hoc. cit.. p
satisfait de ce voulume d'air, quoiqu'il soit fort éloigné des 100 m. c. que M. Ser considère comme indispensables. Mais j'ai bien d'autres objections à lui faire. En premier lieu, c'est qu'il faut cesser de préconiser le système de M. Van Hecke comme un mode de ventilation par propulsion de l'air, pour le considérer désormais comme fonctionnant en réalité par appel, et dès lors on doit lui appliquer tous les reproches que l'on a adressés à ces derniers, avec cette différence qu'en vertu de la disposition défectueuse des cheminées d'évacuation indépendantes les unes des autres, il expose aux rentrées d'air vicié, ce qui n'a pas lieu avec l'appareil Duvoir-Leblanc. »
L'appareil Van Hecke est plus qu'insuffisant, il est inutile. Écoutons le général Morin : « Je regarde, dit-il *, comme incontestable : 1° que l'usage d'un ventilateur pour l'introduction et l'évacuation de l'air dans les salles est complètement inutile pendant la saison d'hiver, alors que l'on peut utiliser les effets d'aspiration que produit la dilatation de l'air; 2° que, dans l'état actuel des dispositions locales, cet appareil n'exerce qu'une très-faible influence sur l'arrivée de l'air dans la chambre des calorifères, et que l'aspiration favorisée par de bonnes dispositions y ferait seule arriver autant d'air ; 3° que la ventilation est irrégulière et n'a pas la stabilité suffisante par suite de l'absence d'une cheminée générale d'évacuation, convenablement chauffée; 4° que la température, bien qu'uniformément répartie, lorsque celle de l'air extérieur est modérée, n'est pas suffisante en temps d'hiver et que, dans cette saison, l'air affluant dans certaines salles est souvent beaucoup trop chaud; 5° que le volume d'air fourni et évacué n'est pas assez également réparti et que, parfois, la ventilation de certaines salles est tout à fait nulle; que, d'une autre part, quand on ne chauffe pas les calorifères, les volumes d'air introduits dans les salles, ainsi que ceux de l'air vicié qui en sont évacués, ne s'élèvent qu'à 36 ou 40 m. c. par heure et par lit, et que le ventilateur ne contribue dans ce dernier volume que pour 4 m. c. 40, ce qui fait voir que, dans les saisons de printemps et d'automne, l'effet de cet appareil est à peu près insignifiant.
1. Général Morin, Études sur la ventilation. Paris, 1863, t. I, p. 528.
Dans ces saisons et dans l'été, l'évacuation de l'air vicié ne saurait d'ailleurs être assurée par ces appareils qui, par conséquent, sont loin de satisfaire au but principal de toute ventilation hygiénique. »
Certes, ces motifs seraient plus que suffisants pour faire repousser le ventilateur dont il est question ; mais le succès même dont il jouit nous invite à citer encore deux faits importants qui militent contre lui.
Nous tenons de la bouche même de Réveil le récit d'expériences curieuses entreprises par lui, en vue de démontrer les inconvénients de l'appareil établi à Necker. Depuis l'événement inattendu qui a si tristement enlevé à la science un de ses pionniers les plus intrépides et les plus fidèles, nous avons vainement cherché à en retrouver les traces. «Je me suis renfermé, nous racontait-il peu de jours avant sa mort, dans une pièce ventilée par ce système, et j'y ai fait brûler un de ces cônes odoriférants désignés dans le commerce sous le nom de pastilles du sérail; on voyait immédiatement la fumée colorée former un pinceau bleuâtre, étendu de l'orifice par où s'échappait l'air neuf aux joints des portes et des fenêtres. Un cigare allumé produisait le même effet. » Il nous est arrivé à nous-même, en présence de ce savant, de nous placer sur un des orifices d'entrée de l'air neuf. Nos vêtements s'agitaient aussitôt, comme il arrive lorsqu'on s'expose à un fort courant d'air. Placé immédiatement à côté, nous n'éprouvions aucune sensation du même genre. On est donc autorisé à conclure, en présence de ces faits, à la non aération des parties d'une salle qui ne se trouvent pas situées sur le passage de ce courant d'air, et nous ne voyons pas vraiment à quoi bon ventiler une salle à coups de courant d'air, lorsqu'il serait si facile d'obtenir le même résultat en ouvrant les fenêtres, que l'on condamne justement pour éviter l'inconvénient qu'apporte ce système.
Le second fait appartient encore au général Morin : il constate d'une manière péremptoire les inconvénients du chauffage à air chaud nécessairement employé dans le système Van Hecke, et qui apporte aux malades un air sec, brûlé, jouissant de cette odeur particulière à l'air qui a passé sur une surface de tôle rougie.
Le général Morin l raconte sa visite à l'asile du Vésinet : « M. Guionnis, dit-il, médecin de l'établissement, faisait sa ; tournée au moment de mon arrivée ; je l'ai rencontré dans une des salles consacrées aux nourrices, au premier étage; il était accompagné de deux sœurs et de ses deux aides. — Il m'a été affirmé, tant par les femmes convalescentes que par M. Guionnis et les autres personnes présentes, qu'il arrivait souveut que les femmes, et surtout les enfants, dont le lit était placé près des bouches de chaleur, étaient tellement incommodés par la haute température de l'air affluent, que plusieurs fois on avait été obligé de les changer de place. Ce fait, analogue à celui qui m'avait été antérieurement signalé à l'hôpital Necker, pour des appareils de même construction, justifie pleinement les objections faites à l'emploi des calorifères à air chaud dans les hôpitaux, où il importe plus que partout ailleurs que l'air affluent soit pur et à une température modérée. »
En somme et pour nous résumer, aucun des appareils acemployés dans les hôpitaux ne remplit le but proposé, et le système même qui a reçu, soit de la part des administrateurs, soit de la part des commissions nommées par eux pour son examen, la plus grande approbation est aussi insuffisant que tous les autres.
Nous ne devons donc pas nous étonner si les dernières discussions de la Société de chirurgie ont ouvertement condamné les ventilations artificielles, et si tous les chirurgiens des hôpitaux ont cru devoir se prononcer contre la généralisation de son usage. « Ces appareils, dit M. U. Trélat 2, coûteux, irréguliers dans leur marche, généralement insuffisants,, même les plus parfaits â remplir leur but, ne peuvent inspirer qu'une confiance médiocre. »
« L'administration hospitalière, dit- il ailleurs, semble avoir actuellement des idées arrêtées sur les avantages et le mode de la ventilation artificielle. Elle espère pallier ainsi quelques inconvénients, et trouve d'ailleurs une certaine économie, à combiner le chauffage des salles avec leur ventilation.
i. Général Morin, Ventilation des hôpitaux. Extrait des Annales du Conservatoire impérial des Arts et Métiers. Avril 1861, p. 49. 2. Trélat, Société de Chirurgie. Loc. cit., p. 3 et 121.
» Cependant, quels que soient les avantages théoriques de ce mode d'aération, je défie qu'on cite aujourd'hui un seul résultat de salubrité qui puisse lui être attribué. C'est qu'en effet, Messieurs, c'est un système trompeur. Â la moindre négligence du personnel spécial qui lui est nécessaire, il ne fonctionne plus. Souvent même, c'est volontairement qu'on en arrête la marche, ainsi que je m'en suis assuré plusieurs fois, pendant que je faisais le service en été, à l'hôpital Beaujon. Il nécessite des installations coûteuses l; l'ouverture des fenêtres et des portes en trouble la marche, en établissant des courants directs et des remous immobiles. Enfin, et par-dessus tout, il est inconstant et place par moment les malades dans des conditions d'autant plus mauvaises qu'elles sont plus imprévues, ou plus ignorées.
» Aussi, nos voisins les Anglais, gens pratiques, ont-ils universellement renoncé à ces systèmes pour les hôpitaux civils et militaires; aussi avez-vous entendu MM. Giraldès, Lefort, Larrey se prononcer contre eux, en faveur des procédés de l'aération naturelle, qui est facile, constante, économique, et qui ne réclame pour condition essentielle, que la pureté de l'air extérieur.
» Il y a quelques années, mon frère, M. E. Trélat, professeur au Conservatoire impérial des Arts et Métiers, après des expériences comparatives sur les deux systèmes de ventilation employés à l'hôpital Lariboisière, avait conclu au point de vue physique, en faveur du système par propulsion. Éclairé depuis par de nombreuses visites d'établissements ventilés artificiellement ou naturellement, tant en France qu'en Angleterre, il a modifié son opinion première, et pense, ainsi qu'il l'a écrit dans un rapport fait au jury de la dernière exposition 1 universelle, que si la ventilation artificielle est utile pour les nombreuses réunions, qui s'entassent accidentellement dans un local insuffisant et ont besoin qu'on renouvelle activement l'air respirable; les procédés simples de l'aération naturelle
1. Les dépenses de première installation sont par lit : Système Léon Duvoir- Leblanc : 480 fr.
Système Thomas et Laurens : 808 fr.
Système Van Hecke : 236 fr.
conviennent de préférence aux individus qui vivent d'une manière permanente dans un même lieu; que ces procédés doivent être appliqués aux habitations, et aux hôpitaux, qui sont aussi des habitations.
» Je pourrais aller chercher des preuves en faveur de ces opinions, qui sont adoptées par le plus grand nombre des médecins, jusque chez les partisans les plus convaincus de la ventilation artificielle. Voici une phrase que j'emprunte au livre bien connu du général Morin : « la purification des salles » par la circulation de l'air extérieur (aération naturelle) est » tellement salutaire, et même pour les malades, elle offre un » si grand agrément, que tout en attachant une grande impor- » tance à l'établissement d'une bonne ventilation artificielle, » il faut bien se garder de se priver de ce moyen si simple. » La vue du soleil, l'aspiration de l'air extérieur sont, pour » des malades, des jouissances qui peuvent influer plus qu'on » ne croit sur leur rétablissement. »
» Vous le voyez, ce n'est pas seulement parmi nous, qu'on pourrait à la rigueur taxer d'incompétence sur le côté matériel de la question, c'est par des hommes spéciaux, par les commissions anglaises, c'est même par le général Morin que les avantages de l'aération naturelle sont reconnus. Ce concert d'opinions a une importance, qui ne vous échappera pas. »
Nous pourrions citer bien des noms encore; nous ne le ferons pas : le discours de M. Trélat résume admirablement tout ce que nous avons raconté des expériences diverses essayées sur les ventilateurs mécaniques. Mais à ces preuves physiques et expérimentales , à ces preuves morales apportées les premières par les hommes de l'art, les secondes par la presque unanimité de la science, qu'il nous soit permis d'ajouter encore des preuves plus concluantes, s'il est possible, et que nous pourrions appeler preuves cliniques.
On n'a rien épargné dans les hôpitaux Beaujon et Lariboisière, pour apporter à chaque malade un volume d'air considérable, au moyen de la ventilation artificielle, et l'on voit pourtant que ces deux hôpitaux occupent le premier rang sur la table de mortalité; l'Hôtel-Dieu, quelque imparfait qu'il soit, donne une moyenne inférieure à celle de ces deux hôpi-
pitaux, bien qu'on n'y voie fonctionner aucun appareil de ventilation.
La même remarque peut être établie à la Pitié, à Necker. Dans ce dernier hôpital, la mortalité général est restée de 1 sur 8 à 9 malades entrants, absolument comme dans les années antérieures.
« Nous pouvons trouver des éléments de comparaison plus frappants encore » (C'est à M. Gallard que nous empruntons encore cette longue citation, beaucoup trop importante, pour que nous en voulions retrancher le moindre mot1.) » Si nous prenons deux hôpitaux ayant à peu près la même population, et dont l'un est resté démuni de toute espèce de ventilation artificielle, tandis qu'on a établi dans l'autre des appareils aussi perfectionnés que dispendieux; je veux parler de la Pitié et de l'hôpital Lariboisière. L'hôpital Lariboisière compte 60G lits réglementaires; mais il y en a habituellement un peu plus. La moyenne est de 634, ainsi répartis : 374 lits de médecine, 204 lits de chirurgie; 28 lits de femmes en couches et 28 berceaux. A la Pitié, le nombre des lits est de 620, dont 403 en médecine, 168 en chirurgie, 31 lits de femmes en couches et 18 berceaux. On voit que toutes les conditions sont à peu près les mêmes, avec ces différences cependant que l'hôpital Lariboisière est situé sur une hauteur, au milieu de larges espaces vides, tandis que la Pitié est dans un fond, à proximité des eaux bourbeuses de la Bièvre, et entourée des tanneries, qui bordent cette rivière; l'hôpital Lariboisière occupe une superficie de 51,872 m. q. 98 c, tandis que la superficie de l'hôpital de la Pitié n'est que de 21,777 m. q. 65 c. A Lariboisière, l'espace cubique afférent à chaque lit est de 52 à 63 m. c. et à la Pitié, il n'est que de 25 à 49 m. c, de telle sorte que l'espace affecté aux malades les mieux partagés de ce dernier établissement n'atteint pas le minimum dévolu aux moins favorisés de l'hôpital Lariboisière. Enfin, quoique le personnel médical de chacun des deux hôpitaux se recrute parmi les mêmes hommes, celui de Lariboisière est plus complet, puisque avec le même nombre de malades, il y a six