Léon Le Fort, Société de chirurgie, loc. HU% p
l'existence que devrait prévenir la prévoyance de l'homme : ouvrir au vieillard un asile pour ses vieux jours, c'est à la fois encourager leur abandon par les familles, et l'imprévoyance des hommes eux-mêmes.
Vrai au premier abord, cet argument ne peut résister au raisonnement, et moins encore à la vue de ce qui se passe tous les jours. N'encourageons pas l'imprévoyance, je le veux bien ; mais supprimer le pauvre, supprimer le paupérisme est, hélas ! un difficile problème, dont la solution sera bien longtemps cherchée encore. La suppression de l'hospice est aussi impossible aujourd'hui que celle de l'hôpital
« Est-ce que l'hôpital, dit M. Husson l, après le traitement des maladies aiguës, ne nous lègue pas une foule de vieillards paralytiques ou infirmes, sans asile ou sans famille ? Tous les grabats de la ville, tous les ménages d'ouvriers chargés d'enfants, où la misère en permanence ne laisse plus de place pour l'aïeul, toutes les mansardes que la cherté des loyers dispute à de vieilles ouvrières, dont la vue s'éteint, ou dont les doigts affaiblis ne peuvent plus manier l'aiguille, ne nous envoient-ils pas, quelquefois même en passant, par l'abandon de la rue, leur contingent de paralytiques, d'infirmes, d'aveugles, de cancérés ? A tous ces malheureux il faut la nourriture, un lit, des vêtements, et tous ces soins divers qui, nous devons bien le dire, ne peuvent être donnés économiquement et avec efficacité que dans des maisons spécialement organisées pour cette destination.
L'hospice ainsi envisagé est, à proprement parler, un autre hôpital. Il ne saurait être question sans doute d'entreprendre d'y restituer l'activité et la santé à ceux qui les ont à jamais perdues; mais par des soins constants, par une bonne hygiène, par des secours médicaux donnés au besoin, on s'applique du moins dans l'hospice à éloigner les causes de destruction, qui viennent menacer sans cesse une population déjà affaiblie par l'âge et les privations. »
Quant à nous, nous ne pouvons penser, sans sentir notre cœur se serrer, qu'il pourrait se trouver par le seul fait de la