Montesquieu. Esprit des lois, liv. XXXIII, chap. XXIX
générale. Tous les hôpitaux du monde ne sauraient guérir cette pauvreté particulière; au contraire, l'esprit de paresse qu'ils inspirent augmente la pauvreté générale et par conséquent la particulière.
« Le chapitre de Montesquieu sur les hôpitaux, s'écrie Coste1, est peut-être le seul exemple qu'ait donné cet illustre écrivain du quandoque dormitat, auquel le grand Homère lui-même n'a pas eu le privilège de se soustraire. »
Ne semble-t-il pas que le peuple anglais se soit inspiré de ce passage de Montesquieu, lorsqu'il lance cette singulière boutade : « Une manufacture est une invention pour fabriquer deux articles : du coton et des pauvres. » (A contrivance for mmmfacturing two articles : cotton andpaupers.)
Plus d'un philosophe devait suivre dans cette voie l'illustre président du Parlement de Bordeaux ; qu'il nous suffise de citer ici les auteurs de l'Encyclopédie et sir Arthur Young, dont les paradoxes méritent de nous arrêter un instant : « La plus sage distribution d'argent parmi les pauvres, dit-il, les fait compter sur cette distribution, et devient, conséquemment, l'origine du mal qu'elle guérit. Par la même raison, les hôpitaux bien administrés sont également nuisibles; ils produisent les mêmes eifets, et plus ces effets sont diminués par une administration vicieuse et crueile, plus cela est utile à la grande masse des pauvres, qui ne sont plus tentés de compter sur de pareilles retraites, où ils rencontrent ordinairement la misère, le désespoir et la mort. »
<c L'expérience tend chaque jour, écrivait encore M. de Rémusat 2, à démontrer que le système des hôpitaux relâche, s'il ne les détruit pas, les liens de la famille ; il déshabitue les enfants du devoir naturel de nourrir et de soigner leurs parents vieux et infirmes; ces derniers eux-mêmes, dans la pensée d'enlever une charge à leurs enfants, finissent par considérer l'hospice comme un asile où il est naturel d'aller finir ses jours; et souvent même, avant l'âge, l'individu encore apte au travail simule ou exagère des infirmités pour obtenir son admission. »