A. Becquerel, loc cit., p
2. Péclet, Traité de la chaleur considérée dans ses applications .
3. Michel Lévy, Traité d’hygiène publique et privée. 4e édition. Paris, 1862.
exerce sur l’homme? « Dans l’obscurité, dit M. Damas', les plantes fonctionnent comme de simples filtres que traversent l’eau et les gaz; l’acide carbonique qu’elles puisent dans le sol passe au travers de leur tissu, et se répand dans l’air; il n’est donc pas exact de dire que, pendant la nuit, les plantes produisent cet acide; elles le laissent passer seulement. Sous l’influence de la lumière solaire, elles fonctionnent comme des appareils réducteurs, qui décomposent l’eau, l’acide carbonique, l’oxyde d’ammonium. La décomposition d’un corps aussi stable que l’acide carbonique ne peut s’opérer dans les parties vertes qu’à l’aide des rayons chimiques de la lumière qu’elles absorbent en entier. Ces matières vertes elles-mêmes ne sauraient se produire sans l’intervention de la lumière ; dans les cavités souterraines, la végétation est nulle ou se compose de quelques mousses.
» La fixation du carbone dans les végétaux n’ayant lieu que par l’action de la lumière sur leurs parties vertes, c’est dans les lieux très-éclairés que les plantes présenteront en abondance les principes résineux et autres auxquels elles doivent leur saveur et leur odeur, principes généralement riches en carbone ; c’est aussi là que l’on trouvera les bois les plus compactes, les plus solides, les plus avantageux pour le chauffage : car la chaleur que le bois donne par la combustion est en raison directe de la proportion de carbone qu’il contient. Mal éclairées et privées de lumière, les plantes se décolorent, s’étiolent, se déforment, se gorgent de sucs aqueux et perdent leur saveur.
» Tous les phénomènes qui naissent sous l’impression de la lumière dans les végétaux vont se répéter exactement dans l’économie animale ; l’insolation est indispensable au développement complet des organes, et l’observation le confirme. Les individus qui passent une grande partie de leur vie dans les lieux obscurs ou mal éclairés ne se distinguent pas seulement par le caractère de leur peau ; ils ont les chairs molles, bouffies, comme infiltrées; ils sont frappés d’atonie dans tous leurs
1. Dumas, Essai de statique chimique des êtres organisés, 2e édition. Paris,
CIRCUMFUSA
tissus, et sujets aux accidents de l’hydrohéraie : tels sont les individus que la misère confine dans les quartiers les plus sombres et les plus encombrés des grandes villes; les prisonniers relégués dans des cachots ténébreux ; les marins, dont le poste habituel est dans les parties profondes des vaisseaux, dans la cale, à la cambuse ; les portiers des maisons de Paris situées dans les quartiers les plus populeux; les ouvriers qui travaillent au-dessous du niveau du sol, etc. C’est parmi ces classes de la population que l’on observe en grand nombre les déviations du système osseux, les nuances exagérées du tempérament lymphatique portées, le plus souvent, jusqu’à l’état scrofuleux; c’est aussi sur elles que la phthisie tuberculeuse sévit le plus. » Disons, en un mot, que la privation de la lumière, chez les végétaux comme chez les animaux, produit l’étiolement, affection ayant pour caractère chez l’homme, suivant A. Becquerel, une modification spéciale du sang qui consiste dans la diminution simultanée de ses trois éléments principaux, la fibrine, l’albumine et les globules, et dans l’augmentation de l’eau.
Que la lumière solaire vienne, au contraire, frapper le corps, et on le verra favoriser la nutrition ; sous son influence, les |i formes se développeront avec régularité, et ces heureuses pro- I portions, qui constituent la grâce dans l’espèce humaine, ne tarderont pas à apparaître. Nous pouvons citer comme exemple et comme preuve de ce que nous avançons les récits des voyageurs qui ont visité les régions méridionales. « Hommes et femmes, dit A. de Humboldt en parlant des Chaymas 4, ont le corps très-musculeux, mais charnu, à formes arrondies; il est superflu d’ajouter que je n’ai vu aucun individu qui ait une difformité naturelle; je dirai la même chose de tant de milliers de Caraïbes, d’indiens, Mexicains et Péruviens que nous avons observés depuis cinqans. Ces difformités du corps, ces déviations sont infiniment rares dans certaines races d’hommes, surtout chez les peuples qui ont le système dermoïde fortement coloré. »
Au point de vue des hôpitaux, enfin, nous laisserons la parole à une femme dont l’expérience et la sagacité ont conquis l’estime du monde savant, en même temps que son philantlirq-
i. A. de Humboldt, Voyage aux régions équinoxales. Paris, 1814.
pique dévouement et sou inépuisable charité faisaient l’admiration de l’armée d’Orient : nous avons nommé miss Nightingale *. « Sous notre climat brumeux, dit-elle, tous les hôpitaux devraient être construits de telle sorte que les parties recevant directement le soleil fussent aussi considérables que possible. Cette règle dont on tenait si grand compte dans nos anciens hôpitaux, qui sont restés les meilleurs, est, je regrette de le dire, complètement négligée dans ceux de construction récente. On peut toujours modérer l’éclat d’une salle trop éclairée, tandis que l’obscurité d’une salle mal éclairée est sans remède 2. »
1. Nous empruntons au savant bibliothécaire de la Bibliothèque Mazarine le portrait suivant de cette femme célèbre : « Miss Nightingale a un grand sens pratique, une rare puissance d'organisation, une longue expérience des malades; elle les aime, elle compatit à leurs maux, non pas précisément avec cette tendresse de cœur qu'on trouve si souvent chez nos dames ou chez nos Sœurs de charité, mais avec ce sentiment grave et un peu froid, avec cette espèce de solennité que tout Anglais apporte dans l’accomplissement d’un devoir. Il semble que, chez nos voisins, la philanthropie ne laisse que peu de place à la charité, et que la préoccupation des détails ralentisse les élans de la commisération; la poésie est exclue de la chambre d’un malade; on n'y doit rencontrer que la triste réalité; les soins l’emportent de beaucoup sur les consolations Ce n’est pas un reproche que j’adresse à miss Nightingale; c’est un fait physiologique que je signale, une dissemblance que je reconnais entre le caractère des Anglais et celui des Français Le point important pour un Anglais, c’est de guérir correctement et promptement, tutô et cilô; on n'a pas de temps à perdre; le Français ajoute le jucundè ; il a besoin que la pilule soit dorée; il veut être traité en petite maîtresse et en enfant gâté; il exige qu’on prenne souci de son imag:nation autant que de son corps; il n’aime pas les visages sévères; l’idée d’une mort sans gloire et précédée de souffrances sans compensations lui est insupportable; il ne veut pas et ne sait pas être malade, ou plutôt il est malade à sa façon, avec toutes sortes de caprices, de petites misères, de susceptibilité nerveuse, je dirais presque de coquetterie. L’Anglais et le Français affrontent la maladie, comme ils vont au feu : le premier avec cette fermeté qui relève presque uniquement de la notion du devoir, le second avec cette ardeur chevaleresque qui veut être applaudie, et, s’il est possible, récompensée. Le Français malade aime qu’on l’encourage à souffrir, et qu’on le distraie des angoisses de la mort; l’Anglais y met plus de fierté, plus de sombre résignation.
Ainsi, ce ne sont pas des douceurs que miss Nightingale veut qu’on prodigue aux malades : ce sont des soins éclairés, méthodiquement administrés et minutieux qu’elle exige des gardes, des amis ou des parents. Ce n’est pas chose trèsgaie ni même très-commode d’être gouverné suivant 1 s préceptes de notre auteur; du moins, c’est chose en général fort sensée et presque toujours profitable. » (Daremberg, loc. ci.t., p. 397.)
2. Miss Nightingale, Noies on Hospita/s, p. 12, traduction empruntée à l’ouvrage de M. A. Husson.
C I H CUMFUSA
Sans vouloir nous arrêter ici aux conditions diverses des climats qui ne rentrent dans notre cadre que d’une manière tout à fait incidente, constatons en passant que l’hygiène a horreur des extrêmes. Pas de température trop froide ou trop élevée; par suite, nécessité, dans les pays chauds, d’abriter les maisons de secours contre la chaleur ; dans les pays froids, contre la violence des frimas ; pas d’altitude exagérée. Tout le monde connaît la célèbre ascension de Gay-Lussac, exécutée au mois de juillet : à dix heures du matin, il notait une température de 27°, 75 ; à trois heures du soir, à 6977 mètres d’altitude, la température était de — 9°. Dire d’ailleurs que la température décroît en raison directe de l’altitude, c’est assurer un fait qui repose sur l’expérience. Ramon, Kaern tz, Humboldt, Boussingault, Schow, Guérin (d’Avignon). Charles Martins, Bravais, ont constaté en moyenne un abaissement de température de 1 degré par 180 mètres d’altitude. L’évaporation plus facile dans les lieux élevés, un rayonnement nocturne plus actif expliquent cette différence. Donc, s’il est utile de placer une habitation salubre sur un point élevé où un air plus pur se renouvelle constamment autour d’elle, on évitera aussi de s’élever trop haut, pour ne pas subir les atteintes du froid.
Et pour résumer en deux mots les données hygiéniques indispensables à l’intelligence de la question qui nous occupe, disons, en terminant ce chapitre, que l’homme sain ou malade a besoin avant tout d’air pur, de lumière. C’est là le point capital; la construction est ici de minime importance, et Philibert de Lorme le reconnaît lui-même, lorsqu’il écrit : « Quand vous aurez entendu le rapport des sages, des philosophes et médecins qui connaissent la nature des lieux, de l’air et des eaux, ainsi qu’Hippocrate en a fait un livre, alors vous penserez à chercher un architecte..., afin de bien ordonner et conduire votre bâtiment1. »