Grassi, loc. cil
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rature de 10°, 8, et à moitié saturé d’humidité à 15 ou 16°, il devient facile de calculer la quantité d’air nécessaire pour dissoudre la vapeur d’eau produite par la respiration et la transpiration cutanée. Un mètre cube d’air à 15° à moitié saturé contient 7 gr. d’eau ; il peut en prendre encore 7 gr. pour dissoudre 1,335 gr. de vapeur d’eau; il faudra donc fournir 191 mètres cubes, soit pour une heure et en nombre rond 8 mètres cubes. »
Si l’on résume les effets de ces deux sources de viciations de l’air respirable, si l’on n’oublie pas que l’air neuf introduit peut se charger en même temps de la vapeur d’eau, on arrive à conclure que 11 m. c. d’air par heure et par personne sont suffisants.
Mais, dans nos hôpitaux, il faut faire attention à la présence continuelle, d’une part, de linges mouillés, de corps liquides ; d’autre part, de surfaces de chauffe plus ou moins considérables. M. Poumet ne craint pas de comparer la somme de ces évaporations multiples à celles des deux transpirations réunies. Ce n’est donc plus 8 m. c. par heure et par malade qu’il faudrait pour vaporiser toute cette humidité, mais 16 m. c. Si à cela nous ajoutons l’éclairage, et en particulier l’éclairage au gaz qui nécessite une grande quantité d’air pour son entretien, nous ne serons pas exagéré en demandant 20 m. c. par heure et par malade. Nous nous trompons, ce n’est pas par heure et par malade, que nous devions dire : c’est par heure et par homme sain ; car, si nous pénétrons dans une salle d’hôpital, nous trouvons des causes de viciations de l’air qui nous obligent encore d’augmenter sans proportion la quantité d’air nécessaire à chaque individu.
Nous ne connaissons pas, en effet, la puissance de diffusion des miasmes qui s’échappent des lits des malades, surtout des malades agglomérés, et que quelques expériences curieuses ont permis d’étudier, depuis plusieurs années, d’une manière pratique.
Depuis longtemps déjà, avant que l’analyse chimique vînt révéler l’existence des corpuscules organiques en suspension dans l’air des salles d’hôpital, les médecins s’étaient préoccupés de recherçher la cause de l’odeur nauséabonde qui af-
fecte si péniblement l’odorat, lorsqu’on entre pour la première fois dans une enceinte de malades.
Dès 1786, les commissaires chargés par l’Académie des sciences de l’examen du projet d’un nouvel Hôtel-Dieu 4, suivant d’ailleurs en cela les idées de Lavoisier, s’exprimaient ainsi : « Il y a tout lieu de croire que les miasmes putrides et morbifiques, dont nous ne connaissons ni la nature ni la pesanteur spécifique, s’élèvent également dans la hauteur des salles. On peut en juger par la mauvaise odeur qui s’exhale du plancher des salles où l’on a pratiqué des ventouses. Il s’ensuit que les maladies inflammatoires, la petite vérole, le scorbut, la folie, enfin toutes les maladies où il y a et fièvre ardente et émanations putrides , doivent être traitées dans des salles dont les planchers soient élevés. Les maladies des personnes âgées, faibles, cacochymes, pituiteuses, les fièvres intermittentes d’automne, les asthmes humides, demandent un volume d’air moins considérable, plus aisé à échauffer, et un plancher plus bas; mais il faut remarquer que nous appelons ici plancher élevé celui qui a de 17 à 20 pieds (5 m. 52 à 6 m. 50) et plancher bas celui qui en a 14 ou 15 (4 m. 55 à 4 m. 87) ; 12 pieds (3 m. 90) ne suffisent dans nos climats à aucune espèce d’infirmerie. »
Or ces miasmes existent bien réellement et ont même pu être classés par Alfred Becquerel en diverses catégories.
Ce sont d’abord ces miasmes physiologiques, dont nous avons déjà dit un mot, produit de l’exhalation pulmonaire et cutanée. « Ces deux exhalations, si analogues entre elles, ont pu être accumulées en certaines proportions par des moyens que nous ne pouvons exposer ici, et on a pu ainsi en colliger une quantité assez considérable, non pas pour les analyser, mais pour en étudier les principales propriétés. Ces deux exhalations contiennent une matière animale de nature indéterminée, soluble dans l’eau, ayant une odeur particulière et jouissant de la propriété de se décomposer avec une facilité singulière et d’altérer ainsi la décomposition de l’air. C’est à
I . Rapport des commissaires chargés par V Académie de l'examen du projet d'un nouvel Hôtel-Dieu (22 nov. 1786), page 59.
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cette matière animale qu’est due l’odeur que l’on rencontre dans tous les endroits où un grand nombre d’individus sont agglomérés, comme dans les dortoirs des pensionnats, des casernes et des prisons. Cette matière odorante, qui varie selon l’âge, le sexe, le tempérament, la constitution, peut être reconnue avec facilité par certains odorats. Son existence est donc réelle, incontestable, et c’est à elle que l’on doit rapporter en partie les fâcheux résultats de l’encombrement ou de l’accumulation d’un certain nombre d’individus, même en état de santé, dans les cas où l’oxygène est en quantité suffisante pour la respiration et où l’acide carbonique peut s’échapper au dehors.
» Ces effets de l’encombrement sont dus aussi bien à l’augmentation de proportion de cette matière animale, dans un espace déterminé, qu’à son altération et à sa décomposition par défaut de renouvellement de l’air. C’est là ce que l’on pourrait en quelque sorte appeler des miasmes physiologiques.
» L’augmentation de proportion et l’altération de cette matière, constituant ainsi une espèce de miasme dont on reconnaît l’existence par l’odeur particulière qu’elle présente, déterminent quelquefois certains accidents, tels que des vomissements, de la céphalalgie, de la fièvre. Dans d’autres cas, où le séjour dans un lieu habituellement encombré et dans lequel l’air n’est pas suffisamment renouvelé se prolonge un peu plus longtemps, des accidents graves peuvent se développer et il semble qu’il survienne alors une intoxication du sang analogue à celle que produisent souvent les émanations putrides ; ces intoxications se produisent par des maladies à forme typhoïde, ou même par des fièvres typhoïdes véritables.
» Voici maintenant des faitè d’un autre ordre non moins concluants, et dans lesquels le nom de miasme peut, à plus juste titre, être donné à cette exhalation de matière animale par les surfaces pulmonaire et cutanée.
» Dans une salle de malades, dans laquelle nous supposerons pour un instant qu’il n’y a ni maladies aiguës contagieuses, ni plaies en suppuration, l’odorat le moins délicat est frappé d’une odeur spéciale ; cette odeur est celle de la matière animale,
produit des exhalations pulmonaire et cutanée. Elle est sécrétée en plus grande quantité et en même temps s’altère plus facilement; c’est là le résultat de la maladie sur la production et les propriétés de cette matière. Mais, d’un autre côté, les individus atteints d’affeetions diverses sont, en raison même de l’existence de leur maladie, plus faibles, plus accessibles aux diverses causes morbifiques; ils doivent donc ressentir avec une grande facilité les effets de cette matière altérée, qu’ils ne tardent pas à absorber. C’est en vertu de cette influence, qui s’exerce surtout lorsqu’il y a encombrement des malades dans les salles d’hôpital, que l’on voit se développer des érysipèles de mauvaise nature, la pourriture d’hôpital, la gangrène, la fièvre nosocomiale.
» L’encombrement joue ici un si grand rôle, qu’il suffit souvent de le faire disparaître pour faire cesser ces accidents divers et ces complications si fâcheuses.
» Chez les femmes nouvellement accouchées, l’encombrement a des résultats non moins funestes. C’est sous cette influence que l’on voit se développer, la plupart du temps, la fièvre puerpérale dont les conséquences sont si terribles. Ce n’est qu'en faisant cesser l’encombrement, ou quelquefois même en évacuant la plus grande partie de l’hôpital dans lequel cette maladie s’est manifestée qu’on peut espérer arrêter l’épidémie dans son essor.
» Le produit des exhalations cutanée et pulmonaire accumulées et viciées a donc de plus fâcheux effets lorsqu'il provient d’individus malades que lorsqu’il se dégage d’individus sains, ou, si on le préfère, l’encombrement de sujets malades est plus grave, plus dangereux que l’accumulation de sujets sains ; d’où il suit que la matière animale, qui produit de tels résultats, mérite déjà beaucoup mieux, dans ce cas, le nom de miasmes.
j Mais il est une troisième catégorie à laquelle cette dénomination est plus justement applicable encore et qui comprend les miasmes proprement dits. Si un individu sain ou malade exhale par les surfaces cutanée et pulmonaire une matière animale volatile, capable par sa concentration et son altération de déterminer une influence fâcheuse sur l’organisme, on peut
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tout aussi bien admettre qu’il est un certain nombre de maladies qui, venant à se développer chez des individus, modifient la nature de cette matière animale, lui impriment des caractères particuliers et lui donnent la propriété, lorsqu’elle est absorbée par un sujet convenablement disposé, de communiquer une maladie semblable. Ce qu’on peut supposer à priori est' réel, incontestable, et c’est à cette matière animale, modifiée par la maladie dans le cours de laquelle elle s’est développée, de manière à pouvoir la communiquer à un autre individu, qu’on a donné le nom de miasme proprement dit 1. » On sait que cette manière de voir est démontrée par des faits probants, malheureusement d’une fréquence trop grande pour qu’on puisse les révoquer en doute. Bien plus, elle repose même sur des expériences chimiques d’un haut intérêt, celles du regrettable Réveil et de M. Chalvet. Ce dernier nous raconte, dans une série d’articles publiés dans la Gazette des hôpitaux 2, que les procédés divers employés pour reconnaître l’existence de ces miasmes ont permis de retrouver en suspension dans l’air des salles des corpuscules organiques, des débris de charpie et jusqu’à des molécules de préparations pharmaceutiques. « L’atmosphère nosocomiale, dit-il, a cessé d’être un mot vide de sens; elle diffère si essentiellement de l’air pur, qu’il n’est plus permis de ne pas en tenir compte. Dès 1860, j’eus l’occasion de voir les expériences de M. Réveil, cité par M. Devergie 3, et je constatai de la manière la plus positive la présence des corpuscules organiques sur les toiles de platine de l appareil construit par ce savant chimiste. On y voyait principalement des cellules et des débris de cellules épithéliales, des corpuscules de formes diverses, jaunissant sous l’influence de l’acide nitrique, des brins de charpie chargés eux-mêmes de corpuscules organiques.
» Dans une circonstance particulière, nous avons vu avec M. Kallmann, dans le laboratoire de M. Réveil, des débris organiques incrustés d’une substance granuleuse qui a donné les réactions du cuivre. Les poussières de cette observation avaient été recueillies dans une salle d’ophthalmie où l’on