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Trélat, Société de chirurgie, page

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construction, qu’ils ne rencontrent ni angles ni parties rentrantes, que le soleil puisse baigner la totalité des bâtiments, il faut enfin que ces bâtiments, largement espacés et complètement séparés les uns des autres, i:e constituent pas des foyers d’infection réciproque, dont la puissance croît avec le nombre.»

Ces conditions, où les trouverons-nous?

On connaît le projet d’Antoine Petit, longuement développé

dans un mémoire que nous avons déjà eu occasion de citer : la forme d’une étoile, aujourd’hui adoptée par le ministère de l’intérieur pour les prisons, et, si le souvenir de nos recherches

Fig. i. —

SEINE r.

Plan d’hôpital présenté par Poyet.

ne nous induit pas en erreur, adoptée également à l’Hôtel-Dieu de Lyon, a longtemps conservé les sympathies des médecins et des architectes. On sait d’ailleurs que l’architecte Poyet, alors qu’on avait décidé la translation de l’Hôtel-Dieu dans l’île des Cygnes, avait proposé un modèle à peu près semblable. (Voirfig. 4, p. 43.)

Destiné à recevoir 5,000 malades, mais construit de manière à ce que toutes les salles fussent parfaitement isolées, l’hôpital qu’avait rêvé Poyet reçut tout d’abord l’approbation de la commission de l’Académie des sciences. Mais plus tard, dans un rapport où l’on s’accorde généralement à reconnaître l’œuvre du malheureuxBailly l, les commissaires condamnèrent le projet, en se fondant, non sans raison, sur le danger que pourrait présenter une pareille agglomération : « Un hôpital de 5,000 malades est une ville, disait la commission, et une ville plus peuplée que les trois quarts des villes de France. C’est déjà un grand inconvénient de resserrer tant d’habitants dans un espace disproportionné; mais un hôpital, quelque bien tenu qu’il soit, est toujours un réceptacle de maux et de misères; c’est un tableau effrayant de considérer ces maux accumules au nombre de 5,000, de penser qu’on charge ainsi sans cesse un même volume d’air, non-seulement des émanations de 5,000 individus, mais des miasmes et de l’infection de ces corps malades, dont le lieu le plus aéré et une propreté toujours vigilante ne peuvent entièrement les dépouiller. »

Le plan de Poyet a trouvé quelques imitateurs; tel est entre autres le vaste hôpital construit par les Américains sur les bords de la mer, au point où le Potomac va se jeter dans la baie de Chesapeake, non loin de Baltimore, si nous ne nous trompons. Le Hammond Hospital, c’est ainsi qu’on le désigne, ne reçoit que 780 malades. (Voir fig. 2, page 45.)

Avons-nous besoin de dire que c’est déjà beaucoup trop; ajoutons que les seize pavillons qui composent cet édifice, réunis entre eux par une galerie circulaire, interrompue ellemême par deux autres galeries formant en quelque sorte les

I. Bailly, Mémoire de l'Acad. des sciences. — Rapport du 22 nov. 1786.

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rayons de la circonférence, se font ombre mutuellement et nous semblent apporter un obstacle continuel à l’aération. Quatre pavillons placés au centre nuisent encore d’une manière évidente à cette aération.

Fig. 2. — Hammond general Hospital. Plan du rez-de-chaussée : a, bureaux de la direction ; b, salles de malades ; c, cuisine ; d, lingerie ; e, maison de garde ; f, knapsack room; g, chambre des morts.

Tel est encore Y Hôpital Moiver, construit sur le plateau de Chesnut-Hill, à Philadelphie, asile provisoire construit pendant la guerre, pour les blessés de l’armée du Nord, et qui a

pu contenir jusqu’à 3,320 malades! Pourlberti1, un hôpital devra présenter la forme d’un vaste bâtiment carré, dont l’espace intérieur sera partagé par des corps de logis formant la croix grecque; pour John Aikin, rien n’est comparable au carré parfait.

A ce titre, l’Hôpital Général de Madrid, de la Charité à Berlin, de Saint-Barthélemy à Londres, dont nous reproduisons ici le plan général, seraient des modèles d’hôpitaux (fig. 3).

Avons-nous besoin de dire que ces plans sont inadmissibles?

D’un côté , une partie des salles se trouvera ainsi exposée aux vents les plus insalubres ; d’autre part, ainsi que nous l’avons déjà dit, il nous paraît difficile d’assurer la libre circulation de l’air , soit dans un carré, soit dans une étoile , dont les nombreuses branches se surplombent mutuellement.

Les hôpitaux en forme d’H (San Ambroglio de Milan et Middlesex Hospital) (fig. 4), de T, comme l’ancienne infirmerie de Glascow, n’ont pas davantage notre approbation.

Tout ce que nous avons déjà dit a fait assez comprendre que nous avons horreur des angles, qui s’opposent par leur disposition même à l’aération des bâtiments. Cette profession de foi expliquera pourquoi nouscondamnerons toujours, aupoint de vuede l’hygiène, la croix latine de l’hôpital de Santa Maria Nuova à Florence,

d. lberti, Observations générales sur les hôpitaux.

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qui n’est salubre, ainsi que le reconnaît le marquis Garzoni, son directeur, que « grâce au climat de la Toscane, dont l’heureuse influence a pu combattre et neutraliser les effets d’une construction défectueuse 1 ; » l’équerre de l’infirmerie de Bristol, le quadrilatère incomplet de l’hôpital des Diaconesses de Béthanie à Berlin, ou de celui de Hambourg, etc.

Fig. 5. — Hôpital et œuvre de Saint-Louis-de-Gonzague à Turin. Plan du lor étage : 1, vestibule; 2, chambre pour la récréation des malades; 3, escalier principal; 4, église; 5, infirmerie; 6, passage derrière les lits; 7, dépendances; 8, latrines.

Nous avons peu de sympathies encore pour Saint-Louis-de- Gonzagueà Turin, où l’on pourrait facilement reconnaître les idées d’Iberti. Quatre pavillons partent en divergeant comme les branches d’une croix grecque d’un bâtiment circulaire et central destiné aux services généraux ; ces quatre pavillons se trouvent réunis deux à deux par les bâtiments qui joignent leurs extrémités. Malgré les nombreux détails de service, qui montrent de la part de l’architecte d’excellentes intentions unies à une connaissance profonde des besoins des malades, et que nous regrettons de ne pouvoir reproduire ici, nous ne pouvons reconnaître comme salubre un édifice aéré en grande partie par les fenêtres ouvertes sur deux cours triangulaires (fig. 5). Serons-nous plus indulgents pour les pavillons isolés? On a prévu notre réponse.

1. Garzoni, Note communiquée à M. Husson. Loc. cit., page 384.

F jg. 6. — Hôpital Clermont-Tonnerre à Brest.

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Citons pour appuyer nos idées l’hôpital de Clermont-Tonnerre à Brest (fig. 6). Peut-on admettre un hôpital composé de dix pavillons parallèles séparés seulement par un intervalle de 15 mètres et mis en communication par une galerie couverte? Où sont, demanderons-nous, les conditions de salubrité que nous réclamions tout à l’heure ? Est-il possible de dispenser largement l’air et la lumière dans un bâtiment si vaste, et (qu’on nous pardonne le mot) si compacte?

Mais nous entendons déjà les partisans du système des pavillons séparés nous crier que l’hôpital de la marine à Brest s’éloigne sensiblement de leur plan de prédilection; qu’il contient, en outre, 1,179 malades, qu’enfin.il est étroitement enfermé par des bâtiments dépendant de l’arsenal maritime.

Choisissons donc un modèle plus convenable et voyons Lariboisière qu’on s’efforce de nous représenter comme le dernier mot du progrès ; Lariboisière, dont la construction, décidée en 1839, ne fut achevée qu’en 1854 et coûta plus de 10 millions de francs; Lariboisière, enfin, dont M. Husson a pu dire : « A part quelques appropriations de détails que l’administration compte encore réaliser, il présente, à un degré inconnu jusqu’à ce jour, toutes les conditions de bien- 1 être et de salubrité qu’un établissement de cette nature puisse réunir *. »

Mais, hélas! cet hôpital, si parfait qu’on s’est empressé de le copier à Nantes et à Madrid, présente au plus haut point les défauts les plus graves et les plus sérieux : agglomération de malades, proximité des bâtiments, impossibilité d’assurer la circulation de l’air.

Mais, hélas 1 cet hôpital si parfait est un de ceux qui donne la plus grande mortalité. « On a allégué, il est vrai, que cette mortalité s’explique pour Lariboisière par la gravité exceptionnelle des maladies aiguës et par un nombre excessif de maladies chroniques et surtout de phthisies, dit M. Trélat 2. Or, j’ai sous la main, continue-t-il, pendant que je parle, un tableau dont les éléments sont empruntés à la statistique médicale de 1861, d’où il résulte que c’est à Beaujon d’abord, à

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