De Rémusat.. Circulaire du ministre de l’intérieur
INTRODUCTION
Certes, lorsqu’on réfléchit à tout ce qu’a d’attrayant la théorie de ces profonds penseurs, on se sent soi-même entraîné par le désir de voir réaliser ce rêve impossible; on sourit à la pensée devoir le pauvre soigné chez lui, guéri chez lui, « du malade redevenant un homme, n’étant plus un numéro, » et l’on se dit : « On détruirait ccs lugubres maisons, foyers morbides, imprégnés de miasmes de tant de générations, où la maladie et la mort vont s’aggravant, se décuplant par un sensible encombrement. Je ne suis jamais entré qu’avec terreur dans ces vieux et sombres couvents qui servent d’hôpitaux aujourd’hui. La propreté des lits, des parquets a beau être admirable, c’est des murs que j’ai peur. J’y sens famé des morts, le passage de tant de générations évanouies. Croyez-vous que ce soit en vain que tant d’agonisants aient fixé sur les mêmes places leur œil sombre, leur dernière pensée!
On soignerait les pauvres à domicile, bonheur immense pour lui, car on le connaîtrait, on le verrait dans ses besoins, dans les milieux qui font la maladie ou qui la recommencent dès qu’il vient de l’hôpital l. »
Soit, supprimons les hôpitaux. Mais que ferez-vous de l'indigent malade? Car, enfin, je ne suppose pas que vous ayez le pouvoir de supprimer les pauvres, bien plus de réformer les mœurs; de donner l’énergie au paresseux pour gagner son pain, la prévoyance au prodigue pour économiser sur sa faible paye de chaque jour, en vue de la maladie à venir ; de rendre sobre l’ivrogne, chaste le libertin. Mais le mal ne calcule pas, et le pauvre tombe malade : à quelle porte ira-t-il frapper?
11 restera chez lui sans doute, et c’est chez lui qu’il guérira.
Or, savez-vous, ô philanthropes qui ne voulez pas d’hôpitaux parce qu’ils engendrent la misère, savez-vous ce que dit des secours à domicile un homme bien compétent sur la question qui nous occupe, M. L. Reybaud 2 ? Écoutez le : « On peut dire hardiment que, si la moyenne de ces secours n’était pas distribuée aux pauvres, ces derniers n’en seraient pas plusmalheu-