‹ Des hopitaux et des hospices (volume 2)Chapitre 44 sur 98 · RIDEAUX · texte numérisé non relu

RIDEAUX

circulation facile de l'air est utile à l'intérieur des salles, vous serez conduit à faire supprimer les rideaux de lit. Quant à moi, je n'hésite pas à formuler cette opinion de la manière la plus catégorique et je suis certain d'avoir l'assentiment de beaucoup de chirurgiens. Les rideaux des lits sont des réceptacles, des cribles où s'accumulent toutes les poussières impures, ce sont des écrans qui gênent les mouvements de l'air, c'est leur but principal; ce sont des obstacles absolus à une surveillance bien entendue : ils servent à cacher ce que l'on ne sait pas empêcher. On dit pour leur défense qu'ils permettent de soustraire les malades aux courants d'air trop violents; que, grâce à eux, ces malades peuvent s'isoler pendant le sommeil, les soins de toilette, etc.; qu'ils sont un moyen de ménager la pudeur de tous pendant les pansements.

» Mais dans les salles régulièrement aérées, on n'a pas à craindre les courants d'air; dans une salle petite et tranquille, le sommeil est possible et facile sans rideaux; enfin, si la pudeur doit être*ménagée, rien n'est plus facile d'atteindre ce but avec un paravent mobile, paravent qui intervient utilement dans toutes les circonstances où l'on veut soustraire un malade à la vue de ses voisins * . »

Donc la question se résumerait ainsi : les rideaux sont des obstacles sérieux à la salubrité, disent les uns, supprimons-les. — Les rideaux sont indispensables aux malades, autant poulies mettre à l'abri des courants d'air que pour ménager leur pudeur, disent les autres, conservons-les. Ainsi l'hygiène d'un côté, la morale de l'autre. Disons cependant, (que M. Trélat nous pardonne), que ses idées nous paraissent un peu absolues: des paravents pendant le pansement, passe encore; mais qu'il ne s'y trompe pas, ce moyen sera insuffisant pour prévenir les pleurésies et les pneumonies fénestrales si fréquentes dans nos hôpitaux, même dans les salles les mieux réglées. Nous aurons bientôt à émettre notre opinion, je me trompe, celle de la science, sur l'ouverture quotidienne des fenêtres des salles; bornons-nous à dire ici que nous l'admettons en principe. Chaque matin, les malades encore baignés de la

i . Trélat, Société de Chirurgie. Loc. cit., p. 124.

transpiration de la nuit, sans aucun abri pour les garantir, recevront, suivant les saisons, des courants d'air glacés, humides ou sec. Que de fois il nous a été donné, à l'époque des changements de rideaux dans les salles, c'est-à-dire à unS époque où les lits se trouvaient dans les conditions réclamées par M. Trélat, de voir la santé des malades gravement compromise par l'ouverture des fenêtres, qui établissait tout à coup des courants d'air contre lesquels les malades étaient impuissants à se défendre!

Est-ce à dire que nous adopterions entièrement l'usage des rideaux? Non, puisqu'ils ont leur mauvais côté. Les repousserons-nous? Non, puisqu'ils sont nécessaires.

Après avoir pesé longtemps le pour et le contre de la question; opposé en principe à l'emploi des rideaux, mais reconnaissant d'ailleurs leur utilité, nous adoptons le parti le plus sage,l'opi nion même de la Société de Chirurgie, formulée ainsi : « Le mobilier des salles ne doit apporter aucun obstacle à la circulation de l'air. Il est nécessaire que les chefs de service aient le droit de faire supprimer les rideaux des lits lorsqu'ils le jugent nécessaire1. » Nous n'ajouterons pas d'ailleurs que ces rideaux devront se borner à protéger les côtés du lit et qu'on ne devra, dans aucun cas, gêner la libre circulation de l'air en plaçant un ciel de lit au-dessus des malades.

Nous verrions avec bonheur adopter dans nos hôpitaux l'usage des lits mécaniques, si commodes et si utiles pour soulever les malades et permettre, soit de refaire leur lit, soit de leur faciliter les soins de propreté et les fonctions du tube digestif. Un ou deux lits de ce genre dans chaque salle seraient suffisants et rendraient d'éminents services.

Puisque nous parlons ici de la literie, qu'il nous soit permis de désirer encore l'adoption, dans chaque service, des matelas d'eau, précieuse découverte due à M. Galante, et qui a permis à des malades de garder pendant plusieurs mois le repos le plus absolu au lit, sans être atteints de ces douloureuses excoriations si difficiles à guérir. Avec ces matelas de gutta-percha remplis d'eau, il nous a été donné de voir les résultats les plus

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