Chapitre Ier. — Des hôpitaux consacrés à l'enfance et à la vieillesse
Hôpitaux et hospices. — Utilité des hospices de vieillards. — Analogie entre la vieillesse et l'enfance. — Influence favorable de la campagne sur les vieillards, au physique, au moral. — Nécessité des hôpitaux d'enfants. — Influence nuisible de l'air confiné chez les enfants. — Nécessité d'un air pur. — Bienfaits de la campagne. — Dispositions à prendre pour un hôpital d'enfants. — Gymnase. — Hospices d'enfants,
Ne semble-t-il pas qu'au fur et à mesure que marche le progrès, au fur et à mesure que la philanthropie crée tout autour d'elle les mille institutions diverses, dont l'établissement doit répondre à un besoin, la misère aussi suive sa route fatale, comme pour dérouter ses charitables efforts? Disons mieux : plus on marche, plus on sent la nécessité de marcher encore, de soulager toutes les douleurs, de sécher toutes les larmes, de subvenir à toutes les nécessités. C'était donc peu d'avoir créé des hôpitaux d'adultes destinés à guérir les indigents atteints de maladies aiguës; on a voulu faire mieux, et aujourd'hui chaque maladie, pour ainsi dire, chaque besoin, chaque époque de la vie ont, dans les grandes villes, un refuge assuré.
De là l'utilité des hôpitaux spéciaux, de là l'utilité des hospices.
Il existe en effet entre ces deux genres d'asiles une différence
capitale : sous le nom d'hôpitaux, il faut entendre des établissements destinés au traitement gratuit des indigents atteints de maladies aiguës, tandis qu'on réservera celui d'hospices aux asiles où sont recueillis les aliénés, les vieillards, les enfants abandonnés , etc. Nous nous efforcerons donc , après avoir tracé sommairement, dans notre première partie, les conditions générales de toute maison de secours, d'examiner ici quelques conditions spéciales que réclament pour eux certains asiles destinés soit à la vieillesse, soit à l'enfance, soit aux femmes en couches. Mais nous ne donnerons pas place ici à la description de certains établissements, tels, par exemple, que les asiles d'aliénés, dont la construction exige des dispositions toutes particulières, et en dehors du sujet que nous agitons. Nous nous abstiendrons aussi de parler de certains hôpitaux spécialement consacrés à quelques maladies, les uns parce qu'ils ne présentent rien de particulier, les autres parce qu'il nous répugne souverainement de les admettre : tels sont les hôpitaux de cancéreux ou de phthisiques, comme il en existe à Londres et à Berlin, hôpitaux dont nous accueillerons avec bonheur l'installation, s'ils permettaient d'employer un traitement vraiment curatif; mais qui n'ont, hélas î d'autre résultat que de condamner au désespoir le malade qui pénètre dans leur enceinte, en lui dévoilant tout à coup le nom d'un mal qu'une sage philanthropie devrait lui cacher à tout jamais. « Jl ne faut pas, dit M. Léon Le Fort *, qu'ils trouvent écrit sur la porte de ce triste asile la désolante inscription de l'enfer du Dante. Laissons-leur l'espérance, cette illusion sans cesse renaissante, et n'inscrivons pas davantage au frontispice de quelques-uns de nos établissements : Hospice des incurables. » Hospices de vieillards. — Les partisans les plus dévoués des hôpitaux, ceux-là même qui n'ont jamais pensé à contester les heureux résultats et L'importance de ces établissements de secours, se sont souvent énergiquement prononcés contre les asiles uniquement destinés aux vieillards, en se basant sur ce motif d'ailleurs assez captieux que la vieillesse n'est pas un accident, mais un terme inévitable, un terme nécessaire de