‹ Des hôpitaux et des hospicesChapitre 22 sur 90 · Miss Nightingale, toc. cit · texte numérisé non relu

Miss Nightingale, toc. cit

4. John Roberton, A few additional suggestions, wilh a view to the improvement o( Hospitals. ( Comptes rendus de la Société de statistique de Manchester, Mai 1858.)

pour quelques-uns, mauvais pour le plus grand nombre ; dans aucun de ceux que j’ai visités, je n’ai vu qu’on se fût préoccupé de prévenir la formation de cette atmosphère impure. Sur le continent cependant ce but a été obtenu. J’ai vu moimême l’application de plusieurs plans ingénieux que le succès a couronnés, et qui ne peuvent manquer d’exciter des sentiments de plaisir et d’admiration. Je mentionnerai plus particulièrement l’hôpital de Bordeaux, le plus remarquable que j’aie vu, et j’y joindrai ceux de Saint-Jean à Bruxelles, Lariboisière et Beaujon à Paris. »

Bappellerons-nous enfin l’opinion du docteur Oppert *, médecin de l’université de Berlin, qui s’écrie, en parlant de Lariboisière, « que c’est un des hôpitaux modèles de l’Europe et l’un des plus beaux monuments de l’humanité. »

Cependant, en y réfléchissant, on s’explique cet enthousiasme. Le visiteur se trouve heureusement surpris, en pénétrant dans la plupart de nos hôpitaux, de l’aspect presquegai et riant qu’ils présentent, de larges corridors, de somptueux portiques, de la lumière ; c’est plus qu’il n’en faut pour étonner les étrangers habitués, si nous en croyons miss Nightingale, à l’aspect de salles sombres et tristes, trop souvent partagées par des cloisons contre lesquelles s’accumulent les lits.

Nous avons déjà vu, par les quelques résultats statistiques indiqués plus haut, que la préférence accordée aux hôpitaux français est mal fondée et que lerésultat définitif est en faveur des hôpitaux étrangers. Pouvons-nous nous expliquer cette contradiction apparente autrement qu’en attribuant la mortalité deces hôpitaux au défaut d’aération, surtout si nous rappelons que les salles des hôpitaux anglais, plus petites que les nôtres, sont à chaque instant, malgré le ciel inclément du Royaume-Uni, ventilées par l’ouverture plusieurs fois répétée des fenêtres. Là, peu ou point de pavillons agglomérés ; là, point d’immenses bâtiments se faisant ombre mutuellement; pluie, vent balayent à tous moments les murailles des hôpitaux, murailles simples, il est vrai, et sans ornements, mais salubres... et c’est bien quelque chose.

I. Dr Oppert, Die Einrichtvnq von Krank&riïliaüsern . Auf w'menschnftlichen Reisen gemachte Studien. Berlin, 1859.

CONSTRUCTION

Nous rejetons donc le système des pavillons isolés : ce plan, pour la première fois proposé en 1777 à l’Académie des sciences par Le Roy 4, accepté par cette compagnie, si magnifiquement exécuté à Bordeaux, à Paris, à Nantes, etc., nous le condamnons hautement, ne regrettant qu’une chose, c’est que notre voix n’ait pas assez d’autorité pour le faire à tout jamais condamner; heureusement nous ne sommes pas seul de notre avis, et la Société de chirurgie de Paris, pour ne citer qu’un nombre restreint d’hommes intelligents et érudits, crie avec nous contre ce plan meurtrier. Nous avons dit tout à l’heure le chiffre effrayant de mortalité de Lariboisière ; ne nous en étonnons plus, en nous rappelant que les pavillons de cet hôpital, rangés, comme les pelotons d’un régiment, les uns derrière les autres, forment, par le fait, suivant l’ingénieuse comparaison de M. Trélat, une série de rues étroites où ne pénètre jamais le soleil.

Personne plus que nous n’admire le remarquable hôpital de Bordeaux, au point de vue architectonique; au point de vue de l’hygiène, nous ne pouvons que le condamner, et plus encore que Lariboisière, à cause des galeries qui font des préaux placés entre les divers pavillons, des cours sans air et sans soleil, nous dirions presque des puits. L’hôpital Saint- André de Bordeaux, placé au centre de Paris, donnerait, nous en sommes convaincu, une mortalité plus grande encore que celle de Lariboisière, où ses galeries ne s’élèvent qu’à la hauteur du premier étage. Nous accusera-t-on d’injustice, si nous attribuons à cette disposition vicieuse les redoutables épidémies d’érysipèles dont cet établissement a été témoin en 1863 et 1864, au dire des journaux de médecine bordelais de ces deux années?

Encore une fois, nous voulons de l’air, du soleil, le vent, la pluie, en un mot l’aération naturelle. Nous adoptons le plan le plus simple, un bâtiment unique ou des bâtiments peu nombreux, entièrement isolés par des espaces de 80 à 100 mètres, et complètement séparés de toute espèce d’obstacles.

1 . Le Roy, Précis d’un ouvrage sur les hôpitaux, lu à la rentrée publique de Pâques 1777. (Mémoires de l’Académie des sciences, 1787.)

54 H Y G I fi N E ET SALUBRITÉ DES HOPITAUX

Quelque simple que cette disposition paraisse au premier abord, elle offre encore des difficultés : un bâtiment unique ne pouvant contenir que peu de salles, et partant peu de malades, oblige tout d’abord à ne construire que de petits hôpitaux. Disons donc que cette conclusion ne nous déplaît nullement, et, avant d’aller plus loin, établissons la nécessité de petits hôpitaux.

Un membre de l’Académie des sciences , celui-là même auquel on doit la première idée du plan naguère exécuté à Lariboisière, Le Roy *, disait, à la fin du siècle dernier : « Un grand hôpital, j’entends qui contient un grand nombre de malades, est, par la nature même des choses, un grand mal et la source inévitable d’une mortalité beaucoup plus grande parmi ses malades, tout étant supposé de même que s’ils étaient traités ailleurs... Il suit de là qu’un des plus importants objets qu’on doive se proposer par rapport aux hôpitaux, c’est de les réduire, en les divisant de manière qu’on ne rassemble dans chacun que le nombre de malades qu’on peut espérer d’y traiter avec succès. »

Cette opinion de Le Roy, qu’on sait loin d’être personnelle, se trouve ainsi formulée dans les conclusions de la Société de chirurgie : « De bonnes dispositions hygiéniques sont faciles à obtenir dans des hôpitaux de 200 à 250 malades. Elles deviennent à peu près impossibles à réaliser dans les grandes villes, si on dépasse le double de ce chiffre. Dans ces limites de nombre, les dépenses de toute nature ne sont pas plus élevées que pour des hôpitaux plus populeux 1 2. »

« De même, dit M. Sarazin 3, qu’il faut restreindre le nombre des lits par pavillon, de même on doit limiter le plus possible le nombre des pavillons dont se compose l’hôpital. Les impérieuses nécessités de la guerre peuvent seules autoriser la construction d’établissements semblables aux hôpitaux provisoires d’Amérique. »

Quelque importante que puisse paraître la question économique, nous ne la traiterons pas ici ; si nous ne considérions

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