‹ Des hopitaux et des hospices (volume 2)Chapitre 9 sur 98 · P. Bernard, Union médicale, septembre · texte numérisé non relu

P. Bernard, Union médicale, septembre

2. Ch. Dubreuilh, Recherches historiques sur les établissements hospitaliers à Bordeaux, 1864.

3. Tenon, Examen d'un projet de translation de V Hôtel-Dieu de Paris. (Mémoires de l'Académie des Sciences, 1785.)

4. Lettres patentes de François 1er, 14 mars 1515. (Arch.de l'Assist. publiq.)

il INTRODUCTION

affreux au poignant récit qu'offre leur premier mémoire ? « Ils ont vu les morts mêlés avec les vivants ; des salles où les passages sont étroits, où l'air croupit faute de pouvoir se renouveler, et où la lumière ne pénètre que faiblement et chargée de vapeurs humides. Les commissaires ont encore vu les convalescents mêlés, dans les mêmes salles, avec les malades, les mourants et les morts, et forcés de sortir les jambes nues, été comme hiver, pour respirer l'air extérieur sur le pont Saint- Charles ; ils ont vu, pour les convalescents, une salle au troisième étage, à laquelle on ne peut parvenir qu'en traversant la salle où sont les petites véroles ; la salle des fous, contiguë à celle des malheureux qui ont souffert les plus cruelles opérations, et qui ne peuvent espérer de repos dans le voisinage de ces insensés, dont les cris frénétiques se font entendre jour et nuit ; souvent, dans les mêmes salles, des maladies contagieuses avec celles qui ne le sont pas ; les femmes attaquées de la petite vérole mêlées avec des fébricitantes. La salle des opétions, où l'on trépane, où l'on taille, où l'on ampute les membres, contient également et ceux que l'on opère, et ceux qui doivent être opérés, et ceux qui le sont déjà. Les opérations s'y font au milieu de la salle même ; on y voit ces préparatifs de supplice ; on y entend les cris du supplicié; celui qui doit l'être le lendemain a devant lui le tableau de ses souffrances futures ; et celui qui a passé par cette terrible épreuve, qu'on juge combien il doit être profondément remué par ces cris de douleur î Ces terreurs, ces émotions, il les reçoit au milieu des accidents de l'inflammation et de la suppuration, au préjudice de son rétablissement et au hasard de sa vie. La salle Saint- Joseph est consacrée aux femmes enceintes. Légitimes ou de mauvaises mœurs, saines et malades, elles y sont toutes ensemble. Trois ou quatre en cet état couchent dans le même lit, exposées à l'insomnie, à la contagion des voisines malades, et en danger de blesser leurs enfants. Les femmes accouchées sont aussi réunies quatre ou plus dans un même lit, à diverses époques de leurs couches. Le cœur se soulève à la seule idée de cette situation où elles s'infectent mutuellement. La plupart périssent ou sortent languissantes. Mille causes particulières et accidentelles se joignent chaque jour aux causes générales et

constantes de la corruption de l'air, et forcent de conclure que l'Hôtel-Dieu est le plus insalubre et le plus incommode de tous les hôpitaux, et que, sur neuf malades, il en meurt deux *. »

Qui pourrait reconnaître à ce tableau nos hôpitaux d'aujourd'hui ? C'est qu'en effet, c'est particulièrement sur les maisons de secours que s'est exercée la sagacité des hommes éclairés, dont les travaux ont eu pour but constant l'amélioration des classes pauvres ; et le mouvement, que nGus constations en commençant, en faveur du peuple, a pour objet principal la question si importante et si intéressante des hôpitaux, dont les mémoires de Tenon ont été peut-être les glorieux instigateurs. Avouons-le toutefois, malgré tant de travaux, malgré l'incontestable progrès accompli depuis le commencement du siècle, il s'en faut de beaucoup, hélas ! que l'on trouve dans nos asiles hospitaliers le bien-être et la salubrité qu'on y voudrait rencontrer ; et lorsque l'on consulte les statistiques, on demeure effrayé du chiffre énorme de la mortalité. Mais devonsnous nous en étonner ? Le problème des hôpitaux est peutêtre le plus vaste qu'il soit donné au médecin de résoudre; il résume l'hygiène tout entière, et chacune, des questions qu'il embrasse, trop souvent sujette à discussion, devient elle-même un second problème. Que d'opinions diverses ont soulevées l'exposition, l'emplacement, l'orientation des bâtiments, l'aération ! « Il y a deux mille ans qu'on discute sur ces choses, dit M. Broca 2; les modernes n'en savent pas plus long que l'auteur du Traité de l'air, des eaux et des lieux; et tout ce que les uns considèrent comme avantageux, est par d'autres considéré comme nuisible. »

C'est cependant cette question gigantesqme que nous osons aborder aujourd'hui ; c'est ce problème ardu que la Société de médecine de Bordeaux nous engage à résoudre. Nous reculerions devant l'énormité de cette tâche, s'il ne nous était permis de retrouver, dans de savantes discussions, des guides sûrs pour nous montrer le chemin; la Société de chirurgie de Paris, l'Académie de médecine ont ouvert la voie, et le Bulletin de

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