‹ Des hôpitaux et des hospicesChapitre 50 sur 90 · Cinquième mémoire, p · texte numérisé non relu

Cinquième mémoire, p

2. Couzin, Essai sur l’hygiène des hôpitaux. Thèse de Paris, 1812.

DÉPENDANCES DIVERSES

opérations, pour ces infortunés qui ne doivent souffrir que de leurs propres maux, et à qui toute émotion étrangère est dangereuse, c’est que ces opérations se font au milieu de la salle même. On y voit les préparatifs du supplice ; on y entend les cris du supplicié : celui qui doit l’être le lendemain a devant lui le tableau de ses souffrances futures, et celui qui a passé par cette terrible épreuve doit être profondément remué et sentir renaître ses douleurs, à ces cris semblables aux siens; et ces terreurs, ces émotions, il les reçoit au milieu des accidents de l’inflammation ou de la suppuration, au préjudice de son rétablissement et au hasard de sa vie l. » Cet affreux tableau que nous avons déjà cité, et que nous n’avons pu résister au désir de résumer encore ici, impressionne si vivement Tenon qu’il demande en grâce que son hôpital modèle présente trois espèces de salles pour les opérés ; dans la première on les préparera à l’opération, dans la seconde on les opérera, dans la troisième on les placera pendant les premiers jours qui suivront les manœuvres dont ils auront été les victimes.

Le but de la première et de la troisième de ces salles, dont il n’est pas possible de contester l’utilité, se trouve rempli par les cabinets particuliers annexés à chaque grande salle : Tenon demande pour elles le lieu le plus sain et le plus tranquille.

Quant à la salle d’opérations, l’illustre académicien nous en trace les détails avec le soin qu’il apporte à tout ce qui touche la question hospitalière : rien n’y manque et nous ne pouvons désirer autre chose pour les hôpitaux que nous rêvons. Écoutons-le : « La salle d’opérations servira aussi à préparer les appareils; elle sera dallée; il y aura de l’eau; on élèvera tout autour des gradins en amphithéâtre; devant ces gradins sera une forte balustrade en fer, on tirera le jour d’en haut et de côté venant du Nord. Le parquet sera libre, d’une étendue suffisante pour contenir ou une table, ou une chaise, ou une couchette avec le malade, l’opérateur et les adjudants; les autres assistants seront placés sur les gradins de l’amphithéâtre. Tout doit dans cette salle se rapporter à la sûreté du malade,

1. Premier rapport de la Commission de l’Académie des sciences, 1785.

et l’empressement des élèves à voir opérer ne doit pas les mettre dans le cas de heurter celui qui opère. On donnera au moins cinq pieds de large à la porte de cette même salle, ainsi qu’à celle des opérés. Beaucoup de malades peuvent, après avoir été opérés, être transportés à bras ; mais il en est qu’il faut opérer dans leur lit, et qu'on doit y laisser sans les remuer. De ce nombre sont les personnes auxquelles on a lié de grosses artères : celles-là et plusieurs autres seront transportées dans leurs couchettes. Voilà pourquoi les portes et un certain nombre de lits doivent être préparés pour cet usage. Quant à ces couchettes, on mettra de chaque côté, le long des traverses, deux mains en fer destinées à les transporter; elles se rabattront, quand elles seront inutiles V »

La chapelle ne présente rien de particulier à noter, si ce n’est toutefois la nécessité indispensable de deux entrées : il nous a été donné de voir, dans un grand hôpital de province, justement estimé pour sa magnifique installation et la régularité de son service, les enterrements se faire en quelque sorte sous les yeux des malades; les corps portés de la salle d’autopsie à la chapelle traversaient les préaux des malades ; devant eux, le convoi pénétrait dans l’église, et devant eux en ressortait encore. Puis, pendant la cérémonie même, on pouvait voir au milieu des malades dispersés dans la cour les funèbres agents promener leur sinistre livrée, que plus d’un malade pouvait apercevoir de son lit d’agonie. Supporter un pareil état de choses est de la barbarie; le service des décès doit se faire à huis-clos, et cela sera facile, si la chapelle présente une porte de derrière, et si la salle d’autopsie est à proximité de ce bâtiment.

L’asile provisoire des morts, d’un aspect décent et convenable, placé bien loin des regards des malades, devra avoisiner la salle d’autopsie, mais 'en être assez distinct toutefois pour que les personnes étrangères à l’hôpital, venues pour réclamer un parent ou un ami, ne puissent ni entendre le bruit qui s’y fera, ni même en soupçonner l’existence. Soyons prévoyant vis-à-vis du malheureux; il a un cœur, lui aussi, peut-être d’au-

1 . Tenon, Quatrième me'moire. Des blessés à l’Hôtel- Dieu, p. 220.

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tant plus sensible qu’il est plus malheureux lui-même. Prévoyons ses souffrances, et, si nous le pouvons, sachons les lui éviter.

* De l’air en grande abondance, de l’eau, des tables de marbre, voilà à peu près tout ce que nous réclamons pour la salle d’autopsie. »

Nous plaçant à un autre point de vue, nous demanderons aussi d’éloigner la buanderie des salles consacrées aux malades; l’humidité, le bruit, peut-être même l’odeur nauséabonde qui s’exhale des dépôts de linge sale exigent cet éloignement. On y installera tous les appareils dus à l’industrie moderne, tels que cuviers à jet continu, pompes, essoreuses, séchoirs, etc., qui permettent de blanchir le linge avec célérité et économie. Il est d’ailleurs un principe rappelé par le docteur Oppert l, et qu’on ne devra jamais perdre de vue : c’est que le linge des personnes atteintes de maladies contagieuses doit être lavé séparément, et dans des vases particuliers. »

Nous ne faisons enfin que mentionner, sans nous y arrêter la pharmacie, les cuisines, la lingerie, les bureaux, le logement des divers employés qui ne présentent rien de particulier à noter, mais qui devront être disposés dans l’hôpital de manière à faciliter le service de chacun, et à ménager l’intérêt des malades. Il serait peut-être à propos de consacrer à ces services généraux un pavillon spécial assez éloigné de l’hôpital pour ne pas mettre obstacle à la libre aération, assez rapproché pour que les malades n’aient pas à souffrir de leur éloignement. Si je ne me trompe, une pareille disposition a été adoptée à l’hôpital Sainte-Eugénie, et la chapelle, le logement du directeur, celui des internes, quelques autres dépendances encore sont placés à l’extrémité d’un vaste jardin. On utilisera aussi utilement, pour plusieurs de ces annexes importantes, les sous-sol disposés sous l’hôpital.

Le rôle du médecin, — nous l’avons toujours ainsi compris; — n’est pas seulement de guérir le malade ; sa position exceptionnelle, son éducation, l’influence qu’il peut à chaque instant exercer sur ses clients lui font un devoir de chercher à

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