SALLES D'ISOLEMENT
à l'hôpital de Béthanie, à Saint-Jean de Bruxelles, etc. Elle doit être adoptée, nous assure M. Tardieu 4, au nouvel Hôtel- Dieu. Pouvait-il en être autrement, lorsque l'expérience journalière a permis d'établir d'une manière péremptoire les salutaires effets de l'isolement. Des statistiques sérieuses recueillies avec soin non plus dans les hôpitaux, mais dans les maisons de détention où le système cellulaire est adopté, nous permettent de conclure à fortiori pour les maisons de secours. Dieu nous garde de nous prononcer en faveur du système cellulaire des prisons t Tout ce que nous voulons constater ici, ce sont ses résultats avantageux au point de vue sanitaire. Nous laisserons parler M. Lelut 2 : « Dans quatre des maisons centrales que j'ai visitées, celles de Nîmes, de Clermont (Oise), de Haguenau, d'Ensisheim, la mortalité moyenne s'est trouvée de 6 pour 100 par an. Dans la maison centrale de Nîmes, cette moyenne calculée sur une période de cinq ans, a été de 5,2 p. 100; dans celle de Clermont (Oise), calculée sur une période de six ans, elle a été de 4,2 p. 100 environ; dans celle de Haguenau, sur une période de dix ans, elle a été de 7.90 p. 100, enfin, dans celle de Baulieu, que j'ai visitée en 1851, elle a été sur une période de dix ans de 8 p. 100.
Voyons maintenant quelle a été la mortalité dans un certain nombre de prisons cellulaires que j'ai visitées dans les années de 1846, 1847 et suivantes. En 1846, la prison cellulaire de Lons-le-Saulmier, qui compte 86 cellules, n'avait encore eu, à l'époque à laquelle je la visitai, aucun mort, depuis trois mois qu'elle était en activité.
Celle de Montpellier, composée de 84 cellules, n'avait eu depuis deux ans qu'elle était ouverte qu'un seul mort, sur plus de mille détenus.
La prison cellulaire de Tours, constituée par 112 cellules, n'avait eu que deux morts en vingt-huit mois, et sur un total général de cent douze détenus.
Celle de Versailles, composée de 62 cellules, n'avait pas eu
1. Ambroise Tardieu, Projet de construction du nouvel Hôtel-Dieu de Paris. Rapport fait au Conseil municipal de Paris. Paris, 1863.
2. Lelut, De l'influence de l'emprisonnement cellulaire sur la raison des détenus. Mémoire lu à l'Académie des sciences morales et politiques, dans sa séance du 23 mars 1844. (Annales médico-psychologiques, t. 111 et IV.)
un seul mort depuis qu'elle était en activité, et sur un total de près de trois cents détenus des deux sexes.
L'importante prison cellulaire de Bordeaux avait vu, depuis qu'elle était devenue cellulaire, sa mortalité diminuée de plus d'un tiers.
En 1847, dans la prison cellulaire de Réthel, composée de 114 cellules, la mortalité, calculée sur une période de trois années et au Lotal général de treize-cent soixante-neuf détenus, avait été de 1 1/2 pour 100, par an.
Dans la prison cellulaire de Remiremont, composée de 72 cellules, la mortalité observée dans une période de dix-sept mois et sur un total général de cinq cent quatorze détenus, avait été de 0.
Enfin, tout récemment, dans la prison cellulaire de Mazas, sur une période de deux ans, s'étendant du 20 mai 1850 au 20 mai 1852, la mortalité a été juste moitié moindre de celle qui avait été antérieurement constatée, et sur une moyenne de sept ans, dans la maison d'emprisonnement collectif à laquelle elle succède, la prison de l'ancienne Force.
Il n'est pas besoin de réunir tous ces chiffres et de tirer de leur réunion une moyenne générale approximative pour établir que la mortalité dans nos prisons cellulaires, dans celles au moins que j'ai citées, est moindre, plus de moitié moindre, que dans les prisons centrales d'emprisonnement collectif. »
Ces chiffres sautent aux yeux : la moyenne, toujours légère, augmente cependant avec le nombre des prisonniers. Nousaccusera-l-on de mensonge si nous disons qu'un résultat semblable se rencontre toujours dans les hôpitaux, et que puisque le système cellulaire ne peut être appliqué à ces asiles, il est urgent du moins de l'appliquer aux malades, qui en ont le plus besoin?
Ce désir que nous exprimons ici se trouve formulé d'ailleurs à chaque page de la discussion de la Société de chirurgie1, et l'unanimité de la science à ce sujet en rend l'exécution indispensable.