‹ Des hémorrhagies intrarachidiennes thèse présentée au concours pour l'agrégation section de médecine et de médecine légale, et soutenue à la Faculté de médecine de Paris le 26 avril 1872Chapitre 14 sur 26 · Xmpoisuunements (t · texte numérisé non relu

Xmpoisuunements (t

Cas ilive» 9m «•■tylexes (it).

0B8. LVni. — Cai0valier(MeJ. chir. Transad., t. XIV, p. 103;. — Hémorrhagie iotra^aradi. avec méningite (Résumée).

Homme adulte.

Cmue, Action de lever Un sac lourd.

D^t, Brusque.

Symptômes. Pnrapl(^gie.

Durée. Quinze jours.

Lésions anat. Siège. Sang extravasé dans le canal rachidien, môlé à de la matière sanieuse. Membranes rachidiennes enflammées. Nerfs de la queue de cheval putréflés, plus'ramoUis <iue s*il8 avaient été macérés dans Teau pendant plusieurs semaines.

OBS. LIX. — Bergamaschi. {SuUa mielitide steniea e sul tetam. Pain, 1820.— Oiliv. d*A]igers, lac. cit., t. II, p. 126). — Hémorrhagie iutraaracbnoldienne avec méningite. — (Résumée.)

Homme de î>0 ans.

Cause. Traumatisme.

Début. Subit. Chute sur les fesses.

Syn^tâmet. Paraplégie incomplète. Douleur aiguè au niveau des deux dernières vertèbres dorsales. Élancements aigus. Contracture

permanente des muscles des membres inférieurs. Urine bien. Puis délire furieux, insomnie continuelle. Au troisième jour, urine involontairement. Au quatrième jour, abattement géni'-ral. Décoloration de la face. Contraction dans la lèvre supérieure et les paupières. Contractions doniques dans les membres supérieurs et dans le cou. Déviation de la bouche. Respiration stertoreuse. Bave écumeuse.

Durée. Ouatrc jours.

Lésions anat. Siège. Ëpanchement de sang dans les ventricules cérébraux. Toute la cavité des méninges rachidiennes jusqu'au sacrum est remplie d*une grande quantité de sang noir mêlé à de la sérosité. Méninges enflammées.

OBS. LX. — W. Stroud {Bright's Med. Reports, t. II, p. 339, 182(i).— Hémorrhagie aout-arachnoTdienne avec méningite. — (Abrégée.)

Homme de 48 ans. Antécédents rlmmatimau.x. Début dans la nuit du avril i8i6. Légère attaque de paralysie avec quelques

(1 ) Voir les observations dans le texte.

(2) Nous plaçons id tontes les observations dans leequ^es la létion est complexe ou qui nous paraissent, par llnoertitudedn diagnostic^ lentrerdiffloilement dans les cadres précédents.

— it9 —

troubles de l'intelligénce et de la parole. La paralysie qui n'avait été d'abord que de l'hémiplégie, prit le caractère de la parapl^e et continua jusqu'à sa mort, qui arriva environ un an après,

le 16 avril 18^27.

Pendant cet intervalle, il eut plusieurs attaques. Elles furent accompagnées de symptômes suivants : douleurs à la tète, dans le dos, dans les membres; lièvre, désordre dans les évacuations alvines.

Pendant les deux derniers mois de sa vie, la paralysie augmenta rapidement, et, en dernier lieu, elle atteignit le tronc.

L'emploi du cathétérismo devint alors nécessaire.

lisions anatomiques. Cerveau sain. Les enveloppes de la moelle présentent des traces évidentes d'inflammation, bien que la substance propre de la moelle n'offre elle-même aucune altération visible. Entre les membranes, existe uce quantité considérable de liquide séreux d'une légère colnration rouge. Au niveau des vertèbres dorsales supérieures et du côté gauche, on trouve un foyer apoplectique contenant les restes rouges et fragmentés d un coagulum de sang, ayant un peu plus d'un pouce de longueur dans la direction de l'axe vertébral, et environ la moitié d'un pouce de largeur. Un peu plus bas, dans le canal spinal, une ecchymose laige et fortement prononcée ocn:pait le ligament interne, comme s'il y avait eu commencement d'un autre épanchement semblable. Lie loyer sanguin paraissait avoir été entièrement formé hors de la moelle et la comprimait. La moelle, autant qu'on pouvait le voir, n'était ni détruite ni enflammée.

Le foyer sanguin paraissait placé sous la pie-mère et enfermé dans une fausse membrane.

Il est regrettable que cette observation intéressante soit incomplète ; car elle tendrait à prouver l'existence d'une sorte d'aiiachiioïdite hémorrhagique. Nous n'avons trouvé aucun autre fait analogue.

OBS. LXI. Moliaon (Dans Abercrombie, Tr. des tml, du eermau, p.586, 2« édit., 183B). — Rupture d'un sao anévrysroal. Hémorrhagie eztra-méaiagée et aonasmolinoldiraae. — (/» extemo»)

Homme de 37 ans.

En février 18S7, cet homme se plaignit de douleurs dans lè dos

et sur les deux côtés du thorax avec dyspnée, à roccasion do tout exercice fatigant. Au milieu de mai, la douleur de dos devient plus intense, et il se produisit de la dysphagie : après une course de trois milles, chargé d'un fardeau, il prend un bain de mer : étourdissement, chute spontanée, hémorrhagie abondante par le nez et Hayem. 9

la bouche, vomlBsemeniB de eang. II survint ensuite un état de demii'perte de connaissance, avec attaques convulsivcs; dans ces attaques, les youx devenaient fixes, il y avait des tremblements dans les jambes, tandis que les bras sonibluient {paralysés. Le lendemain, le docteur Molison constate des vomissements de sang qui se coagulait immédiatemeat, une létiiargie qui disparaissait par moments; alors les facultés iptelleotuelles était régulières, et il se plaignait de douleurs dans la tôte, le thorax et les intestins : mouvements continuels dans la tôte et les jambes, paralysie des membres supérieurs : le pouls est fréquent et petit, les urines sont rendues involontairement.

La mort survint deux Jours après, sans que le malade eût présenté d'autres symptémes.

Au^sie. L'estomac était rempli de sang coagulé. Dans Taorte descendante, au niveau des quatrième et cinquième vertèbres dorsales, on trouve un anévrysme du volume d'une orange, ouvert dans l'œsophage par une large issue. Le corps des troisièmCi quatrième et cinquième vert^res dorsales était largement carié. La substance osseuse était détruite à la profondeur d'un quart de pouce. On trouve, à rouverturc du canal spinal, une matière albumineuso panguinolentc entre l'es et la dure-mère rarhidionne. Entre la durc-mère et la pie-nièro spinale se trouvait une quantité considérable de matière sanguinolente sanieuse, tenace, qui tapissait la surfeee de la pie-mère, depuis la deuxième et la troisième vert^res dorsales jusqu'à la dernière. La substance de la moelle était elle-même, depuis la troisième jusqu'à la dernière vertèbre dorsale, d'une couleur jaunâtre et dans un état de ramollissement étendu, spécialrMnent vers le contre de l'espace indiqué où le tissu médullaire était entièrement dilfluent. A l'enlèvement de la moelle spinale, on trouva la partie antérieure du canal rachidien« vue par derrière, dénudée en pliiurîeors places de la membrane qui la revêt et cariée. Cette altération était surtout remarquable vers les troisième, quatrième et cinquième vertèbres dorsales (1).

OBS. LXII. — Qlendliiiilng {Tranfoct* of the patk. Sœ» of. London, 1846, I, p. 3»). -r AloooUims. Apopleaie méoingée intra et ■ous'arschnoldienne. — (Abrégée))

Un homme intempérant, âgé de 43 ans, présentait à son admich sion : froideur de la peau, pouls faible, mais régulier, pupilles dilatées, prostration. Il était tombé en arrière dans un café et avait

perdu connaissance. Cet homme mourut trois jours après flon

entrée (pas d'autres rcnsoignemeuts cliniques). Autopsie. Arachnoïde cérébrale et pie-mère adhérentes sur les lobes

(1) On peut lapproolier cette obearvalùm de celle de LseoDec

antérieurs. La substance perforée antérieure était congestionnée; un peu de liquide (S onoes) dans les ventriculee.

La oavit6 de Tarachnoïde spinale était remplie par du sang fluide et foncé en arrière. Quelques coagula adhèrent à la moelle et à la

pie-mère, qui sont fortement colorées par l'épanchement.

Hypertrophie du cœur, du foie, des reins. Congestion hypostatique des poumons.

Réflexiani, L*auteur admet que le coma a été produit par la congestion cérébrale Burvenue immédiatement sous rinfluencêdea boissons. L'apoplexie spinale n'a été qu'une oomplioati<Hi des antres lésions viscérales.

OBS. LXIII. — Bonlland {Bull, de la 8oe. mutt., 1846, p. 35»). — Tn-

meur tuberculeuse du cervelet; méniugite cérébro-spinale.— Hématondlis et compressioa de la moelle épiaière. — (/» extenso,)

Pelletier, IS ans, atteint d'attaques épileptiques depuis trois ans, entre à Thospice des Enfants-U*rouvés le 15 juin 1846. Getenfant se

plaignait depuis longtemps d'une douleur très-vive, au niveau de la bosse occipitale inft'Tiouro du côté gauche; les moindres mouvementsexaspôraient cette douleur. Incontinence des matières fécales èt d*urine ; aucune paralysie, sensibilité normale.

Le 13 Juillet, diarrhée abondante, vives douleurs le long de la colonne vertébrale, qui lui arrachent des cris et le forcent à s'aliter; fonctions intellectuelles très-obtuses. A partir de ce moment, il ne demanda plus à manger, et il ne parlait môme, pas ; de temps en temps il poussait des gémissements et des cris très-aigus. Le 19 il entre dans le service de M. Baron et l'on constate : amaigrissement assez marqué; pouls 68; ventre souple et indolent; le malade est plonc^i^ dnns un état comateux. 11 nous dit qu'il attribue nos attaques épileptiqucs à une chute qu'il a faite du haut d'un mur, il y a trois ans. Contracture dans les muscles de la partie postérieure du cou, ce qui produit le renversement de la téte en arrière. Sensibilité cutanée exaltée et portée & un haut degré; céphalalgie Intense, dont le poinf le plus douloureux siège au côté gauche de l'occiput. Depuis deux septénaires, on a constaté Thypertrophie de la glande thyroïde.

SO juillet. — Un peu de mieux, il répond assez bien aux questions qu'on lui adresse; la sensibilité de la peau et du rachis, ainsi que la céphalalgie sont toujours très-intenses ; pouls peu fréquent.

Du 20 au !21, au matin même état; le soir vers les sept heures, il survient de la difflcultô dans les mouvements respiratoires: les sterno-cléido-mastoïdiens et les muscles sous-hyoïdiens se contractent avec force, la req>iration est diaphragmatique, le malade meurt le 3S à 8 heures du matin.

Autopsie. — Pas de roideur cadavérique, l'incision de la duremire donne lieu à rêconlementd'une grande quantité de sang contenu dans Iratissus. Le oerveleta contracté dans laifosse 'cérébellense defortes adhérences avec la dure-môro. Une tumeur grosse comme un œufde poule occupe presque tout le lobe gauche du cervelet, l'arachnoïde forme une espèce de kyste incomplet à la tumeur, dont le tissu a tous les caractères du tubercule non ramolli. Le lobe gauche du cervelet a dispara à peu prés complètement, et il ne reste plus que le pédoncule et le qpiart interne de ce lobe. La surface du cerveau et de la moelle pri'scntent des altérations propres à la méningite; les ventricules latéraux contiennent un liquide séreux, assez abondant. L'arachnoïde rachidienne n'est pas épaissie ; mais elle est soulevée par une grande quantité de sérosité dans laquelle on voit flotter de petites fausses membranes blanches, surtout à la partie inférieure de la moelle. Les vaisseaux de la pie-mère, distendus par beaucoup de sang, couvrent toute la face postérieure de la moelle, et se continuent jusque sur les nerfs qui forment la queue de cheval.

Entre la dure-mère et le canal osseux du rachis, Iss sinus veineux sont, comme ceux du cerveau, distendus par un sang noirâtre; la rupture de quelques-unes de ces veines a donné lieu à un épanchement, qui s'tHend depuis la quatrième vertèbro dorsale jusqu'à la dixième inclusivement. Le sang épanché forme une enveloppe assez épaisse autour des méninges spinales, mais la faible consistance de ce sang épanché annonçait qu'il avait dû se fhîre depuis peu.

Adhérences des plèvres des deux côtés; faible épanchement. Congestion des poumons, bronches remplies de liquide ppiimnux. Cavités droites du cœur distondues par du sang noir. La muqueuse de rintestin grêle oûre dans des étendues plus ou moins considérables des traces de phlegmasie.

OBS. LXIV. — Gregory et Castello (Lnndnn med. and surg. Journal, mars 1834, n" UO, et Schmidt's Jahib., 1834. t. VU, p. 170). — CommunicatioQB à (la Société médicale de Westminster. — Cm de paraplégie. Hèmonrliagie extra-raéoingée. <— (Résumée).

Un homme de 42 ans sentit en descendant un escalier une certaine oppression, bientôt suivie d'un sentiment de constriction dans la région lombaire, la nuit suivinte il perdit le mouvement des membres inférieurs et ne put vider sa vessie : Une saignée lui rendit, mais pour peu do temps, cette d.-'rnièrc faculté; depuis, on fut toujours forcé de le sonder. Bientôt la constriction fit place à des douleurs qui gagnèrent de vertèbre en verlèbre vers les régions supérieures. Des ventouses mises à la région tombaire» amenèrent une amélioration. La motilité revint en

Digij^ed by GoOglc

partie ; l'état génft»! s'améliora, mais la senaibilité resta perdue* On remarqua du pus dans les urines, et, comme le malade avait

jadis eu des douleurs lombaires, on attribua sa présence h une néphrite. Le malade mourut bientôt.

A l'autopsie on trouva l'encéphale sain; la moelle et ses enveloppas étaient injectées, et dans h région lombaire des caillots adhé» raient aux os entourés do quelque peu de sérum. On ne découvrit nulle part de ramollissement de la moelle, qui, à part son hyperémie paraissait saino.

(Les auteurs ne font pas mention de l'état des reins et de la vessie.)

Nous aurions pu placer cette observation parmi les

faits d'hématorachis dite primitive, à côté de celui de Jackson par exemple. Mais ici encore, l'observation n'est pas irréprochable. Ainsi, il existait peut-être de la méninge-myélite et comme l'examen histologique de la moelle n'a pas été fait, on peut penser que cet organe n'avait que les apparences de l'état normal.

DËUXIÈU£ PARTIE

Hémorrbagies de la moelle.

Les auteurs ont décrit, sous le nom d'hémorrhagie ou d'apoplexie sanguine de la moelle épinière, toutes les extravasations de sang qui peuvent se produire dans cet organe. Toutes les fois qu'à une autopsie, quelle qu'eût été la cause de la maladie ou même de l accidcnt, on voyait du sang dans le centre médulaire, on rangeait immédiatement le fait dans l'apoplexie ou l'hémorrhagie.

Que dirait-on, aujourd'hui que la pathologie cérébrale a fait des progrès considérables, si Ton réunissait sous le nom d'hémorrhagie encéphalique la contusion suite de traumatisme, le ramollissement rouge dans lequel l'extravasation du san^^ se produit dans le tissu nerveux comme dans tout infarctus, l'encéphalite dans ses formes subaiguës, où l'extravasation du sang est fréquente, et enfin l'hémorrhagie cérébrale proprement dite ?

Evidemment on protesterait contre de pareilles confusions, on inviterait celui qui les commettrait à tenir compte des travaux remarquables faits depuis le commencement de ce siècle, à se mettre, pour ainsi dire , au courant de la science ; à ne pas enfin embarrasser et obscurcir, comme à plaisir, un sujet que les

travaux de plusieurs générations successives ont, à grand'peine, commencé à élucider.

Et, cependant, ces erreurs qui représenteraient l'état antérieur de nos connaissances sur les maladies de l'encéphale , ont pour ainsi dire cours actuellement dans la science en ce qui touche les lésions de la moelle épinière. Les prétendus faits d'hémorrhagie de cet organe, ou d'hématomjélie, comprennent en effet des cas de contusion de la substance nerveuse ou de ruptures, déchirures, etc. (traumatisme), dto cas d'inflammation aiguë ou chronique avec extra^asation plus ou moins considérable de sang,, et, à côté de ces lésions étrangères à l'hémorrhagie proprement dite, on cherche sur quelle base on pourrait s'appuyer pour démontrer l'existence de l'hématomyélie primitive, qui correspondrait à l'hémorrhagie cérébrale.

On sent, dès les premiers pas que l'on essaye de faire sur ce terrain inculte, qu'il faudrait entreprendre pour la pathologie de la moelle le même travail de révision que celui qui a été fait pour la pathologie de l'encéphale; qu'il faudrait à l'aide de nouveaux faits étudiés d'une manière plus précise, donner une description nouvelle de la myélite, du ramollissement, de la contusion, de l'hémorrhagie, et dire dans les limites du possible : ceci est de l'hémorrhagie proprement dite, cela de l'inflammation avec extravasation sanguine.

Ce résultat sera obtenu un jour, et peut-être bientôt, grâce aux efforts qui se font de toutes parts depuis quelques années.

Quant à nous, sans pouvoir apporter des faits nonveaux et plus décisifs que ceux que la science possède, nous espérons rendre service en cherchant à apprécier ceux qui existent à leur juste valeur.

Indépendamment des 134 observations, dont 2 sont

inédites, que nous avons rassemblées pour ce travail, nous avons consulté avec fruit l'ouvrage d'Ollivier d'Angers dans lequel on trouve le premier article composé sur l'hématomyélie, la thèse de Levier (1) et les leçons cliniques de M. Charoot (2).

Dans le classement que nous allons entreprendre, nous commencerons par négliger les hémorrhagies d'origine traumatique dans lesquelles le traumatisme a été bien évidemment la cause de l'hémorrhagie spinale.

Dans un second ordre de faits, on trouve des cas bien évidents de myélite ou ramollissement de la moelle avec hémorrhagie plus ou moins abondante, lésion complexe que quelques auteurs ont désignée

sous le nom d'hématomyélite. Enfin, dans une quinzaine d'observations (Levier), l'hémorrhagie spinale serait primitive et constituerait l'hématomyélie proprement dite. Mais beaucoup de ces faits, qui datent d'une époque oii Ton connaissait peu les maladies de la moelle, peuvent être facilement reconnus comme complexes, et ne sont certainement pas des hémorrhagies simples.

D'autres sont plus difficiles à interpréter, et pourraient être plus volontiers acceptés comme de véritables cas d'hématomyélie. Mais le plus souvent l'examen histologique de la moelle fait défaut, et cette lacune considérable leur retire une grande valeur.

Il n'existe donc comme documents complets, pouvant servir à une appréciation précise des lésions, que

(1) Levier. Beitrag zur Patliologlo der RUckencnarks apoplexie (Bonn. 1864).

(2) Charoot. Legoot cliniques é» U SalpètriàM, 1870 (iDéditot).

quelques cas récents. Mieux et plus complètement observés, ils nous serviront dans l'interpréta tion des faits anciens.

EXPOSITION DES FAITS

Levier, dans sa thèse faite à Taide de 16 observations,

accepte comme exemples incontestables d'hémorrhagie de la moelle, les cas de Gaultier de Clauhry, Monod, Cruveilliier, Breschet^ Grisolle, Virchow^ Trier, Colin (n* 1), et enfin celui qui lui appartient en propre.

A côté d'eux il place ceux d'Oré, Lebeau, Duriau, Colin (n"2), en faisant remarquer, toutefois, qu'ils ont trait à de petits foyers d'hémorrhagie et ne sont pas irréprochables au point de vue de l'exactitude avec laquelle les symptômes sont décrics.

Le cas de Gaultier de Claubry est évidemment un exemple de ramollissement avec infiltration sanguine diffuse, et, malgré l'absence d'examen histologique, il est impossible de ne pas reconnaître dans la description les traits du ramollissement rouge inflammatoire (1).

On peut en dire autant des cas de Monod et de Grisolle qui ont été regardés par ces auteurs et par M. Ollivier d'Angers comme des exemples de ramollissement primitif avec hémorrhagie secondaire (2).

L'observation du professeur Cruveilhier est une des plus importantes, et tous les auteurs l'ont acceptée comme un bel exemple d'hématomjélie.

Cependant on peut remarquer qu'ici la substance grise, dans toute la longueur de la moelle, était oc-

(1) Voirobs. LXXI.

(2) V. ol». LXXII »t LXXSX,

cupée par du sang concret, et se demander s'il n'exii^ tait pas une myélite centrale, sous l'influence de laquelle l'hémorrhagie se serait produite. Telle est du moins l'interprétation que M. Charcot a présentée dans ses leçons, et la suite de cette étude montrera qu'elle a en sa faveur plus que des probabilités.

OBS. I#XV« - OravelUiier (Anai. paih,, 3*fiv., p1aiioli« m). — Htoit-

tomyélie.

Mansard, 35 ans, ôtadiant, de constitution grêle, habitué à une

grando sobrif^t6, ^'prouva subitement uno douleur vivo au cou, avec gônc dans les inouveinent du bras et de la jambe gauches; il guérit au hout de trois mois. Cinq ans après, le 10 décembre 1828, il res- ■entit une douleur vive au niveau des troisième et quatrième vertèbres oervicales, avee abolition des mouvements de cette partie; trois ou quatre jours après, cette doulear s'étendit aux extrémités Bupérieures'et inférieures, qui furent successivement paralysées. La tûte était inclinée vers l'épaule droite et no jiouvuit être dérangée sans douleur de cette position. Paralysie du rectum et de la vessie.

1«F janvier 1829. Tète inclinée vers l'épaule droite, douleurs très-vives dans le bras droit, et cependant, depuis quelques jours seulement, il n'y avait dans ce bras que des contractions musculaires très-bornées ; tout le reste du corps, y compris l'extrémité supérieure gauche, était frappé d'une paralysie complète du sentiment et du mouvement. La pression était douloureuse dans la région du cou, au niveau des troisième et quatrième vertèbres. RMpiration parfaite ; appétit et sommeil rnnservés ; excrétion involontaire de l'urine et des matières fécales, quand on donne un lavement qui provoque leur expulsion (sangsues à la nuque ; noix vomique qu'on ne peut continuer.)

Vers le milieu de janvier, le malade maigrit et s'afRiiblit sensiblement; d'énormes eschares, détachées du sacrum, avaient dénudé cet os. Les traits s'effilèrent, l'appétit disparut, ainsi que le sommeil ; la langue devint rouge et sèche ; le 17, dans la nuit, le malade fut pris d'un vomissement abondaut d'un sang noirâtre, que l'on présuma venir des intestins. La mort eut lieu sans délire, sansooovulsions, après quarante jours de maladie.

Autopsie, — Ouverture du cadavre, 28 heures après la mort; pas de contracture ni de roideur dans les membres.

j]rir!ti'.s. — Au niveau de l'origine des quatrième , cinquième et sixième paires cervicales du côté gauche, existait une tumeur violacée, du volume et de la forme d'une grosse amande ; lesfidsoeaux

. id9 —

postérieurs de la moitié gauche de la moelle étaient à ce niveau pénétrés de sang, légèrement sou U">v(' s, non '^lissociés ni déchirés. Le foyer sanguin se prolongeait en dehors avec les racinns antérieures et postérieures des paires cervicales indiquées, les écartait, leur donnait une teinte violacée, mais qui n'avait point altéré lenr continuité.

La partie inférieure de la queue de cheval était entourée d'une cellulosité brun-jaunâtre. Les méninges rachidiounea étaient intactes et contenaient une assez grande quantitô de sérosité. La gaîne fibreuse des dernières paires sacrées, seule, était noirâtre, parce que l'escbare du sacrum s'était pour ainsi dire prolongée dans ^intérieur du canal sacré à travers les trous sacrés postérieurs.

Antérieurement le foyer apoplectique formait une saillie bien plus considérable que postérieurement; dans ce dernier sens il ne dépassaitpasla ligne médiane, mais cette ligne médiane est déjetée à droite, le sang semble être à nu sous la pie-mère. Il y a déchirure, destruction des libres nerveuses de la moelle épiniére. Les filets des racines antérieures, en contact avec le foyer sanguin, étaient désorganisés, et paraissaient réduits & leur névrilème. Il y avait au centre de la moelle du sang nouvellement épanché. La substance grise avait été rcmplai r'T par du sang concret, qui occupait toute la longueur ducordou rachidien. C'était au-dessus et au-dessous du foyer apoplectique que la quantité de sang épanché était le plus considérable ; elle diminuait progressivement jusqu'à l'extrémité inférieure de la moelle. Les parois du canal dans lequel était contenu ce sang nouvellement épanché présentaient une couleur jaune serin, indice non équivoque d'un épanchcmcnt ancien.

Le foyer apoplectique était très-compacte, et d'une trame celluloflbreuse très dure ; sa couleur of&ait un mélange de nuances jaune orangé et brun-marron: les mailles de cette trame oelluleuse nxh fermaient du sang concret, très-noir.

Le reste de l'autopsie n'importe pas h notre sujet.

M. Cruveilhier pense que le sang coagulé et la lame jaune-sorin qui tapissait le canal médullaire remontaient au moins à vingt ou trente jours, tandis que le foyer apoplectique cellulo-ûbreuz était d'une date bien plus ancienne ; il pense que le sang, reoonnaiasable au centre de la moelle, datait d'une troisième attaque plus léoenta encore.

M. Ollivier admet avec Cruveilhier que l'hémorrhagie primitive vient de la substance grise, mais il ne croit pas à une troisième hémorrhagie correspondant au sang du centre de la moelle; il pense que le sang peut conserver assez longtemps ses caractères

pour qu'il soit possible de le retrouver en nature après>un temps

plus ou moins long. 11 est persuadé de la date ancienne du foyer apoplectique circonscrit, qui remonterait à la première invasion de la maladie c'est-à-dire à quatre ou cinq uus.

Dans le cas de Breschet (1), on trouve une lésion analogue à celle du fait de Gaultier de Claubry. Le sang ne forme plus un foyer distinct, nettement circonscrit; il est infiltré dans le centre de la moelle, sur une longue étendue, et mêlé intimement à la substance nerveuse ramollie.

On peut en dire autant du cas, d'ailleurs très-intéressant de Virchow i'2). L'auteur lui-même le donne comme un exemple de ramollissement rouge, occupant la plus grande partie de la substance grise de la moelle.

Mêmes réflexions à faire pour le fait de Trier (3).

L'observation de M. Colin (n* 2) (4] a trait à un petit foyer hémorâiagique bien circonscrit, mais autour duquel il existait un ramollissement périphérique évident, et l'auteur en donne, croyons-nous, une appréciation exacte en regardant l'hémorrhagie comme consécutive au ramollissement du faisceau antérieur droit.

Dans Tobservation très-intéressante et fort complète de Levier (5j, on remarque encore un foyer extrémemement étendu de ramollissement, dépassant beaucoup le siège de l'hémorrhagie et, en dehors de ce point, il existe même un second ramollissement avec extravasation sanguine. Ici encore l'hémorrhagie nous parait sous la dépendance de cette lésion, malgré l'opinion contraire de Tauteur. Restent encore» parmi les cas cités par Levier, les observations d'Oré, Lebeau^ Duriau, Colin (n* 2).

On ne peut pas tenir compte de celui d'Oré, sur lequel on ne possède qu'une note incomplète publiée

(1) VoirobcLXXm.

(2) V. obs. LXXV.

(3) V. obs. LXXVI.

^4) y. obs. LXXVII.

(6) V. obs. LXIX.

dans les Mémoires de la Société de biologie (1853).

Dans celui de Lebeau (1), le ramollissement est évident, et l'auteur publie d'ailleurs son observation sous le titre d' hématomyélite, bien qu'il n'y ait pas eu d'exa* men microscopique.

Il en est de même de celui de Duriau (2). Cet obser vateur, s' appuyant sur Topinion d'Ollivier d'Angers, n*hésite pas à regarder le ramollissement comme le fait primitif.

Le cas de M. Colin (n** d) (3) est un bel exemple de ramollissement étendu à toute la moelle.

Ainsi donc, dans les 13 cas cités par Levier, un seul, celui de Cruveilhier, pourrait se rattacher peut-être à rhématomyélie proprement dite.

Dans les faits, au nombre de 30 (non traumat.), que nous avons rassemblés, il en est d'autres où l'hémorrhagie primitive parait beaucoup plus probable que dans les précédents.

Les uns sont accompagnés d'un examen microscopique; les autres manquent de renseignements à cet égard.

Ces derniers sont les cas de MM. Jaccoud, Critchett, Payen, Saccheo, Cliflford Allbutt.

^observation de M. Saccheo (4), qui est la plus ancienne, a trait à un cas de méningite tuberculeuse, avec un petit caillot au-dessous du bulbe. L'observation complexe, telle que nous la donnons d'après la Revue médicale y est fort incomplète» et à cause surtout de la ménin^^ite tuberculeuse, et du peu d'étendue deTépanchement, il nous semble que la lésion pourrait être

(1) V.obs. LXXVIII.

(2) V. obs. LXXIX.

(3) V. obs. LXXX.

(i) ObB. LXXXI.

- us -

rattachée, soit à un petit tubercule du bulbe, soit à des granulations tuberculeuses des méninges à ce niveau,

lésion sur laquelle on a récemment attiré l'attention, et qui peut s'accompagner, ainsi que M. Liouville nous l'a montré sur l'une de ses planches, d'extravasation sanguine.

Le fait de Payen (1), outre son origine traumatique, concerne un petit foyer hémorrhagique au centre d'une partie ramollie beaucoup plus étendue, et il peut être

regardé comme plus que douteux à ces deux titres.

Dans la relation fort laconique du fait de Critchett (2), il s'agit encore de très>petits caillots de sang, avec un ramollissement de la moelle, dans une étendue énorme. Nous arrivons enfin à un exemple bien autrement probant, même en l'absence de tout examen histologique. C'est le fait suivant de M. Jac» coud.

On y remarque un foyer sanguin récent de la moelle; et de plus, comme si la malade avait été sous l'influence d'une diathèse particulière relative* ment à l'hémorrhagie des centres nerveux, l'apoplexie médullaire ne tarde pas à se compliquer d'une hémorriiagie cérébrale énorme.

OBS* LXVI. — JaceOUd (Des parnj>f,fgies et de Tataxie du mouvemmi, p. S51). — Hémaitomyélie. — {In extewo*)

Une femme de 63 ans entre en 486S à l'hôpital de la Pitié, avec nne paraplégie complète ; les muscles abdominaux n'étaient pas paralysés, mais il y avait incontinence de Turine et des matières

fiscales. Ces accidents ne remontaient qu'à quatre jours, et sur l'assurance réitôrd'G des parents, que tous cm.'s phônomèmes étaient apparus subitenient, sans aucun symptôme antérieur, je rejetai l'idée d*un ramollissement qui s'était d'abord présentée à mon esprit, et

(!) Voir obs. LXXXVI.

(8) Voir otM. LXXXIV.

Je diagnostiquai une hémorrhogie dans le renflement crural de la moelle. Lps choses restèrent dans le même état pendant cinq jours, sans progression de la paralysie ; le sixième jour au matin (le dixième à partir du début), cette femme est trouvée morte dans son lit; aucune plainte, aucun mouvement n'avait éveillé l'attention de ses voisines.

Lisions anatomiques. Je trouve UU foyer hémorrhagîque dans le segment li)mbairo de l'axe rachidicn ; les parois étaient ramollies et imbibées de sérositô; déjà les éléments du caillot commençaient à se dissocier ; le foyer occupait la substance grise dans sa totalité ; il remontait en haut jusqu'aux premières racines du plexus lombaire, et par en bas il atteignait presque Textrémité inférieure de l'organe ;les méninges étaient assez fortement injectées à ce niveau. Le diagnostic était vérifié et les rapports de cette hématomyélie limitée avec la paraplégie apparaissaient avec une entière évidence. Poursuivant mes recbercbes pour découvrir la cause de la mort inopinée de cette malade, j*ai trouvé dans l'encéphale et la moelle allongée les plus eflWiyables désordres que poisse produire une hémorrhagie. Le ventricule latéral gauche était occupé par un caillot si considérable, que le tissu nerveux avait cédé sur la face inférieure, la protubérance était littéralement disséquée et détruite, la coque blanche était seule intacte ; le caillot qui en occupait l'intérieur se continuait du côté gauche avec celui du pédoncule ; enfln l'hémoprhagie occupait encore la totalité de la substance centrale du bulbe, et descendait presque vers les origines du troisième ou du quatrième nerf cervical. L'aspect du sang et les rapports de continuité des caillots montraient que cette hémorrhagie épouvantable s'était produite en une seule fois, la malade avait été foudroyée.

Le fait de Clifford Allbutt est excessivement intéressant, et bien que Texamen microscopique de la moelle fasse défaut, on peut, grâce à la symptomato-

logie, lui assigner sa véritable signification. En effet, d'après les détails de l'autopsie, les foyers sanguins, peu volumineux d'ailleurs, semblent bien s'être formés dans un tissu sain ; mais Tenfant a offert, parsdtil, tous les signes de la paralysie infantile, et Ton sait que dans cette maladie il existe des lésions m jélitiques disséminées dans la substance grise, et capables de s'accompagner non-seulement de congestion intense, mais encore d' extra vasation sanguine D'ailleurs,

dans ce cas, le traumatisme paraît avoir joué un certain rôle dans Texplosion des accidents, et à tous

égards, donc, on ne saurait le regarder comme un exemple d'hématom>'élie primitive.

Les observations accompagnées d'examen microscopique de la moelle, et qui méritent d'être discutées, sont celles tout à fait récentes et encore inédites de MM. LiouYille et Massot, desquelles nous rapprocherons le fait intéressant de M. Trasbot, observé chez le cheval.

L'observation extrêmement importante de M. Liouville, dont l'auteur a bien voulu nous confier le manuscrit, et pour lequel il a fait exécuter une planche très-fidèle que nous avons sous les jeux, mérite d'occuper la première place dans l'histoire des hémorrhagie9 de la moelle.

Nous reviendrons plus tard sur les principales particularités qu'offre ce fait instructif; mais insistons dès maintenant sur la présence dans les parois du fojer hémorrhagique de dilatations vasculaires qui ont paru à M. Liouville semblables aux anévrysmes des artérioles de l'encéphale, trouvés dans Thémorrhagie cérébrale.

Il nous reste encore à parler, chez l'homme, du fait que M. Massot (2) nous a communiqué avec empressement. On verra qu'il a été étudié avec beaucoup de

(1^ Consultpr pa^ticuli^^pment sur ce point : Chnrrot et Joffroy, Cas de paralysie infantile spinale avec lésion des cornes aulcrieures (Soc. de biologie^ 1869, etilrcA. de physiologie, 1870). — Parrot et Joffiroy, No':e <ar uo cas de paralysie infantile l^Arch. de plnja., 1870;. — Vulpian, Cas d'atrophie musculnire grnisRei'so datant de l'enfance {Ai-r/i. dr jJiijs , 1870). — Roger et Damaschino, Etude clinique et auatomo-palhdlogique sur la paralysie spiuaie de l'enfanoe {Soc. de Biologie et te. méd. 187i)* — Ghaicot, Revue photographique des hôpitaux, 1872.

(2) VoirolM.LXXXV.

soin, et qu'il offre un intérêt très-grand ; mais il est loin de se rattacher, pensons-nous, à l'hémorrhagie primitive.

A la lecture de l'observation clinique, on voit, en effet, de la manière la plus évidente, que le malade a

offert tous les signes de la maladie connue sous le nom d'atrophie musculaire progressive, état morbide dans lequel on trouve toujours des altérations diffuses de la moelle, et particulièrement de la substance grise, dont la nature inflammatoire, ou au moins irritative, n'est pas douteuse.

Si donc, et nous reviendrons sur ce point, dans le cas de M. Massot, il a existé plus de paralysie qu'on n en trouve habituellement dans l'alrophie musculaire progressive , c'est que l'extravasation sanguine est venue se surajouter, comme complication, au processus deTatrophie musculaire, et déterminer ainsi, en quelque sorte, sa symptomatologie propre (1).

L'examen microscopique de la moelle n'est malheureusement pas assez complet pour servir de confirmation à notre interprétation ; mais il ne vient pas l'infirmer.

Ce cas peut donc ôtre rapproché de celui de Cliiford Allbutt, et de semblables observations emportent avec elles une conséquence bien intéressante. En effet, elles établissent que toutes les variétés de myélite peuvent

s'accompagner d'extravasation sanguine ; qu'en un mot les congestions inflammatoires ont , dans la

(1) Cor.sulter p;lrti^l!^i^^omonl sur ce point: Lockart-Clarke. Sur un cas d'atrophie musculaire avec atrophie des cellules nerveuse» {Medico-chirm^ gical Transactions f 1867j. — G. Uaycin. Note sur uu c«s d'atrophie muscuain pngresnve ayeo lésions de la moelle [Arth* defkg»,, iWtl), — OmiooI

et Joffroy. Deux en? cratrophle musculaire prog^rcssivo avec lisions de la substance $;riso et dc« faisceaux antéro -latéraux delà moelle épinière {At'du de p/tys.^ 18G9}.

Haycm* 10

moelle, une tendance hémorrhagique bien plus intense et plus manifeste que dans le cerveau. Mais ces considérations trouveront une confirmation encore plus éclatante et plus complète quand nous aurons tracé à l'anatomie pathologique la description des cas de myélite non douteux.

En résumé, nous arrivons, à la fin de l'examen des observations choisies par Levier ou par nous comme les exemples les plus probants d'hématomyélie, à cette conclusion, que la science ne possède encore aucun fait irrécusable d'hématomyélie primitive. L'observation de M. Cruveilhier est, en effet, dépourvue de l'examen microscopique de la moelle, et peut être interprétée dans le sens de la myélite (Charcotj.

Quant aux faits exceptionnels de M. Jaccoud (également sans examen microscopique) et de M, Lieu vil le, nous verrons plus tard comment on peut les comprendre. Contentoûs-nous de faire remarquer, pour le moment, qu'ils ne sauraient à eux seuls être regardés comme des exemples décisifs de l'hématomyélie primi» tive.

Tous les autres exemples d hémorrhagie médullaire que nous avons sous les ^^eux sont, bien évidemment, des cas de lésions hémorrhagiques consécutives au ramollissement inflammatoire.

Ces observations, en laissant de côté le traumatisme, sont celles de Hutin (1828), Weber (1829), Nonat (1838), Ogle (1852), Moynier (1858), Lancereaux (1861),

(1) Nons conservons ici le fait de Paycn malpré son oripino probablement traumatique, parce que iUiémorrhagie, due à la luxaliuu spontanée de» vertèbres osrviedw (par mal de Pott), a été précédée de U formatton d*ao mnoUiMeonit inflammatoire au niveaa des vertèbres malades.

Lagardelle (iseï), Koster (1869), Bourneville (1871), Doguet (inédit) (1).

Mais si l'hématomyélie est douteuse chez l'homme, elle paraîtrait, au contraire, assez fréquente chez le cheval ; cepeadant nous n'avons trouvé dans les annales de la médecine vétérinaire que robservation de M. Trasbot. Rapprochée de celles qui ont été recueillies chez l'homme, elle nous fournira des éléments intéressants dont nous tiendrons compte dans notre descrip* tien. En lisant avec soin l'examen anatomique trèscomplet donné par M. ïrasbot, et en rapprochant les résultats que cette étude a fournis de ceux qui sont consignés dans les cas de pathologie humaine, on peut encore ici interpréter les lésions dans le sens de la myélite.

' De sorte que, si Ton voulait décrire exclusivement,

sous le nom d'hémorrhagie médullaire, une maladie dont la lésion correspondrait complètement A celle de l'hémorrhagie cérébrale, il faudrait, quant à présent, abandonner cette prétention. *

Mais n est-il pas remarquable de voir combien plus souvent que dans l'encéphale, les altérations du tissu de la moelle s'accompagnent de riches extravasations sanguines, et cette complication hémorrhagique, quoique secondaire, ne mérite-t-elle pas une étude spéciale, tant au point de vue anatomique qu'au point de vue des phénomènes morbides qu'elle peut produire? (2)

(1) Il est juste de faire observer que, bien que nous ayons cru devoir tenir compte de ces faits dv.m uoire travail, plusieurs d'eatre eux ont été ibit bien interprétés par les auteurs qui les ont observés.

(2) La<xmtiuion de lamodle elle-même paraît B*aocompagner aurai ploe souvent que la oontusiott céréligBle d'épanchement sanguin ; cependant dans 270 cas de lésions traumatiques da rachie, Gttrii (/oc. c0.} n'a trouvé q/M 5 fois des foyers sanguins.

C'est ainsi qu'il faut comprendre actuellement les

hémorrhagies médullaires, et comme rinfiammation du tissu nerveux , ainsi que nous espérons le démontrer, est la cause prochaine de l'épanchement, nous allons essayer de faire l'histoire d'une maladie à laquelle on pourrait donner le nom à'hématomyéliU,

D'ailleurs on verra bientôt que l'histoire clinique des malades complète cette démonstration fondée principalement, jusqu'à présent, sur l'anatomie pathologique.

Lorsqu'en effet on compare les cas donnés par les auteurs comme exemples probants d'hématomyélie à ceux plus nombreux dans lesquels l'hémorrhagie est admise, sans discussion aucune, comme la conséquence d'un ramollissement inflammatoire, on reste convaincu qu'à tous égards, ils doivent être confondus dans une description commune. Même étiologie, môme début, mêmes symptômes, même marche, tel est le résultat de ce rapprochement.

On ne jeterait donc pas plus de clarté, quant à pré* sent^ sur ce sujet en divisant Thémorrhagie de la moelle en hématomyéUte (hémorrhagie par inflammation) et héfnatomyélU (hémorrhagie proprement dite).

Cette conclusion deviendra évidente à la fin du chapitre suivant.

ANATOMIE PATliOLOGlQUE.

Ayant à décrire des hémorrhagies secondaires liées au ramollissement inflammatoire de la moelle, nous aurons les parties suivantes à examiner:

1* Lésions dues au foyer sanguin lui-même ; 2* Lésions qui préparent et déterminent l'hémorrhagie. 3** Lésions concomitantes ou consécutives.

i^Lêsions dues aux foyers sanguins. — Bien que l'épanchement sanguin soit dû àTinflammation, il ressemble par certains traits aux autres hémorrhagies qui ae font dans l'épaisseur de la substance nerveuse.

On trouve le sang épanché sous deux formes bien distinctes ; tantôt il est réuni dans une sorte de cavité anfractueuse en quantité assez abondante pour offHr l'aspect d'un caillot ou au moins d'un magma sanguin net; tantôt, au contraire, il est mêlé intimement à la substance nerveuse et rappelle plus ou moins complètement la lésion connue dans le cerveau sous le nom d*apoplexie capillaire, et cette ressemblance est importante à noter, puisqu'elle prouve bien qu'il s'agit alors d'un ramollissement rouge.

Sur 31 cas (1), on trouve quinze fois un foyer caverneux, dans tous les autres il n'est question que d'infiltration plus ou moins abondante de sang.

Ces foyers caverneux varient nécessairement de forme et de volume suivant l'abondance du sang épanché. Ils ont depuis la grosseur d'un pois ou d'un haricot jusqu'à celle d'une vaste caverne anfractueuse qui peut envahir jusqu'à près de 15 centimètres de la moelle (Liouville.)

Le siège est bien plus intéressant à remarquer. En effet, il est invariablement central.

La substance grise de la moelle est donc le seul et unique point de départ de l'hémorrhagie.

Aussi, lorsque le foyer est un peu important, toute la partie centrale est-elle ramollie, et la substance blanche, plus résistante, forme-t-elle au sung une sorte d'étui ou de coque qui constitue presque toujours une barrière infranchissable.

(1) Nous flomprenona dans oe nombre le cm de M. Tresbot.

Cependant, dans l'observation de M. Cniveilhier, le sang, écartant les fibres des faisceaux latéraux, est allé constituer une petite tumeur sous les méninges. Cette disposition est rare; toutefois, dans le fait de M. Gaultier de Ciaubry, remarquable par l'étendue énorme des lésions de la moelle, on trouve encore signalée Thémorrhagie méningée.

Lorsque l'épanchement est moins abondant, il peut encore offrir une disposition allongée, qui est surtout décrite dans les observations de Trier et Levier (1). L'état du sang et la structure de la caverne diffèrent suivant l'ancienneté de la lésion.

Foyers récents. — Aussi parlerons-nous d'abord des foyers les plus récents au nombre de onze et ensuite des cas plus intéressants encore qui prouvent que la lésion est susceptible d'une sorte de cicatrisation.

Habituellement les malades survivent à l'hémorrhagie de la moelle un nombre de jours suffisants pour que le sang soit parfaitement coagulé.

Cependant le cas de M. Jaccoud et celui de M. Colin (n° 2) montrent des épanchements récents tout à fait comparables, le dernier surtout (caillot mou) à ce que' l'on voit dans les premiers jours de l'hémorrhagie cérébrale.

Dans les autres observations on trouve toujours le sang desséché, dur, formant une sorte de tumeur plus ou moins ferme (Trier).

Les parois du foyer sont constamment ramollies, déchiquetées, frangées, désagrégées profondément, et souvent elles présentent dans une grande étendue une

(1) Y. Uvier, ohg. LXIX, et Trier, oIm. LXXVI.

coloration jaunâtre, ecchymotique due à l'imbibition sanguine.

Autour du foyer principal il peut exister une infil» tration rouge ou apoplexie capillaire, ce qui constitue une réunion des deux variétés auatomiques que nous décrivons (cas de Levier.)

Presque toujours aussi la substance nerveuse, même dans les grands foyers, forme un mélange plus ou moins intime avec le sang.

Foyers anciens. — Les exemples de foyers anciens sont ceux de MM. Cruveilhier, Ferrand, Liouville , Bourneville, et, chose remarquable, dans ces faits, les épcmchements récents sont venus se former trois fois . sur quatre à côté ou plutôt au sein même de l'ancienne lésion, particularité très-rare, dans le cerveau, malgré la fréquence de Thémorrhagie encéphalique, et bien propre à établir une différence entre les processus de ces deux maladies.

Le tissu de cicatrice est formé par une trame cellulo-fibreuse plus ou moins nette, dure, compacte (Cruveilhier, Bourneville, Liouville), beaucoup plus rarement par un kyste séreux analogue aux kystes hémorrhagiques des anciens foyers encéphaliques. Aussi, dans le cas, unique sous ce rapport, de M, Ferrand, est-il très-regrettable que l'examen histologique de la moelle n'ait pas été pratiqué, et que nous n'ayons pas de renseignements suffisants sur le contenu de cette cavité.

Foyers éTinfiltraHon, — La seconde lésion hémor-

rhagique, à peu près aussi fréquente, est celle qui rappelle l'apoplexie capillaire ou mieux encore le ra-

moUissemcnt rouge, et cette seule considération suffirait, indépendamment de toute autre {Preuve, pour placer tous les faits qui s'y rattachent en dehors de rhématomyélie proprement dite. Cest pourquoi nous n'avons pas voulu plus haut considérer le fait si intéressant de M. Trasbot, chez le cheval, comme un exemple irréprochable de cette maladie

De même que les foyers sanguins, l'infiltration rouge a son siège dans la substance grise; elle est tantôt complètement centrale, tantôt un peu latérale, détruisant une des cornes antérieures ou postérieures et formant quelquefois une sorte de tube ou ruban de substance ramollie.

Dans le cas de M. Trasbot, cette bouillie sanguine occupe les limites de la substance blanche et de la. grise.

L'étendue de la lésion varie. Rarement moindre de 1, 2 ou 3 centimètres, elle atteint quelquefois 10 à 15 centimètres ou même la totalité du centre de la

moelle.

Lorsqu'elle est récente, elle est représentée par un mélange intime du sang avec la substance nerveuse. C'est une pulpe molle, rouge&tre ou rosée, mal délimitée à son pourtour, et les descriptions de cette altération (celle de Virchow entre autres) rappellent complètement l'aspect de la contusion cérébrale à sa période semi-récente.

Lorsque l'inûiltration est plus ancienne, le tissu nerveux offre unecoloration brunâtre, ocreuse, rouillée; et, dans quelques observations, cet aspect particulier est étendu à la substance grise dans toute la longueur de la moelle (Massot).

Plus rarement on trouve dans la substance grise du

pigment hématique disséminé, et cette forme intéressante (cas de Koster) permet de comprendre l'hémato-

myélite depuis son déparé le plus atténue jusqu'à sa manifestation hémorrhagique la plus accentuée (1).

2* Lésions qui préparent et déterminent Ihémorrha^ gie, — Nous avons déjà fait remarquer le siège constamment central des hémorrhagies, et cette particularité pourrait, au premier abord, être attribuée à la richesse vasculaire de la substance grise , bien supérieure à celle de la substance blanche. On pourrait également considérer les congestions de la substance grise comme plus faciles à se réaliser, et invoquer la résistance plus grande du tissu blanc.

Mais ces particularités anatômiques, qui trouvent leur application dans l'histoire de l'hémorrhagie traumatique (Gûrlt), n'ont qu'une importance apparente dans les hémorrhagies de cause interne.

£n effet, ce qui doit fixer fortement l'attention et ce qui confirme nettement les opinions que nous défendons, c*est que, dans Timmense majorité des cas, la substance grise est désorganisée dans une étendue hors de toute proportion avec le foyer sanguin, voii'e même dans toute l'étendue de la moelle, alors que l'hémorrhagie a un centimètre de longueur, lésion qui rappelle exactement la myélite centrale , décrite pour la première fois par Albers.

Dans d'autres cas, outre le ramollissement autour

(l) Nous avons obsei-vé uii cas analo^ue^ mais sans ramollissemfnt de la mocUoi ctiez un malado atteint d'airophie musculaire des membres inférieur» {SœUté de bioloffis et Gasetie tnid.,im-W..

Coii«uI((;!' pncore surlo rainollissemont rouge do la moelle Ulrich, Mi-dicinischeZeitans; , marâ i^is." Lenliossek, Bcitrâge zur Patbologisclieu Auatuinie dcr RUclconniarlcs, IS'SB.— Fden/er, llaadb. der patho'osiitohca Âna* tomic, 18C5.

du foyer » on constate d'autres ramollissements à une certaine distance du premier, quelquefois multiples, fort étendu» ou, au contraire , limités à un segment de

moelle comme dans la m^^élite partielle.

Dans les cas à marche plus lente et à foyers sanguins moins étendus ou moins considérables, on observe encore dans la substance grise des altérations importantes sur lesquelles on manqae malheureuse^ ment trop souvent de renseignements et qui consistent en hyperémies pins ou moins intenses avec friabilité de la substance grise et exsudât interstitiel (cas de Trasbot); coloration rouillée de la substance grise que nous avons déjà citée (cas de Massot); distension du canal central par du sang (Trier), par de la sérosité (Nonat) ou oblitération de ce canal (Lancereaux).

Le siège variable des foyers par rapport à la hauteur de la moelle, aux diverses parties des faisceaux ou de la substance grise, le nombre de ces foyers, leur combinaison avec d'autres altérations disséminées dans la moelle, enfin la coïncidence avec des lésions cérébrales, toutes ces particularités, dis-je , sont à tel point complexes qu'elles échappent à toute description. Nous pensons rendre un service réel en les présentant sous la forme d'un tableau facile à embrasser d'un seul coup d'œil.(Voirp. 456 etl57.)

— L'examen histologique fait malheureusement trop souvent défaut, et, si nous pouvions nous appuyer sur lui, les probabilités très-grandes qui nous paraissent plaider en faveur de l'hématomyélite acquerraient alors les caractères de la certitude.

On a suivi dans les épanchements sanguins tontes les métamorphoses du sang extravasé et on y a vu des globules plus ou moins altérés mêlés à la substance

nerveuse désagrégée (Trasbot, Liouville), du pigment sanguin à divers degrés de transformation jusqu'à la formation de cristauxd hématoïdine.

L'étude du tissu nerveux laisse presque tout à désirer, et c*est là une lacune qu'il faudra combler ultérieurement.

Cependant quelques faits sont importants à si* gnaler.

M. Duguet, qui s'est empressé de nous communiquer un fait inédit très-intéressant, a trouvé dans le ramollissement autour du fojer sanguin des corps granuleux, et cette constatation a d'autant plus de valeur qu'elle a été encore rarement signalée bien qu'il soit impossible de douter de son existence fréquente (1 )

Cela nous paraît tenir évidemment d'ailleurs à ce que l'examen microscopique a souvent été fait (cas de Trasbot) après diverses manipulations qui ont pour effet de détruire ces éléments fragiles. *

Dans les cas où la lésion a marché d'une manière plus lente et où l'examen microscopique a été pratiqué avec soin, on a constaté touslescaractères d'uue myélite chronique diffuse (Lancereaux, Charcot (2), cas de Bourneville) lésion bien étudiée dans ces derniers temps par M. Hallopeau.

L'état des cellules de la substance grise et des tubes dans les cas où il a été fait montre que ces altérations diffuses portent sur les éléments nerveux euxmêmes. Ainsi M. Charcot a observé dans le fait de - M. Bourneville une tuméfaction considérable des cellules ganglionnaires et des cylindres d'axe, lésions que cet ^ observateur considère avec raison comme une

(1) Voiroba. XCV.

(8) Ob$. LXVII.

FOYSRS SANGUINS

NCMS D'AUTEUBS

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