le ligament vertébral commun postérieur. On trouve trois petits caillots noirâtres, très-probablement dans les veines du plexus intra-rachiden, au niveau du point piqué ; l’un à gauche, deux à droite. En enlevant complètement la moelle avec le bulbe et la protubérance, on voit à la surface antérieure du bulbe et jusqu’à la partie supérieure de la protubérance, un léger épanchement de sang avec de petits caillotsqui occupentl’espacesous-arachnoïdien; quelques autres s’enlèvent facilement sans les méninges et paraissent situés à la surface de l’arachnoïde.

Au niveau du point où l’instrument a pénétré dans la dure-mère, on constate au-dessous de cette membrane un petit caillot qui n’est nullement adhérent.

On le voit, dans cette expérience, la déchirure de la dure-mère au niveau d’une veine intra-rachidienne, a causé à la fois les trois variétés anatomiques des hémorrhagies méningées, particularité qu’on retrouve dans plusieurs des faits rapportés.

Le sang, encore récemment extravasé, offrait les apparences qu’on lui connaît dans les hémorrhagies méningées récentes. Le petit caillot rouge qui s’étalait au niveau du point fissuré de la dure-mère n’était nullement adhérent encore ; mais ici nous ne voulons rien conclure relativement à la question si débattue du sort que subit le sang épanché dans les séreuses.

Des expériences de M. Yulpian (encore inédites) prouvent qu’il peut disparaître au bout de huit à neuf jours, en ne laissant que des traces de pigment récent (1). Toutefois, nous ne pouvons pas nous empêcher, à ce propos, de faire remarquer que ces faits expérimentaux viennent à l’appui de la manière dont nous avons compris l’importance de la pachyméningite, tant externe qu’interne.

L’expérience précédente est encore un bel exemple d’hémorrhagie méningée crânienne consécutive à l’hématorachis, et elle établit une fois de plus les rapports étroits, si bien connus déjà par Morgagni, entre les diverses hémorrhagies des méninges cérébro-spinales.

Enfin elle reproduit les deux symptômes les plus vulgaires de ces hémorrhagies : la parésie et la contracture.

Dans une seconde expérience, nous avons bien obtenu une hémorrhagie extra-méningée ; mais il y a eu

(1) Ces expériences ont eu pour objet la cavité pleurale et surtout la ca vite péritonéale chez le chien.

probablement une légère contusion de la moelle, et plus tard de la méningo-myélite.

Néanmoins, nous la rapportons également. On verra, du reste, qu’elle n’est pas plus complexe que certaines observations cliniques, et qu’elle renferme des particularités qui ne peuvent se rapporter cju’à l’hématorachis.

EXP. II. — Faite avec M. Carville (1).

Le 30 mars 1872, à deux heures vingt minutes, on met à nu sur un chien la dure-mère en enlevant l’arc postérieur d:une vertèbre dorsale (cinquième ?)

A deux heures trente-cinq minutes, T. R. 39°.

T. des pattes postérieures : gauche 17“ ; droite 13° ;

T. des pattes antérieures : gauche 21o,6 ; droite 21°, 6.

A deux heures cinquante minutes, injection entre la dure-mère et la face interne des arcs postérieurs des vertèbres inférieures, de vingt centimètres cubes environ de sang artériel pris dans l’artère crurale d’un autre chien. Immédiatement après, on constate une paralysie du train postérieur. Le pincement des orteils provoque des mouvements réflexes dans le membre excité . Le pincement de la queue provoque également des mouvements réflexes dans la queue. Des mouvements réflexes se produisent encore dans la queue, lorsque l’on introduit le thermomètre dans le rectum. — Un peu d’exagération de l’excitabilité réflexe dans la partie antérieure du thorax.

A trois heures T. R. 380, fi.

T. des pattes postérieures, gauche 31°, 2 ; droite 28°, 4.

T. des pattes antérieures, gauche 26° ; droite 28°.

A quatre heures qparante-cinq minutes, le chien a changé de place spontanément. Il marche très-difficilement, en traînant les membres postérieurs ; cependant il peut se tenir quelques instants sur les quatre pattes.

Le 31 mars, l’animal est très- affaibli, il ne peut pas se tenir sur les quatre pattes, mais il les remue encore un peu.

Le 1er avril, les membres postérieurs sont dans l’extension, sans qu’il y ait rigidité ; on peut les fléchir. Il y a persistance de l’action réflexe, soit par l’introduction du thermomètre dans le rectum, soit par le pincement d’un des membres postérieurs.

(1) Faite également à l’Ecole pratique dans le laboratoire de M. Vulpian.

T. des pattes postérieures, gauche 35°, 6 ; droite 18°.

T. des pattes antérieures, gauche 130, 8; droite 15°.

Le 2 avril. Môme état.

T. des pattes postérieures, gauche 37n, 2 ; droite 240,6.

T. des pattes antérieures, gauche 16° ; droite 16°, 3.

Le 3 avril. La paralysie du train postérieur persiste ; le membre postérieur droit est dans l’extension. Le membre postérieur gauche est plus chaud que le droit (à la main).

On empoisonne le chien avec le curare, à cinq heures quinze minutes.

Imédiatement après l’opération,

T. des pattes postérieures, gauche 33», 4 ; droite 30°.

Autopsie le 4 avril. Il y a une méningo- myélite suppurée au niveau de l’ouverture du rachis. On trouve des caillots noirâtres vermiculaires en dehors de la lamelle cellulo-graisseuse qui double la dure-mère en arrière, et jusqu’au niveau de la région lombaire. Ces caillots adhèrent légèrement au tissu cellulo-adipeux; on ne voit pas sur les minces lames qu’ils forment sur les bords, d’autres caractères que ceux du sang récemment coagulé. La moelle ne paraît pas contuse ; mais au niveau de la blessure la dure-mère adhère à sa surface et le tissu nerveux est fortement congestionné et un peu ramolli.

Pour enrichir cette partie expérimentale de notre travail, nous sommes heureux de pouvoir ajouter aux essais précédents les deux expériences suivantes, qui nous ont été communiquées avec empressement par M. Magnan.

Elles démontrent d’une manière saisissante l’influence des convulsions violentes sur les déterminations hémorrhagiques des méninges rachidiennes.

EXP. III. — (Faite à une leçon de clinique de Sainte-Anne.) — Injection

d’essence d’absinthe dans l’estomac d’un chien. — Attaques épileptiques. —

Mort. — Hyperémie des méninges avec infiltrations sanguines.

19 juin 1870, neuf heures quarante-cinq. Injection dans l’estomac d’un chien du poids de 14 kilogrammes, de 4 grammes d’essence d’absinthe.

Dix heures quinze minutes. Trois attaques successives d’épilepsie, séparées par des intervalles de repos de deux à trois minutes.

Dix heures quarante-cinq minutes. Convulsions cloniques presque continuelles et, par moments, attaques épileptiques (convulsions toniques et cloniques). — Mort à onze heures.

Autopsie. Odeur d’absinthe en ouvrant le crâne.

Injection des méninges cérébrales avec infiltration sanguine de la pie-mère en plusieurs points ; à la partie postérieure de l’hémisphère gauche, une de ces ecchymoses a l’étendue d’une pièce de 2 francs.

Les veines avoisinant les sinus sont noires et très-injectées.

Les méninges, au niveau de la protubérance et du bulbe, offrent également une vive injection ; la pie-mère est infiltrée de sang et présente de petits caillots minces à sa surface ; plus bas, les enveloppes de la moelle sont moins colorées et n’offrent point de transsudations sanguines.

— Chez les animaux morts à la suite de l’ivresse alcoolique, les méninges cérébro-spinales sont injectées; on voit fréquemment des suggillations, de petites infiltrations sanguines dans l’épaisseur de la pie-mère, quelquefois même un peu de sang étalé en nappe à la surface de l’arachnoïde. Ces hémorrhagies méningées m’ont paru plus fréquentes chez l’homme que chez les animaux. Le cerveau et la moelle sont généralement injectés ; la substance grise, soit de la couche corticale, soit des centres, prend une coloration rosée plus ou moins foncée, et, dans quelques circonstances, une teinte chair de jambon assez remarquable (1).

EXP. IV. — (Magnan) Injection veineuse d’essence d’absinthe chez un

chien, préalablement plongé dans l'ivresse alcoolique. — Attaques épileptiques. — Hémorrhagies méningées.

Le 18 avril 1869, dix heures trente minutes, injection de 70 grammes d’alcool (trois-six) étendu d’une égale quantité d’eau dans l’estomac d’un chien du poids de 18 kilogrammes.

Onze heures. Sommeil comateux ; résolution des membres ; anesthésie. — Injection par la veine fémorale droite de 24 centigrammes d’essence d’absinthe : au bout de deux minutes, attaques d’épilepsie suivies de repos.

Onze heures dix minutes. Injection nouvelle de 8 centigrammes d’essence ; l’animal présente un peu de roideur, mais sans convulsions cloniques.

Onze heures dix-sept minutes. Injection nouvelle de 5 cenligrammes d’essence d’absinthe; une minute après, deuxième attaque d’épilepsie suivie de repos. Broncho-pneumonie. — Mort à quatre heures.

Dans cette expérience, faite pendant une leçon clinique à Sainte-

(1) Magnan. Elude expérimentale et clinique sur l’alcoolisme, 1867, p. 11.

Anne , l’animal a présenté deux attaques d’épilepsie seulement, malgré la dose assez élevée d’essence d’absinthe, à cause de 1 ivresse alcoolique préalable.

Autopsie. A l'ouverture du crâne, odeur d’absinthe. Légère injection des méninges cérébrales, un peu plus marquée à la base, vers le chiasma. Le cerveau coupé par tranches est faiblement injecté. Au niveau du bulbe et de la portion supérieure de la moelle cervicale, dans l’étendue de .H centimètres, on trouve, en avant, une nappe mince de sang qui reste appliquée sur le feuillet pariétal de l’arachnoïde. La pie-mère est fortement injectée à ce niveau ; les coupes de la protubérance, du bulbe et de la moelle, ne montrent

de foyers en aucun point.

Chez d’autres chiens et des chats, auxquels on a injecté de l’essence d’absinthe dans les veines, sans ivresse alcoolique, M. Magnan a trouvé presque constamment une prédominance marquée de l’hyperémie au niveau de la région bulbo-cervicalo avec quelquefois transsu dation sanguine dans l’épaisseur de la pie-mère et à sa surface.

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