‹ Des hopitaux et des hospices (volume 2)Chapitre 76 sur 98 · Réveillé-Parise, loc. cit · texte numérisé non relu

Réveillé-Parise, loc. cit

2. Davenne, Bulletin de l'Académie impériale de médecine. Paris, 1862, t. XX VIL

administration consciencieuse, secondée par un corps médical savant et dévoué, l'ardent espoir d'arracher à la mort tant d'intéressantes victimes; tous ces efforts sont restés vains, et le fléau n'en a pas moins continué ses ravages. »

C'est qu'en effet, tandis que nous voyons la robuste compagne du paysan supporter sans aucun accident sa grossesse, arriver au terme sans avoir pris aucune précaution, s'arrêter à peine quelques jours, nous dirions presque quelques heures pour ses couches, et reprendre parfois dès le surlendemain ses pénibles travaux, sans que rien vienne entraver la marche naturelle de la gestation et de la parturition ; les plus redoutables accidents viennent fondre sur les femmes de nos cités; pour plusieurs, gestation difficile et douloureuse; pour beaucoup, une de ces maladies fatales qui déjouent tous les efforts de la science et du dévouement.

Mais c'est surtout dans les maisons d'accouchements que ce triste dénoûment se produit plus souvent ; il n'est pas une année où la Maternité de Paris ne se voie forcée de fermer ses salles, pas une année où le chiffre de la mortalité ne vienne effrayer les accoucheurs, et faire réfléchir une fois de plus les savants à la recherche de la cause inconnue qui décime les femmes en couches.

Tenon, dans le tableau que nous avons tracé d'après lui de la physionomie de l'Hôtel-Dieu, se plaint du triste état de choses dont les malheureuses qui vont être mères seront fatalement les victimes. A cette époque, la mortalité des femmes qui venaient accoucher à l'Hôtel-Dieu, n'était pas moindre de 1 pour 13.

A l'hôpital d'accouchements de Paris, le nombre des entrées en 1856 s'est élevé à 4,739. Le chiffre des décès, pour cette même année, a été de 439. La mortalité moyenne, en y comprenant celle des femmes en couches et des nouvéau-nés, a été, pendant la période décennale de 1845 à 1854, de 1 sur 17,18; en 1855, de 1 sur 11,49, et en 1856, de 1 sur 10,67.

Quelle est la cause première de cette mortalité ? Nous ne craignons pas de dire que c'est encore, comme dans les autres hôpitaux, la mauvaise disposition des établissements destinés à accueillir les femmes en couches ; nous n'en voulons qu'une

preuve, c'est l'indemnité relative dont jouissent les hôpitaux anglais, d'après M. Léon Le Fort1, hôpitaux que nous avons montrés supérieurs aux nôtres au point de vue de l'hygiène et de la salubrité. Pour citer un chiffre entre cent, il s'est fait à Guy's-hospital, 11,928 accouchements pendant une période de sept années. On n'a eu à déplorer que 36 morts, qui se décomposent ainsi :

Péritonite 14

Hémorrhagie 7

Rupture de l'utérus 3

Métrite 1

Phthisie 1

Choléra 1

Pneumonie 2

Fièvre 1

Maladie de Bright 2

Infection purulente 2

Éclampsie 2

Total "iP

La fièvre puerpérale, puisqu'il faut l'appeler par son nom, ce fléau dévastateur qui moissonne chaque année tant de victimes dans la force de l'âge et l'efflorescence de la jeunesse, la fièvre puerpérale trouve-t-elle sa cause dans l'absence des précautions hygiéniques?... nous n'oserions ni l'affirmer ni le nier, alors que tant de savants maîtres gardent sur cette question litigieuse un modeste silence. Mais ce que nous savons bien, ce qui est indiscutable, ce qui est acquis à la science, c'est que l'absence de ces précautions hygiéniques décuple, centuple la mortalité dans les hôpitaux d'accouchements

C'est ici le lieu d'ouvrir une parenthèse et de dire en quelques mots comment et où sévit la fièvre puerpérale. Comment indiquer, en effet, ce qu'il faut faire pour l'éviter, si nous ne disons avant ce qu'elle est? Qu'on se rassure d'ailleurs; nous n'agitons pas ici une question de doctrine ; le problème serait trop difficile pour nous : « A travers ce conflit d'idées sur le siège de ce que nous appelons fièvre puerpérale, que déduire

1. Léon Le Fort, Statistique comparative des hôpitaux en Angleterre. (Gazette des hôpitaux, 1861.)

en effet, dirons-nous avec M. Ch. Dubreuilh1, sinon des idées vagues aussi variables que les altérations que le scalpel rencontre, et que la nature des épidémies elles-mêmes. »

Que la fièvre puerpérale soit une maladie fébrile ayant pour point de départ un état général auquel les lésions locales, lorsqu'elles existent, sont subordonnées, en un mot une fièvre essentielle, ainsi que le veulent MM. Dubois, Depaul et Danyau2 ; qu'elle ne soit autre chose, comme l'assure M. Bouillaud3, qu'une pyrexie à laquelle l'infection septique et purulente du sang suffit pour ajouter des phénomènes généraux qui constituent la maladie même, dont on a voulu faire une entité morbide ; qu'elle soit, comme le demande Cazeaux *, une maladie à phlegmasies multiples, dont la gravité découle de l'état de prédisposition morbide dans lequel se trouve l'organisme au moment de leur développement d'une part, de l'influence occulte du génie épidémique de l'autre ; qu'elle soit, comme l'assure M. Velpeau 5, une péritonite, une angioleucite, une phlébite ou une infection purulente ou putride modifiée par l'état puerpéral ; ou une inflammation du péritoine (Beau) 6, inflammation franche comme la pneumonie, comme la pleurésie, comme celle qui résulte d'un traumatisme quelconque ; la fièvre puerpérale, dis-je, présente quelque chose de tout spécial, un ti 6s(ov, un quid divinum, qui peut trouver son explication dans les conditions où elle se développe.

Mais doit-on supposer que ce quelque chose appartient exclusivement à la femme, nous ne le croyons pas, et tout en admettant, chose incontestable ! que la menstruation, la grossesse, l'accouchement développent chez la femme un état spécial consistant en particulier dans une altération des liquides et qui la prédispose aux affections les plus graves, il

1 . Ch. Dubreuilh, De la fièvre puerpérale épidémique. Mémoire couronné par la Société de médecine de Bordeaux. 1848.

2. De la fièvre puerpérale, de sa nature et de son traitement; communications à l'Académie de médecine. Paris, 1858, p. 17, 111, 155, 219.

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