‹ Des hôpitaux et des hospicesChapitre 57 sur 90 · Loe. cit · texte numérisé non relu

Loe. cit

H. Jaqdëmët.

cubes; MM. Trélat et Péligot, constatant une inconstance remarquable dans cette irrégularité même, les voient fournir l’un 1298 mètres cubes, l’autre 137 mètres cubes. La température elle-même devient sujette à variation, et l’on a vu l’air chaud s’élever jusqu’à 43 degrés, tandis que celui que fournissait un orifice voisin n’en donnait que 20 : Par suite, courants d’air violents établis dans la salle entre les orifices de sortie et d’entrée. Quant à l’évacuation de l’air vicié, elle est aussi peu régulière, et les expérimentateurs auxquels nous empruntons ces chiffres ont vu, toutes les autres circonstances restant les mêmes, des canaux voisins évacuer en une heure, les uns 79 ou 95 mètres cubes d’air vicié, tandis que les autres en donnaient 103 et 185. Mais c’est bien pis, si l’on ouvre les fenêtres : alors le courant d’air vicié s’arrête dans les tuyaux, et rétrograde rentre dans la salle, pour s’échapper un peu plus tard soit par un autre orifice, soit par la fenêtre : la quantité d’air vicié ainsi introduite a pu s’élever à 363 mètres cubes en une heure. Est-ce là l’air pur que nous demandons ?

Mais il est encore une autre cause de viciation de l’air introduit par ce système. On a insisté et avec juste raison sur les avantages qu’il y avait à prendre l’air neuf à une certaine hauteur dans l’atmosphère, avantage qui concorde parfaitement avec le principe posé par d’Arcet, et que nous avons indiqué plus haut, principe sur lequel M. Àngiboust 1, ingénieur des travaux hydrauliques au port de Rochefort, a attiré l’attention des savants. Mais le trouvons-nous réalisé avec le système Thomas et Laurens?

« Cet air, dit M. Th. Gallard 2, dans un intéressant travail, publié dernièrement sur ce sujet, n’est pas propulsé directement dans les salles ; il est d’abord attiré, appelé dans les cours par le Arentilateur mécanique qui ensuite le refoule à travers un long tuyau, jusque dans les localités qu’il s’agit d’aé-

1. Angiboust, Mémoire sur le chauffage et la ventilation des hôpitaux, p. 312 et 315.

2. Th. Gallard, Aération, ventilation et chauffage des salles de malades dans les hôpitaux : in Union médicale du 1er avril, 2 mai, 8 juin, 15 juillet

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HS

rer. Or, dans cette opération, il arrive ceci : c’est que la moitié seulement de l’air refoulé dans les salles vient du clocher, et que le reste est fourni par l’air pris directement dans les caves. Je ne sais si l’air qui a séjourné dans les caves est plus salubre que celui qui, dans le système par appel, vient des corridors; mais je ne le crois pas. Il est vrai que M. Grassi assure que ce mélange de l’air des caves à l’air supposé pur, pris au sommet ; du clocher, serait aisément évité, si l’on avait recours à certaines précautions faciles à prendre, selon lui. Mais voici onze années que l’appareil fonctionne et ces précautions n’ont pas encore été prises. Les malades ne s’en trouvent du reste pas plus mal, et il y a même pour eux un certain avantage à ce que les choses restent telles qu’elles sont actuellement ; car, lj j’ai tout lieu de le supposer, c’est à ce séjour préalable dans les caves de l’air distribué par le ventilateur que l’on doit attribuer le léger abaissement de température qu’il a présenté, pendant '! l’été, à l’observation de M. Grassi.

On ne saurait en effet prétendre, comme l’a fait cet observateur, que l’air pris à une hauteur de 20 ou 30 mètres au-dessus du sol est moins chaud que celui qui occupe les couches les plus inférieures. Car, s’il est démontré que la température décroît à mesure que l’on s’élève dans l’atmosphère, cela n’est vrai qu’à partir d’une certaine hauteur, 100 mètres par exem-

iple, et il résulte d’expériences fort concluantes rapportées par M. le général Morin, qu’à Lariboisière, par exemple, la température de l’air est, en été, plus élevée au sommet du clocher qu’à sa base. En tout cas, la fraîcheur de l’air est réelle; mais c’est un avantage bien modique, et nous venons de voir qu’il i| n’est acquis qu’aux dépens de la pureté, par suite du mélange ; avec l’air qui séjourne dans les caves.

Mais ce n’est pas tout, et cette pureté si désirée n’a-t-elle pas été plus gravement encore altérée dans l’atmosphère ' même, au point précis par lequel cet air s’introduit dans l’appareil destiné à le distribuer aux malades?

On n’a pas remarqué, --et je m’en étonne, — que la prise d’air du clocher est située entre deux rangées parallèles de I cheminées qui, au nombre de trois de chaque côté, ont pour mission de déverser dans l’atmosphère l’air vicié extrait des

six pavillons de malades, et que son ouverture est sensible ment à la même hauteur que les orifices de ces six cheminées. Serait-il donc déraisonnable de supposer que, le vent aidant, surtout lorsqu’il soufflera du sud-est, du sud-ouest et de l’ouest, et avec la puissance que possède le ventilateur mécanique; serait-il, dis-je, déraisonnable de supposer qu’un courant puisse s’établir dans l’atmosphère, entre l’ouverture d’entrée de ce ventilateur et les orifices de sortie des cheminées d’évacuation? S’il en était ainsi, et rien ne prouve que ce ne soit pas, une partie au moins de l’air vicié et évacué au dehors peut être reprise par le ventilateur et distribuée de nouveau aux malades, qui s’attendent à recevoir de l’air neuf parfaitement pur, d’autant plus pur qu’on est allé le chercher plus loin. Quant à moi, cela me paraît non-seulement possible, mais probable, mais inévitable. Il y a donc là pour le propulseur mécanique de l’hôpital Lariboisière un nouvel inconvénient, que l’on pourra peut-être faire disparaître, je le veux bien, mais qui, jusqu’ici est passé inaperçu et a dû contribuer singulièrement à altérer l’air distribué par cet appareil. Cela dit, on ne s’étonnera plus, je pense, d’apprendre que religieuses et infirmiers, que médecins et malades ne professent pour ce système de ventilation qu’une estime très-modérée. »

Passons donc au système du Dr Yan Ilecke, désigné encore et plus souvent sous le nom de système de ventilation par injection et par appel combinés. Les éloges dont l’inventeur a été l’objet, les nombreuses applications qu’on a cru devoir faire de cet appareil, en particulier à Paris, dans les hôpitaux Beaujon et Necker, et à l’asile du Vésinet, enfin le grand nombre d’ingénieurs et d’hygiénistes, qui ont donné leur approbation à ce système, nous font un devoir de consacrer plus de temps à sa description et à sa critique.

Nous décrirons ici le système du Dr Van Hecke, tel que nous l’avons vu fonctionner à Necker, dans le pavillon des hommes.

Une hélice à deux palettes placée dans les caves et mue par une machine à vapeur de la force de deux chevaux seulement projette l’air dans trois chambres destinées à réchauffement, et de là dans les divers services. Cet air devenu bientôt impropre

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à la respiration est attiré vers des orifices de sortie à l’aide d’une seconde hélice placée dans les combles. Notons en passant que nous n’avons jamais vu fonctionner cette seconde hélide constituant l’appel pour M. Van Hecke, et qu’il parait certain (c’est M. Gallard qui l’affirme. Union médicale , n° du 2 mai, p. 230), qu’elle n’a fonctionné que devant la commission d’examen : ceci nous explique peut-être les conclusions différentes des savants.

Quoi qu’il en soit et pour en revenir à l’appareil fonctionnant à Necker, on peut, dans sa description, considérer tour à tour, avec M. Vernois 1 : 1° la prise d’air, le souterrain et ses trois embranchements ; 2° les trois chambres correspondantes, leur mode de chauffage et les cheminées qui en partent pour s’ouvrir dans les salles ; 3° les salles elles-mêmes, les bouches afférentes et efférentes de l’air en circulation ; 4° la machine, sa fournaise et ses annexes.

« La prise d’air a lieu à l’extrémité sud du bâtiment par une cheminée élevée de 3 mètres au-dessus du sol, et dont la cavité a 4 mètres de hauteur sur 1 mètre de longueur. A son sommet se voient deux ouvertures regardant l’ouest et l’est, parallélogrammes d’environ 1 mètre dans chaque sens ; elles établissent une communication directe et continue avec l’atmosphère. Cette cheminée aboutit à un conduit coudé, dirigé longitudinalement vers l’autre bout du bâtiment, et abandonnant aux extrémités et à sa partie moyenne un embranchement pour chaque chambre. Le souterrain a d’abord une vaste circonférence, décroît à chaque embranchement qui conserve 1 mètre de hauteur sur 0m,50 de largeur. Dans sa première portion se trouvent deux tambours ou cylindres de tôle, renfermant : l’un, une roue à deux palettes opérant le refoulement de 1’ air; l’autre, un système indicateur du volume d’air introduit en un temps donné.

» Les chambres de chauffage, au nombre de trois, sont placées, l’une au milieu, les autres aux extrémités des caves; leurs parois de maçonnerie sont de 4 mètres carrés environ, en

1. Etude du système de chauffage et de ventilation établi d’après le système du Dr Van Hecke à l’hôpital Necker. (Annales d’hygiène publique , 2' série, t. XI.)

surface concave ; elles offrent le sommet ou dôme d’un vaste fourneau, dont la porte à charbon répond à côté dans la loge du chauffeur. De ce dôme part un tuyau de 8 pouces de diamètre environ, qui se coude un certain nombre de fois et donne naissance au milieu de la chambre à quatre séries de tuyaux superposés en carré. Le dernier se continue avec un conduit vertical qui s’engage dans le plafond, traverse les salles et gagne les toits en ligne directe. Cette masse de tuyaux occupe le centre; des orifices nombreux s’observent sur les parois; leur nombre diffère un peu dans chaque chambre. Dans la chambre du milieu il y en a trois : l’un, situé à la paroi inférieure, est la terminaison de l’un des embranchements du souterrain déjà décrit; le second, sans intérêt pour le but et le jeu de l’appareil, communique avec la loge du chauffeur, se ferme hermétiquement à volonté et a pour but de favoriser la surveillance ; le troisième répond à la paroi supérieure et en même temps au centre exact de la salle Saint-Pierre et du rez-de-chaussée. Ce dernier orifice est occupé au centre par le tuyau précédent destiné à emporter la chaleur non épuisée et la fumée de la fournaise autour de l’orifice circulaire d’un cylindre, par lequel s’engage la majeure partie de l’air chaud; enfin, tout à fait en dehors se voit l’ouverture d’un autre cylindre plus grand qui enveloppe le précédent et reçoit le reste de l’air chaud.

L’air injecté dans le souterrain séjourne donc plus ou moins de temps dans cette chambre, où les surfaces d’échauffement ont été si multipliées, s’élève vers le trou complexe du plafond, par légèreté spécifique, et s’engage en partie dans le cylindre périphérique, en partie dans l’autre concentrique à celui-ci, mais excentrique au trou à fumée.

Le premier, après un trajet de quelques centimètres, se termine aussitôt dans la salle Saint-Pierre; le deuxième, d’abord simple, se dédouble tout près du plancher du premier étage en une portion périphérique, qui finit circulairement dans la salie Saint-Jean, et une portion centrale (excentrique cependant au tube de fumée) qui continue son trajet vertical et s’ouvre dans la salle Saint-Ferdinand. » (Ces salles sont situées audessus de la salle Saint-Pierre).

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« Les chambres des extrémités diffèrent de celles du milieu parle nombre de cheminées efférentes; elles sont au nombre de quatre. L’une analogue à la cheminée complexe plus haut décrite se compose d’un tube à fumée et d’un seul cylindre dédoublé au niveau du deuxième étage, destiné par conséquent exclusivement aux salles Saint-Jean et Saint-Ferdinand; deux autres, s’ouvrant aux angles du plafond, sont si courtes que d’en bas on voit la salle Saint-Pierre et ses malades, à travers la grille qui les ferme. La quatrième enfin, se subdivisant deux fois, fournit de l’air aux salles Saint-Jean et Saint-Ferdinand, et aux lieux d’aisance du troisième étage. Chaque salle reçoit l’air par cinq bouches. La principale, placée au milieu, est annulaire de 6 centimètres environ de largeur. Elle occupe la périphérie du tuyau du cylindre, qui emporte plus haut l’air et la fumée; une plaque de tôle à coulisse permet de régulariser ses dimensions. Elle est cachée aux regards par une sorte de boîte de fer recouverte de marbre, et dans laquelle on fait sécher le linge. Les autres bouches sont situées, pour la salle Saint- Pierre, dans le plancher, sur la limite de la grande salle et du vestibule qui la limite aux extrémités; mais pour les salles Saint-Jean et Saint-Ferdinand, sur le relief que forment les cheminées vers deux angles du vestibule. Elles sont quadrangulaires, mesurant 0m,40 sur chaque côté et sont fermées par une grille. Les lieux d’aisance sont aérés par une bouche spéciale circulaire de 0m,20 de diamètre placée dans le mur.

» L’itinéraire de l’air pur est très-simple : il y a douze cheminées dans la salle, six de chaque côté ; chacune renferme trois conduits indépendants sur tout leur parcours et correspondant à chaque étage. Chaque conduit présente une ouverture de sortie sur les toits et deux ouvertures d’entrée, dont l’une placée à i centimètre du plancher, reste béante, sans porte ni grillage, tandis que l’autre, élevée de 4 mètres environ, reste habituellement fermée par une porte de tôle. La bouche béante inférieure est destinée à la ventilation permanente , la deuxième à un renouvellement intermittent et plus rapide de l’air des salles. »

Ce système, nous l’avons déjà dit, a reçu l’approbation d’hygiénistes distingués, contre l’autorité desquels il nous répugne-

rait beaucoup de nous prononcer, si nous n’avions pour soutenir notre opinion des faits indiscutables et concluants.

M. Tardieu, pour citer l’opinion de quelques-uns des apologistes, nous raconte 1 avoir été témoin « d’une expérience décisive, » la désinfection des cabinets d’aisance à l’aide du ventilateur. Ne serait-ce pas alors que l’hélice, placée dans les combles, fonctionnait pour le plaisir de la commission d’examen, hélice qui n’a été établie, que nous sachions, ni à Necker, ni au Yésinet.

Puis, c’est M. Vernois qui conclut : « L’appareil projette de CO à 120 m. c. d’air pur par heure et par malade, tandis que le chiffre demandé par le cahier des charges n’est que de 70. Il exécute le service des bains avec une célérité et une abondance de calorique supérieure à l’ancien système. A l’aide des registres, c’est-à-dire de ces plaques de tôle, qui agrandissent ou diminuent le diamètre des bouches afférentes des salles, on régularise à volonté la proportion d’air. » Nous pourrions citer encore M. Husson 2, si l’opinion de cet administrateur directement intéressé dans la question ne risquait de paraître empreinte de la partialité, d’ailleurs bien légitime, d’un auteur, pour son œuvre.

Cet enthousiasme, nous sommes bien loin de le trouver chez M. Grassi, chez MM. Trélat et Péligot, chez le général Morin, si aptes par la nature de leur talent à juger cette importante question; chez M. Gallard, enfin, qui a consacré à son étude un laps de temps assez prolongé, pour qu’il soit permis de le considérer comme une autorité en pareille matière.

Et d’abord, par la disposition même de l’appareil, en l’absence et du ventilateur à hélice et du chauffage même, la ventilation s’opère naturellement par les tuyaux, ce qui conduirait à supprimer entièrement le système compliqué que nous avons décrit tout à l’heure avec M. Vernois, et à conserver les orifices seuls, si leur présence même, ainsi que nous le dirons bientôt, n’offrait un grave inconvénient. Disons d’abord comment se fait cette ventilation.

1. Ambroise Tardieu, Dicl. d'Iiygiène et de salubrité, 2e édition, Paris. 1862.

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